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Dimanche 31 juillet 2011 7 31 /07 /Juil /2011 10:26
Sans la recommandation de Nanou je n’aurais sans doute jamais ouvert Les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz, démotivé par un quatrième de couverture qui le présente comme un best-seller du New Age « dans la tradition de Castaneda »… Car ce texte remarquable est aux antipodes de l’imposture d’un mysticisme pour écervelés. Peu m’importe l’origine ancestrale supposée des idées de Don Miguel. Ce n’est pas ce qui compte, mais la mise en application pratique de propositions compréhensibles à tous ceux qui cherchent à se libérer de l’emprise des croyances et de la victimisation.

Aucun besoin d’un emballage exotique pour un enseignement qui pourrait nous venir du Jardin d’Épicure après un détour par Nietzsche — sans oublier la neurophysiologie exercée par l’auteur !

Quelques passages qui m’ont profondément touché :
(p. 26) Combien de fois fait-on payer la même erreur à son conjoint, à ses enfants, ou à ses parents ? Chaque fois qu’on s’en souvient, on les juge à nouveau, on leur transmet tout le poison émotionnel que nous fait ressentir cette injustice, puis on les fait payer pour leur erreur.

Est-ce là de la justice ?

Le Juge a tort parce que le système de croyances, le Livre de la Loi, est faux. Le rêve tout entier se fonde sur une loi fausse. Quatre-vingt-quinze pour cent des croyances que nous avons gravées dans notre mémoire ne sont que des mensonges, et nous souffrons de croire ces mensonges.

Dans le rêve de la planète, il semble normal que les humains souffrent, qu’ils vivent dans la peur et provoquent des drames émotionnels. Ce rêve n’est pas agréable ; c’est un rêve de violence, de peur, de guerre, un rêve d’injustice. Quant aux rêves personnels des humains, même s’ils présentent quelques variations, de manière générale ce sont des cauchemars.

Si l’on regarde la société humaine, on constate que la raison pour laquelle il est si difficile d’y vivre est qu’elle est régie par la peur. Aux quatre coins de la planète on voit de la souffrance humaine, de la colère, un esprit de revanche, des toxicomanies, de la violence dans la rue, et une incroyable injustice. Présente à des niveaux différents dans chaque pays, la peur contrôle tout le rêve de la planète.

[...]

(p. 29) C’est pour cela que les humains résistent à la vie. Être vivant est leur plus grande peur. Ce n’est pas la mort, mais le risque d’être vivant et d’exprimer qui l’on est vraiment qui suscite la peur la plus importante. Être simplement soi-même, voilà ce que l’on redoute le plus. Nous avons appris à vivre en nous efforçant de satisfaire les besoins d’autrui, à vivre en fonction du point de vue des autres, de peur de ne pas être accepté et de ne pas être assez bien à leurs yeux.

[...]

(p. 31) Au cours de toute votre existence, personne ne vous a jamais davantage maltraité que vous-même. Et les limites que vous mettez à vos propres mauvais traitements envers vous-même sont exactement celles que vous tolérez de la part d’autrui. Si quelqu’un vous maltraite un peu plus que vous-même, sans doute le fuirez-vous. Mais s’il le fait un peu moins que vous-même, vous continuerez probablement cette relation et tolérerez cette situation indéfiniment.

[...]

(p. 32) Si vous vous maltraitez terriblement, vous pouvez même supporter quelqu’un qui vous bat, qui vous humilie et vous traite comme moins que rien. Pourquoi ? Parce que, dans votre système de croyance, vous vous dites : « Je le mérite. Cette personne me fait une faveur d’être avec moi. Je ne suis pas digne d’amour et de respect. Je ne suis pas assez bon(ne). »

[...]

(p. 94) L’une des fonctions du cerveau est de transformer l’énergie matérielle en énergie émotionnelle. Le cerveau est notre usine à émotions. Et nous avons dit que la fonction principale de l’esprit est de rêver. Les Toltèques croient que le parasite — le Juge, la Victime et le système de croyances — contrôle votre esprit ; il contrôle votre rêve personnel. Le parasite rêve à travers votre esprit et vit sa vie au moyen de votre corps. Il survit grâce aux émotions engendrées par la peur et prospère grâce aux drames et aux souffrances.

Le liberté que nous recherchons, c’est d’utiliser notre propre esprit et notre corps, de vivre notre propre vie, et non celle du système de croyance de la société. Lorsque nous découvrons que notre esprit est contrôlé par le Juge et la Victime, et que le vrai « nous » est relégué dans un coin, nous avons deux choix. Le premier est de continuer à vivre comme avant, de se soumettre au Juge et à la Victime, de continuer à vivre le rêve de la planète. Le deuxième consiste à faire ce que font les enfants lorsque les parents veulent les domestiquer : se rebeller et dire « Non ! » Nous pouvons déclarer la guerre au parasite et, au Juge et à la Victime, déclencher un combat pour conquérir notre indépendance, notre droit à utiliser notre propre esprit et notre propre cerveau.»

[...]

(p. 105, à propos de « devenir un guerrier ») Il ne s’agit pas de contrôler d’autres êtres humains mais ses propres émotions, son propre moi. C’est lorsqu’on perd le contrôle qu’on réprime ses émotions. la différence entre un guerrier et une victime, c’est que cette dernière réprime ses émotions tandis que le guerrier les réfrène. La victime les réprime parce qu’elle a peur de les exprimer. Se réfréner n’est pas la même chose que réprimer. Se réfréner signifie contenir ses émotions puis les exprimer au bon moment : ni avant, ni après. Voilà pourquoi les guerriers sont impeccables. Ils contrôlent totalement leurs émotions et donc leur propre comportement.

