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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 14:21
Il y a un peu plus d’une semaine j’ai croisé Marie en sortant d’une réunion. C’était une totale surprise, bien que j’aurais dû me souvenir qu’elle anime une activité chaque samedi dans ce lieu. Il y a huit ans maintenant que nous ne nous sommes pas vus. Parfois un court message auquel elle répond évasivement, sinon par le mutisme quand je lui fais part de sentiments.

Cete courte rencontre et les paroles échangées tandis que nos amis occupaient tout le passage, ont été bouleversants pour moi, et je crois aussi pour elle. Je l’ai sentie gênée par mon regard sur son corps dont les années ont un peu érodé le charme ; mais je n’ai pas pu lui dire (avec des mots) à quel point je la trouvais belle, ni que sa présence faisait revivre la réalité du premier regard que nous avons échangé. Il persiste entre nous un lien invisible que rien ne peut détériorer, même si nos chemins ont divergé et si les corps ont pris de la distance. Elle a regardé le mien avec des yeux brillants, surprise de la transformation qui me fait remonter le temps.

Si nous avions été seuls j’aurais embrassé ses lèvres. Elle a toujours aimé les baisers que je lui volais et je suis toujours fou de l’élégance de sa bouche.

J’ai marché sous la pluie, une pluie qui lavait des larmes de bonheur.

Sur le quai de la gare, juste avant de monter dans le train, j’ai acheté une tarte au citron meringuée et l’ai dégustée en repensant à toute la jouissance vécue avec Marie. Jamais une tarte au citron ne m’a paru aussi savoureuse !

Dans le train j’ai tapé un petit SMS expédié après avoir retrouvé son numéro. Sans réponse. Une bouteille à la mer, je ne peux pas plus.

Le plus bouleversant pour moi était de découvrir qu’elle existe dans le monde réel et pas uniquement comme le souvenir fantasmatique d’une relation passionnelle où je l’avais remisée. Cet idéal de la passion amoureuse surgit fréquemment dans ma relation avec Hannah, tantôt comme un jeu de miroirs, tantôt en contraste. Or je sais aujourd’hui que ce sont deux histoires distinctes malgré la ressemblance physique et certaines expressions de visage. (Il n’empêche que hier, alors que je devais appeler Hannah, j’ai cherché dans mon répertoire le numéro de Marie, et qu’il m’est encore arrivé de confondre leurs prénoms.)

Un soir j’ai parlé de cette rencontre à ma compagne. Elle m’a serré dans ses bras en disant : « Alors c’est vrai, on peut vivre deux passions amoureuses en même temps ? » Oui.

[À suivre]

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 18:40
Ces chose-là arrivent parfois : elle m’a dit que j’avais une grosse bite. Enfin, pas exactement en ces termes, mais avec des mots très délicats qui reviennent au même. Hannah est en sidération devant mon sexe. Entre deux accouplements, elle passe beaucoup de temps à le contempler, le toucher, et goûter jusqu’à la saveur âcre d’un sperme offert avec toute la retenue dont mon périnée est capable. Elle joue et rejoue la scène de la fellation dans L’Empire des sens, ainsi que ces scènes du début qui m’éblouissent de plaisir tellement les lignes de son corps fragile ressemblent à celles d’Eiko Matsuda, l’interprète de Sada.

(Nous interrompons le film huit minutes avant la fin, étant radicalement anti-corrida !)

C’est la première fois qu’une femme évoque la taille de mon sexe, la première fois aussi que je prête attention à cette question de taille. J’ai toujours estimé qu’il était « dans la moyenne » et que cela n’avait aucune espèce d’importance. J’ai toujours détesté le narcissisme masculin, jusqu’à mépriser les hommes qui s’ennorgueillissent de leur musculature. Du reste, ceux qui font de la gonflette sur les plages ne cherchent-ils pas à faire oublier une atrophie de leur pénis, voire de leur libido, contre laquelle aucune musculation ne serait efficace ?

Au niveau du sexe, j’ai toujours cru être dans la moyenne et je le crois toujours. Catherine m’avait même révélé avoir rompu avec son amant précédent parce qu’il avait un membre d’une telle ampleur (elle brandissait un légume évocateur) que toute pénétration était intolérablement douloureuse pour elle. Je m’étais réjoui d’être normal, ce jour-là, et d’avoir apporté un lubrifiant au silicone !

Après tout, si Hannah se félicite d’avoir rencontré un amant bien membré, c’est peut-être tout simplement parce que, jusqu’à présent, elle a eu affaire à des sous-dimensionnés… Il faudrait peut-être que je demande une contre-expertise !

Des volontaires ?

26 mai 2013
Il est temps de rectifier… Depuis cet épisode Hannah a connu d’autres amants. Du gros calibre ! Maintenant elle dit que j’ai un « beau sexe » !

[Suite]

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 22:01
nude.jpgDans mon rêve de cette nuit, elle était debout au sommet de la rue, face à une foule indifférente. Moi légèrement en retrait. J’ai fait glisser la chemise de ses épaules. La peau de son buste est apparue comme lumineuse. Je sentais son plaisir : pas celui d’être belle et de s’exposer nue, mais d’avoir célébré la vie dans son corps (avec cet homme). Un homme entre parenthèses, car je reste dans l’ombre ; pas celui qui la prend, mais un possédé sous l’emprise de son toucher. Je venais de lire :
Elle apprit tant de choses au cours de cette brève nuit d'été. Elle s'était imaginé qu'une femme en mourrait de honte. Et ce fut la honte qui mourut. La honte, c'est-à-dire la peur : cette profonde honte organique, cette très ancienne peur physique tapie dans les racines de notre corps, et que seul peut évacuer le feu de la sensualité. (D.H. Lawrence, L’amant de Lady Chatterley. Livre de Poche, 1991, p. 315)

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 14:57
yr5b4zj4do0hrybo.jpgJe n’aurai pas le temps…

Dans cette chambre étroite et décrépite, nous sommes longtemps restés à distance sans compter ni mesurer. Elle debout, adossée au mur, son regard posé sur mon corps allongé. Nous avons calmement parlé du temps, ce temps qui manque aujourd’hui, et qu’il faudrait nous donner pour vraiment se donner l’un à l’autre, afin que la satisfaction sexuelle soit prolongée par une expérience mystique…

… De visiter toute l’immensité
D’un si grand univers…


Mais voilà, c’est un piège tendu par la nostalgie. Le piège des émotions. Aucune qualité particulière n’est attachée à l’instant présent, théâtre d’une intense lucidité, dans ces expériences évoquées avec révérence comme un archipel de paradis perdus : satori, maithuna, fusion, extase ou même « ens-tase »… Car il s’agit bien du même « maintenant » et du même « moi » !

