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18 mars 2006 6 18 /03 /mars /2006 12:00
Journal pour une amante, juillet 2002
Je me suis réveillée au souvenir de caresses à peine ébauchées. Quand il a pris ma taille et passé la main sur mon ventre, une seule fois… Quelle bonne idée de porter ce gilet de laine bleue qui l’a rendu fou ! Quand il a embrassé et mordu ma peau, au dessus de mes seins, de plus en plus bas, de plus en plus tendre. Il avait envie de descendre encore, mais non, je n’étais pas encore prête… Et puis si, j’aurais aimé, mais pas sur le seuil de la maison !

Maintenant je suis nue sur le lit, un peu d’air frais rend ma peau très sensible, je sens de nouveau ses mains sur mon ventre, à moins que ce ne soient les miennes ?

La fraîcheur fait dresser les pointes de mes seins. Elles regardent le plafond, arrogantes comme de petits sexes d’homme. Elles rendraient fou le sexe d’un homme. Mes mains (ses mains ?) remontent doucement, caressent longuement les courbes du bas de mes seins, les contournent. Elles viennent sur les côtés — là où il dit que c’est le plus bel endroit du corps des femmes. Vrai, la courbure y épouse parfaitement celle des paumes. Les mains appuient légèrement, resserrent mes seins, les pointes sont encore plus nettement dirigées vers le ciel, encore plus dures. J’espère qu’il ne va pas se jeter dessus, le charme serait rompu.

J’ai envie qu’il vienne doucement, à mon rythme, et puisque je suis seule je vais laisser mes mains venir, entourer, contourner, pincer légèrement la surface de ma peau, se reposer sur le haut de mon buste — oh que j’aime quand il met une main là et que je peux la couvrir des miennes ! Je me sens presque apaisée… Mais le vent frais continue à me taquiner, mes mains reprennent leur ballet en spirales, elles tournent rapidement, parfois elles effleurent une aréole sans s’y attarder… J’aime ces caresses fortuites. Comme hier quand je me suis avancée pendant qu’il maintenait le calque, et que mon sein s’est appuyé sur le dos de sa main. Sa main n’a pas bougé, mais il était bouillant de désir. Je dessinais des courbes qui étaient autant de caresses dans nos têtes… Caresses qui seront inscrites sur les murs, au vu de tous, et dont nous serons seuls à connaître le secret !

A force de les effleurer, mes doigts ont envie d’entourer un mamelon. Il se faufile de lui-même entre deux doigts. Le désir est trop fort, je serre. C’est une grande vague qui me secoue. Je serre encore une fois, deux fois, comme il essayait de le faire avant-hier à travers mes habits (il devait maudire les sous-vêtements), et je sens cette vague qui me cambre, ouvre mes hanches, contracte mon périnée. J’aimerais qu’il donne un baiser sur les pointes enflammées, qu’il les morde avec tendresse, qu’il aspire, qu’il ouvre grand la bouche comme pour avaler mon sein tout entier… Mais ce sont mes mains qui racontent tout ça !

Mon ventre a soif de caresses. Ma main gauche (bien sûr, je suis gauchère) a déjà entrepris de le satisfaire. Elle pince la peau autour du nombril, elle compte mes côtes un peu saillantes (oui, je suis mince), elle fait des cercles de plus en plus grands sur mon ventre, jusqu’à la petite forêt. Sa main n’est jamais passée par là. Il a trop peur que je la retire, car les caresses des hommes sont souvent impatientes et invasives quand elles approchent le sexe d’une femme. Lui m’a dit qu’il pouvait être patient et à l’écoute de mon désir… Peut-être, mais cette nuit c’est moi seule qui mène la danse. Je vais permettre à ma main de descendre, de fouiller dans la broussaille, de tirer les touffes entre ses doigts. Pendant que ma main droite continue à embraser mes seins, caressant les deux mamelons en même temps…

J’ai replié mes jambes, mes pieds sont contre mes fesses, genoux écartés. Je serais bien vulnérable, s’il était présent, pressé de caresser et mordre mes cuisses, de se coucher sur moi et de frotter son sexe contre mon pubis, de forcer le passage peut- être… Mais je suis seule, avec un amant imaginaire, plus que parfait, libre de mes caresses ! Mes genoux s’écartent encore, ma main peut descendre un peu. Elle effleure les grandes lèvres, une bouche encore fermée. Je me demande s’il oserait les embrasser. Il y a une odeur de plaisir qui doit lui être irrésistible, puisqu’il sent mon désir quand nous sommes sagement assis côte à côte… Je plonge les doigts de ma main gauche dans ma bouche, pour les imprégner de salive, et je retourne à mon sexe. Maintenant, c’est agréable d’effleurer les lèvres, elles s’écartent doucement pour recevoir la salive. Oui, elles aiment les baisers, mais la plupart des hommes ne le savent pas. Tout ce qu’ils cherchent, c’est un endroit chaud et humide pour y fourrer leur queue.

