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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 21:39
LadyChatterley.jpgLu, dans Lady Chatterley’s lover, cet échange un peu surréaliste entre les cronies qui fréquentent le couple Chatterley (Clifford et Constance). Ils ont tous un peu picolé et en viennent à dire que tout pourrait finir par disparaître, à commencer par les fonctions corporelles : les hommes flotteraient dans l’air comme des nuages de fumée, et les femmes seraient « immunisées » du besoin d’un corps puisqu’on élèverait les bébés dans des bouteilles.
“So long as you can forget your body you are happy,” said Lady Bennerley. “And the moment you begin to be aware of your body, you are wretched. So, if civilization is any good, it has to help us to forget our bodies, and then time passes happily without our knowing it.”

« Tant que vous pouvez oublier votre corps vous êtes heureux », dit Mme Bennerley. « Et dès l’instant où vous commencez à prendre conscience de votre corps, vous êtes foutu. Alors, si la civilisation sert à quelque chose, c’est à nous aider à oublier nos corps, de sorte que le temps passe joyeusement sans que nous ne nous en rendions compte ».

[…]

“There might even be real men, in the next phase,” said Tommy. “Real, intelligent, wholesome men, and wholesome nice women! Wouldn’t that be a change, an enormous change from us? We are not men, and the women aren’t women. We’re only celebrating makeshifts, mechanical and intellectual experiments. There may come a civilisation of genuine men and women, instead of our little lot of clever-jacks, all at the intelligence-age of seven. It would be even more amazing than men of smoke or babies in bottles.”
“Oh, when people begin to talk about real women, I give up,” said Olive.
“Certainly nothing but the spirit in us is worth having,” said Winterslow.
“Spirits!” said Jack, drinking his whiskey and soda.
“Think so? Give me the resurrection of the body!” said Dukes. “But it’ll come, in time, when we’ve shoved the cerebral stone away a bit, the money and the rest. Then we’ll get a democracy of touch, instead of a democracy of pocket.”
Something echoed inside Connie. “Give me the democracy of touch, the resurrection of the body!” She didn’t at all know what it meant, but it comforted her, as meaningless things may do.
Anyway everything was terribly silly, and she was exasperatedly bored by it all, by Clifford, by Aunt Eva, by Olive and Jack, and Winterslow, and even by Dukes. Talk, talk, talk! What hell it was, the continual rattle of it!
Then, when all the people went, it was no better. She continued plodding on, but exasperation and irritation had got hold of her lower body, she couldn’t escape.


« Il pourrait même exister des hommes véritables, dans la phase suivante », dit Tommy. « Des hommes réels, sains, et des femmes gentilles et saines ! Est-ce que ce ne serait pas quelque chose de nouveau, d’entièrement nouveau pour nous ? Nous ne sommes pas des hommes, et les femmes ne sont pas des femmes. Nous ne faisons que vénérer des choses artificielles, des bricolages mécaniques et intellectuels. Il pourrait venir une civilisation d’hommes et de femmes authentiques, au lieu de notre lot de petits branleurs, sept ans d’âge mental. Ce serait encore plus admirable que des hommes en fumée ou des bébés dans des bouteilles. »
« Oh, quand on commence à parler de vraies femmes, j’abandonne », dit Olive.
« Il n’y a rien d’autre qu’il vaille le coup de posséder, à part l’esprit [spirit] », dit Winterslow.
« Les alcools [spirits] ! » dit Jack en avalant son whisky et soda.
« Vous croyez ? Donnez-moi la résurrection du corps ! » dit Dukes. « Car elle arrivera, en temps utile, lorsque nous aurons repoussé un peu la pierre cérébrale, le fric et le reste. Alors nous aurons une démocratie du toucher, au lieu de la démocratie de la poche ».
Quelque chose fit écho en Connie. « Donnez-moi la démocratie du toucher, la résurrection du corps ! » Elle ne savait pas ce que cela pouvait vouloir dire, mais cela la réconfortait, comme des choses insignifiantes le font parfois.
En tout cas, tout lui semblait terriblement stupide, et tout l’ennuyait désespérément, que ce soit Clifford, la tante Eva, Olive et Jack, et Winterslow, et même Dukes. Des paroles, des paroles, des paroles ! Quel enfer, ce bruit de crécelle incessant !
Ensuite, une fois tout le monde parti, ce n’était pas mieux. Elle continuait à avancer, mais l’exaspération et l’irritation s’étaient emparé du bas de son corps de manière incontrôlée.

(D.H. Lawrence. Lady Chatterley’s Lover. Bantam Classic 2007, p.79-80.)
Ce passage a probablement provoqué mon rêve de la nuit dernière.

Une jeune femme me parle, assise au bord d’un lit. Nous sommes détendus, en pleine osmose affective et intellectuelle. Mais je regarde la peau de son buste se soulever quand elle reprend son souffle.

Cheveux courts et noirs, visage rond, peau mate, elle ne ressemble à aucune de mes amies proches, mais je sais qui elle est, « à l’intérieur »…

Je ne cherche pas à la rencontrer sexuellement. Pourtant j’ai posé mes mains sur son cou et je la renverse très doucement pour qu’elle s’allonge sur le lit. Nous y restons immobiles, émerveillés par le silence et apaisés par la présence l’un de l’autre.
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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 07:49
Nolwen (la mère de Marie) m’en a raconté une bien bonne.

Son premier mariage, à 20 ans : une grande famille protestante, des dizaines d’invités, tout le gratin de la bougeoisie locale. Après la cérémonie ce beau monde se retrouve dans la salle du banquet. Elle est assise en face d’un copain artiste. Il s’aperçoit qu’elle n’est pas au sommet de sa forme.
— Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as l’air de t’ennuyer !
— Oui je m’ennuie, je n’en peux plus de cette ambiance, tous ces gens...
— Tu préfèrerais être ailleurs ?
— Oh oui...
— Si tu veux, je t’emmène ?
— Oh oui !
Ils ont sauté sur sa moto et pris la route sans autre formalité. Elle n’a pas donné signe de vie pendant trois jours puis elle est rentrée sagement au foyer conjugal.

