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    <title><![CDATA[Fils invisibles (Lire de bas en haut)]]></title>
    <link>http://www.fils-invisibles.net/categorie-202199.html</link>
    <description>Les derniers articles publiés dans la catégorie &quot;Lire de bas en haut&quot; du blog &quot;Fils invisibles&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
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        <title><![CDATA[Fils invisibles (Lire de bas en haut)]]></title>
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    <pubDate>Wed, 28 Jul 2010 14:24:57 +0200</pubDate>    <lastBuildDate>Wed, 28 Jul 2010 14:24:57 +0200</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2010 www.fils-invisibles.net</copyright>            <category>Lire de bas en haut</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Pornographie]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-pornographie-52333047.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    Nous avons fait l’amour dans mon bureau. <em>Cette fois la porte était fermée à clé&nbsp;; pas comme la fois précédente avec <a href=
    "http://www.fils-invisibles.net/article-718011.html">Séverine</a>…</em><br>
    <br>
    Il y a bien longtemps que nous nous connaissons, mais seulement dans une relation professionnelle et amicale. Jamais Vanessa n’aurait soupçonné que je puisse faire une intrusion dans sa vie
    intime&nbsp;; mais s’agit-il d’une intrusion&nbsp;?<br>
    <br>
    Accoudée à la fenêtre, à demi-nue, elle regarde les toits de la ville depuis notre chambre d’hôtel. C’est quand même mieux qu’au bureau, et plus confortable que les grandes herbes où nous nous
    sommes piqué les fesses les jours précédents… J’aspire à travers ses lèvres une fumée bleue qui brûle délicieusement nos poumons. Nos pensées deviennent de plus en plus légères à mesure que le
    temps nous échappe.<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;Aucun enjeu, aucun intérêt, aucun avenir dans notre relation. Chaque fois je pense un peu plus à ce film stupéfiant, <em>Une liaison pornographique</em> de Frédéric Fonteyne…<br>
      —&nbsp;Pourquoi pornographique&nbsp;?<br>
      —&nbsp;Parce qu’un homme et une femme y ont décidé de se rencontrer uniquement pour le sexe, et même pour vivre un fantasme dont on ne connaîtra jamais la nature.<br>
      —&nbsp;Nous vivons donc un fantasme&nbsp;?<br>
      —&nbsp;Si l’on veut&nbsp;: celui de goûter nos sensations sans nous interroger sur leur signification.
    </blockquote>Nous vivons une relation sensuelle et insensée. Peut-être à contresens&nbsp;? D’ordinaire, la première rencontre sexuelle est très forte, pleine de l’excitation du neuf et de la
    transgression —&nbsp;entre vieux amis, mmmh… Ou bien, si elle n’est pas tout cela, on laisse tomber. Pour nous c’est l’inverse&nbsp;: chaque rencontre apporte son lot supplémentaire de saveurs
    sans que nous les ayons recherchées.<br>
    <br>
    La première fois je sentais à peine son sexe autour du mien. Alors, le périnée, ça se travaille&nbsp;! Même pour mordre elle prenait bien trop de précautions. Aujourd’hui, chaque millimètre de
    notre peau s’est déclaré zone érogène en combustion au contact de l’autre.<br>
    <br>
    Elle&nbsp;:<br>
    <blockquote>
      — Quand je pense à toi, je suis dans mon ventre et notre fusion.<br>
      — J’aurais pu entendre «&nbsp;notre ventre&nbsp;»&nbsp;!
    </blockquote><em>Notre ventre.</em> Depuis des mois, le mien se réveille un peu plus puissant chaque matin, comme en érection. Le sien accueille les profondeurs du souffle qui réjouissent son
    professeur de chant.<br>
    <br>
    <em>Notre fusion.</em> Un soir nous étions au cinquième étage dans une rue bruyante après nous être fait taquiner par la mer sur les rochers. Après le rituel de la boîte rouge nous avons dîné de
    poisson fumé et de feuilles fraîches. Je ne sais plus vraiment comment était notre étreinte. Sans dessus-dessous, le plaisir montait comme la mousse des vagues à chaque morsure. C’est là que je
    me suis rendu compte d’une habitude qui m’emprisonne&nbsp;: chaque fois qu’une partenaire semble proche de l’orgasme je me mets comme à distance pour la contempler&nbsp;; le spectacle de sa
    jouissance devenient plus important que ce qu’il provoque dans mon corps. Pourtant, ce soir je renonce à ce spectacle car un mot vient sonner dans ma tête&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;fusion&nbsp;».
    <em>J’ai envie de fusionner, de disparaître en toi.</em> C’est alors que la vague du plaisir nous emporte tous deux en criant, aussi simplement que si nous nagions sur sa crête. Le lendemain
    aussi nous avons joui ensemble, sans le chercher, simplement parce que nous avions pris goût à cet abandon fusionnel dont aucun enjeu sentimental nous détourne. Après tout, nous sommes là pour la
    <em>pornographie</em> et rien d’autre.<br>
    <br>
    Notre liaison singulière a démarré avec peu de choses. Pendant quelques semaines nos trajectoires se rencontraient dans un atelier de danse improvisée. C’est là que j’ai capté une odeur
    extraordinaire, à la racine de ses cheveux, qui me rendait fou de désir. <em>Un soir nous faisons l’amour dans une sorte de flottement voluptueux qui pourrait durer des heures. Ma tête se pose
    sur son épaule, j’inspire, l’odeur m’envahit et je jouis avec un grognement de sauvage.</em><br>
    <br>
    Un dimanche matin j’étais à la maison, un peu désœuvré à contempler ma solitude sur la terrasse ensoleillée. Vanessa apparaît ! Elle s’est trompée de jour, croyant nous trouver au studio de
    danse. Elle me serre dans ses bras. Sa robe légère, l’odeur magique de son cou, ses lèvres qui glissent doucement sur les miennes… Nous ne nous sommes pas quittés pendant deux jours. C’est aussi
    simple que cela.<br>
    <br>
    Elle va bientôt repartir chez elle en traversant un océan, mais peu importe. (Si seulement les Islandais pouvaient encore faire cracher leur volcan…)<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;Tu as l’air d’un enfant quand ton visage est illuminé par le plaisir. Ce qui me renvoie à mon premier amour, à dix-sept ans…<br>
      —&nbsp;Raconte&nbsp;!<br>
      —&nbsp;C’était un petit gars de mon âge. Avec le poids de mon éducation il n’était pas question de passer au sexe. Mais nous jouissions ensemble dans une étreinte, à travers nos jeans…<br>
      —&nbsp;Et puis&nbsp;?<br>
      —&nbsp;Mes parents y ont mis fin. Je l’ai quitté en me disant que l’amour, la sexualité, c’était tellement facile que je n’aurais pas de peine à retrouver cette intensité avec d’autres. Erreur
      funeste&nbsp;: à 20 ans je suis tombée enceinte, je me suis mariée et j’ai enchaîné d’autres grossesses, pour finir divorcée. Et jamais, jamais je n’ai retrouvé cette intensité du plaisir, une
      telle évidence de relation amoureuse sans complication.<br>
      —&nbsp;…<br>
      —&nbsp;Jamais jusqu’à aujourd’hui&nbsp;! Tu es en train de redonner vie à ma féminité. Goûte encore&nbsp;!