J’ouvre tout grand mon cœur
J’aime de tous mes yeux


Laissons là Michel Fugain… L’Amante s’est placée à califourchon au-dessus de mon ventre et l’espace s’est ouvert : le ciel en elle et l’océan en moi. Nous écoutons nos sensations comme un vent léger balayant les nuages de ses dernières peurs. Glissement vertigineux. Pour nous, tout bascule et nous arrivons au terme de l’attente. Nos mouvements ralentissent pour que l’excitation cède la place à la plénitude du désir. Je l’ai touchée, enfin, touchée pour une première fois reliée à toutes les autres « premières fois » de mon existence.

Quand le réveil a sonné nous étions enlacés dans cet apaisement total. Nos corps se sont lentement défaits de leur étreinte, laissant la tristesse suivre son chemin.
En relisant ces lignes inscrites dans mon journal intime, je réalise la faiblesse de mes descriptions. Il est vrai, l’image du ciel et de l’océan a surgi dans ma conscience, mais elle prenait source dans une sensation bien précise : le contact peau à peau de nos sexes. Une vibration qui nous berçait dans le silence et l’immobilité…

C’est grâce à Catherine Millet que je me rends compte de cette autocensure dont souffrent mes écrits et d’une perte de saveur d’expériences transmises sous l’habillage de métaphores. Je reprends ci-dessous un passage de La vie sexuelle de Catherine M. qui raconte un vécu très proche avec une maîtrise du vocabulaire devant laquelle je ne peux que m’incliner. Des mots que j’oserais à peine prononcer, et encore moins écrire…

Libérée dès son enfance de tout jugement moral concernant la sexualité — elle « baise comme elle respire », selon ses mots — l’auteure n’est pas motivée par un désir de transgression, ni de l’exhibitionnisme, et moins encore par une idéalisation du sexe qui lui servirait de rempart contre les attaques des moralistes. Elle parle des corps et des sensations avec des mots qui peuvent trouver un écho dans nos propres corps et sensations, pour peu que nous soyons prêts à cette intimité avec le réel… Les commentaires montrent que de nombreux lecteurs/lectrices pourtant complaisants avec la pornographie n’en franchiront pas le seuil ! Mais j’ai bien apprécié la fin de celui de Fuchinran Sandrine Monllor :
La Vie sexuelle de Catherine M. est un roman en miroir volontairement à double tiroir : les lecteurs pétris de préjugés n’y verront qu’une nauséabonde série de sessions de baises à la limite de la prostitution consentie, les autres trouveront un large panel d’émotions et d’affects qui les troubleront et les feront réfléchir aussi sur eux-mêmes…
Le problème de la littérature et des mots, c’est que souvent, ils croient donner l’image d’une réalité avec laquelle il y a pourtant une très grande distorsion. Je pense que ce qui choque le plus, ce n’est pas tant le sexe si obscène soit-il (qui est très utilisé en littérature) ni même l’aspect pornographique, que le fait de voir une femme se permette d’en parler sous son angle mécanique et technique comme nombre d’hommes en n’hésitant pas à se faire passer pour une salope en confondant expérience, plaisir, danger, sexe et rapport…
Pour moi, il y a bien plus qu’un « angle mécanique » dans le témoignage sans équivoque de Catherine Millet. Elle nous fait partager des sensations qui servent de points d’appui à une vision du monde plus vaste, sans limites, mais qui n’est pas le produit de spéculations intellectuelles. Cette escalade sans le garde-fou d’une philosophie morale peut donner le vertige si nous perdons pied (en quittant la sensation)… En définitive, Catherine M. nous invite à bâtir en toute liberté la « cité postsexuelle » appelée par Marcela Iacub et Patrice Maniglier dans leur corrosif Antimanuel d’éducation sexuelle (Bréal 2005).

Assez de bavardages, je termine en lui laissant la parole :
Comme Jacques a une prédilection pour les baises impromptues dans la campagne, je n’en suis pas privée. Dans la région où nous passons nos vacances, beaucoup de chemins se terminent en cul-de-sac dans les vignes. Parvenus à l’une d’entre elles, située en hauteur et abandonnée, nous nous approchons avec précaution, à cause des ronces, du mur de pierres sèches. Comme je crains de retirer mes tennis, j’écarte au maximum les bords de la culotte pour ne pas la salir quand j’y passe les pieds. Je porte une robe chemisier que j’ai déboutonnée et que Jacques rabat sur mon dos. Les bras tendus, la culotte roulée dans une main, je prends un appui précaire sur les pierres branlantes. Dans ces conditions, il n’y a pas toujours de préliminaires ; Jacques s’engage dans la vulve qui s’écarte peu à peu, serrant très fort dans ses poings la chair disponible sous ma taille. La tête pendante, je vois dans la chambre sombre de mon corps plié en deux mes seins qui pendent et ballottent, les ondulations régulières de l’estomac et du ventre, et puis, au fond de l’étroite galerie, là où réapparaît la lumière, juste un peu de la surface froissée de ses couilles et, par intermittence, la base de son membre. Observer le très court, très mesuré mouvement de va-et-vient fait monter mon excitation autant sinon plus que le polissage lui-même.