Que croyez-vous qu’il arriva ? Ils ont vécu une quinzaine d’années avant de divorcer. Chacun avait compris qu’il devait respecter l’espace de l’autre : pas besoin d’explications, de contrat, de cloisons, de précautions.

Je n’ai pu retenir ma curiosité de ce qui s’est passé pendant leurs trois jours de « congés de noces ». Eh bien, rien du tout : le motard sauveteur était un copain. Si Nolwen est une des personnalités les plus excentriques que je connaisse, elle est incorrigiblement monogame. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a souvent changé de partenaire et conçu ses enfants avec plusieurs hommes différents. Personne n’est parfait !

Il y a des femmes dont l'infidélité est le seul lien qui les attache encore à leur mari. (Sacha Guitry)

En tout cas Nolwen m’a appris une chose : se libérer des relations « toxiques », faire le tri dans son environnement plutôt que d’espérer progresser dans l’acceptation de l’inacceptable. D’ailleurs, elle me l’a enseigné à ses dépens puisque j’ai fini par m’éloigner d’elle le jour où notre relation est devenue trop pesante.
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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 10:04
OnSamuse.jpg Un des plus célèbres auteurs français de romans policiers a déclaré sans honte qu’il avait besoin de consommer de la prostitution trois fois par jour pour assouvir ses besoins… Aujourd’hui il serait pointé du doigt comme un individu dangereux et pervers. On peut s’amuser entre ami-e-s, tous âges confondus (pas vrai TB ?) mais payer pour du plaisir, rien ne va plus !

Certains hommes vivent très mal leur dépendance au sexe tarifé, confrontés à un gouffre d’incohérence entre leurs escapades sexuelles et une vie familiale soucieuse du qu’en-dira-t’on. Ce décalage est d’autant plus douloureux que la réussite sociale leur accorde une certaine respectabilité. (On l’a vu de façon vertigineuse avec le déboulonnage de la statue DSK, mais je n’y reviendrai pas.)

Acheter le consentement d’une partenaire revient à nier leur capacité de séduire, eux pour qui la conquête est un ingrédient indispensable de la réussite sociale. C’est pourquoi ce mal-être touche en priorité ceux qui ont les moyens de s’offrir du sexe. Comme l’ivrogne avouant au Petit Prince qu’il boit « pour oublier qu’il a honte de boire », leur consommation serait une manière de camoufler un sentiment d’échec. Ce mécanisme d’autopunition par le plaisir me paraît plus crédible qu’une supposée addiction au sexe : pour que se mette en place une accoutumance il faudrait que l’organisme du consommateur éprouve le besoin de substances qu’il ne peut trouver ailleurs que dans la répétition de l’acte ; or le sexe ne crée pas cette forme de dépendance puisqu’il existe mille manières de fabriquer de l’ocytocine.

J’ai entendu plusieurs témoignages de femmes qui ont eu pour conjoint un client maladif de la prostitution. Leurs histoires ont des points de ressemblance. Elles révèlent chez leur partenaire un fonds commun de croyances, de procès d’intention et de jugements sans appel.

Vanessa a vécu 15 ans en épouse vertueuse d’un paranoïaque qui la plaçait sous surveillance et piquait des crises de jalousie en la traitant de « pute ». Pour cette vie qu’elle estimait normale avec le père de ses trois enfants, elle avait renoncé à ses études et à une partie de sa vie sociale. Mais quoi de plus naturel que de se sacrifier pour ses enfants ?

Elle me raconte :
— Un matin, j’étais assise en face de lui au petit-déjeuner. Tout à coup une idée s’incruste dans ma tête : « Ce mec est un con ! »
— Et après ?
— L’univers de mes illusions avait basculé. La situation de notre couple s’est vide dégradée… Et, tu sais quoi ?
— ???
— Un jour il m’a lancé à la figure que, depuis notre mariage il se tapait régulièrement des putes. Il dit en avoir consommé plus de 200… Alors, mes petits soins, ma fidélité exemplaire, et mes tentatives de raviver son désir, tu vois à quoi ça pouvait servir !
Vanessa avait affaire à un homme déchiré entre la maman et la putain, un stéréotype dans lequel des féministes comme Nancy Huston enferment tous les clients de la prostitution féminine (Mosaïque de la pornographie, 1982/2004). C’est une erreur de juger à partir de catégories aussi restrictives. Il n’empêche que ce conflit maman/putain est apparent dans la manière dont certains hommes parlent des femmes, plus particulièrement de leur compagne, et qu’il mérite d’être analysé pour atténuer les souffrances infligées à leur entourage.

L’homme qui traite sa compagne de salope est dans un besoin compulsif de dominer des femmes. Cherche-t-il à compenser une soumission vécue avec sa mère, ses sœurs, une rivalité castratrice avec son père ? Les explications psy ne me paraissent pas d’une grande utilité. Contentons-nous d’observer : le « compagnon d’une pute » est dans un besoin compulsif d’asservir des femmes, les réduire à des objets, et surtout les avilir pour les punir du pouvoir qu’elles sont supposées exercer par leurs jeux de la séduction. Pour compenser ce vice (c’en est un) il a besoin de jouir d’une icone vertueuse à la maison : une vestale admiratrice de sa réussite et pleine de gratitude pour ses bontés — car, matériellement, il ne la prive de rien… Cette compagne doit être servile au point de ne pas prêter attention aux parfums étrangers qui flottent sur ses habits quand il rentre tardivement !

Vanessa ne se doutait de rien. À vrai dire, elle n’était pas en mesure d’imaginer, ni pour elle ni pour lui, une vie au-delà des barrières qu’il avait érigées autour de leur couple.

Je ne prétends pas que ce modèle se reproduit à l’identique. Il en existe de nombreuses déclinaisons (dans le registre SM) mais, chaque fois que j’apprends qu’une femme se fait traiter de « pute » par le père de ses enfants, je me dis qu’elle a affaire, sinon à un consommateur, du moins à un homme qui a des difficultés avec son envie de consommer.