    </blockquote>Cette femme n’avait pratiquement plus de règles depuis une dizaine d’années après la pose de son stérilet, et là c’est reparti, juste avant notre dernière nuit.<br>
    <br>
    Dans <em>Une liaison pornographique</em> l’homme et la femme mentent sans arrêt&nbsp;: les mots sont incapables de décrire leurs réalité. Si j’écris que Vanessa m’a entraîné dans la sodomie, qui
    va comprendre&nbsp;?<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;Au moment où tu as glissé tes doigts de l’autre côté, dans mon vagin…<br>
      —&nbsp;Il fallait que je vérifie dans quel labyrinthe mon sexe s’était égaré&nbsp;!<br>
      —&nbsp;À ce moment j’ai réalisé qu’il y aurait de la place pour un autre homme.<br>
      —&nbsp;Moi aussi j’y ai pensé. C’était amusant. Puis cette image s’est très vite effacée.<br>
      —&nbsp;L’absence d’image, c’est tellement plus beau&nbsp;!
    </blockquote>Pas d’image. J’oublie jusqu’à son existence entre deux rencontres. Elle se pointe à mon bureau et je la reconnais à peine. Jusqu’à ce que cette odeur…&nbsp;Maintenant je la sens à
    plusieurs mètres. J’aime ce désir qui nous emporte sans prévenir. Un jour elle a même oublié sa voiture qui bloquait le portail. Au bout d’une heure c’était un chaos intégral, tous mes collègues
    furieux dans la cour. J’ai fait mine de ne pas la connaître&nbsp;!<br>
    <br>
    Pour en revenir à la pornographie, ma belle <a href="http://www.fils-invisibles.net/article-35178166.html">maîtrise de l’orgasme</a> est quelque peu bousculée. Le soir je décide de
    «&nbsp;retenir&nbsp;» pour préserver mon «&nbsp;énergie&nbsp;»&nbsp;: en fait je ne contrôle rien, une véritable éruption volcanique…&nbsp;Puis le lendemain matin l’énergie revient encore plus
    forte, cette fois je lâche prise et la rétention se produit sans aucun effort, retournant la jouissance dans ma colonne vertébrale. <em>Oh pauvres, n’utilisez jamais cette technique pour la
    contraception&nbsp;!</em><br>
    <br>
    La cruauté du Temps a eu raison de nous ce dimanche matin&nbsp;: il fallait qu’elle rende la voiture assez tôt. Nous nous sommes arrachés du lit, le cœur triste. Dans sa précipitation elle a
    oublié la petite robe blanche égyptienne que je lui ai offerte.<br>
    <br>
    <em>Je suis retournée la récupérer le soir même. Il pleuvait sous le soleil avec un magnifique arc-en-ciel, et je me sentais pareille dedans. Je me le reprochais car mon corps et mon âme avaient
    été remplis de lumière et de bien-être pendant tout le séjour, mais violentés par un arrachement trop brutal le matin (…). Je me sentais triste de te quitter et heureuse de t’avoir vécu. Alors,
    j’ai eu besoin d’y aller le soir pour retrouver cette paix, et ça m’a fait du bien.</em><br>
    <br>
    Le matin de son départ, à l’aéroport, nos lèvres en fusion sur la terrasse du bar. Quelques mots sur la nouvelle vie qui l’attend. C’est le moment de défusionner&nbsp;: une longue accolade, je
    regarde au loin par dessus son épaule, j’embrasse son front et chacun retourne sur son chemin. Le bonheur est total.<br>
    <br>
    <p style="text-align: center;">
      [À suivre]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Tue, 15 Jun 2010 22:51:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-pornographie-52333047.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-pornographie-52333047-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Autre chose que des mots]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-autre-chose-que-des-mots-49696357.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    Elle avait un peu de retard. Juste assez pour que je commence à penser qu’elle ne serait pas au rendez-vous et qu’elle n’avait pas pu me joindre. (Je n’ai pas de portable.) Ne plus attendre, pour
    ne pas la sentir <em>obligée</em>.<br>
    <br>
    J’ai fini de lire un essai sur la nouvelle (en tant que forme littéraire) suivi d’une nouvelle qui raconte la mort du narrateur (François Foubargeot dans <em>La Chute</em>), assez prenante pour
    oublier ce que j’étais venu faire ici.<br>
    <br>
    À l’entrée de la gare il a commencé à pleuvoir. Je me suis abrité. Un rayon de soleil a séché le bitume.<br>
    <br>
    Au loin, une silhouette s’avance qui me rappelle Marie par la façon de se tenir, de marcher, de s’habiller… Chevelure d’une forme incertaine. Peut-être oui, ce regard triste et interrogateur,
    tête inclinée, bras croisés sur une poitrine qui respire à peine. Mais non, j’aurais préféré que ce ne fût pas Marie. Réveille-toi, ce n’est pas Marie, mais celle que tu attends.<br>
    <br>
    Au fait, tu en attends quoi&nbsp;?<br>
    <br>
    Elle sourit. J’avais tout oublié de son image, dans un effort de rester relié au trouble qu’elle a jeté en moi plutôt qu’à des souvenirs reconstruits avec complaisance.<br>
    <br>
    Cœurs qui battent. Inquiétude de part et d’autre&nbsp;: comment se dire bonjour&nbsp;? Je la serre un peu, elle résiste et cette résistance me dit que nous ne sommes pas dans un rêve. Il faudrait
    du temps, mais nous n’aurons pas le temps (de quoi&nbsp;?) car nous avons organisé cette rencontre à contretemps, transgression d’un interdit, une fracture entre des mondes qui n’étaient pas
    faits pour se rencontrer. Pourtant il y a quelque chose en moi qui demande à connaître son quotidien, et vice-versa. Et puis elle m’a montré un jardin derrière la maison, un vrai avec de vraies
    fleurs, des insectes et même des feuilles de menthe que nous avons piétinées pour ajouter une senteur poivrée au vortex de nos sentiments.<br>
    <br>
    Son chien voulait me mordre en même temps qu’il me léchait les mains. Voilà qui résume bien les contradictions de son entourage.<br>
    <br>
    Je l’ai invitée à s’approcher en dominatrice pour ne pas se sentir dominée, séduite, captive. Elle a osé me toucher. Ses mains chaudes, une chaleur douce qui envahit mon épaule jusqu’au cœur.<br>
    <br>
    Sur le retour nous sommes accordés sur les mots&nbsp;: ceux qui sonnent sens à nos expériences vécues, afin qu’il y ait entre nous plus que des mots et du déjà vécu.<br>
    <br>
    Qu’attendons-nous d’une relation <em>tantrique</em>&nbsp;? L’abolition du temps et de l’espace, la totalité&nbsp;? Je lui ai parlé du proto-regard, elle l’a vécu. Alors nos yeux ont pu se
    rencontrer, s’apprivoiser un peu.<br>
    <br>
    Elle me fait enfin face avec confiance. Son visage est transfiguré au point que je ne peux retenir un «&nbsp;tu es belle&nbsp;!&nbsp;» qui brisera la magie. «&nbsp;Là, je me sens
    m’éloigner…&nbsp;» Je lui rappelle le jour où elle a vu mon visage ruisselant de bonheur.<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;Oui, j’étais émerveillée&nbsp;!<br>
      —&nbsp;Emerveillé, c’est le mot que je cherchais. Mais le «&nbsp;tu es belle&nbsp;!&nbsp;» est parti tout seul. (En moi&nbsp;: serait-ce comme une sorte d’éjaculation précoce&nbsp;?)