Je creuse encore plus le dos et relève la tête pour opposer une résistance au bassin de Jacques qui heurte plus vivement mon cul. Sur ce versant de monticule au-dessus duquel nous nous trouvons, la broussaille a remplacé la vigne. Quand mon con se trouve rendu sensible jusqu’au plus profond, je suis bien obligée de baisser les paupières et, à travers les cils, j’entrevois sur la droite le village de Latour-de-France. Je garde la faculté de me dire : « Voilà Latour-de-France » et d’apprécier une fois de plus sa situation pittoresque sur une butée au milieu de la vallée. Le paysage s’élargit. Je sais le moment où mon plaisir n’ira pas plus loin (quand j’ai eu mon compte, comme on dit, et quelle qu’en ait été l’intensité) et je laisse venir Jacques, dont les poussées sont désormais plus espacées, jusqu’aux trois ou quatre à-coups de l’orgasme, tandis que mon esprit s’abandonne à un autre épanouissant plaisir : libre, il circule et s’attache au contour de chaque colline, les distingue les unes des autres, et se laisse prendre à la magie de l’encre des montagnes en arrière-plans. J’aime tant ce paysage mouvant qui se révèle par pans tombant lourdement les uns devant les autres, et je suis heureuse, là, simultanément, d’être inondée et débordée du foutre qui sourd quelque part au fond de mon ventre.

Dans un pays qui a gardé de la sauvagerie, Céret est une ville d’allure noble. On y dîne dans de très bons restaurants. Arrivés, Jacques et moi, une fin d’après-midi, trop en avance pour nous attabler immédiatement, nous décidons de monter jusqu’à un chemin de sable, large d’au moins quatre ou cinq mètres. La pente est douce, le sol est nivelé, si bien que je n’ai pas à quitter les très hauts escarpins en vernis noir que je porte pour l’occasion. Dans le presque crépuscule, le contraste entre la blancheur du chemin et la végétation haute et sombre qui le borde s’accentue. Du côté du vide, des percées nous permettent de dominer l’imbrication des plans de tuiles rustiques qui s’oppose à la perception que l’on a de la ville lorsque, entre ses dignes façades de style dix-huitième, on marche sur des avenues dont le toit d’ombre est porté par des platanes de trente mètres. On pourrait croire que la plaine, poussée par la mer comme une immense barge, a contraint la ville à se rapetisser contre la montagne. Nous nous arrêtons pour, postés l’un devant l’autre, jouer à repérer comme sur une carte d’autres villages. Les hommes précautionneux vous enserrent d’abord les épaules et la poitrine, vous chatouillent des lèvres la base du cou. Jacques, lui, commence toujours par s’emparer des fesses. Compréhension immédiate de sa part qu’il n’y a rien sous la robe bustier pied-de-poule, très couture, dont je me dépouille d’un seul élan comme d’une mue. En se glissant par l’arrière, il me palpe doucement la chatte avec sa petite tête chercheuse, sans essayer de pénétrer. Je presse mon dos contre lui. La température de l’air est idéale. Il s’établit une sorte de correspondance entre l’étendue autour de nous et le déplacement de ses mains en une ample promenade sur mon buste et mon ventre. Je me soustrais quand même à ces caresses parce que, même lorsque la queue est déjà bien raide, je ne la prends pas dans le con sans lui avoir consacré ne serait-ce qu’une brève fellation. Enfin, je représente mon cul. En équilibre sur mes talons, les jambes légèrement pliées pour être à hauteur du bel embout lubrifié, je pose mes mains, doigts écartés, sur mes cuisses contractées. Maintenir la position sans autre appui est assez fatigant. Mais comme j’ai bien été fourrée ce soir-là, l’arrière-train empoigné, foulé, pétri et le haut du corps projeté en avant, au-dessus de la plaine du Roussillon qui lentement se dissolvait ! Je me souviens clairement de m’être dit, pendant ces minutes, dans un accès de conscience qui cristallise le plaisir, qu’il me faudrait un jour trouver le moyen de fixer par écrit cette joie extrême éprouvée lorsque les corps, attachés l’un à l’autre, ont la sensation de se déplier. Pour comprendre, il suffit d’imaginer comment l’on voit, dans les films consacrés aux merveilles de la nature, et grâce à un procédé d’accélération, des pétales de roses inhaler l’oxygène et se défroisser avec méthode.

Catherine Millet. La vie sexuelle de Catherine M. Poche, 2002, p.110-ff.
Bon, mais autant j’apprécie la Catherine M. de ce récit, autant je reste à distance de ce qu’elle a fait du métier de critique d’art ! Il y a des gens qui ne l’apprécient vraiment pas, comme Nicole Esterolle que je cite :
(...) Je pense en effet, que ce personnage, qui est l’incarnation exacte de la collusion sexe-argent-pouvoir, qui a fait de l’art une arme au service de l’appareil répressif et exterminateur du sens, tenu par les politiques, les publicitaires, les faiseurs d’argent, les trissotins cultureux, les pervers sodomiseurs de mouches fonctionnarisés peuplant les écoles d’art nationales, régionales et municipales ; ce personnage invraisemblable qui règne depuis près de 40 ans sur l’art français, par l’appareil de terreur intellectuelle qu’elle a réussi à y installer et dont elle est la clef de voûte … Oui, je pense que cette figure de proue d’un système dictatorial de type soviéto-capitaliste, comme quelques autres tyrans grotesques viennent de le faire récemment, doit, elle aussi, DÉGAGER !

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 19:07
Vanessa, encore.