Face à une telle violence, elle est submergée par un sentiment de culpabilité cruellement entretenu. C’est ce qui permet à la jalousie maladive de virer au harcèlement moral puis à la manipulation. Le martèlement de condamnations et d’interdictions sur un esprit en demande de reconnaissance et d’amour engendre de la confusion, une immense frustration, la haine de soi et le rappel de désirs refoulés qui justifient a posteriori les accusations.

Pour la victime : ostracisation, mal-être psychique inexpliqué parce que toutes les causes ont été invoquées sauf celle du harcèlement… La personne ainsi affaiblie devient une cible pour ceux/celles qui cherchent un exutoire dans les abus de pouvoir. Elle ne peut se juger que malade, anormale et monstrueuse, telle que la décrit son seigneur et maître. Elle finit surtout par ne plus croire à l’existence de gens normaux, vivants, heureux, ouverts, sensuels, libres et respectueux de la liberté d’autrui. Cet enfermement est en bien des points similaire à celui d’un mouvement sectaire.

À moins de briser le cercle ? Un matin, Vanessa s’est assise en face de R. au petit-déjeuner. Elle a levé les yeux et osé parler vrai. Je ne suis plus ta pute.

Par un sursaut de clairvoyance elle faisait sien le deuxième accord toltèque. Les années lui ont donné raison :
Lorsque les gens disent une chose et en font une autre, c’est vous mentir que de ne pas écouter leurs actes. Mais si vous êtes honnête envers vous-même, vous vous épargnerez beaucoup de douleur émotionnelle. Certes, accepter la vérité sur quelque chose ou quelqu’un peut s’avérer douloureux, mais il n’est pas nécessaire de vous attacher à cette douleur. La guérison est en chemin et ce n’est qu’une affaire de temps avant que votre situation ne s’améliore.

Si quelqu’un ne vous traite pas avec amour et respect, prenez comme un cadeau qu’il vous quitte un jour. S’il ne le fait pas, vous passerez certainement des années à souffrir avec lui (ou elle). La séparation sera douloureuse pendant quelque temps, mais votre cœur guérira. Puis vous pourrez choisir ce que vous voulez. Vous découvrirez que vous avez besoin de faire confiance moins aux autres qu’à votre propre capacité à effectuer de bons choix.

Don Miguel Ruiz. Les quatre accords toltèques. Jouvence, 1997, p. 61
Même couverte de boue, les paupières ornées de petites rides, Vanessa est un hymne à la vie. Comme elle souriait quand je lui ai parlé de Lady Chatterley !
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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 08:40
PunirLesClients-copie-1.jpg Ainsi donc, Roselyne Bachelot rêve d’« abolir » la prostitution en pénalisant les clients. Dans son sillage de vertu indignée, une colonne de féministes porte-paroles de toutes les femmes ou admirateurs d’icelles…

Des politiciens de tous bords ont emboîté le pas des militantes anti-prostitution. Au sommet de sa popularité, le candidat DSK aurait sans doute lui aussi apposé sa signature sur leurs pétitions. Dans le business d’une carrière politique, l’hypocrisie est un des meilleurs placements.

Partir en guerre contre la prostitution revient à se faire une bonne santé dans la bien-pensance sans trop prendre de risque. Car les seuls à défendre cette activité sont des travailleurs/euses du sexe et présumément leur clientèle, autrement dit des gens que — juré craché — on ne fréquentera jamais, et qui de toute manière feraient mauvais genre dans une réunion électorale. Quant aux présumés groupes maffieux qui exploitent toutes ces femmes sans exception, on ne les a pas encore entendus menacer les défenseurs de la vertu ; car ce que prônent ces défenseurs ne met pas en péril leur activités criminelles, mais plutôt la vie et la dignité de celles et ceux qui ne sont pas sous leur influence.

Hormis les déclarations auto-flagellatrices de clients repentis, ou compassionnelles de ceux qui n’ont jamais osé, je n’ai pas vu trace d’une réflexion critique sociale ou politique dans une telle proposition. Là où cette forme de prohibition a été instaurée, ses effets délétères ont pu être mesurés. Comme l’écrit ma collègue Marie-Elisabeth Handman,
En Suède, il y a beaucoup plus d’attaques de prostituées depuis 1999 et l’adoption de la loi qui pénalise les clients. Les femmes sont obligées de travailler en appartement et sont donc plus vulnérables. Et les mafias russes fleurissent.
Pénaliser les clients de prostituées : «  C’est faire fi du consentement entre deux personnes majeures » (13 avril 2011 dans 20 minutes)
Voir aussi : Impacts de la criminalisation suédoise de l’achat de services sexuels sur les travailleuses du sexe.

Sans oublier l’augmentation des comportements à risques induite par l’insécurité d’un métier ostracisé, que l’on a pu mesurer en France à la remontée des taux d’infection VIH chez les travailleurs du sexe depuis la loi sur le racolage passif en 2003.

Plutôt que répéter en boucle les arguments pour ou contre, il suffirait peut-être de se souvenir que la prohibition n’a jamais fait reculer l’alcoolisme ni la consommation de substances illicites… Il faudrait aussi réaliser qu’il n’y a pas un profil unique du client (malade/pervers/violent…) ni du professionnel du sexe.

Ce qui mérite une condamnation sans appel n’est pas la prostitution mais l’esclavage. Une femme (un homme, un enfant) que l’on contraint de faire commerce de son corps n’est pas prostituée mais esclave. Comme l’écrit Marcela Iacub, il ne viendrait à personne l’idée de dire que les Noirs qui travaillaient sous le fouet dans les champs de coton étaient des « agriculteurs » ; c’étaient des esclaves, point final.