    </blockquote>Cette fois c’est elle qui m’a pris dans ses bras. Je me suis abandonné à son étreinte. Mon ventre est devenu fréquentable.<br>
    <br>
    <p style="text-align: center;">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-pornographie-52333047.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Mon, 03 May 2010 00:27:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-autre-chose-que-des-mots-49696357.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-autre-chose-que-des-mots-49696357-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Le temple hindou]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-35166040.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    Cette semaine j’ai envoyé à Iliane Patricia le lien vers <a href="http://fils-invisibles.over-blog.com/article-708667.html">notre histoire</a>. Puis je lui ai écrit&nbsp;:<br>
    <blockquote>
      Relisant avec un regard aussi neuf que possible ce que j’ai écrit à partir de notre première rencontre, j’ai eu la même impression qu’à regarder un temple hindou ancien décoré de bas-reliefs
      sur plusieurs étages. Les étages inférieurs, proches du sol, ressemblent à nos premières «&nbsp;expériences&nbsp;»&nbsp;: nous avions un but commun assez bien cadré dans nos imaginations, mais
      nos contacts étaient empreints de rugosité, marquées par nos différences&nbsp;: l’une trop aérienne et l’autre incapable de lever les yeux…<br>
      <br>
      Au fil de nos découvertes, des incompréhensions, de conflits parfois, nous avons atteint plus de douceur et découvert d’autres sensations, d’autres dimensions. Mais cette ouverture nous a aussi
      rendus autonomes tout en effaçant les fantasmes orginels. Nous sommes devenus capables de fusionner avec des vagues de bonheur immense (en ce qui me concerne), mais aussi de défusionner, de
      partir chacun dans une direction propre, selon ses besoins et sans regret. Voilà pour les étages supérieurs.<br>
      <br>
      C’est ainsi que je me sens maintenant, à la fois relié intimement à toi et sans hâte de consolider ce lien par une intimité physique. Ma conviction est que chaque fois que nos chemins se
      croisent c’est une histoire radicalement différente, ce qui fait que je n’ai aucune raison de pousser à la rencontre.<br>
      <br>
      Il me semble que cette évolution transparaît dans la manière dont j’ai raconté ma version des faits. Au début de ma lecture j’étais frappé par la banalité du récit qui contraste avec ma
      perception actuelle. Puis j’ai retrouvé cette montée —&nbsp;ou descente en profondeur… C’était très agréable, je tiens à l’écrire !
    </blockquote>Elle m’a répondu&nbsp;:
    <blockquote>
      —&nbsp;Moi j’ai trouvé ça très beau…
    </blockquote><br>
    <p style="text-align: center;">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-autre-chose-que-des-mots-49696357.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sat, 22 Aug 2009 21:46:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-35166040.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-35166040-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Le souffle d’H]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-34405597.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    Il m’est venu l’idée d’inviter Myriam au stage de <em>tantra</em> alors que je ne sais rien d’elle, ou presque. Séverine n’étant pas en France cette année, j’ai pensé à cette jeune
    auteur-interprète, à la voix profonde, dont les textes semblent annoncer les thèmes de ces stages. Les confidences que nous partagées pendant le long trajet, puis sa participation, ont confirmé
    mon choix.<br>
    <br>
    Reprenons au début&nbsp;: Myriam n’a jamais fait parler d’elle sur ce blog pour la simple raison que nous n’avons jamais eu d’autre relation que sociale. Quant au stage, il est le deuxième d’une
    série qui s’annonce éblouissante&nbsp;! (Voir <a href="http://www.fils-invisibles.net/article-35162338.html">le précédent</a>)<br>
    <br>
    Le mot «&nbsp;stage&nbsp;» m’indispose. J’ai toujours été réfractaire aux travaux dirigés. Mais les stages avec Ingrid se présentent plutôt comme un terrain d’expérimentation et de rencontres.
    L’extraordinaire finesse de son travail lui permet d’accompagner tout le groupe et en même temps chacque participant-e dans un voyage intérieur&nbsp;<em>sous le regard des autres</em>.
    S’intéresser à la relation homme-femme sans se perdre dans les grands sentiments n’est rien d’autre qu’une «&nbsp;incorporation&nbsp;» du regard de l’autre. Le jeu consiste à faire abstraction de
    tout jugement (ou du moins en prendre conscience) pour se connecter à ses sensations. (Encore Spinoza&nbsp;!)<br>
    <br>
    Il serait bien difficile de décrire une méthode&nbsp;; si je tente de le faire vous allez vous emmerder.<br>
    <br>
    Le point culminant du stage précédent avait été pour moi la rencontre d’Hannah. Je ne peux rien dire (et ne sais pas grand chose) sur cette femme si ce n’est l’effet qu’elle produit sur moi. Ses
    mots et ses gestes expriment à la fois le désir et l’appréhension. Elle s’interroge (autant que moi) sur ce que je viens faire dans sa vie, me tient à distance, tout en osant me confronter avec
    de nombreuses questions…<br>
    <br>
    L’an dernier nous avons correspondu pendant deux semaines, puis je lui ai annoncé stoïquement que je n’écrirais plus qu’en réponse à ses messages afin de ne pas encombrer sa vie déjà pleine de
    complications. Elle a donc cessé de m’envoyer des messages. Mais cela n’a pas éteint un feu qui ne demande qu’à resurgir en moi.<br>
    <br>
    Je n’ai pas demandé à Ingrid qui participerait au stage de cette année, ne voulant pas savoir si on y reverrait Hannah. Pas d’attente, pas de déception. D’ailleurs elle s’est décidée à venir au
    tout dernier moment.<br>
    <br>
    Les désirs/peurs/répulsions ont «&nbsp;travaillé&nbsp;» entre nous pendant le stage, mais ils étaient mêlés à d’autres, pour ce qui la concernait, et d’autres encore qui ont fait surface par
    l’entremise discrète de notre animatrice. Tout le groupe naviguait aux antipodes de ce climat d’excitation collective qui m’avait indisposé au <a href=
    "http://fils-invisibles.over-blog.com/article-754004.html">stage d’il y a quatre ans</a>. J’en veux pour preuve ce que nous avons vécu le dernier matin.<br>
    <br>
    L’exercice consiste à danser avec une personne désirable du sexe opposé. Banal en apparence, si ce n’étaient les circonstances et la lente préparation à des rencontres insolites.<br>
    <br>
    Hannah baisse les yeux et trépigne d’impatience en restant pliée sur elle-même. Elle n’ose pas aller inviter un très jeune homme qui lui inspire du désir. Lui est parti ailleurs. Je me pose en
    face d’elle, elle dit non. Alors je danse avec Myriam. Hannah reste seule. Avec délicatesse, Ingrid vient la chercher et la place avec nous.<br>
    <br>
    Je n’ai pas de souvenir précis de cette danse à trois&nbsp;; tout a basculé pour moi dans une seule sensation&nbsp;: le mélange des souffles. Nos visages devaient être proches car j’ai senti les
    respirations des deux femmes et me suis noyé dans ce fleuve de vie. C’était magique qu’elles soient deux. Pour moi, deux désirs de natures différentes, sans que je sois tenté de quitter l’une
    pour «&nbsp;fusionner&nbsp;» avec l’autre. Ce n’est pas comme si nous étions dans le jeu de pénétrer/posséder. Avec sa peur, sa pudeur, son amour, Hannah m’a fait l’offrande de son souffle.<br>
    <br>
    Une offrande unique qui m’a comblé. J’ai souvenir de ma conversation avec Nelda au sujet du «&nbsp;remplaçable&nbsp;» (voir «&nbsp;<a href=
    "http://www.fils-invisibles.net/article-28208324.html">Sex in the dark</a>&nbsp;»). Le sexe d’Hannah, la silhouette gracieuse d’Hannah, ses mains peut-être, sont remplaçables. Mais pas son
    regard, ni sa voix, son souffle, son cœur à fleur de peau. J’ai eu tout cela sans le prendre et sans aucune réserve.<br>
    <br>
    C’est quoi, le désir&nbsp;? Spinoza (qui décidément s’était invité au stage) soutient que l’important est l’énergie du désir et non son objet. La chose convoitée ou l’être désiré sont déterminés