Je remets de la salive sur mes doigts, ces mêmes doigts qui me renvoient la saveur de mon petit jardin. C’est ennivrant, en effet… Mes cuisses s’ouvrent encore, je sens mon bassin s’ouvrir, mon dos se cambrer un peu plus. Maintenant, mon sexe est ouvert, le vent frais lui raconte plein d’histoires pas très racontables ! Il est comme les poissons que nous avons dessinés hier, qui ouvrent la bouche toute grande à la surface… Je passe doucement un doigt à l’intérieur des lèvres… Non, c’est encore trop fort, alors je prends les lèvres dans ma main et je les serre l’une contre l’autre, pour refermer la bouche du poisson. Mais c’est très agréable : au milieu, mon petit bouton de plaisir est en ébullition ! Les hommes n’y comprennent pas grand chose : ils le cherchent, ils le trouvent avec difficulté, et quand ils le sentent ils se jettent dessus avec leurs grosses pattes ou leur langue. Ils croient que c’est comme le bout de leur sexe, qui demande à être frotté et mordu. Non, c’est quelque chose de très intime, il n’y a pas de prépuce, aucune protection… J’y pense en serrant fort mes lèvres, car il répond en me donnant des secousses de plaisir. Oh, trouver un homme qui ressente ça !

J’ai ajouté encore de la salive, peut-être plus pour goûter une nouvelle fois le nectar du plaisir. Car à présent il y a tant de nectar dans mon sexe qu’il est glissant comme la mousse sur les galets d’une rivière, et plein de remous à se réveiller ainsi. Je glisse deux doigts à l’intérieur des lèvres, de chaque côté. Maintenant mes doigts sont comme dans un étui fait exprès pour les recevoir. Ils contournent mon petit bouton, ils l’effleurent parfois, ils serrent très légèrement, s’arrêtant dès que le spasme devient trop fort. Seule une femme sait faire ça !

Je change de main. La gauche remonte sur mon ventre, qu’elle masse doucement, elle passe sous mes fesses aussi (il n’a jamais osé !), elle revient sur mes seins… Que c’est beau, un corps de femme ! Ma main droite est descendue dans le brasier… Elle glisse un peu plus bas. Elle pose un doigt à l’entrée de mon jardin. Toc toc toc, c’est fermé ! Alors elle va chercher une peu de salive, elle y ajoute un peu de nectar de plaisir, et elle frappe encore plus doucement. C’est un clapotis à l’entrée d’une grotte qui donne sur la mer. Mes reins se cambrent, mon vagin s’ouvre un peu. Un homme serait fou, il plongerait ! (Et lui ?) Mais je suis une femme, j’ai toute la nuit pour jouir, mon amant le vent frais ne va pas se lasser… Ma main reprend le clapotis. Elle appuie aussi, légèrement, sur mon bouton, qui continue à m’envoyer des spasmes délicieux. Mon autre main est devenue plus audacieuse : voilà qu’elle recommence à pincer un mamelon ! C’est trop, mon jardin s’ouvre, aspire le doigt qui glisse doucement, hésite, remonte, puis s’abandonne dans cette aspiration. Je sens une douce chaleur pénétrer dans mon ventre. C’est moins brûlant qu’un sexe d’homme, mais c’est un doigt très fin, délicat, familier, qui me rend visite. Je l’aspire en entier.

Le doigt explore un peu les parois. Mon jardin se contracte pour briser l’intrus. Mais le contact avec le doigt minuscule est si agréable qu’il ne peut que répondre par des salves de son propre nectar. J’ai envie de le goûter, celui-ci aussi… Oh, je comprends ce qui ennivre les hommes (et quelques femmes) ! Vite, le doigt retourne à son œuvre. Mais, il a triché ? Un deuxième doigt a profité de la confusion pour se glisser à ses côtés. Ils sont polissons, jamais ensemble, ils s’écartent, s’enroulent l’un sur l’autre, déplient les parois de ma grotte, c’est la révolution là dedans… Et toujours la paume de la main qui, négligemment, écrase mon clitoris. Je n’en peux plus, j’en veux encore ! Je voudrais un sexe d’homme, qui se faufilerait tout brûlant entre mes doigts, apportant son propre nectar. Je voudrais encore les lèvres de cer homme sur mes lèvres.