La prostitution dont je parle désigne donc une pratique sexuelle lucrative entre adultes consentants. Le consentement n’est pas le désir ! Si le désir n’est pas a priori la motivation d’une activité rémunérée, il est bien souvent absent ou atrophié dans une relation conjugale… Prétendre qu’il ne peut y avoir de consentement en l’absence de désir est donc un flagrant déni de réalité. Bien au contraire, la prostitution librement exercée est une des rares occasions de rapport sexuel pour lequel ce consentement est rendu explicite par une transaction financière. On ne saurait en dire autant du chantage affectif qui pollue les rapports entre gens mariés, catholiques et vaccinés !

Je ne vois donc rien de condamnable dans ce commerce, ni de répréhensible lorsque le contrat est respecté sans que les profits soient détournés par des maquerelles ou des proxénètes. Les clients ne sont pas a priori des malades ni des sexomanes en manque, même s’il en existe comme dans tout échantillon de la population masculine.

Les femmes et hommes qui ont choisi comme métier la prostitution n’ont pas droit à la parole. Dans son article Pourquoi réduire les putes au silence ?, Gaëlle-Marie Zimmermann écrit : … on peut se demander, comme le souligne Christophe Mincke, si les féministes […] ne sont pas en train d'infliger aux prostituées ce que les hommes ont infligé aux femmes pendant des siècles : le silence sous prétexte d'incapacité à réfléchir par elles-mêmes.

Cela dit, le commerce du sexe (pornographie et prostitution) ne m’attire pas. Je ne crois pas y trouver un plaisir comparable à celui des jeux érotiques entre amateur-e-s. Oui, j’ai essayé, et même récidivé, mais ces tentatives ne valent pas le coup d’être racontées. Je me garderais bien, toutefois, de considérer ce choix comme irrévocable : le handicap, la vieillesse ne sont pas que pour les autres et ils peuvent susciter d’autres besoins. Sans oublier la curiosité et la fantaisie ! Séverine me disait hier qu’elle envie les hommes de pouvoir goûter la peau douce (et plus si affinités) des filles des bars asiatiques. Un jour peut-être je la laisserai m’y accompagner !
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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 17:04
Je viens juste de voir l’émission que Sabatier a consacrée à Edith Piaf. Bien faite, pour une fois — pas dans le genre sirupeux — avec des témoignages sans complaisance de ses proches. Quelle vie... et quelle chanteuse. Cela dit, la romanticisation de l’amour (je crois que c’est plutôt un mot anglais, peu importe) dans son répertoire ne me touche pas beaucoup. C’était d’ailleurs assez intéressant d’entendre celle qui fut sa coiffeuse et sa confidente dire sans hésiter que c’était une « midinette ».

On a l’impression que la culture ne nous donne pour l’amour qu’un choix binaire entre le romantisme et la « consommation sexuelle ». Un peu comme si en musique on nous donnait à choisir entre Charles Trenet et le hard rock. La palette de l’expérience humaine est tellement plus riche.

Catherine me parle souvent du libertinage comme d’une apologie de la consommation sexuelle ; puis elle s’offre 4 ou 5 orgasmes à la chaîne. Ensuite elle dévore l’œuvre complète de Michel Onfray. Je l’aime beaucoup pour le non avec la tête et le oui avec le corps.
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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 19:37
Il existe pour moi au moins deux visions de la sexualité. La réalité serait un mélange subtil, toujours en mouvement, entre ces extrêmes. La première vision, celle qui prévaut dans les représentations culturelles modernes, je la désigne comme « pénétration-jouissance ». Elle se nourrit d’une énergie sexuelle que je qualifie de « masculine » indistinctement chez les deux partenaires. La seconde vision, plus rarement exposée bien qu’elle soit l’objet principal de mon journal intime, pourrait s’appeler « fusion-extase ». Elle met en œuvre une énergie « féminine » qui s’apparente à la « shakti » de la cosmologie hindoue. (Cette cosmologie ne reconnaissant pas d’autre énergie que féminine, les deux visions ne sont pas symétriques.)

Commençons par une mise en garde : s’il m’arrive de puiser dans un vocabulaire banalisé en Occident sous l’étiquette de « tantrisme », ou encore dans un réservoir idéologique plus vaste — le « monde indien » aux confluents de l’hindouisme, du bouddhisme, du tantrisme, du soufisme etc. — je ne me sens connecté à aucune pratique ni enseignement qui s’en réclamerait. Mon aversion pour les écoles mystiques n’est donc pas seulement motivée par le détournement d’enseignements réputés « authentiques » par les gourous/thérapeutes occidentaux. Elle reflète plutôt mon engouement pour une pensée critique au service de la construction d’une philosophie existentielle.

Le détournement de l’expérience vécue vers la « pensée pure » existe depuis des siècles en Inde. Les textes anciens sont soumis à l’équarrissage lorsque la démarche philosophique cède le pas à des pratiques codifiées. Le procédé n’est pas sans rappeller l’interprétation littérale des textes religieux judéo-chrétiens : certains fanatiques, par exemple, ont inventé des rituels dans lesquels les adeptes doivent manipuler des serpents venimeux sous le prétexte que « ceux qui ont la foi résistent à la morsure du serpent ».

Il y a des images qui n’ont qu’une valeur symbolique, disent les gens raisonnables en réponse à ces dérives intégristes, il ne faut pas les prendre au premier degré. Je ne pense pas que le choix soit aussi binaire. Mon approche consiste plutôt à relier l’image à des sensations vécues dans le corps. Dans cette perspective, la sexualité n’est rien d’autre qu’une « religion du corps ». Toutefois, pour que ce lien soit significatif il faut que la sensation précède l’image et l’interprétation qui en est faite. La démarche fondamentale du tantrisme en tant que philosophie (je me réfère au shivaisme cachemirien dont le texte fondateur serait le Vijnânabhairava tantra) est la reconnaissance des sensations (« tattvas ») comme principes primordiaux, sans aucune discontinuité entre le « physique » et le « psychique ». […] En défendant la thèse de la vérité absolue des sensations (sensualisme), Épicure indique la voie d’une connaissance possible, en coupant court aux illusions de la pensée pure ; mais c’est une voie critique, car en réalité nul n’a montré davantage de prudence dans la mise en œuvre des sensations. (J.-F. Balaudé, introduction de Épicure : Lettres, maximes, sentences, Livre de Poche 4628, p.7-8)

Je m’en tiens là : les sensations comme seule réalité tangible. C’est déjà tout un programme pour un Occidental à qui on a inculqué que toute sensation n’était que subjective et donc sans intérêt… Je me fiche donc éperdument de la suite de l’exposé : l’énumération et la classification des « tattvas » par les théoriciens du tantrisme.