    en fonction de l’image que nous avons du désir qu’ils nous semblent susciter chez d’autres. En clair, si je désire une automobile ou une belle femme, c’est parce qu’elles possèdent des attributs
    qui les classent parmi les objets ou les êtres les plus désirables. Ce <em>désir en manque</em> est donc une affaire de jugement social. Les publicitaires le savent bien&nbsp;! Voilà qui
    corrobore entièrement la remarque de Nelda sur «&nbsp;le remplaçable&nbsp;».<br>
    <br>
    Hannah est donc pour moi une très belle femme remplaçable dans les attributs de la séduction. Si mon désir n’était que la somme des envies de jouir de ces attributs, il serait simple de le
    rediriger vers une personne dotée d’attributs aussi désirables et disposée à m’en donner la jouissance en l’échange de tendresse (ou d’autres avantages matériels). L’exercice suivant m’a fourni
    l’occasion de résoudre ce dilemne. Il était demandé, cette fois, de se mettre à deux pour un massage sensuel. (Ben oui, c’est du <em>tantra</em>, pas un bal de premières communiantes&nbsp;!) Les
    femmes avaient le privilège de choisir. Hannah est une fois de plus restée seule, puis elle s’est encore retrouvée avec Myriam et, par la grâce des nombres impairs habilement manipulés par
    Ingrid, elles ont été rejointes par le beau jeune homme. Ce que ces trois-là ont vécu ne vous regarde pas, allez sur leurs blogs&nbsp;!<br>
    <br>
    Une femme m’a appelé. Elle est d’âge moyen et plaisante, mais de celles qui me paraissent trop «&nbsp;sérieuses&nbsp;» (peut-être en colère contre un homme&nbsp;?) pour m’inspirer du désir. J’ai
    bien du mal à la caresser tout en sentant qu’elle ne demande qu’à goûter la douceur de mes mains. Et puis elle a apporté une huile odorante parfaitement adaptée aux consignes de cet exercice. À
    son tour de me caresser&nbsp;: elle me chatouille avec une plume prêtée par Ingrid et m’effleure avec un art consommé de la mise en bouche… Au départ c’est simplement agréable, jouissif,
    excitant. Puis je commence à sentir son désir, et mon énergie désirante se fond dans la sienne. J’ai oublié Hannah.<br>
    <br>
    Nous plongeons dans une sensation tourbillonnante de désir à l’état pur. Mais, lorsque s’annonce la fin de l’exercice, nous prenons peu de temps à défusionner. Il n’y a aucune trace de fustration
    puisqu’il n’y avait aucun enjeu. Le <em>désir en excès</em>&nbsp;!<br>
    <br>
    La veille au soir, Hannah m’avait posé la question&nbsp;: «&nbsp;Ça veut dire quoi, pour toi Julien, être <em>amoureux</em>&nbsp;?&nbsp;» J’avais esquissé une réponse mais la présence de témoins
    m’empêchait d’aller là où elle le souhaitait. Alors je me suis mis à écrire et j’ai complété le texte après la fin du stage.<br>
    <blockquote>
      Certainement ne pas souffrir.<br>
      <br>
      Ne pas manquer, ne pas demander, ne pas subir<br>
      Ne pas enfermer ni se laisser enfermer<br>
      Ne pas retenir<br>
      Mais se laisser prendre sans attendre, surprendre.<br>
      <br>
      Émerveiller.<br>
      <br>
      Ce que je donne ou reçois est sans importance. J’ai fait de la place pour que cet amour me remplisse. Les amours me remplissent.<br>
      <br>
      Il n’y a pas de regard de l’autre. Je suis l’autre, je suis son regard, je suis autre.<br>
      <br>
      Et cela aussi&nbsp;: je suis saisi d’un frémissement chaque fois tu t’adresses à moi en prononçant mon prénom, ou même quand tu l’écris. Sentir que tu es présente dans cet instant et que c’est
      bien à moi que tu parles.<br>
      <br>
      Le jour de notre arrivée j’ai dit que je venais au stage pour revoir des gens que j’aime. En fait j’avais oublié tous les visages, y compris le tien et jusqu’à la couleur de tes yeux&nbsp;! Je
      n’avais pas envie de savoir si tu participerais pour ne pas être dans l’attente ni dans la déception. Mais quand tu es apparue je me suis aperçu que je ne t’avais pas quittée. J’ai cette même
      sensation avec I. et S.&nbsp;: on ne se quitte pas. On s’oublie mais on ne se quitte pas. Un message, un appel au téléphone, les regards qui se croisent, tout cela confirme la présence mais il
      n’y a jamais un sentiment d’absence, de vide à combler.<br>
      <br>
      Un être que j’aime ne me manque pas. Tu ne me manques pas.
    </blockquote><br>
    <p align="center">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-35166040.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Thu, 30 Jul 2009 18:36:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-34405597.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-34405597-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'amour liquide]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-34127378.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    En écoutant Chet Baker<br>
    Elle éjacule dans ma bouche<br>
    Ma <em>geisha</em> fontaine<br>
    <br>
    <p align="center">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-34405597.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sun, 05 Jul 2009 23:51:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-34127378.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-34127378-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Le plaisir au chaud sur la véranda]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-29620512.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    <b>Jeudi 19 mars.</b> Manifestation. Une marche austère, digne et ennuyeuse. Surgit un bel animal au pelage rouge. Son regard vif dissipe toutes les idées sombres. Au milieu de la foule
    —&nbsp;chers collègues&nbsp;— une bulle joyeuse et intelligente. Les tambours s’efforcent de couvrir nos voix mais nos pensées s’entrechoquent à toute vitesse. J’aime cette complicité fraternelle
    qu’elle me témoigne en public.<br>
    <br>
    Quand elle s’est envolée, «&nbsp;à demain&nbsp;!&nbsp;», j’ai gardé le plaisir au chaud dans mon cœur. Ce moment de bonheur est resté entier&nbsp;: aucune envie de la retenir ni de la suivre.<br>
    <br>
    Le soir j’étais invité chez Catherine. On a visionné <em>RomanceX</em> de Breillat sur son grand écran, dîné sobrement et fait l’amour. Chacun comme toujours attentif à saturer l’autre de
    jouissance, jusqu’à l’épuisement des corps. Le lendemain je suis retourné gavé de sexe, de tendresse et d’amitié.<br>
    <br>
    Puis Nelda m’a appelé pour que je la prenne à la gare car le soir elle devait sortir avec Aimée. Nous voici seuls pendant quelques heures. Elle somnole, je vaque à mes occupations, mais le
    bonheur de la veille a cédé la place à une extraordinaire impatience&nbsp;: j’aimerais qu’elle me prenne dans ses bras, qu’on aille dans la forêt et… Tout cela est ridicule car il fait un vent
    glacial et je n’ai même pas envie de sexe.<br>
    <br>
    Je suis resté longtemps à me questionner sur les causes de ce désarroi. Rien ne m’est apparu différent chez Nelda. La froideur mélangée à un désir obsessionnel que j’ai ressenti près d’elle ne
    s’explique pas par un événement particulier ni par mon comportement. Je ne crois pas avoir envahi son espace. Mais le désarroi parvient à son paroxysme sous l’effet de ma peur de lui causer de
    l’inconfort. C’est bien en moi que tout se joue, même si, pour une raison qui m’échappe, ce séisme dépressif a été déclenché par sa présence.<br>
    <br>
    Le soir j’ai ouvert un message de Séverine&nbsp;:<br>
    <blockquote>
      On est, P. et moi, dans la phase de l’amour que je n’aime pas. Qui aime&nbsp;?<br>
      <br>
      Et je me souviens de cette phrase de Clarissa Pinkola Estes dans <em>Femmes qui courent avec les loups</em>&nbsp;: <em>&nbsp;«&nbsp;Aimer, c’est rester quand votre corps vous crie&nbsp;:
      “&nbsp;Fuis&nbsp;!&nbsp;”.&nbsp;»</em><br>
      <br>
      C’est l’heure de quitter la véranda…<br>
      <br>
      <em>On ne supporte pas de quitter la véranda pour pénétrer à l’intérieur de la maison de l’amour. On est terrifié car on devine que, dans la salle a manger, Dame Mort est assise, impatiente.