Un troisième doigt s’est glissé entre les deux, profitant de la viscosité ambiante. Maintenant c’est comme si j’étais visitée par un sexe de forte taille mais tellement plus agile. Et puis, ce sont mes propres doigts qui sont en train de faire jouir une femme. Et cette femme c’est moi ! J’ai envie de monter ainsi dans le plaisir de donner et recevoir en même temps, plus haut que je n’ai jamais osé. Quatre doigts : j’ai été surprise, je me sens écartelée comme pour une naissance, j’ouvre mon bassin, encore, puis je demande au petit doigt de sortir car ce n’est pas de son âge ! Il ressort dépité, imprégné de nectar, et s’en va caresser un peu plus bas, l’autre entrée de mon corps. Mmmh, il s’y aventure un peu, mais ce n’est pas la même sensation… Un jour j’essaierai de savoir ce que les hommes sentent quand on les pénètre. Mais pas aujourd’hui.

Mes doigts, mes mains, mes hanches, ont entamé une danse rythmée. Heureusement, je suis seule au lit. Je peux respirer fort, secouer la tête, mordre mes propres lèvres. C’est bien agréable… Tant pis pour ceux qui m’ait fait croire que ce n’était pas bien ! Je monte doucement dans le plaisir. J’enregistre des sensations pour les faire découvrir plus tard à mes amants. Je me sens comme ces poissons qui sautent à la surface de l’eau, ceux qui frétillaient dans ma main alors qu’on était assis, côte à côte, pleins de désir, et qu’il caressait parfois mes hanches. J’ai la permission des poissons, j’ai droit au plaisir… La vague devient beaucoup plus forte, elle monte et elle descend, et soudain ma respiration se bloque, à pleins poumons, mes seins vont-il éclater ? Je sens une onde qui part de mon sexe et remonte jusqu’à ma tête, un éblouissement de lumière blanche, mon ventre serre mes trois doigts coquins au point de les broyer, ça paraît durer une éternité, puis mon souffle revient, je râle, je crie, pendant que mon ventre est agité de convulsions, une goutte de lait perle à mon sein, ma bouche est remplie du souvenir des baisers…. Je voudrais tant jouir ainsi avec un homme. (Avec lui ?)

Je me suis apaisée lentement. Puis la vague est revenue, encore plus forte… Ça, les hommes ils ne connaissent pas. J’ai cru mourir de plaisir cette fois… Je me suis repliée en fœtus. J’aime mon corps et les plaisirs qu’il vient de me donner. J’aime les hommes qui m’y font penser. Je suis heureuse. Je m’endors doucement.
Le lendemain, Séverine est venue me remercier à sa façon pour ce texte. (Voir « L’île des gauchers »)
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Published by Julien Lem - dans Essais
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14 mars 2006 2 14 /03 /mars /2006 02:34
Lui, il sait, il sent mon désir, il donne le temps aux sensations de naître… Une deuxième main, sœur jumelle, s’allonge contre la première, puis elle glisse au-dessus du plexus, tandis que ce qui restait de mon angoisse s’effondre.

Mes yeux sont devenus humides, une larme coule. Tu me fais du bien, vieux loup. [À suivre]

« La cavalière invisible (3) »

Je n’ai pas pris le train de 14h25 mais celui de 13h24 dans la direction opposée. Toujours à l’arrache car j’ai trop failli rater de trains dans les métropoles asiatiques. Avant midi je m’étais quand même arrêté quelques secondes pour contempler la tour Eiffel depuis le Palais de Chaillot, le soleil dans les yeux entre les caméras des touristes japonais… Un jour il faudra bien que je grimpe sur ce tas de ferraille, dire que j’ai vécu un an à Paris.

Ne pas perdre de temps. Comme d’habitude j’avais une heure d’avance à la Gare de Lyon. Aucune envie d’un snack dans ce palais de la malbouffe, juste me câler avec une bonne lecture dans un fauteuil du salon Grand Voyageur (boisson chaude gratuite). J’ai été attiré par un livre au magasin de journaux, ce n’est pas raisonnable puisque je viens d’acheter Libé et il y a de l’info à rattraper, mais tant pis, je craque pour le titre. « Rien de grave » de Justine Lévy, probablement la fille du philosophe people, mais c’est pas grave ça non plus. J’ai mis le nez dedans et ne me suis arrêté de lire que pour dormir, mêlant l’histoire à mes rêves, à mes souvenirs de conversations des derniers jours, celle avec une psy amie et confidente, hier soir, et aussi ma conférence qui était vraiment bien car le débat était houleux, je repense à cette conne qui m’a sorti un argument à la con auquel je m’attendais, ce qui fait que j’ai pu l’écraser comme une merde. J’aime semer la zizanie quand il y a une vraie cause à défendre. En tout cas, les organisatrices étaient ravies de m’entendre dire ce qu’elles n’osaient pas dire pour des raisons de stratégie politique. En plus, elles ont offert aux intervenants de jolies boîtes de chocolats.