Tout ce qui a été écrit, enseigné, pratiqué par la suite n’est que de l’interprétation, l’adaptation nécessaire de cette philosophie au contexte social de l’époque, et son intégration aux religions officielles. Ainsi, il est convenu aujourd’hui de distinguer entre tantrisme « hindou » et « bouddhiste » (Varenne 1997). J’ai aussi entendu dire que le Vijnânabhairava tantra serait le texte fondateur du yoga, alors que ce que l’on entend par « philosophie du yoga » est principalement orienté vers la maîtrise, le contrôle volontaire, la progression spirituelle, toutes notions étrangères au tantrisme des shivaïstes cachemiriens.

Passons à la pratique. Des textes « tantriques » parlent de rituels d’accouplement entre un pratiquant (forcément masculin) et une femme initiatrice, une « dâkini ». Le rituel commencerait par une éjaculation du mâle, sa semence se mêlerait au « fluide vital » féminin. Puis le pratiquant réabsorberait les fluides mélangés, ce qui marquerait le début d’une expérience mystique de très haut niveau (maïthuna).

Première observation : si l’on prend à la lettre cette description du « rituel », le personnage masculin est seul appelé à vivre une expérience « mystique ». Sa partenaire est, au pire un objet rituel, au mieux une énergie féminine désincarnée. Le premier détournement a donc consisté à mettre en place un système de prostitution rituelle, en Inde, avec des femmes (« devâdasi ») louées à des hommes riches et bien nés (brahmanes) en quête de sensations fortes sous le couvert de mysticisme. (Cf. Varenne 1997)

Il était inévitable que cette forme dévoyée devienne dominante dans une société patriarcale. Abolie à l’aire coloniale, la prostitution rituelle existe encore sous forme clandestine. Les « danseuses de temples » les plus débrouillardes se sont recyclées dans la « danse sacrée » — cf. l’histoire non fantasmée du Bharata Natyam au début du 20e siècle. De leur côté, les « dâkinis » siliconées (certifiées BA in Psychology) sont en vitrine sur Internet. :-(

Pour moi, réfuter cette vision machiste de la sexualité « mystique » n’est pas une position basée sur l’égalité des sexes selon le féminisme. Ce n’est pas non plus inventer de toutes pièces une version dignifiée de la « dâkini », comme l’a fait Daniel Odier avec une initiatrice prétendument rencontrée au fin fond de l’Himalaya — à moins que ce ne soit sur un coin de table de guesthouse pour babacools à Pahar Ganj, New Delhi ?… Ni se lancer dans un discours démagogique sur « la Femme » comme le sinistre Rajneesh (alias Osho)…

Cette évidence s’est imposée à moi par la rencontre de femmes ouvertes, sans aucune prétention mystique ni intellectuelle, à une approche « spirituelle » de la sexualité qui a bouleversé la mienne. C’est aussi une observation attentive qui m’incite à penser que le vécu de la sexualité « fusion-extase » n’est pas fonction de particularités anatomiques qui font de nous un homme ou une femme. Même la sensation physique de pénétrer/être pénétré(e) peut devenir confuse (et sans intérêt) quand s’ouvrent d’autres dimensions du plaisir.

C’est une grossière manipulation d’instrumentaliser la séduction sous le couvert d’une expérience mystique — dont, bien sûr, la partenaire pourra garder quelques miettes. Ce jeu est très répandu, en Occident autant qu’en Inde, avec pour acteurs des hommes qui se prétendent porteurs d’une « tradition tantrique » pour mettre le grappin sur des femmes à la recherche d’une autorité spirituelle.

Pour moi, décider qu’on va vivre une « expérience » avec la personne de son choix (en couple ou dans une rencontre fortuite) c’est aller vers une désillusion totale ou accepter de se mentir à soi-même. Il n’y a pas de technique menant à l’extase. À partir du moment où l’on se soumet à une technique en vue d’atteindre un état particulier, on se détourne des sensations (la seule réalité objective) et d’une relation « de cœur à cœur » avec sa/son partenaire. La première étape d’une ouverture de la sexualité me paraît donc d’admettre qu’il y ait des choses qui se décident en dehors de nos pensées, de nos croyances et de nos sentiments. Une relation peut très bien se vivre de cœur à cœur dans le registre de la jouissance et une autre se dissoudre dans la sècheresse à force d’attentes d’extases jamais comblées. Les désirs ne tiennent jamais leurs promesses. (Schopenhauer)

Je ne vois pas de barrière fixe entre une sexualité sensuelle (« physique ») et une autre qui se prétendrait spirituelle (« de l’âme ») quels que soient les gestes accomplis et l’intimité vécue entre les êtres. Mais l’absence de barrière n’entraîne pas qu’il soit honnête d’aborder une personne du sexe opposé sous le couvert d’une amitié tendre, de nature « spirituelle », tout en espérant que cette relation pourra ensuite se déployer dans la sensualité. J’ai envie d’être honnête, de reconnaître la dimension sexuelle et de la partager avec l’autre. (Ne pas rester dans le non-dit, sans pour autant se noyer dans les confidences.) J’ai envie d’être honnête parce que j’ai éprouvé le goût amer de la manipulation, dans un sens ou dans l’autre.

