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J’aime la pression de ses doigts sur mon sexe à travers un vêtement léger, un geste qui m’apaise et me provoque à l’heure des caresses. Nous sommes partis sous un soleil intense, au méridien du solstice d’hiver, en contournant le chemin qui s’enfonce vers la mer. En contrebas de la falaise les yeux se perdent entre des méandres de collines rocailleuses, couronnées par le bleu du ciel qui semble nous dévisager. Repas frugal sous la fraîcheur odorante d’un pin, puis elle m’invite à nous réchauffer sur un lit de caillasse. Je me suis à-demi allongé et elle s’est assise sur mes jambes, abandonnée aux fantaisies de mes mains. C’est bien elle ? Il y a si longtemps que je ne l’avais pas touchée ! À travers la laine j’ai senti ses seins se gonfler à ma rencontre, puis ses lèvres ont effleuré les miennes. Effleuré seulement car il nous faut du temps pour laisser monter le désir de la peau. Le désir mouillé. Notre intimité est à une profondeur inexplicable, souvent hors d’atteinte comme l’immensité liquide que nous apercevons au loin. Il faut un miracle pour que la source jaillisse dans une enfractuosité. L’excitation seule ne peut pas irriguer une surface aride. Mais nous savons accomplir les miracles ! C’est juste une question de temps, d’espace, de météo favorable et de disponibilité intérieure. Justement, aujourd’hui ou jamais… Le miracle a commencé. La peau de son ventre est plus douce à chacune de nos rencontres, comme une promesse de retour à la vie réelle. Le réel n’est rien d’autre qu’un organe qui triture nos pensées les plus élevées pour décider du plaisir ou de la souffrance. Je ne sais pas encore où cela nous mène mais j’ai semé mes attentes au vent qui fait frissonner cette peau rêvée et retrouvée. Ses seins à travers la laine, car c’est ainsi qu’elle aime que je les caresse aujourd’hui, et l’autre main à la découverte de chairs qui s’entrouvent avec une sensation délicieuse de pomme-cannelle. Le fruit de Sita, au nord de l’Inde. Dans la tradition populaire Sita évoque aussi « le sillon » de la femme-terre. Je ne connais pas de fruit plus onctueux, plus généreux dans la volupté que celui que me fait goûter Anne entre ses jambes. La source commence à jaillir et mes doigts ne tardent pas à ruisseler de bonheur. Pour elle c’est aujourd’hui la lune nouvelle et mon sexe en tremble d’impatience. On entend des voix : des groupes, des couples qui passent tout près. Des hommes viennent se pencher au-dessus du vide et je les devine en train de nous espionner furtivement sous le regard d’épouses qui leur envoient des signaux de prudence. « Mais qu’est-ce que tu fais, Roger ? C’est par là le chemin ! » J’imagine les pensées de ces hommes, ce soir. Moi je sais où est le chemin mes mains savent. Le soleil décline et nous rentrons en partageant des nouvelles récentes. Nos échanges, nos amours, nos amis, l’étrangeté de la raison d’être de nos rencontres… Je m’applique à d’énoncer qu’il n’existe aucun sentiment entre nous, aucune relation sinon de la parfaite complicité, mais ce que je pense d’elle est à chaque fois contredit. Le plus simple serait de ne rien définir quand il s’agit de « nous » (si ce mot a un sens). C’est une limite paradoxale après avoir partagé un si long chemin d’introspection qui a transformé nos vies. Elle sait tout sur moi, je sais tout sur elle, mais nous ne savons rien sur nous. Plus tard dans la soirée j’apprends qu’elle aimerait qu’on passe la nuit ensemble et même une partie de la matinée. Elle a fait une pause chez elle pour venir me rejoindre dans un salon de thé. J’adore l’effet de recommencement, la pause étant assez longue pour que je ne l’attende plus. Nous occupons une alcôve isolée dans le salon vide, le sable et les coussins remplaçant le rocher, et mes mains parlent encore à travers la laine. Plus chaudement car le désir est aussi intense mais c’est la tendresse qui nous berce à présent. Encore une belle surprise… Les regards des hommes en pataugas ont fait place aux yeux