Je languissais et redoutais d’arriver. D’abord, le TGV va trop vite, je n’aurai pas fini ce roman dont je n’ai soudain plus envie de décrocher. Un vrai journal intime comme je les aime. Je redoutais d’arriver, aussi, de peur du regard qu’une femme inconnue allait poser sur moi, mais je n’ai pas eu le temps de jouer à me faire peur car l’annonce de la gare m’a tiré du demi-sommeil. Dans quelques minutes elle sera là, en face de moi, avec un regard venu de nulle part — du fond de mon imagination. Il me faut affronter, avancer jusqu’au bureau de tabac où elle m’a dit qu’elle serait debout à m’attendre, mais non, il n’y a pas de bureau de tabac à cette sortie… et si je m’étais trompé de gare ? Mais soudain j’hallucine car le haut-parleur crie mon nom, ou plus exactement pas mon nom mais mon pseudo du blog, comme si le rêve avait pris le relais ! Mon pseudo est convoqué au bureau d’accueil, et mon pseudo bien docile s’y rend, une vraie blonde tend le téléphone à monsieur Lem et j’entends la même voix qu’hier soir, je me demande à quoi elle ressemble avec sa voix d’infirmière en chef, incroyablement ferme. Je m’entends répondre par des miaulements inhabituels pour compenser ce trop sérieux, encore une fois je me demande ce qu’elle va penser de moi.

Elle s’est trompée de gare et je suis soulagé de bénéficier d’un peu de répit pour me préparer, vérifier que je n’ai pas un sourcil en bataille et qu’on ne voit pas le raccomodage de mon pantalon, j’ai tellement horreur d’acheter des fringues que ça doit faire dix ans que je le porte. Non, le plan séduction ce sera pour une autre fois, peut-être en plein été quand j’échange des kilos contre une vraie gueule de méditerranéen. On a convenu que je prendrai la navette et qu’elle m’attendra au centre ville. Je n’en reviens pas qu’elle ait calculé le temps gagné sur l’autre solution qui consistait pour elle à venir me chercher. Qui est cette femme toute à l’inverse de son blog ? Décidément c’est pour la curiosité maintenant qu’il me tarde de la connaître.

Elle est arrivée de l’ombre, vêtue de noir avec ses yeux noirs, silhouette fine et puissante, on dirait Barbara entrant sur scène, regard de fauve, merci j’aime les fauves. On se fait la bise, deux, ah non chez nous c’est trois, ben c’est sans importance, j’aurais préféré tenir ses mains un moment dans les miennes ou la serrer vraiment dans mes bras, mais je n’ai pas osé, dieu sait ce qu’elle aurait pu imaginer ou craindre avec tous les délires qu’elle a lus dans mon journal intime. On se connaît par la tête, les mots, le cœur même un peu, mais les corps ne savent rien. Si nos mots se tutoient immédiatement, eux continueront à se dire vous, avec les deux bises ah non chez nous c’est trois. Il n’y a pas le temps, pas le temps d’un désir ni même pour le fantasme d’un désir.

Quelques minutes dans un bar à siroter un café et un chocolat chaud, c’est le début de notre relation sociale et la fin d’un rêve. Puis nous montons à l’étage au-dessus d’un autre bar, car c’est là qu’elle vit avec sa fille. Je fais la connaissance de cette « gamine » de 14 ans au visage ouvert, regard intelligent, bonne élève inquiète d’une difficulté passagère, qui parle sans rougir de ses déboires avec son amoureux. On parle de pères-filles et tout se déroule comme dans un kaléidoscope, entre le père-fille que j’ai lu dans « Rien de grave », le regard de cette fille en manque de père et qui respecte les hommes proches de sa mère, et puis la belle histoire d’amour que sa mère me raconte, celle d’un père qui lui a appris à devenir elle-même et à ne dépendre de personne.