Se tenir enlacés, sagement immobiles, peut passer pour « non sexuel » jusqu’au moment où je me rends compte que je n’aurais pas envie de cette intimité amicale avec un homme, un enfant ou une femme non désirée. Même s’il a été dit clairement qu’il n’y avait pas un désir partagé d’aller vers l’accouplement, je n’ai pas envie de cacher le plaisir de recevoir de ma partenaire la chaleur de ses seins, de son ventre et de son sexe, l’odeur de ses cheveux, son haleine, qui sont pour moi autant de manifestations sexuelles que son regard et son sourire. Je peux aimer la pression de ses seins sur ma poitrine sans avoir envie de faire rouler un mamelon entre mes doigts, et la pression voluptueuse de son ventre sans lui faire subir la tension de mon sexe. J’aime qu’une embrassade embrasse aussi cette dimension sexuelle, à condition qu’elle soit vécue comme une telle et non comme un « préliminaire ». J’aime aussi qu’une fois l’embrassade terminée on se quitte sans regret : l’art de « défusionner ».

Une autre pratique « tantrique » que je qualifie de détournement est celle qui consiste à prendre au pied de la lettre l’image du mélange des fluides. Dans la symbolique des mystiques « bâul » du Bengale (Bhattacharya 2002) le fluide masculin est le sperme (« bîj ») et le fluide féminin le sang menstruel (« rajas »). Ce qui signifie que l’union sexuelle mystique ne pourrait avoir lieu que pendant les règles de la femme. Ajoutons que la pratique est pimentée par la croyance que l’union avec une fille vierge est hautement souhaitée. (J’aurais été surpris qu’ils recommandent une partenaire ménopausée !) Dans mon expérience il n’y a aucun lien entre le choix d’une période et la qualité de la rencontre. Il y a des femmes qui aiment s’accoupler pendant les règles, d’autres qui détestent, ce choix m’est indifférent. Quant aux femmes ménopausées, elles peuvent être de merveilleuses partenaires !

Cette idée de réabsorber les fluides fait fantasmer beaucoup de monde. En Inde, des hommes essaient de la produire matériellement en s’exerçant à aspirer des liquides à travers leur sexe (Darmon 2002). Ils y parviennent par un contrôle de la prostate après s’être enfilé une sonde médicale à travers l’urètre. Cette manipulation peut les amener au septième ciel, car l’exercice produit des orgasmes d’une grande ampleur qui sont perçus comme des « extases ». Mais pour beaucoup l’expérience se termine à l’hôpital !

Tout cela me paraît aux antipodes du tantrisme originel. Dans des conditions particulières (ce que le tantrisme appellerait « orgasme de la vallée ») j’ai eu la sensation d’une éjaculation très diffuse associée à une perte (ou un oubli) de l’érection et une détente totale du corps et de l’esprit. Dans cet état particulier j’ai eu l’impression que mon corps réabsorbait les « fluides » comme une éponge.

À l’opposé de cela, je peux vivre une jouissance intense pendant laquelle j’ai l’impression que mon sexe est devenu immense, très vigoureux, et cette jouissance se prolonge parfois pendant plusieurs minutes — elle semble ne jamais s’arrêter jusqu’à ce que je le décide. (J’ai surtout vécu cela en jouissant seul, et dans une moindre mesure avec une parternaire.)

Il me semble que les hommes sont conditionnés par la croyance qu’après l’éjaculation tout est fini. Ils sentent leur sexe perdre toute sa vigueur et ils ont envie de s’endormir en tournant le dos à leur partenaire, si ce n’est de se rhabiller et de rentrer chez eux. C’est une triste réalité qu’on entend trop souvent. Je me suis aperçu que si l’homme lachait cette croyance (et sans doute d’autres habitudes néfastes) l’érection pouvait continuer après l’orgasme, alimentée par le désir et non comme une prolongation qu’il conviendrait de programmer pour « satisfaire » sa partenaire. Ce qui permet d’atteindre une telle pratique est le contrôle du périnée pour que l’orgasme ait lieu sans éjaculation, et pourtant dans un lâcher-prise total. (La technique n’est pas très difficile, voir « Certif. fellation ».)

Dans le rituel tantrique décrit par Varenne (1997) et autres auteurs, tout commence par l’éjaculation de l’homme. On peut imaginer qu’il y aurait un orgasme (dont pourrait aussi être gratifiée la partenaire féminine) et qu’ensuite les amants continuent sur ce que j’appelle la « voie de l’extase ». Je ne l’ai vécu que récemment et pour une faible durée. La plupart du temps, quand ma partenaire avait envie d’un ou de plusieurs orgasmes, je n’ai pas senti de prolongation vers une sexualité extatique. Par contre, ce qui me vient sans y penser, c’est le retour de l’érection après l’orgasme qui me libère de l’appréhension de « jouir en premier » et donc de « décevoir ma partenaire ». Cette faculté s’est mise en place progressivement, après une période où des femmes me disaient apprécier que je mette peu de temps à « ressusciter d’entre les morts ».

La bifurcation entre « pénétration-jouissance » et « fusion-extase » se fait spontanément à un certain moment de la rencontre sexuelle. Elle est involontaire mais peut aussi être encouragée par les circonstances : le fait, par exemple, que la femme risque d’être fécondée. Elle peut avoir lieu pendant l’accouplement des sexes ou bien avant. Elle peut se traduire par l’absence d’accouplement ou au contraire un accouplement prolongé pendant des heures. Cette voie m’a été imposée, au départ, par une femme devenue allergique à la jouissance des hommes et qui avait beaucoup de difficultés à « ouvrir son sexe ». Il y aurait de belles pages à écrire sur l’ouverture (thème relié bien sûr à l’enfantement) mais je me contenterai de dire que si pour nous elle se matérialisait dans le sexe il s’agissait avant tout d’ouverture « du cœur ».

Il peut paraître simple d’accoupler les sexes et de rester quasiment immobiles, l’homme allongé sur le dos et la femme à califourchon, mais c’est un apprentissage (fort agréable) car, physiquement déjà, cela suppose que le sexe de la femme reste « ouvert », chaud, ruisselant de désir, tandis que celui de l’homme reste présent et puissamment déployé. Quand j’étais contraint à cet exercice comme seule forme possible d’accouplement, je sentais parfois le sexe de mon amante refroidir, alors qu’elle s’évadait dans des pensées, et le mien finissait par s’ennuyer et se replier. Elle me le reprochait, c’était une lutte entre nous, puis nous avons fait du chemin, ensemble et chacun de son côté, jusqu’à être capables de « présence » et de perméabilité au flot qui traversait nos corps et bien au delà.

