Fils invisibles
L’Inconnue lui a indiqué un hôtel où il a retenu une chambre sous un faux nom. Il marche en souriant. Et si elle ne venait pas — si c’était son tour de lui jouer un bon tour ? Si elle prenait peur de tomber sur un sadique ou un cul de jatte ? (Il ne sait pas qu’elle a choisi un hôtel sans ascenseur, car on ne prend jamais assez de précautions.) Il a écrit :
Je suis arrivé à l’hôtel en premier et je dors quelques heures dans le grand lit. On a convenu qu’elle me rejoindrait un peu plus tard, selon son désir. Elle pousserait doucement la porte dont le penne est bloqué par une feuille pliée en quatre.C’est un peu plus compliqué car la porte est maintenue par un verrou électronique. Saloperie de trucs modernes. Une pantoufle fera l’affaire. C’est plouc de voyager avec des pantoufles, mais trop pratique dans certaines situations…
Elle a failli faire demi-tour devant l’hôtel. Elle est déjà très en retard, car, comme par hasard, son mari, ce jour là… Elle aussi a rêvé de cette rencontre, balancée entre la peur, la curiosité et le désir. Elle se sent belle, dans le désir du cœur, la vraie cavalière invisible qu’il a appelé de ses mots. Elle a choisi soigneusement les couleurs des habits qu’elle est supposée ôter dans l’obscurité. Si elle ose… Elle a lu et relu son message, tremblé délicieusement en lui écrivant. Aujourd’hui, elle a peur, mais elle se met à penser à sa peur à lui, et devant l’inutilité de tout cela — carpe diem — elle pousse la porte en riant. « Monsieur Loup est arrivé, chambre 18 ! » Quelle idée de choisir un tel nom, elle a failli pouffer de rire devant le grand dadais de la réception.
Il avait prévu de l’entendre pousser la porte et de faire semblant de dormir. Elle savait peut-être qu’il ferait semblant, mais ils avaient tacitement convenu qu’elle ferait semblant d’y croire. Il ne savait pas qu’il s’endormirait à 17h00 dans la chambre 18 de l’Hôtel des Brumes. Qu’elle l’entendrait respirer profondément à travers la porte entrouverte. Qu’elle prendrait aussi une longue inspiration avant d’entrer. Qu’elle s’assiérait au sol derrière la porte, au lieu de s’approcher, à écouter sa respiration et palper l’air de sa présence.
Il rêve d’elle dans son propre rêve : elle s’est fait remplacer par un chat qui saute sur le lit et lui masse le ventre, consciencieusement, avec ses griffes un peu sorties. Il n’ose pas le toucher. Il n’osera pas la toucher. Sait-elle au moins qu’il est timide ? Alors il se met à grogner en imitant le chien. Le chat s’enfuit et le loup se réveille, la peur au ventre qu’elle soit partie.
Tourné vers la porte, il ne sait pas qu’elle s’est placée discrètement de l’autre côté du lit. Elle ne voudrait pas l’effrayer en se manifestant brusquement . Elle-même est effrayée. Mon dieu que c’est difficile, impossible de fuir maintenant. Alors elle écoute encore la respiration du mâle et y accorde la sienne. Bientôt leurs souffles ne vont faire qu’un et les fantômes pourront enfin se rapprocher.
Il sait qu’elle est présente car quelque chose a changé dans l’odeur de la pièce. Un parfum de femme qui ne met pas de parfum, un air de volupté. Il se tourne doucement sur le dos pour savourer cette présence à pleins poumons. Il l’appelle silencieusement en faisant battre son cœur. Il a rêvé mille fois de cet instant, cette « griserie de l’attente » qu’il évoquait dans son rêve ; chaque fois son sexe se dressait douloureusement… Viens, je te veux… Mais aujourd’hui la présence est vraiment présente et s’infiltre dans toutes les cellules de son corps. Désir de lumière. Il ne la désire pas, il ne sait pas, il ne pense pas au sexe ni à rien, son corps flotte au-dessus de son âme. Bref, il ne bande pas et se garderait bien d’en éprouver la moindre inquiétude.
Elle a profité d’une expiration plus longue pour s’allonger doucement à droite du loup, vêtue d’une chemise de soie légère que, par précaution, elle avait gardé sous ses habits. Son ventre vibre d’une palpitation qu’elle n’a jamais connue.