      Devant elle se trouve une liste de choses à accomplir, avec inscrit d’un côté ce qui vit, de l’autre ce qui meurt. Elle a l’intention d’aller au bout, d’équilibrer les choses.</em><br>
      <br>
      Je devrais me souvenir de ceci&nbsp;:<br>
      <br>
      <em>C’est le besoin de forcer l’amour à se perpétuer uniquement dans sa forme la plus positive qui finit par provoquer la mort de l’amour.</em>
    </blockquote>Exactement. Ce qui me perturbe avec Nelda (comme parfois avec Séverine) c’est de ressentir une pulsion de désir au-delà de celui de la satisfaction sexuelle —&nbsp;qu’elle ne cherche
    d’ailleurs jamais à me donner. Et plus encore la tentation d’habiller ce désir des oripeaux d’un sentiment amoureux. La tentation est forte chez moi&nbsp;; elle va dans le sens de nos affinités
    intellectuelles, vers cette «&nbsp;forme la plus positive&nbsp;» d’une passion qui ne veut pas se dire, et serait voué à une mort certaine si elle était déclarée.<br>
    <br>
    J’ai pensé à ce mécanisme, vendredi, alors que je marchais sous le soleil couchant en écoutant <em>l’Éthique</em> de Spinoza&nbsp;:<br>
    <blockquote>
      <em>N’importe quelle chose peut être par accident cause de Joie, de Tristesse ou de Désir.</em> (3, XV)
    </blockquote>C’est moi seul qui ai décidé que la joie serait souhaitable, la tristesse dévastatrice et le tumulte méprisable. Mais une même force, celle du désir en excès, me projette au gré des
    accidents vers ces manifestations intérieures, tout comme comme l’eau d’un torrent qui passe de la colère à l’apaisement sous le seul effet de la force de gravité. Je n’ai rien à reprocher au
    désir quelle que soit sa forme.<br>
    <br>
    La nuit venait de tomber quand j’ai ouvert la porte de la maison. Nelda m’y attendait (ou peut-être pas&nbsp;?) tendre et souriante. On s’est croisés pendant quelques minutes. Quand elle est
    repartie j’avais retrouvé le plaisir au chaud dans mon cœur.<br>
    <blockquote>
      <em>Quand l’Esprit se contemple lui-même, ainsi que sa puissance d’agir, il est joyeux, et d’autant plus qu’il s’imagine plus distinctement, ainsi que sa puissance d’agir.</em> (3, LIII)
    </blockquote><br>
    <p align="center">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-34127378.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sat, 28 Mar 2009 17:21:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-29620512.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-29620512-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Sex in the dark]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-28208324.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/13/87//Minirock.jpg" class="DrteTexte" height="224" width="300"> Ce matin nous sommes restés au lit à écouter de la musique indienne. Je ne suis jamais
    rassasié de la caresser. Elle accueillait mon regard avec un sourire qui me fait chavirer. J’aime son visage, j’aime son esprit, j’aime son corps. Ses mains qui s’agitent quand elle est heureuse,
    venant à la rencontre des miennes, hier soir, alors que nous étions égarés dans un labyrinthe de saveurs. Il y a des mots et des mets cultivés dans notre jardin en friche. Parfois elle en cherche
    un, ou bien elle prend l’un pour un autre et je me rends compte que c’est le même que j’aurais choisi. Elle va vers les aliments les plus insolites qui me donnent faim…<br>
    <br>
    Elle a pris mes mains dans les siennes et je retiens mon souffle —&nbsp;tant pis si elle me reproche encore de faire une montagne d’une poignée de sable. La parole nous nourrit et nous invite à
    danser. J’aime cette danse là, ce qu’elle met en mots en mouvement dans un monde où tout est déraisonnable.<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;À quoi tu penses&nbsp;?<br>
      —&nbsp;(Comment lui dire tout cela&nbsp;?) Je pensais, euh… que j’ai de la chance de me réveiller avec une belle femme nue dans les bras&nbsp;!<br>
      —&nbsp;…<br>
      —&nbsp;Enfin, je veux dire, avec toi en particulier…<br>
      —&nbsp;Non, tu as bien dit&nbsp;: «&nbsp;<em>Une</em> femme&nbsp;». Ce pourrait être n’importe quelle femme qui te plaît. Moi ou une autre, c’est sans importance, il n’y a rien de mal à
      cela&nbsp;!