La situation est devenue compliquée, délicieusement compliquée !

http://www.freedigitalphotos.net/images/photos/81_1.jpgElle s’est amourachée de Christian, un homme de son âge, beau gosse à ce qu’il paraît, mais qui vit en couple avec une femme qui a renoncé à sa propre liberté sexuelle de peur de le perdre ou de se perdre… Ce couple allait jusqu’à pratiquer l’échangisme avant de se « stabiliser ». Pour moi ce n’est pas un gage de liberté, bien au contraire, car « prêter » son/sa partenaire des jeux amoureux revient à affirmer qu’on en est propriétaire : il s’agit d’échanger des objets de jouissance comme d’autres échangeraient des pièces de collection ou leur logement. Simple simulacre de liberté, car être libre n’est pas consentir mais choisir, suivre ses élans vers d’autres personnes en accord avec son ressenti, et non régler ses comptes avec la morale en s’exerçant à la transgression. Il n’y a pas de transgression sans interdit. Que ceux qui n’ont jamais lu Catherine Millet me prouvent le contraire !

Un matin, donc, Vanessa arrive à mon bureau, épuisée par une première nuit blanche sur un parking aux côtés de Christian, livrée à des jeux érotiques intenses mais sans accouplement. Un long préliminaire qui l’a survoltée. D’autant plus qu’au moment du dessert, à la terrasse ensoleillée que nous fréquentons à midi, je lui raconte ma soirée surprise près du monastère… Là elle laisse exploser sa jalousie.
Ceux qui obéissent à des principes moraux sont sans doute mieux armés pour affronter les manifestations de la jalousie que ceux que leur philosophie libertine laisse désemparés face à des explosions passionnelles. La libéralité la plus grande et la plus sincère dont un être fait preuve dans le partage du plaisir pris avec le corps de l’être qui lui est cher peut, sans qu’aucun signe ne l’ait annoncé, être traversée d’une intolérance exactement proportionnelle.
Catherine Millet, La vie sexuelle de Catherine M., Seuil 2001, p. 75.
La colère de Vanessa a duré presque une semaine, puis elle est retombée progressivement grâce à une analyse distanciée de notre histoire. Quand nous avions vécu cette étrange fusion orgasmique, il y a quelques semaines, un lien profond s’était tissé entre nous. Impossible d’en décrire la nature, comme pour les partenaires d’Une liaison pornographique… Mais, pour elle qui n’a jamais connu que le schéma de la passion (au sens de l’exclusivité), ce lien était synonyme d’une totale disponibilité (je dirais : soumission) à l’autre. Or voici qu’elle éprouve les mêmes sentiments pour Christian sans avoir l’impression de me trahir ; et voici que j’ose transgresser notre contrat implicite d’exclusivité par une rencontre « sans lendemain » ! Elle est profondément perturbée par cette contradiction, et cette perturbation va au-delà de l’acceptation ou non de sentiments de rivalité.

Le dimanche après l’orage nous allons ensemble à un concert. Puis nous passons la soirée en compagnie d’un collègue musicien et d’un de ses anciens compagnons. Magnifique ambiance avec ces hommes tendres et apaisés.

En repartant elle me dit : « Si nous dormons ensemble ce soir, tu me laisseras dormir, pas vrai ? Et ce sera sans pénétration ? Il faut que je sois pure pour revoir Christian mardi ! »

C’est d’accord. Il est probable que cette nuit soit la dernière que nous puissions partager avant son départ en voyage. Nous passons chez moi prendre des affaires et nous louons une chambre sur la route. Il est déjà tard.

C’est une nuit extraordinaire où nous ne dormons presque pas, électrifiés par le désir. Je n’essaie pas de rompre le contrat bien que j’estime qu’il appartient uniquement à Vanessa de défendre l’accès à son sexe. Je trouve délicieux qu’elle vienne dans mes bras, très souvent, et qu’elle frissonne au moindre baiser sur sa peau.

Le matin, au réveil, mon étreinte se fait un peu plus forte. Une envie de jouir me rapproche d’elle. Après quelque temps nos sexes sont en contact et mes doigts commencent à goûter l’humidité torride de sa vulve. Là il se passe quelque chose de bizarre : chaque fois que je fais une tentative de pénétrer je perds l’érection. C’est mon corps qui respecte un contrat que ma tête aurait bien envie de le briser.

Je sens mon cœur battre de plus en plus fort et de plus en plus vite. Ce qui fait penser à un cheval au galop qu’on entendrait venir de loin… Justement, la veille Vanessa me disait qu’elle voudrait inclure un galop dans sa bande sonore.

Par surprise un orgasme violent me traverse, avec une importante quantité de sperme. Je sais bien qu’il y a un simulacre de fécondation dans ce geste, et elle le perçoit ainsi : rivalité ! (Le stérilet est définitivement une belle invention.)

Elle me dira plus tard qu’elle était au seuil de l’orgasme à ce moment-là. Le réveil sonne juste après et nous nous préparons sans autre formalité : il faut encore passer prendre ma compagne à la maison pour l’emmener à la gare, puis je déposerai Vanessa chez elle.

Malgré ma sympathie pour Christian je ne peux réprimer un sentiment de rivalité dans la situation présente. Aussi fais-je le pari que la météo ne sera pas clémente à leur rencontre en plein air, ce soir, et que la magie ne sera pas celle attendue. J’ai trouvé une caution morale à ma jalousie : autant ma compagne connaît tout de notre relation, autant la sienne est maintenue en dehors du secret.

Effectivement, le lendemain Vanessa me déclare :
— Tu as tout saboté en me faisant sentir la force de notre amour, en me laissant le temps de désirer me rapprocher de toi. Alors que lui a voulu aller le plus vite dans le sexe, avec en plus l’intention de me prouver son talent. Je pouvais vivre des orgasmes, c’était tout dans le sexe alors que chaque cellule de mon corps disait : « Et moi ? »
Le lendemain elle revient travailler à mon bureau. Le désir est plus fort que jamais.

Impossible de se retrouver ce soir. D’autre part elle a un autre rendez-vous avec Christian demain et ne souhaite pas recommencer le scénario du test comparatif !