[A suivre…]
Cette terreur, je l'ai ressentie le jour où j'ai vécu une rencontre un peu sur le même mode (voir Brasero). Pourtant on s'était préparés. Il y a comme une barrière à franchir, ou un miroir magique à traverser... Un peu comme si les âmes se connaissaient déjà et proposaient de se présenter mutuellement les corps. ;-)
Et ton adresse email ne marche pas (boîte saturée) :-(
Tu peux me répondre en public sans souci,je ne suis pas pudique!!!:-)
Je t'envoie un mail pour te donner mon adresse(mail);-)
Vous reconnaîtrez sans doute la peur d'être rabroué, ou simplement « désenchanté ». Donc je ne sais pas quoi faire de ces déclarations, sauf peut-être d'en parler en privé.
En fait, j'ai peur de séduire et de décevoir, ou d'être séduit et déçu. Ça se soigne, pas vrai? ;-) Écoutez, dans l'émission « Don, pardon, abandon », la lecture d’un passage du livre à paraître où Delassus parle du corps de Martha offert à la vue des hommes… C’est sublime, et tellement proche de ce que je comprends de l’érotisme et de la vie.
Si les hommes aux paradoxes troublants ont la cote c'est parceque les femmes aiment ça,elles aiment le mystère,la complexité,sinon elles s'ennuient,non?
Mon précédent commentaire s'adressait à vernonne
Julien) ne te remet pas en cause,ne perd pas ton temps à douter,prend les choses comme elles viennent,soi toi même c'est comme ça que les femmes t'aiment ;-)
Lola
Je veux bien entendre que les paradoxes masculins plaisent aux femmes. Je l'ai souvent vérifié dans les choix de mes amies. Seulement, Les paradoxes naissent souvent de doutes ou d'une mauvaise connaissance de soi (je ne parle pas forcement pour toi Julien). Personnellement j'aime les hommes entier. Qui savent ou ils en sont. Et qui se remettent en question aussi, grande preuve d'intelligence et de recherche de soi. En fait les femmes aussi, je les aime comme ça. Je crois qu'un homme peut entretenir le mystère par d'autre moyens que des incohérences. Et puis pour être honnête, le mystère ne m'attire pas, au contraire. J'ai cette mauvaise habitude de vouloir savoir tout des hommes pour prendre le temps de me demander si oui ou non ça me "convient", je n'aime pas les surprises. Lorsqu'on connait un caractère particulier d'un homme et qu'on a pris sur soi de l'accepter, on a les moyens de voir autrechose chez lui. Alors que quand on ne sait pas quoi penser, on stagne, on évolue pas. Il est tard, ce n'est peut être pas trés clair, je m'en excuse.
C'est très peu compassionnel, je sais, mais je ne parle que de relations libres, sans enjeu. S'il s'agit de vivre ensemble, sur le long terme, il y a d'autres compromis à faire.
Donc je pourrais dire comme Vernonne que j'aime les femmes "entières". D'ailleurs je les prends volontiers en entier. ;-)
<<vouloir savoir tout des hommes pour prendre le temps de me demander si oui ou non ça me "convient">>
Comme si on pouvait *décider* de ce qui nous plaît ou ne nous plaît pas... Le mystère ne se décide pas, il est. Refuser les surprises c'est comme vouloir organiser sa vie loin de toute curiosité.
Penser connaître l'autre est une illusion rassurante comme une pantoufle, ça gêne pour courir dans les bois ou sur le sable et ça enferme l'autre dans nos croyances.
Croire se connaître est tout aussi emprisonnant mais là ça ne regarde que soi.
L'autre n'est pas un produit fini ou délimité.
A bientôt ici ou ailleurs
Et puis, une femmme qui aime les loups ne peut pas être foncièrement mauvaise. :-b
Je me met dans la peau de la femme. Difficile de gerer en même temps, l'exitation de l'amour à venir, la peur que les choses ne se passe pas bien, et la timidité en elle même qui n'a pas toujours de bonnes raisons d'être. Sa doit être à la fois palpitant et terrifiant. c'est de l'émotion à grande échelle de la vie. Pas comme quand tu rentres dans une nouvelle balangerie pour acheter ton pain, ou dans un nouveau pub belge pour manger des moules frites, à moins que pour certaines ça soit fort aussi. lol