    </blockquote>Avant qu’on se quitte elle me confiera&nbsp;: <em>«&nbsp;Parfois j’ai du désir pour un homme parce que c’est lui, parfois j’ai envie de faire l’amour avec un que je sens bien, et
    parfois je prendrais n’importe quel homme pour mon plaisir. Ce n’est pas dérangeant tant qu’on ne se raconte pas des histoires.&nbsp;»</em><br>
    <br>
    C’est une évidence&nbsp;; pourtant je réalise à quel point je me suis raconté des histoires. Mes amies sont très différentes et chacune a quelque chose d’irremplaçable pour me rendre la vie
    agréable, que ce soit une affinité intellectuelle, sentimentale, artistique, un engagement politique, un goût pour les mêmes paysages, les mêmes gens, la même cuisine, avec toutes les
    combinaisons imaginables. Mais, pour ce qui touche à l’intimité, aux plaisirs du sexe, la plupart sont «&nbsp;interchangeables&nbsp;»… Aucune d’elles ne me fait l’amour en échange d’amour. Cela
    n’enlève rien au plaisir vertigineux d’échapper à l’ordinaire par la fusion amoureuse, ni à la gratitude que chacun peut ressentir envers l’autre.<br>
    <br>
    Nous avions eu peu trop bu hier soir. Jamais je n’ai eu aussi froid dans les rues balayées par le vent. Il était plus de minuit. Nous avons sagement attendu que la chambre se réchauffe. En fait
    je n’attendais rien d’autre que d’aller m’allonger. Nelda est de celles qui m’ont appris à ne rien attendre tout en savourant pleinement le contact. Pendant le repas je la laissais venir en
    m’abandonnant à ses caresses, comme on peut goûter un vin ou un mets exceptionnel en se laissant pénétrer par la sensation.<br>
    <br>
    Le désir par excès&nbsp;: elle aurait pu me quitter au lieu de m’inviter chez elle. Après avoir été touché ainsi je n’aurais gardé aucune frustration.<br>
    <br>
    Elle est venue sur moi et a hésité un moment. Cette hésitation m’a rendu perplexe mais plus tard elle m’a expliqué qu’elle ne me croyait pas prêt. Quand j’y repense, elle a raison&nbsp;: j’aurais
    été déçu qu’elle me «&nbsp;pénètre&nbsp;» tout de suite. Dans la pénombre de la chambre il me fallait du temps pour imaginer et rencontrer son visage, son corps, l’odeur de son corps et
    <em>l’intérieur</em> de mon désir. Il fallait que tout fût possible dans cet instant —&nbsp;y compris qu’elle ne me prenne pas&nbsp;— comme un aliment mystérieux qu’on porte lentement à ses
    lèvres, sans le leurre du regard, mais avec cette pointe d’euphorie et d’incertitude que donne la conscience accrue de son arôme.<br>
    <br>
    Elle m’a pris doucement, m’a glissé en elle. Comme une cuillerée de miel onctueux dans la bouche… Maintenant je sais que lorsque j’ouvre le pot de miel c’est que j’ai besoin de faire l’amour.<br>
    <br>
    Elle m’a pris comme un instrument pour jouir. J’aime être utilisé ainsi, avec le goût du miel dans mon ventre et du pétillement dans le cœur.<br>
    <br>
    <p align="center">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-29620512.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sun, 15 Feb 2009 19:46:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-28208324.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-28208324-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Le fruit de Sita]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-26408377.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/13/87//pomme-cannelle.jpg" class="DrteTexte" height="299" width="241"> J’aime la pression de ses doigts sur mon sexe à travers un vêtement léger, un
    geste qui m’apaise et me provoque à l’heure des caresses. Nous sommes partis sous un soleil intense, au méridien du solstice d’hiver, en contournant le chemin qui s’enfonce vers la mer. En
    contrebas de la falaise les yeux se perdent entre des méandres de collines rocailleuses, couronnées par le bleu du ciel qui semble nous dévisager.<br>
    <br>
    Repas frugal sous la fraîcheur odorante d’un pin, puis elle m’invite à nous réchauffer sur un lit de caillasse.<br>
    <br>
    Je me suis à-demi allongé et elle s’est assise sur mes jambes, abandonnée aux fantaisies de mes mains. C’est bien elle&nbsp;? Il y a si longtemps que je ne l’avais pas touchée&nbsp;! À travers la
    laine j’ai senti ses seins se gonfler à ma rencontre, puis ses lèvres ont effleuré les miennes. Effleuré seulement car il nous faut du temps pour laisser monter le désir de la peau. Le désir
    mouillé.<br>
    <br>
    Notre intimité est à une profondeur inexplicable, souvent hors d’atteinte comme l’immensité liquide que nous apercevons au loin. Il faut un miracle pour que la source jaillisse dans une
    enfractuosité. L’excitation seule ne peut pas irriguer une surface aride. Mais nous savons accomplir les miracles&nbsp;! C’est juste une question de temps, d’espace, de météo favorable et de
    disponibilité intérieure. Justement, aujourd’hui ou jamais…<br>
    <br>
    Le miracle a commencé. La peau de son ventre est plus douce à chacune de nos rencontres, comme une promesse de retour à la vie réelle. Le réel n’est rien d’autre qu’un organe qui triture nos
    pensées les plus élevées pour décider du plaisir ou de la souffrance. Je ne sais pas encore où cela nous mène mais j’ai semé mes attentes au vent qui fait frissonner cette peau rêvée et
    retrouvée.<br>
    <br>
    Ses seins à travers la laine, car c’est ainsi qu’elle aime que je les caresse aujourd’hui, et l’autre main à la découverte de chairs qui s’entrouvent avec une sensation délicieuse de
    pomme-cannelle. <em>Le fruit de Sita</em>, au nord de l’Inde. Dans la tradition populaire <em>Sita</em> évoque aussi «&nbsp;le sillon&nbsp;» de la femme-terre. Je ne connais pas de fruit plus
    onctueux, plus généreux dans la volupté que celui que me fait goûter Anne entre ses jambes. La source commence à jaillir et mes doigts ne tardent pas à ruisseler de bonheur. Pour elle c’est
    aujourd’hui la lune nouvelle et mon sexe en tremble d’impatience.<br>
    <br>
    On entend des voix&nbsp;: des groupes, des couples qui passent tout près. Des hommes viennent se pencher au-dessus du vide et je les devine en train de nous espionner furtivement sous le regard
    d’épouses qui leur envoient des signaux de prudence. <em>«&nbsp;Mais qu’est-ce que tu fais, Roger&nbsp;? C’est par là le chemin&nbsp;!&nbsp;»</em> J’imagine les pensées de ces hommes, ce soir.
    Moi je sais où est le chemin&nbsp;; mes mains savent.<br>
    <br>
    Le soleil décline et nous rentrons en partageant des nouvelles récentes. Nos échanges, nos amours, nos amis, l’étrangeté de la raison d’être de nos rencontres… Je m’applique à d’énoncer qu’il
    n’existe aucun sentiment entre nous, aucune relation sinon de la parfaite complicité, mais ce que je pense d’elle est à chaque fois contredit. Le plus simple serait de ne rien définir quand il
    s’agit de «&nbsp;nous&nbsp;» (si ce mot a un sens). C’est une limite paradoxale après avoir partagé un si long chemin d’introspection qui a transformé nos vies. Elle sait tout sur moi, je sais
    tout sur elle, mais nous ne savons rien sur nous.<br>
    <br>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/13/87//derKuss.jpg" class="GcheTexte" height="269" width="210"> Plus tard dans la soirée j’apprends qu’elle aimerait qu’on passe la nuit ensemble et même
    une partie de la matinée. Elle a fait une pause chez elle pour venir me rejoindre dans un salon de thé. J’adore l’effet de recommencement, la pause étant assez longue pour que je ne l’attende
    plus. Nous occupons une alcôve isolée dans le salon vide, le sable et les coussins remplaçant le rocher, et mes mains parlent encore à travers la laine. Plus chaudement car le désir est aussi
    intense mais c’est la tendresse qui nous berce à présent. Encore une belle surprise… Les regards des hommes en pataugas ont fait place aux yeux noirs d’une belle femme qui vient s’assurer de
    temps en temps que «&nbsp;nous n’avons besoin de rien&nbsp;». J’aurais aimé que cela dure des heures, et cela a effectivement duré des heures, pour mon plus grand contentement.<br>
    <br>
    Après le dîner nos jambes sont fatiguées et nous allons directement à la chambre sans nous soucier de la voiture. Elle est nue dans mes bras nus. Mes mains ont inventé de nouveaux gestes et je ne
    me lasse pas de la contempler au sommet du plaisir. Elle invite mon sexe en elle, je la vois se cambrer sous mon étreinte, si belle que la jouissance arrive dans mon ventre sans prévenir
    —&nbsp;comme une vague de fond que je n’ai pu contenir qu’à moitié. Mes mains reprennent la danse puis elle redonne de la vigueur à mon sexe, dans ses doigts et dans sa bouche (souvenir de
    morsures délicieuses) où elle m’aurait peut-être fait jouir une nouvelle fois si je ne m’étais pas effondré de fatigue.<br>
    <br>
    Elle ne tarde pas à s’endormir. Un peu ennivré, je me rhabille pour aller déplacer la voiture. Le chemin paraît interminable et je suis accosté, au début, par deux jeunes turbulents qui cherchent
    des cigarettes. Ils n’ont fait disparaître que le ticket donnant le numéro de ma chambre et le code d’entrée, mais grâce au veilleur de nuit tout rentre dans l’ordre et Anne ne s’est même pas
    réveillée.<br>
    <br>
    En lavant la main qu’un des jeunes a tenu à serrer je découvre des traces de sang. Intrigué au début, je comprends et cela m’amuse.<br>
    <br>
    Elle a besoin de dormir. Cette nuit la plus longue est faite pour elle. Je la retrouve heureuse et détendue au lever du jour. Nos caresses reprennent, elle jouit sous ma main, appelle mon sexe…
    mais les récepteurs d’ocytocine doivent être saturés car ce qu’il ressent n’a plus rien de sexuel&nbsp;: il se dresse et glisse en elle tout en se demandant à quoi peut bien servir ce
    glissement.<br>
    <br>
    Elle demande à dormir encore un peu, dans mes bras. Au réveil&nbsp;:<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;Tu as envie d’autre chose&nbsp;?<br>
      — &nbsp;Oui, de jouir encore.<br>
      —&nbsp;Mais tu pouvais me prendre pendant mon sommeil&nbsp;!