Nous parlons beaucoup à la terrasse du restau. Elle me dit que grâce à ce que nous avons vécu ces derniers jours elle comprend que son besoin d’exclusivité correspond à une idéalisation de la relation qui est purement intellectuelle. Encore une fois, j’ai brouillé les cartes…

Juste avant son départ, désir insupportable. Je ferme la porte à clé, elle me prend dans sa bouche puis nous nous accouplons un petit moment. Le soir je lui écris :
Dans le registre « c'est le corps qui parle », j'ai senti quelque chose d’inattendu lorsque nous nous sommes accouplés : un grand apaisement dans ma tête, comme le soulagement d’un désir accompli, et en même temps une protestation de mon ventre qui disait : « C’est trop tôt ! »
Mon corps a pris goût à la lenteur, à cette tendresse et cette subtilité qui fleurissent en nous un peu plus à chaque rencontre. C'est un cadeau inestimable dont je remercie la vie qui fait croiser nos chemins.
Elle passera ensuite deux merveilleuses nuits avec Christian et deux aussi avec moi, sur un fond de tristesse, avant de nous quitter pour son pays lointain. Le matin où je l’ai laissée à l’aéroport elle m’écrit :
Désolée pour mon apparente frustration du matin qui s'est avérée injustifiée par la suite. J'ai fini ma nuit à N., au bord de la mer, pour rassembler tous mes moments de bonheur avant l'épreuve. […]
J’ai mangé là où tu avais pris une glace, et ensuite j'ai fait une superbe séance d'enregistrement remplie de ton amour et du sien, et mon arrangeur ne comprenant pas ce qui avait pu se passer entre la première séance et celle-ci. La nuit et le jour. Ah l’amour, l’amour, toujours… Il me suffisait de penser au bercement des vagues, qui ressemblait à tout ce que j'ai ressenti à nouveau quand je te faisais l’amour sur toi (pensée omniprésente), à ta douceur et à la fougue de Christian. Et pof, je m'envole ! remplie de vie et de bonheur. Merci.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:45
Un grand hôtel proche d’un monastère. Nos chambres étaient voisines : ils l’ont fait exprès ?

Ses yeux pétillent de malice et j’imagine y lire du désir. Vendredi nous avons longuement parlé de ses projets littéraires et de petits et grands remous dans nos vies sentimentales. Au moment d’aller dormir, une tendre accolade qui se prolonge, avec le constat à demi-mots qu’il est bien difficile de se quitter.

Ces mots ont suffi pour combler l’incertitude et ne pas susciter d’attente. Je me souviens du même apaisement vécu lorsque Marie-Ange m’avait glissé au creux de l’oreille : « Toi et moi sommes tellement proches, je crois qu’un jour nous ferons l’amour. » En effet, je m’endors sans plus y penser.

Hier soir elle dormait déjà quand j’ai rejoint ma chambre après le dîner tardif.

Mais ce soir nous voilà enfin seuls, sans travaux à préparer pour le lendemain ! Nous parlons encore avec des regards qui ne trompent pas. Je cherche l’occasion de lui exprimer mon désir mais les sujets de conversation changent trop vite. Nous finissons par décider de nous lever pour aller à la réception commander un taxi pour le lendemain. Il est déjà tard et les couloirs sont encore plus déserts. Nous voici dans les bras l’un de l’autre. Il nous faut une petite dose de bon sens pour ne pas faire l’amour sur les marches feutrées de l’escalier.

Que j’aime son corps et son beau visage !

http://www.freedigitalphotos.net/images/photos/Picture_294_1.jpgAlors que nous sommes intimement enlacés, poitrines nues, elle murmure :
— J’aurais presque envie de te dire que ça m’irait bien d’en rester là.
— Il vaudrait mieux ne rien dire, dans ce cas.
Pour toute réponse, une morsure d’oreille a pour effet de déclencher des frissons voluptueux. Puis nous nous unissons nos sexes. Elle a un « petit orgasme, de ceux qui se répandent dans tout le corps sans soulever une montagne » et nous reprenons jusqu’à épuisement physique. Mais je ne sens pas venir ma jouissance car tout n’est qu’un jeu, la combustion du désir, mais pas cette fusion qui me ferait perdre la tête…

Elle me dira ensuite que j’ai exercé sur elle une « attraction irrésistible » mais je n’en saurai pas plus. Elle me confiera aussi que c’est pour elle une des rares relations sexuelles vécues dans le registre de l’amitié, sans tomber amoureuse.

Soudain elle s'assied sur moi et me masse doucement les hanches. Je lui dis : « Mmmmh ! » Elle répond : « Je te l’avais promis ! » C’est vrai, il y a un an elle me l’avait écrit, ce serait la récompense d’une métamorphose de mon apparence physique.

Le lendemain nous allons ensemble à la gare. Le temps d’une cigarette mentholée dont je lui ai volé une bouffée sur le quai, nos chemins se sont séparés.

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 19:01
CIMG2359 Nous avons quitté le sentier des touristes armés de bâtons de marche et chaussés de lunettes anti-UV, pour descendre dans le lit du torrent. Là, au faîte d’un rocher incandescent de soleil, nous avons fait l’amour, pieds dans l’eau glacée, comme une machine thermique luttant follement pour sa survie. Mouvements de va-et-vient jusqu’aux courbatures dans mes reins. J’ai relâché notre étreinte pour jouir du spectacle : peau blanche sur pierre argileuse, courbes insolentes de sa taille fine… Ses lèvres offertes au plaisir.