noirs d’une belle femme qui vient s’assurer de temps en temps que « nous n’avons besoin de rien ». J’aurais aimé que cela dure des heures, et cela a effectivement duré des heures, pour mon plus grand contentement. Après le dîner nos jambes sont fatiguées et nous allons directement à la chambre sans nous soucier de la voiture. Elle est nue dans mes bras nus. Mes mains ont inventé de nouveaux gestes et je ne me lasse pas de la contempler au sommet du plaisir. Elle invite mon sexe en elle, je la vois se cambrer sous mon étreinte, si belle que la jouissance arrive dans mon ventre sans prévenir — comme une vague de fond que je n’ai pu contenir qu’à moitié. Mes mains reprennent la danse puis elle redonne de la vigueur à mon sexe, dans ses doigts et dans sa bouche (souvenir de morsures délicieuses) où elle m’aurait peut-être fait jouir une nouvelle fois si je ne m’étais pas effondré de fatigue. Elle ne tarde pas à s’endormir. Un peu ennivré, je me rhabille pour aller déplacer la voiture. Le chemin paraît interminable et je suis accosté, au début, par deux jeunes turbulents qui cherchent des cigarettes. Ils n’ont fait disparaître que le ticket donnant le numéro de ma chambre et le code d’entrée, mais grâce au veilleur de nuit tout rentre dans l’ordre et Anne ne s’est même pas réveillée. En lavant la main qu’un des jeunes a tenu à serrer je découvre des traces de sang. Intrigué au début, je comprends et cela m’amuse. Elle a besoin de dormir. Cette nuit la plus longue est faite pour elle. Je la retrouve heureuse et détendue au lever du jour. Nos caresses reprennent, elle jouit sous ma main, appelle mon sexe… mais les récepteurs d’ocytocine doivent être saturés car ce qu’il ressent n’a plus rien de sexuel : il se dresse et glisse en elle tout en se demandant à quoi peut bien servir ce glissement. Elle demande à dormir encore un peu, dans mes bras. Au réveil : — Tu as envie d’autre chose ? — Oui, de jouir encore. — Mais tu pouvais me prendre pendant mon sommeil ! C’est vrai, mais mon envie même est en décalage. Je sens bien un tsunami de plaisir se former à l’horizon, mais bien qu’elle m’ait encore accueilli en elle je ne suis pas en position pour le laisser déferler. Aucune importance, ne rien attendre : les surprises sont tellement plus belles ! [Suite] ]]>fr2009-02-21T19:53:55Z
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fr2009-01-04T15:41:52Z
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fr2008-08-31T09:02:03Z
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J’ai longtemps hésité à accepter l’invitation d’Anne de s’évader quelques jours. Un empêchement professionnel m’en fournissait le prétexte, mais surtout je ressentais de la lassitude après quelques rencontres peu conformes à nos attentes. Même nos échanges de courriers tournaient en rond. J’appréhendais qu’il s'installe du silence entre nous, trop de distance, et rien d’autre à jouir que le plaisir de vagabonder dans la nature. Puis le ton de nos messages a changé, quelque chose ayant bougé dans sa vie qui renouvelait la question du désir… C’est avec ce point d’interrogation que nous avons décidé de partir ensemble comme convenu. Destination : les gorges d’une rivière qui donne à pleins flots. La météo nous y autorise pendant deux jours, puis il faudra poursuivre vers le sud dans une région montagneuse miraculeusement épargnée par les intempéries. Les prévisions se réalisent, comme s’il était plus simple de prédire les caprices des masses nuageuses que ceux d’une rencontre amoureuse ! Le samedi après-midi nous faisons une halte sur les rochers. Beaucoup de monde sur la rivière, en canoé, et des randonneurs sur le chemin. De l’agitation : le gratin de la culture Star Ac’… Anne s’est assise contre mes genoux. Mes mains ont glissé sur son ventre, la droite est allée plus bas pendant que la gauche fait le guet… Elle s’abandonne jusqu’à l’orgasme, confiante dans ma maîtrise de la situation. En réalité, je me suis laissé porter par son plaisir, comme un bateau ivre, sans prêter attention