    </blockquote>C’est vrai, mais mon envie même est en décalage. Je sens bien un tsunami de plaisir se former à l’horizon, mais bien qu’elle m’ait encore accueilli en elle je ne suis pas en position
    pour le laisser déferler. Aucune importance, ne rien attendre&nbsp;: les surprises sont tellement plus belles&nbsp;!<br>
    <br>
    <p align="center">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-28208324.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Tue, 23 Dec 2008 15:11:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-26408377.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-26408377-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Feu d'artifice]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-22365329.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    <img src="http://www.freephotobank.org/d/4227-2/Fireworks-09.jpg" class="DrteTexte" width="300">Enfant, elle portait de longs cheveux clairs qui lui tombaient dans les reins. C’est ce qu’elle m’a
    dit. Et aussi que les hommes —&nbsp;parfois les femmes&nbsp;—&nbsp;n’ont pas tardé à se rendre fous de cette chute de reins, des lèvres gourmandes et des petits seins magnifiques que mes mains
    rêvaient d’effleurer un jour qu’elle m’a reçu en chemise de nuit.<br>
    <br>
    C’est ma volcane.<br>
    <br>
    Elle a gardé des photos d’une époque où elle vivait entourée de photographes.<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;J’aimerais que tu me les montres.<br>
      —&nbsp;Tout de suite ou tout à l’heure&nbsp;?<br>
      —&nbsp;Tout à l’heure, ça peut attendre&nbsp;!
    </blockquote>Je continue de faire l’amour, oubliant sa promesse. J’aime que ces photos existent. Il me suffit d’y penser pour jouir de l’adolescente et de la femme à tous les âges de sa vie
    sexuelle. Quand je fantasme d’amours adolescentes c’est elle que je préfère avoir comme complice. La doyenne de mes geishas est ridée et juteuse comme une vieille pomme, mais aucune de mes plus
    jeunes amies ne peut défier le temps avec une telle insolence.<br>
    <br>
    Je ne pense jamais à elle sur la route. Ni aux plaisirs qui nous attendent. Mon sexe se fait oublier. J’écoute à la radio un témoignage émouvant dans la série <em>Indépendance</em> sur les
    décolonisations africaines. Il faudra que je l’enregistre. Je l’apporterai à Catherine qui s’intéresse beaucoup à la politique. Si elle a réussi à chasser de chez elle un compagnon encombrant de
    non-désirs pour faire place aux soirées de rêve, elle a longtemps retardé cette décision car elle aime parler politique avec lui. Moi aussi d’ailleurs, au point d’oublier de souhaiter qu’il me
    laisse seul avec elle&nbsp;!<br>
    <br>
    Je ne pense à rien sur la route. Ni en garant la voiture devant sa maison —&nbsp;bien en vue pour qu’on ne soit pas dérangés&nbsp;—, ni en franchissant la porte laissée ouverte. J’attendrai la
    surprise de ses lèvres contre les miennes, de sa taille fine ondulante, à peine couverte d’un peignoir, et des mamelons érigés que je sentirai taquiner ma poitrine. C’est à ce moment que la
    maison se mettra à exprimer les odeurs du bois fraîchement menuisé et d’un repas léger préparé avec beaucoup de délicatesse. Puis je découvrirai sa peau incroyablement douce et les effluves de
    son désir libertin.<br>
    <br>
    Je ne pense pas sur la route. Je sais que la volcane fera l’amour en me gratifiant du spectacle de son plaisir. C’est inévitable et inattendu. Certes, il faudra du temps si elle ne vient pas à ma
    rencontre, paralysée de douleurs. Alors j’entrerai dans sa chambre en murmurant « toctoctoc », je poserai mes mains sur elle et nous dormirons jusqu’à ce que son désir chasse la souffrance
    encombrante pour faire place à une soirée de rêve.<br>
    <br>
    Ce matin je flânais devant une de ces boutiques où l’on répare les chaussures et copie les clés. J’y ai aperçu dans la vitrine un porte-clés qui clignote et fait bip-bip quand on le siffle. Je
    l’ai acheté pour me moquer de Catherine qui égare souvent son trousseau. Mais c’est râté car elle n’arrive pas à siffler assez fort. De si belles lèvres ont mieux à faire…<br>
    <br>
    Aujourd’hui je l’ai trouvée au lit après un bain chaud qu’elle a pris pour moins souffrir. Interdiction de bouger. Je lui encore fait promettre les photos. Elle, en noir et blanc dans la cuvette
    du révélateur&nbsp;: regarde moi et désire moi&nbsp;!<br>
    <br>
    Effleurements, deux pointes brunes frôlent les paumes de mes mains, et le goût de sa salive, une salive qu’elle fait couler en abondance dans la main qui enveloppe mon sexe.<br>
    <br>
    Momifiée par la douleur, elle me fait l’amour avec ses doigts d’artiste. Je m’endors au seuil de la folie. Au réveil, elle s’est tournée vers moi, apaisée. Je la touche avec mille précautions, et
    une rare excitation, car il n’en faut pas moins à une petite fille qui apprend l’amour. Il faudra des heures pour qu’elle oublie la menace du fouet sur son dos au moindre faux mouvement. Mes
    mains, mes lèvres courent légèrement sur sa peau. Un peu d’huile, beaucoup de salive encore, et le désir est entre ses jambes, prêt à être dévoré. Ma langue caresse le sillon odorant qui donne la
    vie. Je vois ses lèvres s’entrouvrir et ses yeux briller dans la pénombre qui a commencé à nous tenir compagnie. Jeune fille blonde, je vais manger ton sexe.<br>
    <br>
    Le voici dressé dans ma bouche. Car cette fille est de celles qui cachent un pénis dans leur cabinet de curiosités. Il aime ma langue, mes lèvres, elle gémit quand je le serre entre mes dents.