Nous voilà partis dans le déroulement des histoires personnelles, chacun veillant à ne pas s’y perdre car il est si facile de se tenir à distance en meublant toute incertitude par le déballage de souvenirs. Mais je découvre une femme singulière quand elle se met à me parler de son métier, quelque chose que je n’aurais jamais soupçonné tellement c’est une autre face de ce qu’elle nous donne à lire sur son blog. Elle m’emmène aussi dans des souvenirs anciens — le métier pour lequel j’avais été formé, mais j’ai changé plusieurs fois dans plusieurs vies successives. Elle prononce des termes technologiques que je n’ai pas entendus depuis une éternité, comme si c’était un autre moi-même qui avait appris tout cela dans son enfance. Je retrouve l’amnésie qui me guette chaque fois que je vais acheter du matériel de plomberie pour m’apercevoir au magasin que j’ai oublié toute la terminologie des professionnels.

De manière inattendue, c’est dans cette partie cachée de ma vie et des écrits de mon hôte que nous trouvons des lignes de pensée communes, alors que tout nous sépare en apparence, la géographie des souvenirs, le vécu familial et social, les expériences de vie en couple. Puis, au fil des heures, nous commençons à toucher d’autres zones de complicité qui me reconnectent à la personnalité que j’avais entrevue dans ses écrits : la voici vraiment femme, voici un regard qui m’accueille enfin dans son intimité, un peu de chaleur érotique amplifiée par des rasades de rouge : j’aurais aimé lui donner une carte postale achetée dans la rue, calligraphie du proverbe « les yeux sont les fenêtres de l’âme », si je ne l’avais pas discrètement glissée samedi dernier dans la boîte aux lettres de Marie. Mais nous ouvrons la boîte de chocolats pour s’autoriser la jouissance.

Quand elle parle, maintenant, sa bouche ne fait pas les mêmes mouvements, ou plutôt c’est l’inclinaison de la tête qui a changé et qui me la fait voir différemment. Là j’ai une pensée secrète : le constat renouvelé que toutes mes amies (plus ou moins intimes, chacune à sa manière) portent des prénoms différents. Or je connais une deuxième V., une qui s’exprime de la même manière, avec un accent très différent mais les mêmes jeux de lèvres. Il n’y a pas que la bouche qui est ressemblante, elles ont aussi les mêmes corps, car, même si mon hôte reconnaît s’être soigneusement dissimulée sous des fringues austères, j’ai bien vu qu’elle avait un corps, j’ai repensé aux petits seins très fermes que cette V. m’avait donnés à caresser un soir d’ivresse, à cette bouche bavarde sur la mienne… Mais je me suis souvenu aussi que nous en avions gardé une sensation d’inachevé, qui chez elle s’était muée en nostalgie teintée d’amertume. Alors, ce soir, je n’ai pas envie que ça recommence : il me faut entretenir ce regard, lui permettre de focaliser mon désir, laisser les seins pleins de vie sous le pull à l’abri de toute convoitise, ne pas désirer ces hanches ni ces lèvres. Le regard félin comme apprivoisé devenu tendre et féminin suffit à tout brûler sur son passage. Tout brûler, même le désir.

Je me suis senti comblé par cette intimité au point qu’il ne me semblait pas qu’il y eût de place pour la satisfaction des muqueuses ou l’alchimie des fluides. Je n’ai pas pour autant senti d’obstacle, j’ai eu confiance en V. pour dire oui ou non sans me blesser, et c’est peut-être la raison de cette plénitude que nous avons tous deux ressentie.

Mercredi 15 mars 2006

Nous avons passé la matinée à dormir puis déjeûné avec sa fille rentrée du collège. Ensuite, retour à la gare, quelques échanges autour du dernier café. Cette fois notre embrassade était simple, rien à compter, rien à agripper, aucune convention, on se connaît maintenant, on se reverra parfois.

J’ai repris le roman dès le départ du train. Les histoires se sont emmêlées, il m’a fallu un moment pour débrouiller les fils, car toutes les histoires vraies vont ainsi : on les croise sans peine, ce ne sont que des passages.
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5 mars 2006 7 05 /03 /mars /2006 11:00
J’ai posé la main droite sur son sexe. Je sais que ce n’est pas une manière convenable d’aborder un homme inconnu. Mais nous étions restés si longtemps étendus face à face dans l’obscurité de la chambre 18 de l’Hôtel des Brumes, à écouter nos souffles jusqu’à les confondre, et nos cœurs qui s’agitaient comme deux oiseaux pris dans une volière. Cette vague de fièvre qui me prend le ventre…