Hier soir Vanessa a fait irruption dans mon bureau au volant d’une bétaillère à l’âge incertain. Courte escale à mon domicile où Aimée nous a préparé du matériel de camping, un stock de fromages pour le petit-déjeûner, et nous voilà sur la route après le coucher du soleil. Le temps de goûter une spécialité locale, sur le tard nous reprenons l’ascension jusqu’au fond de la vallée. Là-haut, un hôtel pour bronzés du 21e siècle affiche un panneau publicitaire pour la bière Tourmente. Je me suis fié au GPS pour anticiper les virages serrés car j’avais hâte d’arriver, déplier la tente, remplir la réserve d’eau et savourer ces précieuses secondes, quand la belle se faufilera à mon côté dans le duvet biplace.
— Fais lentement, je voudrais prolonger ce moment !
— J’ai trop envie de toi.
Il y a eu un épisode de fougue dans nos retrouvailles. Vanessa ne devait pas revenir si tôt mais des circonstances familiales l’ont obligée à partir en urgence ; avec succès puisqu’elle a accompli sa mission ; aujourd’hui ce sera donc la fête. Elle est sur moi, en rage de me posséder, et je réponds à la force de ses hanches comme si nous devions épuiser la sensation d’une longue privation. Puis je vais goûter son jardin en friche.

Saveur de mangues cueillies au temps des pluies sur les pentes himalayennes. Je glisse dans ton sillon comme un ruissellement.

À présent, elle s’est allongée sur le dos, nous bougeons à peine et je réalise à quoi se mesure le désir d’une amante : la vibration à peine perceptible de son sexe qu’il faut capter dans une égale tension vers l’immobilité, lorsque le plaisir nous entraîne sur la crête fragile de sa vague. Je n’ai plus besoin d’invoquer la fusion, nous y sommes déjà, il suffit de se laisser porter. Les touristes ont-ils entendu notre cri ?

Une semaine plus tard, à la même heure, nous retrouvons cette fusion incalculable. Ce soir là elle chante dans une chorale. On nous a demandé de réparer le piano électronique, dans l’église, dont la pédale est débranchée. Nous voici couchés sous cet instrument avec un petit tournevis et ma lampe électrique (car il faut redresser les broches d’une minuscule prise), à nous faire des caresses pendant que les dames patronnesses s’agitent autour.

Plus tard à l’hôtel, après avoir partagé un peu de fumée bleue à travers ses lèvres… Cette fois ma shakti a replié ses genoux très haut, accrochée à mon arbre comme une grenouille, dans une passivité absolue qui dégage une formidable énergie.

Le lendemain matin je traverse deux orgasmes à quelques minutes d’intervalle : le premier qui imprime une puissante déflagration à travers mon corps entier à l’exception du sexe, et le second qui prend source à la racine, sans perte de semence alors que je n’ai pas essayé de le contrôler.
— Alors, il paraît que mon périnée est affaibli ?
— Euh, je n’ai jamais dit ça. (Mais je l’ai pensé au début…)
Un dimanche nous allons marcher sur les rochers, déjeûner sur la plage puis flemmasser un peu. Au retour nous avons envie de faire l’amour. Arrêt au bord de la voie rapide. Nous grimpons dans la garrigue mais il y a tellement d’épines sur le sol que nous faisons l’amour debout, elle me présentant son dos, appuyée à un arbuste. Nous crions fort pour couvrir le bruit des voitures.

Ensemble nous sommes allés voir l’ultime chef d’œuvre d’Alain Corneau : Crime d’amour.

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 16:30
Nous avons fait de longues marches sur des chemins qui traversent les forêts. Nouvelles rencontres avec les framboisiers sauvages, quelques fraises des bois d’une saveur insolente, et des myrtilles qui n’étaient pas encore prêtes.

Une framboise sur mes lèvres : immense volupté qui me renvoie à un baiser de pierres sèches où s’inscrivait une délicieuse promesse. Aujourd’hui je cherche sa bouche dans la douceur sauvage des choses volées à l’éternité.

Je voudrais y goûter encore.

Au retour, la rencontre éblouissante d’une femme écrivain dont les récits se sont fait l’écho de mes divagations. Lisez plutôt :
Klára et son Gábor gardaient donc ensemble les deux enfants de Dóra. Ils composèrent un petit train avec des wagons-lits figurés par de superbes albums de reproductions (Rubens, le Tintoret, Boucher), entrouverts sur des images de chairs sublimes. Au sommeil qu’emmenait le bruit du train imaginaire, le pâtissier ajouta le rêve en racontant une histoire :

« Un roi très riche voulait être sûr que les jeunes paysannes, toutes plus belles les unes que les autres, qu’il envoyait à la cueillette des fraises des bois n’avaient point volé ces doux joyaux de son royaume. Le soir, il les embrassait sur la bouche une après l’autre, en les faisant asseoir sur ses genoux. Mais toutes, elles avaient la bouche amère ou fade, sans aucune saveur. La voleuse ne pouvait être que la dernière. Justement ! Les lèvres rouges sentaient la fraise. En même temps, le baiser de cette fille était si sucré, si parfumé — et si ardent — que le roi l’épousa sur-le-champ. Ils eurent une longue vie… et une ribambelle d’enfants presque aussi mignons que vous deux. »

— Et qui les gardait ?
— Qui gardait qui ?
— Les enfants du roi et de la voleuse.
— Dormez maintenant. Klára passera vous border.

Mais Klára était au téléphone. Dóra, cette fois réellement affolée, l’avait appelée, son mari, le professeur de dessin, avait été victime d’un malaise cardiaque en dînant avec sa jeune élève.

— Et comment le sais-tu ?
— Je dînais dans le même restaurant. Klára, j’arrive, je rentre, on doit rassurer les enfants.
— Il faut les laisser dormir, ils n’ont pas besoin d’être rassurés pour cette nuit.
— Mais si. C’est moi la mère, c’est moi qui sais. J’arrive.

Elle dut sonner à sa propre porte parce qu’elle avait oublié ses clés dans l’affolement. L’apprenti pâtissier alla lui ouvrir. Sans réfléchir, il l’embrassa sur la bouche. Mais les lèvres de Dóra ne sentaient pas les fraises.

Eva Almassy. Limites de l’amour. Coaraze : L’amourier, 2010, p.81-82.


