Fils invisibles

Deuxième sommet

Les semaines ont passé, l’Amante m’a dit qu’elle était prête. Damien s’est installé chez nous pour quelque temps. Ce soir, nous sommes nus, assis par terre à écouter le silence sous la lumière vacillante d’une lampe à pétrole. C’est l’inverse de la scène au bord du lac : pas de sentiment de transgression, aucun risque/envie d’être vu, rien à prendre et pas de résistance. Il s’est assis à califourchon sur la femme désirée, à sa demande, pour lui masser doucement le ventre. Je suis étonné de voir son sexe au repos ; le mien est déjà douloureux à force d’attendre. Elle lui a fait signe de remonter. Je frémis de plaisir à la vue de ces mains délicates qui font dresser les pointes rose pâle des petits seins d’une femme. Nous sommes tous très jeunes, et beaux comme des dieux, il va de soi.

Son arbre se dresse enfin au milieu d’une toison blonde. À cette époque, pour moi, la blondeur est associée à la féminité, et je ne suis pas loin du trouble ressenti/refoulé face aux garçons blonds qui fréquentaient le pensionnat de mes années adolescentes. Mais Damien n’évoque rien de la brutalité masculine et je ne sens aucune gêne à le regarder, ni même le toucher. L’Amante lui a fait signe de venir en elle. Elle prend mes mains, tendrement, pendant qu’il s’allonge sur elle, pour sentir mon accord et mon bien-être.

Je les regarde prendre plaisir au plaisir. La danse des sexes est un spectacle étonnant, hélas réduit à sa dimension anatomique, aujourd’hui, par le commerce des images. Je me sens délicieusement éclaboussé par la vague qui grandit en eux. Quelle beauté.

Il s’est immobilisé dans le plaisir. Nous restons immobiles, un temps indéterminé, blottis contre l’Amante. Puis elle m’invite à glisser en elle. C’est une sensation prodigieuse, celle de pénétrer doucement dans une grotte pleine de lave brûlante. Je ne tarderai pas à pousser un grand cri ; nouvelle éruption, et cette fois l’Amante m’accompagne. Damien n’a pas dit son dernier mot. Il ne tarde pas revenir goûter à la source de jouissance. Ils font l’amour, encore, ces deux là, puis c’est mon tour une deuxième fois, et reprise pour nous une troisième fois, après un intervalle de sommeil dans cette nuit un peu trop courte. Maintenant, Damien s’autorise à crier pendant la déflagration du plaisir.

Je ne me souviens pas si je devais aller travailler le lendemain… L’ivresse de cette rencontre m’a fait planer pendant quelques jours.
Sam 14 jan 2006 2 commentaires
J’avais esquissé ces expériences dans un article http://mariejardin.over-blog.com/article-978893.html et si je devais en faire la description, je ne sais pas quel éclairage je pourrais choisir…J’étais la seule fille, avec selon les jours, deux ou trois amants… Je pense être sincère en avançant que leurs intentions si douces et tendres à mon égard conditionnaient chaque instant suivant et la confiance que je leur accordais… C’était donc une danse… Douce ou sauvage selon l’éclairage… Jeune, insoumise et vigoureuse, certainement…..
Marie B - le 14/01/2006 à 15h43
Quel éclairage choisir… Il me semble que nous n'avons pas d'autre choix que les sensations qui reviennent à la surface. On ne peut être plus subjectif, et on ne peut être plus vrai. Donc, le seul éclairage est celui de notre mémoire squattée par les souvenirs du corps. Nous ne savons rien de ce que les autres ont vécu dans ces histoires, et encore moins ce qu'ils en font aujourd'hui. Il y a peut-être un blog, quelque part, où Doris (sous un autre pseudo) raconte qu'elle a été brutalisée par un jeune sadique sous les yeux de son demi-frère... :-(
On peut s'attendre à tout dans l'interprétation du passé. Le réel est ce qui s'est passé, plus ce que nous avons ressenti et ce que nous en reconstruisons plus tard à travers d'autres expériences.  Aujourd'hui, je pense pouvoir enrichir cette réalité par des textes écrits "à chaud".
J'aime me faufiler en pensée dans les histoires anciennes que tu racontes.  Il se peut que ça te gêne, mais cette gêne ne ferait qu'augmenter mon plaisir. Impudeur... C'est vrai que je dois être sadique, quelque part. ;-)
Julien Lem
Pour t'éviter le sadisme, je raconte sans gène!
;-p

Souvenir de jeunesse... c'est bien le signe de la vieillesse qui gagne!
Ben oui.....
Je souhaite quand même cette belle liberté,  tranquillement utilisée, à mes enfants...
Marie B - le 14/01/2006 à 23h01