(Journal de la cavalière invisible, mardi 14 mars 2006)

(Voir le rêve précédent)


Elle continue, d’une écriture hâchée :
Alors j’ai posé ma main là, comme n’importe qui la plongerait dans l’eau du bain avant de s’y jeter toute entière. Simple geste de précaution : j’ai touché le sexe du visiteur de la pleine lune, et maintenant je suis plus assurée que lui, car au moins moi je sais que c’est vraiment un homme, alors que lui peut encore douter de mon sexe. ;-)

Sous mes doigts quelque chose de tendre enroulé et paisible comme un oiseau endormi. L’homme n’a pas bougé. Je n’entends plus sa respiration. Tout reste figé dans l’attente, comme dans les secondes vertigineuses d’une chute libre qui s’écoulent dans une éternité. Puis le courant ascendant a fait son œuvre : l’objet s’est déployé, remplissant vite ma paume et filant entre mes doigts. Je les ai refermés autour de la tige devenue forte. Nous voilà réunis, toi, le désir, vous, mon désir. Ce sexe est beau, chaud et satiné, il bat vigoureusement comme le cœur de son maître.

Le loup gris ne fait pas un mouvement vers moi. Il se donne à l’étreinte de ma main, essayant de me voir toute entière dans la seule texture des doigts.

Nous flottons dans un calme étrange en une telle situation — mais je n’ai jamais vécu une telle situation. J’ai l’image insolite du soleil au dessus d’une mer en flammes. Je sais intimement qu’il sera tendre et prévenant ; je savoure d’avance ses avances. Oui, la manière la plus galante (et la moins risquée) d’aborder un homme est bien de toucher son sexe, quelle hypocrisie de croire le contraire !

Je devine un sourire sur des lèvres que je ne connais pas encore. Les miennes y répondent en silence. Ma main restée libre s’écarte un peu jusqu’à ce qu’elle rencontre la sienne. Le dos d’abord, mais, les mains étant bien moins patientes que les sexes, elles ne tardent pas à s’étreindre. La sienne est pareille à la mienne, des doigts très fins (il parlait de mains de sage-femme). Nous sommes probablement de la même taille ; peu importe, il n’y aura jamais personne pour nous voir dans la rue.

Une grande chaleur m’envahit à travers sa main. Je voudrais qu’il me touche maintenant. Mais je le sens blotti dans son sexe pour ne pas perdre le moindre frémissement de mes doigts. Alors, lentement, je sollicite sa main pour la poser à plat sur mon ventre, à la lisière du pubis. Maintenant, il sait tout sur moi. Son sexe a encore grandi dans ma main, je le serre un peu plus fort en déroulant deux fois le prépuce pour soulager la tension. J’ai senti ses hanches accompagner cette première vraie caresse. Mais la main sur mon ventre est restée extraordinairement calme et présente. J’ai l’impression qu’elle bénit ma matrice. Il sait, il sent mon désir, il donne le temps aux sensations de naître… Une deuxième main, sœur jumelle, s’allonge contre la première, puis elle glisse au-dessus du plexus, tandis que ce qui restait de mon angoisse s’effondre.

Mes yeux sont devenus humides, une larme coule. Tu me fais du bien, vieux loup.

[A suivre…]

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28 février 2006 2 28 /02 /février /2006 01:02
Dans son journal, le 14 mars 2006, il raconte la suite de son rêve. Il a pris le train de 14h25 pour débarquer à 15h50 dans une métropole inconnue à la rencontre d’une femme inconnue. Le ciel est nuageux ; un sourire lui échappe en pensant aux « brumes du désir » qu’il évoquait il y a juste trois semaines. Se pouvait-il qu’elle ait lu son rêve ? Il n’aime pas vraiment les brumes, c’est un homme de soleil, mais pour le désir d’une brune il traverserait bien l’Europe entière. (Ce jeu de mots est trop bête, il ne faudra pas l’écrire.)