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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 21:51
Nous avons fait l’amour dans mon bureau. Cette fois la porte était fermée à clé ; pas comme la fois précédente avec Séverine

Il y a bien longtemps que nous nous connaissons, mais seulement dans une relation professionnelle et amicale. Jamais Vanessa n’aurait soupçonné que je puisse faire une intrusion dans sa vie intime ; mais s’agit-il d’une intrusion ?

http://images.fan-de-cinema.com/photos/comedie_dramatique/une_liaison_pornographique/paysage-2.jpgAccoudée à la fenêtre, à demi-nue, elle regarde les toits de la ville depuis notre chambre d’hôtel. C’est quand même mieux qu’au bureau, et plus confortable que les grandes herbes où nous nous sommes piqué les fesses les jours précédents… J’aspire à travers ses lèvres une fumée bleue qui brûle délicieusement nos poumons. Nos pensées deviennent de plus en plus légères à mesure que le temps nous échappe.
— Aucun enjeu, aucun intérêt, aucun avenir dans notre relation. Chaque fois je pense un peu plus à ce film stupéfiant, Une liaison pornographique de Frédéric Fonteyne…
— Pourquoi pornographique ?
— Parce qu’un homme et une femme y ont décidé de se rencontrer uniquement pour le sexe, et même pour vivre un fantasme dont on ne connaîtra jamais la nature.
— Nous vivons donc un fantasme ?
— Si l’on veut : celui de goûter nos sensations sans nous interroger sur leur signification.
Nous vivons une relation sensuelle et insensée. Peut-être à contresens ? D’ordinaire, la première rencontre sexuelle est très forte, pleine de l’excitation du neuf et de la transgression — entre vieux amis, mmmh… Ou bien, si elle n’est pas tout cela, on laisse tomber. Pour nous c’est l’inverse : chaque rencontre apporte son lot supplémentaire de saveurs sans que nous les ayons recherchées.

La première fois je sentais à peine son sexe autour du mien. Alors, le périnée, ça se travaille ! Même pour mordre elle prenait bien trop de précautions. Aujourd’hui, chaque millimètre de notre peau s’est déclaré zone érogène en combustion au contact de l’autre.

Elle :
— Quand je pense à toi, je suis dans mon ventre et notre fusion.
— J’aurais pu entendre « notre ventre » !
Notre ventre. Depuis des mois, le mien se réveille un peu plus puissant chaque matin, comme en érection. Le sien accueille les profondeurs du souffle qui réjouissent son professeur de chant.

Notre fusion. Un soir nous étions au cinquième étage dans une rue bruyante, après nous être fait taquiner par la mer sur les rochers. Après le rituel de la boîte rouge, nous avons dîné de poisson fumé et de feuilles fraîches. Je ne sais plus vraiment comment était notre étreinte. Sans dessus-dessous, le plaisir montait comme la mousse à chaque morsure des vagues. C’est là que je me suis rendu compte d’une habitude qui m’emprisonne : chaque fois qu’une partenaire semble proche de l’orgasme je me mets à distance pour la contempler ; le spectacle de sa jouissance devient plus important que ce qu’il provoque dans mon corps. Pourtant, ce soir je renonce à ce spectacle car un mot vient sonner dans ma tête : « fusion ». J’ai envie de fusionner, de disparaître en toi. C’est alors que l’écume du plaisir nous emporte tous deux en criant. Aussi simplement que cela ! Le lendemain aussi nous avons joui ensemble, sans le chercher, parce que nous avions pris goût à cet abandon fusionnel dont aucun enjeu sentimental ne peut nous détourner. Après tout, nous sommes là pour la pornographie et rien d’autre.

Notre liaison singulière a démarré avec peu de choses. Pendant quelques semaines nos trajectoires se rencontraient dans un atelier de danse improvisée. C’est là que j’ai capté une odeur extraordinaire, à la racine de ses cheveux, qui me rendait fou de désir. Un soir nous faisons l’amour dans une sorte de flottement voluptueux qui pourrait durer des heures. Ma tête se pose sur son épaule, j’inspire, l’odeur m’envahit et je jouis avec un grognement de sauvage.

Un dimanche matin j’étais à la maison, un peu désœuvré à contempler ma solitude sur la terrasse ensoleillée. Vanessa apparaît ! Elle s’est trompée de jour, croyant nous trouver au studio de danse. Elle me serre dans ses bras. Sa robe légère, l’odeur magique de son cou, ses lèvres qui glissent doucement sur les miennes… Nous ne nous sommes pas quittés pendant deux jours. C’est aussi simple que cela.

Elle va bientôt repartir chez elle en traversant un océan, mais peu importe. (Si seulement les Islandais pouvaient encore faire cracher leur volcan…)
— Tu as l’air d’un enfant quand ton visage est illuminé par le plaisir. Ce qui me renvoie à mon premier amour, à dix-sept ans…
— Raconte !
— C’était un petit gars de mon âge. Avec le poids de mon éducation il n’était pas question de passer au sexe. Mais nous jouissions ensemble dans une étreinte, à travers nos jeans…
— Et puis ?
— Mes parents y ont mis fin. Je l’ai quitté en me disant que l’amour, la sexualité, c’était tellement facile que je n’aurais pas de peine à retrouver cette intensité avec d’autres. Erreur funeste : à 20 ans je suis tombée enceinte, je me suis mariée et j’ai enchaîné d’autres grossesses, pour finir divorcée. Et jamais, jamais je n’ai retrouvé cette intensité du plaisir, une telle évidence de relation amoureuse sans complication.
— …
— Jamais jusqu’à aujourd’hui ! Tu es en train de redonner vie à ma féminité. Goûte encore !
Cette jeune femme n’avait pratiquement plus de règles depuis une dizaine d’années après la pose de son stérilet, et là c’est reparti, juste avant notre dernière nuit.