Dans cette phase de découverte nous nous sommes aperçus que certains gestes inhibaient totalement le processus. Par exemple tout ce qui visait à exciter l’autre : toucher le clitoris, caresser ou pincer les seins, faire des mouvements brusques. Ce qui n’empêche qu’il lui est arrivé (rarement) de me faire allonger sur elle pour jouir « comme un taureau » en lui pétrissant les seins. Les gestes ne sont donc pas liés aux préférences ni aux habitudes des partenaires mais plutôt à la situation qu’ils sont en train de vivre.

Cet « apprentissage » a débuté, les premiers mois, par des rencontres où nous faisions l’amour pendant des journées entières sans accoupler nos sexes, car elle ne supportait même pas la pénétration de l’homme. C’était frustrant pour nous, à l’époque, mais plus tard j’ai appris à goûter les rencontres amoureuses « jouissives » ou « extatiques » où l’intimité est totale sans pour autant que les sexes ne soient sollicités.

Pour conclure, je regrette qu’on enferme la sexualité dans des stéréotypes, que ce soit la recherche de la jouissance maximum aussi souvent que possible, ou au contraire le désir d’extase supposé nous libérer de cette sexualité « bestiale ». Mon ambition est de devenir un dieu sans cesser d’être un loup. ;-)

Lire aussi :
Le tantrisme : mythes, rites, métaphysique ». Jean Varenne. Albin Michel, 1997.
De sang et de sperme : la pratique mystique bâul et son expression métaphorique dans les chants. Grance Bhattacharya. In V. Bouillier & G. Tarabout (eds.) Images du corps dans le monde hindou, CNRS éditions, 2002 , p. 241-272
Vajrolî mudrâ : la rétention séminale chez les yogis vâmâcâri. Richard A. Darmon. In V. Bouillier & G. Tarabout (eds.) Images du corps dans le monde hindou, CNRS éditions, 2002 , p. 213-240


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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 10:01
Elle, c’est Marie. Assise en amazone sur le porte-bagages de ma mobylette verte. Nous avons roulé en descente jusqu’à une petite ville, traversé quelques carrefours, et je m’apprête à prendre une petite route qui remonte lentement vers la montagne. Je ne sais pas vraiment où l’emmener ; seulement qu’avant de passer le pont nous pourrons nous arrêter dans un pré bordé de joncs, les pieds dans l’herbe humide sous un ciel bleu qui pourrait être le Portugal.

Il n’y a pas grand chose à attendre. D’ailleurs, Marie reste silencieuse à me regarder, le visage éclairé d’un sourire qui me vide de toute pensée.

Nous avons pris la route. Soudain je m’aperçois que le moteur ne donne rien : le carburateur fait encore des siennes. En me penchant pour le nettoyer je m’aperçois que je suis vêtu d’un pantalon de grossière toile noire dont la braguette est ouverte.

Le clocher voisin a sonné neuf coups et notre petite chienne a sauté sur le lit pour nous réveiller. Il faut rejoindre la famille.
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28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 23:25
Plus jeune que moi, elle a déjà commencé à payer la note de cet oubli de soi qui consiste à vivre « comme tout le monde » : malbouffe, tabac et autres dépendances, ne pas respecter ses besoins de repos ou de sommeil… Je croise de plus en plus de gens qui commencent à payer très tôt. Il y a l’apparence physique — certain(e)s à 30 ans en paraissent 15 de plus — mais aussi, moins visibles, des signaux dont on parle parfois : fatigue chronique, vertiges, perte de cheveux, insomnies, allergies (ou « intolérances »), douleurs articulaires ; puis la lassitude, l’irritabilité, l’impossibilité de s’ajuster à son entourage, au point de ne plus pouvoir supporter personne, enfin un état de léthargie affective/sexuelle qui se traduit par des séparations sans motif bien apparent.

Ces conversations me laissent sans voix. Je ne peux pas dire à mon amie qu’elle est responsable de son état, car elle me répètera qu’elle a fait mieux que tout le monde, puisqu’elle ne s’est jamais gavée de médicaments et n’accorde aucun crédit à ce que disent les médecins (qu’elle consulte quand même). Elle a vu tout ce qu’on pouvait inventer comme homéopathes, acupuncteurs, naturopathes qui n’ont rien pu faire pour elle… D’ailleurs, tout cela remonte à son enfance, sa mère et des gens disparus avant sa naissance, elle l’a lu dans un bouquin épatant sur la psychogénéalogie.

Il y a des facteurs qu’on ne peut pas maîtriser. Contrairement à la soupe de gourou que voudrait me faire avaler Séverine, tout le monde ne peut pas vivre dans une jolie maison d’un pays de rêve, à 500 mètres d’une ferme bio, avec des gens merveilleux, un boulot sympa et un compte bancaire toujours approvisionné. Je ne vais pas cautionner cette doctrine new age qui veut qu’on soit chacun la cause de son propre malheur, y compris les avalanches, accidents d’avion et autres viols sur un parking. Un peu de compassion vous rendrait moins puants, bande de nases. (Pfff, du même métal, vous avez vu le documentaire sur Tom Cruise et la scientologie ?)

Le capital génétique y est pour quelque chose ; il conditionne sans doute le temps que nous passons chez le dentiste. Mais il y a aussi des facteurs maîtrisables à portée de (presque) toutes les bourses : rechercher une alimentation adaptée à ses besoins, éviter toute dépendance, suivre son rythme de sommeil quel qu’il soit, faire confiance à son corps au lieu de se précipiter chez le guérisseur ou le pharmacien.