aux passants. — Alors tu aimes jouir en public ? — Oui ! Le soir nous avons déplié la tente tout près du bord. Impossible de s’en éloigner à cause de la forêt trop dense, mais je connais cette rivière et aucun orage n’est annoncé dans la région. Le silence nous a rejoints et le froid nous a glissés dans le duvet. Pour moi ce lieu est paradisaque… C’est alors qu’elle s’est déchaînée. — Ne jouis pas, j’ai envie de te sucer longtemps ! Elle m’a mordu fort, c’est ce que j’attendais avec impatience. J’aurais crié de douleur si je n’étais bâillonné par le plaisir. Dévoration : sa gorge profonde dans la sauvagerie des Gorges… Puis elle m’a pris dans son sexe jusqu’à la jouissance. Je suis lessivé mais plus tard elle me réveillera pour que je la caresse, doucement et longtemps, et que je revienne en elle. Nous y voilà : le lâcher-prise. La forêt étouffe nos cris, seule une tribu de pies osent leurs commentaires dans le silence qui nous entoure. Le lendemain il fait plus froid car l’orage s’annonce mais la nuit sur les rochers sera encore plus chaude. Même scénario. Je suis émerveillé d’y retrouver la même fougue, le même désir et la jouissance au delà de l’épuisement. Lundi soir dans une chambre d’hôtes. Sur mon ordi nous visionnons Damage puis le début du film X Paris chic (avec Coralie Trinh Thi) qui nous inspire un ennui total. Il se fait tard et nous sommes éreintés par une longue marche sous la pluie. Le sommeil nous emporte mais tôt le matin Anne revient me chercher. Cette fois elle me laisse la caresser sans avoir pris mon sexe à la racine. Il m’est moins agréable de la pénétrer ensuite elle a perçu ma gêne et me fait jouir dans sa bouche. J’adore le goût de ton sperme ! Caresses, encore, puis elle revient à la charge pour que je la pénètre. Je jouis une seconde fois, proche de la transe, au moment où le réveil nous invite à prendre le déjeûner. Le dernier soir nous déplions la tente sur un chemin de grande randonnée qui longe un torrent glacial. Dans l’auto nous avons regardé une deuxième fois Damage, écouté l’entretien avec Louis Malle et longtemps parlé de cette histoire où les seuls qui disent la vérité sont les mêmes qui font s’effondrer le château de cartes de la famille et de la vie sociale. Nous dormons sans envie de nous toucher. Tôt le matin je me lève pour aller à la rivière. Elle y va de son côté puis vient s’allonger nue au soleil. Elle me fait l’amour. Sur le GR12 je la prends en levrette jusqu’à crier mon plaisir. C’est la première fois, avec Anne, que j’ai un sentiment de puissance dans cette position. Un ange est passé ? C’est bon de jouir en public. Épilogue Elle m’avait écrit que le secret (de son désir) était : « Du soleil, tout notre temps, pas d’hôtel ». Le samedi nous nous sommes revus pour descendre au bord de la mer en pleine nuit. La lune était magnifique au-dessus de la baie. Au réveil j’ai pris un bain sur la plage. Une jeune femme est passée devant moi, les seins nus magnifiquement gonflés, et des mamelons qui gardaient le souvenir d’une nuit d’effleurements. Son compagnon aussi était très beau. Puis les vacanciers du dimanche et des jeunes gens bruyants ont commencé à déferler. Alors nous avons marché et escaladé jusqu’à la baie la plus proche, sous un soleil impitoyable. Caresses sur les rochers je la sens partir à la découverte de frémissements inconnus tandis que mes doigts perdent la tête dans son vagin. Nous avons fini par blottir l’un contre l’autre sous une grande serviette, après qu’elle ait subi les morsures du soleil, pétrifiée par le plaisir… Ses doigts aussi ont trouvé le toucher, le rythme, la pression exacte quand elle empoigne ma verge. Elle jouit. Trois femmes âgées sont en train de se mettre à l’eau, à dix mètres de nous, de ma main, de nos sexes. L’une d’elles hésite à cause de l’eau froide. L’autre : « Gisèle, il faut bien te mouiller, après ça tu pourras y aller tout d’un coup ! ». Ben voyons… La chaleur nous repousse dans la forêt, à l’ombre d’un chêne vert où nous reprenons quelques forces avant de poursuivre cette folle exploration. Il lui faudra faire peau neuve pour survivre à ce baptême du feu. [Suite] ]]>fr2008-08-31T08:57:18Z