Dans Une liaison pornographique l’homme et la femme mentent sans arrêt : les mots sont incapables de décrire leurs réalité. Si j’écris que Vanessa m’a entraîné dans la sodomie, qui va comprendre ?
— Au moment où tu as glissé tes doigts de l’autre côté, dans mon vagin…
— Il fallait que je vérifie dans quel labyrinthe mon sexe s’était égaré !
— À ce moment j’ai réalisé qu’il y aurait de la place pour un autre homme.
— Moi aussi j’y ai pensé. C’était amusant. Puis cette image s’est très vite effacée.
— L’absence d’image, c’est tellement plus beau !
Pas d’image. J’oublie jusqu’à son existence entre deux rencontres. Elle se pointe à mon bureau et je la reconnais à peine. Jusqu’à ce que cette odeur… Maintenant je la sens à plusieurs mètres. J’aime ce désir qui nous emporte sans prévenir. Un jour elle a même oublié sa voiture qui bloquait le portail. Au bout d’une heure c’était le chaos intégral, tous mes collègues furieux dans la cour. J’ai fait mine de ne pas la connaître !

Pour en revenir à la pornographie, ma prétendue maîtrise de l’orgasme est quelque peu bousculée. Le soir je décide de « retenir » pour préserver mon « énergie » : en réalité je ne contrôle plus rien, une véritable éruption volcanique… Le lendemain matin, l’énergie revient, encore plus forte, cette fois je lâche prise et la rétention se produit sans aucun effort, retournant la jouissance dans ma colonne vertébrale. Oh pauvres, n’utilisez jamais cette technique pour la contraception !

La cruauté du Temps a eu raison de nous ce dimanche matin : il fallait qu’elle rende la voiture assez tôt. Nous nous sommes arrachés du lit, le cœur triste. Dans sa précipitation elle a oublié la petite robe blanche égyptienne que je lui ai offerte.

Je suis retournée la récupérer le soir même. Il pleuvait sous le soleil avec un magnifique arc-en-ciel, et je me sentais pareille dedans. Je me le reprochais car mon corps et mon âme avaient été remplis de lumière et de bien-être pendant tout le séjour, mais violentés par un arrachement trop brutal le matin (…). Je me sentais triste de te quitter et heureuse de t’avoir vécu. Alors, j’ai eu besoin d’y aller le soir pour retrouver cette paix, et ça m’a fait du bien.

Le matin de son départ, à l’aéroport, nos lèvres en fusion sur la terrasse du bar. Quelques mots sur la nouvelle vie qui l’attend. C’est le moment de défusionner : une longue accolade, je regarde au loin par dessus son épaule, j’embrasse son front et chacun retourne sur son chemin. Le bonheur est total.

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 23:27
Elle avait un peu de retard. Juste assez pour que je commence à penser qu’elle ne serait pas au rendez-vous et qu’elle n’avait pas pu me joindre. (Je n’ai pas de portable.) Ne plus attendre, pour ne pas la sentir obligée.

J’ai fini de lire un essai sur la nouvelle (en tant que forme littéraire) suivi d’une nouvelle qui raconte la mort du narrateur (François Foubargeot dans La Chute), assez prenante pour oublier ce que j’étais venu faire ici.

À l’entrée de la gare il a commencé à pleuvoir. Je me suis abrité. Un rayon de soleil a séché le bitume.

Au loin, une silhouette s’avance qui me rappelle Marie par la façon de se tenir, de marcher, de s’habiller… Chevelure d’une forme incertaine. Peut-être oui, ce regard triste et interrogateur, tête inclinée, bras croisés sur une poitrine qui respire à peine. Mais non, j’aurais préféré que ce ne fût pas Marie. Réveille-toi, ce n’est pas Marie, mais celle que tu attends.

Au fait, tu en attends quoi ?

Elle sourit. J’avais tout oublié de son image, dans un effort de rester relié au trouble qu’elle a jeté en moi plutôt qu’à des souvenirs reconstruits avec complaisance.

Cœurs qui battent. Inquiétude de part et d’autre : comment se dire bonjour ? Je la serre un peu, elle résiste et cette résistance me dit que nous ne sommes pas dans un rêve. Il faudrait du temps, mais nous n’aurons pas le temps (de quoi ?) car nous avons organisé cette rencontre à contretemps, transgression d’un interdit, une fracture entre des mondes qui n’étaient pas faits pour se rencontrer. Pourtant il y a quelque chose en moi qui demande à connaître son quotidien, et vice-versa. Et puis elle m’a montré un jardin derrière la maison, un vrai avec de vraies fleurs, des insectes et même des feuilles de menthe que nous avons piétinées pour ajouter une senteur poivrée au vortex de nos sentiments.

Son chien voulait me mordre en même temps qu’il me léchait les mains. Voilà qui résume bien les contradictions de son entourage.

Je l’ai invitée à s’approcher en dominatrice pour ne pas se sentir dominée, séduite, captive. Elle a osé me toucher. Ses mains chaudes, une chaleur douce qui envahit mon épaule jusqu’au cœur.

Sur le retour nous sommes accordés sur les mots : ceux qui sonnent sens à nos expériences vécues, afin qu’il y ait entre nous plus que des mots et du déjà vécu.

Qu’attendons-nous d’une relation tantrique ? L’abolition du temps et de l’espace, la totalité ? Je lui ai parlé du proto-regard, elle l’a vécu. Alors nos yeux ont pu se rencontrer, s’apprivoiser un peu.

Elle me fait enfin face avec confiance. Son visage est transfiguré au point que je ne peux retenir un « tu es belle ! » qui brisera la magie. « Là, je me sens m’éloigner… » Je lui rappelle le jour où elle a vu mon visage ruisselant de bonheur.
— Oui, j’étais émerveillée !
— Emerveillé, c’est le mot que je cherchais. Mais le « tu es belle ! » est parti tout seul. (En moi : serait-ce comme une sorte d’éjaculation précoce ?)
Cette fois c’est elle qui m’a pris dans ses bras. Je me suis abandonné à son étreinte. Mon ventre est devenu fréquentable.

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