    (Comme j’aime qu’elle morde le mien&nbsp;! Elle n’ose pas encore me faire mal mais ça viendra.)<br>
    <br>
    J’imagine l’œil du photographe sur ses hanches, sa poitrine, son visage et son sexe, la verge folle d’impatience de la baiser… Et ces images sur papier brillant offertes aux désirs d’hommes et de
    femmes, la complicité des uns ou la jalousie des autres. Toute une vie de jouissance dont j’ai plein la bouche, aujourd’hui, car elle est entièrement à moi, la volcane, tendre amie qui me fait
    dévorer son intimité.<br>
    <br>
    Elle respire fort maintenant. <em>«&nbsp;Mon amant merveilleux&nbsp;!&nbsp;»</em> On ne m’a jamais dit ça. Quelle douce flatterie, de la part d’une gamine insolente.<br>
    <br>
    Anne aimerait apprendre le secret de Catherine pour jouir aussi fort et sans relâche. Le secret est là —&nbsp;je ne peux rien t’expliquer&nbsp;— entre ma langue et mes dents. Je le sens palpiter
    furieusement pendant que les reins de la volcane se cabrent sous le plaisir. Ses mamelons demandent des effleurements rapides, parfois un léger pincement. (Chaque femme est différente, ne pas
    l’oublier.)<br>
    <br>
    Le secret consiste à laisser exploser la vie afin que le temps d’arrête pour de bon. Ou bien des mots chuchotés à l’oreille, dont je n’ai pas idée&nbsp;?<br>
    <br>
    Elle crie de plaisir. Bip-bip&nbsp;! Nous éclatons de rire. Le porte-clés oublié sur la table vient d’homologuer la performance. Je la mords de plus belle, elle repart à toute vitesse. Bip-bip.
    Elle a crié sur un autre ton mais c’était acoustiquement correct. Et de deux…&nbsp;Je ne sais pas combien il y en aura ce soir, une dizaine peut-être. Chaque orgasme en déclenche un autre qui ne
    lui ressemble pas, dans la béance du souffle suspendu par le plaisir.<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;C’est chaque fois une sensation nouvelle&nbsp;!<br>
      —&nbsp;Comme un feu d’artifice&nbsp;? Des fusées, des fontaines…<br>
      —&nbsp;Oui, exactement cela&nbsp;: un feu d’artifice.
    </blockquote>Quand le bouquet a fini d’exploser nous nous sommes effondrés, épuisés. C’est à ce moment là que le téléphone a sonné&nbsp;: son ami politiquement compatible et sexuellement
    indésirable. Je retourne caresser son clito pour l’empêcher de parler normalement.<br>
    <blockquote>
      —&nbsp;Qu’est-ce que tu fais&nbsp;?<br>
      —&nbsp;Euh, je me repose. (Menteuse&nbsp;!) Et toi&nbsp;?<br>
      —&nbsp;Ben je me prépare à sortir avec…<br>
      —&nbsp;Ah bon, et vous allez où&nbsp;? (Je ne supporte pas son bavardage au téléphone. Pour la punir, je plonge un doigt dans son vagin sans le mouiller.)<br>
      —&nbsp;Au village de…<br>
      —&nbsp;Qu’est-ce qui se passe là bas&nbsp;? (Exaspéré, je frotte grossièrement mon sexe contre sa cuisse.)<br>
      —&nbsp;Un feu d’artifice&nbsp;!
    </blockquote>Nous avons éclaté de rire. Il m’a peut-être entendu, tant pis.<br>
    <br>
    Tout est calme. Je n’ai pas envie de jouir car ce serait vraiment plat après un si beau spectacle. Je place la main de Catherine autour de mon sexe car il me plaît d’être tripoté en retardant au
    maximum l’érection — et puis, je n’ai pas à justifier la main sur le sexe de son <em>amant merveilleux</em>&nbsp;!<br>
    <br>
    Le jeu s’arrête quand le sommeil nous emporte. Je sais que dans la nuit le désir me réveillera. Elle aura le dos tourné, repliée sur elle-même. Je caresserai sa croupe jusqu’à ce qu’elle se
    cambre légèrement en retenant son souffle. Alors je mettrai du gel dans ma main et sur mon sexe fraîchement dressé pour le glisser doucement dans le sien. Il bougera à peine pour ne pas la
    réveiller —&nbsp;car elle fera semblant de dormir&nbsp;— mais de plus en plus vigoureusement quand mon ventre se mettra en feu. Je ne m’apercevrai pas qu’elle aussi s’est mise à bouger, que son
    sein s’est gonflé dans ma main, invitant ma jouissance, un cri de sauvage pour en finir…&nbsp;Bip-bip&nbsp;!<br>
    <br>
    Elle me dira le lendemain qu’elle ne m’avait jamais senti jouir aussi fort avec elle. C’est vrai, je me suis donné pleinement à l’orgasme. Difficile de faire moins après le spectacle qu’elle
    m’avait offert dans la soirée&nbsp;!<br>
    <br>
    Les jours suivants son dos lui a fait payer le plaisir volé au temps qui passe. Le porte-clés s’est mis à répondre sadiquement à ses cris de douleurs. Quand je suis retourné chez elle il avait
    disparu. On n’en a plus reparlé.<br>
    <br>
    <p align="center">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-26408377.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sat, 30 Aug 2008 13:42:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-22365329.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-22365329-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Quatre mains]]></title>
        <link>http://www.fils-invisibles.net/article-35162749.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    Ce matin, Séverine et moi nous sommes réveillés très tôt. J’avais l’impression désagréable de tourner autour d’elle comme un animal fou, la serrant dans mes bras à chaque occasion, faisant
    glisser mes mains sur son dos, ses jambes, son ventre, ses seins. Désir de possession parce que je ressentais de la rivalité avec un de ses anciens amis qui vient de la recontacter. Les hommes
    sont bêtes à ce point... En d’autres temps elle se serait laissée prendre comme un objet, pour ne pas me décevoir, mais nous avons une conscience différente aujourd’hui, et une véritable exigence
    de respect de soi.<br>
    <br>
    Je lui ai exprimé mon sentiment de rivalité et mon exaspération de ne pas la laisser tranquille. Puis, tandis qu’elle faisait ses adieux aux voisins, je me suis mis au piano. Les conditions s’y
    prêtaient : le piano, comme mon amie, ne se laisse pas toucher n’importe comment. J’ai redéchiffré un prélude que nous avions entendu la veille, en visite chez notre ami musicien. Quand Séverine
    est revenue elle s’est assise pour m’écouter puis m’a joué l’intégrale des airs du film Amélie Poulain dont elle avait apporté les partitions. Elle jouait, nous jouions, nos mains étaient enfin
    occupées à autre chose qu’à la recherche d’une jouissance impossible et inutile en ce moment. Cet autre chose nous réchauffait entièrement. Dehors il y avait de l’orage, j’avais tout débranché :
    téléphone et Internet, nous étions seuls sur terre pour quelque temps. Le dernier morceau est resté dans mes oreilles comme emblématique de ces heures de bonheur. Je le jouerai à sa prochaine
    visite !<br>
    <br>
    <p align="center">
      [<a href="http://www.fils-invisibles.net/article-22365329.html">Suite</a>]
    </p>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sun, 20 Jul 2008 19:29:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.fils-invisibles.net/article-35162749.html</guid>
                <category>Lire de bas en haut</category>        <comments>http://www.fils-invisibles.net/article-35162749-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
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