Je n’ai jamais eu de difficulté à m’écouter, sauf un manque d’attention aux cycles d’anorexie et de boulimie. Hier je suis sorti de 3 semaines de jeûne qui furent un vrai bonheur — l’occasion d’observer au microscope mes envies. Le jour je n’ai jamais ressenti la faim, jusqu’à hier soir où j’ai compris que le cycle d’épuration était terminé. Une fois, quand même, je suis sorti du bureau avec une envie folle de saucisse fumée, et j’aurais pu tuer quelqu’un pour ça — oui, allez-y pour le bracelet électronique… Ces envies subites sont des réactions psychiques, de même que la nuit, très souvent, j’ai rêvé que je mangeais des trucs dégueux jusqu’à en éprouver la nausée.

Dans ces rêves et dans la période de réadaptation commencée aujourd’hui, je comprends de mieux en mieux que mon désir est lié au stress. Le fait de manger apaise les battements du cœur, sauf chez ceux qui ont des souvenirs traumatisants de scènes familiales associées à la prise de nourriture. Pour les autres — enfin, les gens normaux comme moi — le frigo fobctionne comme un antidépresseur. Ça tombe bien, il est vide et il me faudra donc gérer le stress autrement.

J’ai une théorie qui dit que la même quantité de nourriture ne produit pas les mêmes effets selon l’état mental du mangeur. Face à un danger, par un vieux réflexe de survie, le corps humain stockera plus volontiers les excédents. Si c’est vrai (je pense l’avoir vérifié pour moi) rien ne sert de se rationner tant qu’on n’a pas évacué son stress. Corollaire : il suffit que je tombe amoureux pour que mes réserves fondent sans que j’aie à changer mes habitudes de vie.

Tout cela est du ressort de la manière douce. Je passe sur ce qui ne me pose aucun problème : fièvres, infections, douleurs accidentelles pour lesquelles je n’ai consulté personne ni absorbé ne serait-ce qu’une tisane depuis mon enfance. Mais je crois que la manière douce ne suffit pas sur le long terme car notre environnement a changé. En plus des problèmes de pollution dont on ne sait pas encore chiffrer l’impact, nous sommes de plus en plus sollicités, manipulés, coupés de nos véritables besoins et canalisés sur des envies fabriquées par d’autres. Par exemple, nos frigos ne sont pas vides : ils sont souvent remplis de produits prêts à consommer « parce que c’est si pratique ». Or les jeunes enfants s’habituent très vite au grignotage avec tous les déséquilibres alimentaires qui en découlent.

Au risque de passer pour un vieux con, j’oserai dire qu’on a besoin de discipline, la meilleure étant celle qu’on applique à soi-même en toute connaissance de cause. L’abolition du grignotage est une décision aussi vitale que le refus de toute dépendance à des substances toxiques. Un petit calcul pour les jeunes candidats à la boulimie invisible (celle des « en-cas ») : si l’on s’autorise à prendre un kilo par an, ce qui n’est rien vous en conviendrez, en partant de 60 kg à 20 ans, à quoi va-t-on ressembler à 50 ?

Je n’ai utilisé de chiffres que pour l’exemple. En fait j’y accorde très peu d’importance car pour moi la santé est le rapport de bien-être que nous entretenons avec notre corps, même hors-norme ou « malade » selon le sens commun. Une fois par an environ, je suis pris d’une violente fièvre et je m’enferme sous les draps pendant 8 à 12 heures. C’est un vrai bonheur, un moment privilégié, un peu comme la cuisson du potier.

J’écoute cette femme qui tire cigarette sur cigarette en me parlant de ses déboires de santé et de l’incompétence des médecins. Que lui répondre ?
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2 juillet 2006 7 02 /07 /juillet /2006 23:13
Deux fois je suis revenu ici sans Marie. Le sillon de sa présence est encore frais. Ce chemin creux où nous parlions de choses profondes, vite oubliées — comme un clavier vide garde une trace de l’accord final — la saveur de l’air, les aspérités, un brin d’amertume, mais tout cela n’a plus de sens, n’est-ce pas.

Marie lumière, Marie musique, Marie mon enfance retrouvée au terme d’un printemps de folie. Marie plaisir, encore, prends, mon amour, la source est intarissable.

Je n’ai rien de plus beau que le feuillage d’un tremble pour évoquer l’éblouissement des sens, la jouissance à l’état pur qui persiste une fois le vent tombé. (La petite tricheuse déteste que j’écrive « extase », mais pourquoi faut-il que je croise encore son chemin ?)

C’est d’une autre vie que je vous parle. Nous avions piqué deux tentes au bout du champ. Deux pour que les autres ne sachent pas. Bien sûr ils savaient. S’ils me voyaient seul : « Où est Marie ? » Pas d’ombre sans lumière.

Mon regard et mon haleine ont gardé l’empreinte de l’Amoureuse. Des femmes la reconnaissent, déçues de ne pas y trouver leur reflet.

Ici nous avions refait le monde, un peu, et l’amour, beaucoup.
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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 00:05
Ligeti est mort. Györgi. Compositeur autrichien né en Hongrie, rescapé du nazisme puis du stalinisme. Un grand bonhomme. Échelles harmoniques non tempérées, polyrythmes, illusions sonores… Si vous avez le courage de regarder jusqu’au bout « 2001, Odysée de l’espace » (je m’y suis attelé trois fois avant de recycler la cassette) vous entendrez son Requiem.

Tout un monde qui refait surface dans une vie que je croyais accomplie (d’où ma présence en pointillés sur la blogosphère). Depuis janvier, on me contacte pour faire revivre un projet, j’ouvre les tiroirs poussiéreux, tout est là, servez-vous les gars, ma cervelle est en open source, mes couilles en licence BSD. On m’invite : Graz en octobre, Edinburgh en novembre. Reprise du rôle, retour en scène.

Mais Ligeti est mort. Merde. Un homme qui a écrit pour des machines. Mécanismes déréglés. Avant ma mort, j’écrivais des machines qui écrivent pour les humains.

Sa photo était dans Le Monde (14 juin page 30). Déjà passé… Je suis triste.
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