Fils invisibles

A partir de mon journal, 12 septembre 2005

Catherine est un peu plus âgée que moi — « bien conservée », dirait un macho consumériste. Elle a accepté de dormir à la maison pour m’emmener tôt à la gare demain matin. Je m’apprête à un long voyage pour un service funéraire. Or elle me parle de sa cystite, de sa ménopause qui l’a rendue frigide au point d’atrophier ses organes sexuels, selon sa gynéco… Pauvres de nous, quelle soirée en perspective !

N’y tenant plus, je l’interromps : « Catherine, qu’est-ce que tu dirais d’un massage ? » Ses yeux papillonnent de surprise et d’émotion. Elle répond oui sans hésiter.

Elle me demande comment elle doit se mettre, et que faire de ses habits. Je lui réponds que je peux la masser comme bon lui semble, nue ou habillée. Elle choisit une tenue décente pour la galerie (vide) mais fort indécente pour moi ; bon sang, si les femmes savaient combien je suis allergique aux sous-vêtements ! Mais je fais abstraction de son apparence et de toute envie de plaire ou d’être séduit. Mes mains sont sur elle et prennent corps avec elle. Malgré son comportement souvent antisocial qui a longtemps installé entre nous une animosité réciproque, c’est une femme de grande sensibilité, une artiste, une personne qui souffre dans son corps mais en capte parfaitement les mouvements subtils. Son corps répond, d’ailleurs, à l’opposé de ce qu’elle annonçait en entrée. J’y rencontre un désir bouillonnant, une nature volcanique, dans une zone sous-terraine recouverte de nombreuses couches de principes moraux et d’inhibitions.

Mes mains n’ont respecté aucun contrat — du reste il n’y avait pas de contrat. Elle s’étonne de n’avoir ressenti aucun désagrément malgré toutes les maladies dont elle s’est parée.

Un moment, j’ai tenu ses seins dans l’immobilité. Elle a croisé mon regard, j’ai lu une question dans le sien : « Que va-t-il se passer maintenant ? » Il ne s’est rien passé. J’ai ressenti du plaisir dans cette étreinte singulière, une belle énergie qui remplissait mes mains et qui comblait mon désir.

Le lendemain nous sommes debout très tôt. Je la trouve dans le salon, vêtue seulement d’une chemise de nuit légère. Je la prends dans mes bras et je respire l’odeur de ses cheveux, de son cou. Elle frémit. Ma main glisse sur un mamelon dressé mais je ne répèterai pas ce geste. Elle s’est mise à parler de tout et de n’importe quoi pour meubler le silence et ne pas montrer son trouble. A chaque mot je pose mes lèvres sur les siennes, jusqu’à ce qu’elle finisse sa longue phrase et se taise. Alors je quitte notre étreinte et nous partons à la gare.

[Suite]

Jeu 25 aoû 2005 Aucun commentaire