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Le temps est à l’orage mais c’est un jour réservé à une descente dans les rochers du bord de mer avec Nelda. Je passe la prendre en voiture. Au début du sentier il ne pleut plus. Une baie est fermée à cause du risque d’éboulement. Nous restons donc sur la petite plage absolument déserte. La mer, très agitée, n’a de cesse de nous arroser les pieds. Gestes tendres, caresses. C’est bon de contempler son visage fin et de toucher sa peau satinée. Adossée au rocher, elle s’abandonne, je me laisse porter par le désir. Mais, après avoir goûté son sexe… — Ça va ? — Pas trop. Elle pleure. Elle vient de réaliser qu’une fois de plus elle est en train de se soumettre au désir d’un homme, le regard perdu dans le ciel, envoûtée par la force de la nature. Non, ça ne va pas, et pas du tout : en s’abandonnant ainsi, elle se coupe de ses sensations et s’évade de son désir profond. Si je n’avais pas posé de question elle m’aurait laissé faire sans y penser. Nous laissons retomber l’excitation, enlancés immobiles. Tout a été dit. Puis nous déjeûnons sur le pouce. Après avoir longuement parlé il nous prend l’envie de quitter la plage pour rechercher l’abri du vent. Quelques promeneurs pointent le nez. Nous remontons dans la forêt, un peu à l’écart du chemin. J’étends mon manteau sur un lit d’herbes et d’aiguilles de pin. Je goûte ses baisers de plus en plus intenses et ses caresses extraordinairement attentives. Cette fois, oui, elle est présente. Je me laisse aimer. Elle se presse contre moi, sexe contre sexe à travers les habits. Puis elle libère mon arbre pour le serrer avec force. Je roule pour qu’elle vienne sur moi. Elle jouit discrètement. Elle a été d’une telle tendresse que je me sens comblé. Nous reprenons la route. Il nous reste une demi-heure pour parler à la terrasse d’un café devant le théâtre. C’est un des plus beaux moments de cette journée. Nelda est belle au point que je n’arrive pas à réaliser que c’est la femme qui me faisait l’amour dans la forêt. Il s’est remis à pleuvoir. [Suite] ]]>fr2009-03-29T13:08:18Z
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C’est un scénario habituel, trop habituel : un concert privé, le dîner au restau, une chambre d’hôtel. Une fois de plus, l’intimité qui s’éloigne pas à pas, la sensation d’un temps et d’un espace qui rétrécissent tandis que la magie s’est enfouie sous la couette. J’ai des reproches à faire à Anne et nous nous écrivons longuement. Elle demande mes mains surtout, mes doigts seuls dans un long monologue érotique qui la conduit à la jouissance. C’est alors qu’elle m’invite à la pénétrer avec toute la vigueur possible. Mais mon désir a perdu sa substance, dilué dans mes doigts et les sillons parfumés de son jardin. Il est vrai qu’elle réveille mon sexe avec quelques caresses, mais il y manquait, au départ, le toucher à la racine. J’essaie de réduire le problème à une question de technique tout en sachant qu’il implique d’autres dimensions sur lesquelles je n’ai pas de prise. Ce soir j’ai à peine pénétré en elle, bridé par l’injonction de ne pas jouir. Elle avait sommeil et je l’ai raccompagnée chez elle. Nos lèvres ne se sont pas rencontrées. De retour vers l’hôtel je me suis arrêté pour prendre de l’argent à un distributeur. Une femme se tenait debout au bord du trottoir : une maghrébine d’une trentaine d’années, mince et distinguée, qui bavardait avec des jeunes hommes dans une voiture. Elle a fini par leur demander de partir car elle avait « du travail ». Je n’ai pas réalisé ce que pouvait être son travail à 2h00 du matin jusqu’à ce qu’elle se tourne vers moi en demandant d’une voix très douce : « Est-ce que vous avez envie de faire l’amour ? » Je lui répondu non, abasourdi. Ce n’était pas son offre de services qui me bouleversait mais la forme qu’elle y avait mise. Car c’est bien la première fois qu’une femme