L’Inconnue lui a indiqué un hôtel où il a retenu une chambre sous un faux nom. Il marche en souriant. Et si elle ne venait pas — si c’était son tour de lui jouer un bon tour ? Si elle prenait peur de tomber sur un sadique ou un cul de jatte ? (Il ne sait pas qu’elle a choisi un hôtel sans ascenseur, car on ne prend jamais assez de précautions.) Il a écrit :
Je suis arrivé à l’hôtel en premier et je dors quelques heures dans le grand lit. On a convenu qu’elle me rejoindrait un peu plus tard, selon son désir. Elle pousserait doucement la porte dont le penne est bloqué par une feuille pliée en quatre.
C’est un peu plus compliqué car la porte est maintenue par un verrou électronique. Saloperie de trucs modernes. Une pantoufle fera l’affaire. C’est plouc de voyager avec des pantoufles, mais trop pratique dans certaines situations…

Elle a failli faire demi-tour devant l’hôtel. Elle est déjà très en retard, car, comme par hasard, son mari, ce jour là… Elle aussi a rêvé de cette rencontre, balancée entre la peur, la curiosité et le désir. Elle se sent belle, dans le désir du cœur, la vraie cavalière invisible qu’il a appelé de ses mots. Elle a choisi soigneusement les couleurs des habits qu’elle est supposée ôter dans l’obscurité. Si elle ose… Elle a lu et relu son message, tremblé délicieusement en lui écrivant. Aujourd’hui, elle a peur, mais elle se met à penser à sa peur à lui, et devant l’inutilité de tout cela — carpe diem — elle pousse la porte en riant. « Monsieur Loup est arrivé, chambre 18 ! » Quelle idée de choisir un tel nom, elle a failli pouffer de rire devant le grand dadais de la réception.

Il avait prévu de l’entendre pousser la porte et de faire semblant de dormir. Elle savait peut-être qu’il ferait semblant, mais ils avaient tacitement convenu qu’elle ferait semblant d’y croire. Il ne savait pas qu’il s’endormirait à 17h00 dans la chambre 18 de l’Hôtel des Brumes. Qu’elle l’entendrait respirer profondément à travers la porte entrouverte. Qu’elle prendrait aussi une longue inspiration avant d’entrer. Qu’elle s’assiérait au sol derrière la porte, au lieu de s’approcher, à écouter sa respiration et palper l’air de sa présence.

Il rêve d’elle dans son propre rêve : elle s’est fait remplacer par un chat qui saute sur le lit et lui masse le ventre, consciencieusement, avec ses griffes un peu sorties. Il n’ose pas le toucher. Il n’osera pas la toucher. Sait-elle au moins qu’il est timide ? Alors il se met à grogner en imitant le chien. Le chat s’enfuit et le loup se réveille, la peur au ventre qu’elle soit partie.

Tourné vers la porte, il ne sait pas qu’elle s’est placée discrètement de l’autre côté du lit. Elle ne voudrait pas l’effrayer en se manifestant brusquement . Elle-même est effrayée. Mon dieu que c’est difficile, impossible de fuir maintenant. Alors elle écoute encore la respiration du mâle et y accorde la sienne. Bientôt leurs souffles ne vont faire qu’un et les fantômes pourront enfin se rapprocher.

Il sait qu’elle est présente car quelque chose a changé dans l’odeur de la pièce. Un parfum de femme qui ne met pas de parfum, un air de volupté. Il se tourne doucement sur le dos pour savourer cette présence à pleins poumons. Il l’appelle silencieusement en faisant battre son cœur. Il a rêvé mille fois de cet instant, cette « griserie de l’attente » qu’il évoquait dans son rêve ; chaque fois son sexe se dressait douloureusement… Viens, je te veux… Mais aujourd’hui la présence est vraiment présente et s’infiltre dans toutes les cellules de son corps. Désir de lumière. Il ne la désire pas, il ne sait pas, il ne pense pas au sexe ni à rien, son corps flotte au-dessus de son âme. Bref, il ne bande pas et se garderait bien d’en éprouver la moindre inquiétude.

Elle a profité d’une expiration plus longue pour s’allonger doucement à droite du loup, vêtue d’une chemise de soie légère que, par précaution, elle avait gardé sous ses habits. Son ventre vibre d’une palpitation qu’elle n’a jamais connue.

[A suivre…]

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21 février 2006 2 21 /02 /février /2006 19:00
J’ai rêvé d’une destination inconnue vers une femme invisible mais combien présente dans les brumes du désir. Ouvrir dans la pénombre une porte au fond de nos jardins secrets, et contempler avec un ravissement enfantin les flots tumultueux qui envahiraient nos espaces, l’espace d’une heure ou d’une nuit. Courir le risque d’y prendre plaisir ou de s’enfuir à toutes jambes.

Il fallait pour cela une chambre dans un endroit discret et des volets qui volent vraiment la lumière. Chacun a promis d’apporter son test vih ; chacun se sent libre de dire oui, non, encore, de goûter, de se refuser ou de se reprendre.