me dit ‘vous’ pour m’inviter à faire l’amour — peu importe que ce soit payant ou pas. Elle n’est d’ailleurs peut-être pas professionnelle du sexe une étudiante qui cherche à boucler ses fins de mois ? Me voilà sous le charme d’une personne qui invite un inconnu à jouir de son corps sans rien perdre de sa dignité. Une fois l’étonnement passé je me suis posé la question : pourquoi n’ai-je pas envie de faire l’amour ? Cette demande était tellement fascinante que j’aurais pu y céder, mais ma réponse était sincère. Après tout elle ne demandait pas si je voulais faire l’amour avec elle en particulier… Non, je n’avais envie de « faire l’amour » avec personne, mais plutôt de « sexe ». Faire l’amour, pour moi, c’est obéir à un désir de fusion qui va plus loin que la mécanique et la chimie du plaisir. Toute la soirée j’avais recherché (et trouvé en partie) « le sexe » sans ce désir de fusion. Alors la jeune femme aurait peut-être pu combler mon désir d’une caresse, mais, faire l’amour, vous n’y pensez pas… [Suite] ]]>fr2008-08-31T10:18:59Z
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fr2008-07-07T23:14:37Z
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J’étais en train de lire La Voie Humide de Coralie Trinh Thi … En vérité, la seule permanence est l’impermanence, c’est pour cela que les histoires d’amour mythiques s’achèvent sur la mort des amants. On nous apprend que l’amour véritable est éternel, et on crève tous de ce désir d’éternité, d’absolu. Mais l’éternité, ce n’est pas lorsque le temps se fige, qu’on s’agrippe à l’instant comme une moule à un rocher, rétracté sur une bribe de réalité, fossilisé ! C’est le contraire. Dans l’instant, libéré du temps, quand on s’absorbe complètement dans le présent, en dehors du champ de l’intellect, qui confond le présent avec le passé immédiat ou le futur immédiat. L’éternité est une pure sensation, un lâcher prise. Mais elle laisse dans l’âme une trace indélébile. … quand Iliane-Patricia m’a appelé. Un problème avec son imprimante, puis nous avons parlé de la vie, de nos amours de passage et de cette chose qui parfois nous retient de vivre : l’éternelle attente d’un retour au sublime gravé dans nos mémoires. Nous avons convenu de ne rien faire pour nous revoir, car nous sommes déjà si proches. Dans la nuit j’ai achevé la lecture de cette œuvre magistrale et dérangeante en alternance (oui !) avec celle de Madame Bovary. Singulièrement les récits entrent parfois en résonnance, par delà les incompatibilités entre personnages et époques, pour peu que le lecteur ait pris soin de se dépouiller de tout jugement « social » — moral, esthétique etc. Flaubert : N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait jamais été. D’où venait donc cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ?… Mais, s’il y avait quelque part un être fort et beau, une nature valeureuse, pleine à la fois d’exaltation et de raffinements, un cœur de poète sous une forme d’ange, lyre aux cordes d’airain, sonnant vers le ciel des épithalames élégiaques, pourquoi, par hasard, ne le trouverait-elle pas ? Oh ! quelle impossibilité ! Rien, d’ailleurs, ne valait la peine d’une recherche : tout mentait ! Chaque sourire cachait un bâillement d’ennui, chaque joie une malédiction, tout plaisir son dégoût, et les meilleurs baisers ne vous laissaient sur la lèvre qu’une irréalisable envie d’une volupté plus haute. Elle n’a pas eu le temps de trouver. Mais Coralie : Une nuit il est entré en moi, doucement, tout doucement, en me disant de ne pas bouger, de ne pas gémir, la main plaquée sur ma bouche, chuuut, et dès que j’esquissais un geste il me grondait et menaçait de se retirer. … Dans tous les mythes, l’objet de la quête se cache au point de départ. Mais les initiés savent que c’est le chemin parcouru qui fait la valeur de la quête, et apparaître son objet. … Tout au fond de mon ventre il y a ce qui me relie aux autres. L’universel est bien dans l’infiniment intime. Mon égocentrisme était vraiment généreux. ]]>fr2008-07-26T10:09:08Z