14 mars 2006

Je suis arrivé à l’hôtel en premier et je dors quelques heures dans le grand lit. On a convenu qu’elle me rejoindrait un peu plus tard, selon son désir. Elle pousserait doucement la porte dont le penne est bloqué par une feuille pliée en quatre. Je l’entends poser un sac, hésiter dans l’obscurité, prendre son courage à deux mains et s’approcher du lit. S’incliner lentement, écouter mon souffle et poser le sien sur mes narines, comme on le fait pour amadouer un cheval.

(Si l’envie lui prenait, elle se glisserait entre les draps.)

Nous sommes restés étendus sans bouger, dans un semblant de sommeil, écoutant nos cœurs battre furieusement, savourant la griserie de nos présences presque immatérielles. ((Je ne sais plus quelle main a frôlé en premier l’autre visage ; je crois qu’il y a eu un mouvement simultané, un désir unique. Puis, son front contre le mien, des flots de pensées.))

Oui, c’est bien vous, et la lune est pleine aujourd’hui.

Le réveil a sonné.

[A suivre…]

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13 février 2006 1 13 /02 /février /2006 15:00
Le thème de Coïtus Impromptus, cette semaine, est Courrier du cœur (adressez une lettre d'affection/admiration/amitié/amour à un autre participant du Coïtus).

J’avais écrit un texte sans songer un instant que sa destinatrice n’est pas participante. Pour éviter qu’il s’égare, le voici :
Valentin va venir, Valentin a rêvé ton sein
Amie amoureuse d’Amant, ton âme en émoi
Ligérienne la Lune pleine au dessus du toit
Ephémères effusions effacées le matin

Nuit de nudité nos amours libertins
Tendres mots tenus à mi-voix
Imagine loup gris une nuit sous ton toit
Ne me dis rien je t’aimerai câlin
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3 janvier 2006 2 03 /01 /janvier /2006 18:01
Un autre rêve du Nouvel an...

Dans une chambre à deux lits de la villa de mes parents est allongée une jeune fille vêtue d’une chemise de nuit étincelante, la peau blanche sur des draps blancs. C’est elle que je surnommais « Blanche », le premier amour de mes 17 ans, dont la virginité était promise à un mariage en blanc. (Je n’aimais pas la sonorité du prénom que lui avait donné son père, un Autrichien converti au nazisme, bien qu’elle fût née après guerre.)

C’est elle, je n’en doute pas, avec ses grands cheveux noirs mais un autre visage, une bouche sensuelle, de celles qui me faisaient peur car je les croyais dévoratrices et capables de me faire perdre raison — mon fonds de commerce amoureux.

Blanche dort les lèvres entrouvertes et son souffle est à peine perceptible. Bientôt je poserai mes lèvres sur les siennes, ce sera l’explosion du désir et le départ d’une vie. Elle attend mes lèvres et mon sexe, car elle n’en a cure d’attendre ihren guten Julien comme une morte vivante drapée dans le catholicisme.

La chambre d’à côté est celle de ma mère. L’absence de mon père est significative. Ma mère, je voudrais qu’elle entende le petit cri de surprise et de plaisir que Blanche poussera au moment où je serai devenu un homme. Mais, pour le moment, mon sexe est encore dans la candeur, celle d’un nouveau-né ; il me faudra d’abord goûter jusqu’à l’ivresse le souffle de la jeune fille.

Et puis, ce rêve n’a ni queue ni tête car je dois bientôt partir : mon train est à 10h25 et je lis 10h00 sur la montre Jäger Lecoultre en inox offerte par mon père. (Il m’a dit qu’il l’avait portée dans son slip pour passer la douane de Suisse en France ; tout cela manque de goût, mais pas de sens…) La Jäger des couilles paternelles m’intime donc de partir — les vacances sont terminées — mais la vie est là, sur les lèvres entrouvertes d’une oie blanche. Et ma mère qui s’inquiète à côté.

J’ai décidé d’oublier le train et de rester un jour de plus. Blanche sourit d’une feinte innocence en devinant, sous le pyjama, un sexe qui ose enfin se dresser.
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5 novembre 2005 6 05 /11 /novembre /2005 00:00
Au premier mot premier tracé
Traces et tourbillons
Emotions
Le lien, vite, du lien à la ligne
Images chuchotées, projetées dans des interstices
Et les fils invisibles de nos pensées
Retour

abord il va falloir ranger tout cela
Ecrire, élargir, étirer, élaguer
Car les mots, une fois posés
s’enRacinent
Ils cherchent des appuis, des points et des virgules
du Texte travaillé, raccommodé
Une voix posée, pesée sur la pensée
Retour
Emotions
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