[...]

(p. 110) Imaginez-vous vivre sans craindre d’exprimer vos rêves. Vous savez ce que vous voulez, ce que vous ne voulez pas, et quand vous le voulez ou non. Vous êtes libre de changer votre vie de la façon dont vous le souhaitez vraiment. Vous n’avez pas peur de demander ce que vous voulez, de dire « oui » ou « non » à quiconque.

Imaginez-vous vivre sans craindre d’être jugé par autrui. Vous n’adaptez plus votre comportement en fonction de ce que les autres peuvent penser de vous. Vous n’êtes plus responsable de l’opinion d’autrui. Vous n’avez plus besoin de contrôler quiconque, et personne ne vous contrôle non plus.

Imaginez-vous vivre sans juger les autres. Vous pouvez facilement leur pardonner et vous détacher de tout jugement à leur égard. Vous n’avez plus besoin d’avoir raison, ni de donner tort à autrui. Vous vous respectez vous-même, ainsi que les autres et ceux-ci vous respectent en retour.

Imaginez-vous vivre sans craindre d’aimer et de ne pas être aimé. Vous n’avez plus peur d’être rejeté, ni besoin d’être accepté. Vous pouvez dire « Je t’aime » sans honte ni justification. Vous pouvez parcourir le monde le cœur totalement ouvert, sans craindre d’être blessé.

Imaginez-vous vivre sans avoir peur de prendre des risques et d’explorer la vie. Vous n’avez plus peur de perdre quoi que ce soit. Vous ne craignez plus d’être vivant, et vous n’avez pas peur de mourir.

Imaginez que vous vous aimez tel que vous êtes. Vous aimez votre corps tel qu’il est, et vos émotions telles qu’elles sont. Vous savez que vous êtes parfait comme vous êtes.
On ne perdra rien à interrompre la lecture ici. Car dans le dernier chapitre le lecteur risque de s’engluer dans le sirop de rose de l’Amour Universel, formule qui explique peut-être le chiffre de ventes des œuvres de Don Miguel en Amérique du Nord. Mais rien de grave, tout est dit dans les chapitres précédents !

Tout, ou presque, puisque Don Miguel Ruiz a publié, un peu plus tard, Le cinquième accord toltèque (Ed. Guy Trédaniel, 2010) dans lequel il reprend les quatre premiers accords pour les compléter par un cinquième qui s’énonce simplement : Soyez sceptique, mais apprenez à écouter. Un magnifique plaidoyer pour un scepticisme éclairé qui dépasse le cadre de ce blog…
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 00:34
Dans les sèves
Dans sa fièvre
Ecartant ses voiles
Craquant ses carapaces
Glissant hors de ses peaux

La femme des longues patiences
se met
lentement
au monde

Dans ses volcans
Dans ses vergers
Cherchant cadence et gravitations
Etreignant sa chair la plus tendre
Questionnant ses fibres les plus rabotées

La femme des longues patiences
se donne
lentement
le jour.

(Andrée Chedid)
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 15:49
http://comps.fotosearch.com/comp/CSP/CSP096/solicitation-flowers_~k0967643.jpgCitations d’une collègue juriste, avec une pensée attendrie pour tous les moralisateurs frustrés qui lisent mon blog…
Ma tante avait quelque chose d’extraordinaire, quelque chose d’un tribun politique ; elle aurait dû se présenter aux élections ou, mieux, carrément les boycotter et créer un parti de lutte armée contre les hommes, contre les mâles qui maltraitent et violent les femmes.

Mon père qui vivait dans une sorte de crise permanent avec ma tante me disait que ce qui le gênait chez elle, c’était que, à son avis, elle projetait sur toutes les autres femmes son dégoût personnel envers les hommes en tant qu’objets sexuels. Il comparait cela à sa propre aversion pour les raisins secs. Il disait que, en dépit de tous ses efforts, il n’arrivait pas à comprendre comment une véritable industrie fabriquant ces produits, des circuits de vente qui les distribuaient et des gens capables d’attendre derrière une caisse de supermarché pour les obtenir pouvaient exister. Il croyait ma tante victime des pièges que le goût tend à la raison.

Ses soupçons concernant les idéaux politiques de ma tante allaient plus loin encore. Il me dit un jour que, lorsqu’ils étaient jeunes et qu’il faisait venir des copines à la maison, elle passait parfois des nuits d’insomnie horribles et que, le lendemain, elle l’injuriait en lui reprochant de souiller ces pauvres filles. Mais, un autre jour, il m’avoua que dans le fond les théories de ma tante lui avaient été très utiles dans sa jeunesse pour séduire les femmes, à commencer, je le crains, par ma pauvre mère.

« En m’inspirant des discours de ta tante, j’avais mis au point une théorie qui est devenue par la suite assez connue. Je commençais par convaincre les filles que les hommes étaient des salauds, des abuseurs de femmes, des sortes de criminel-nés. J’avais même pris la peine de lire toute cette affreuse littérature féministe américaine, la plus extrêmiste, je veux dire ; je prenais des notes, j’apprenais par cœur des passages entiers. J’étais considéré comme “différent”, comme un type “bien”, quelqu’un sur qui on peut compter, un bourgeois devenu prolétaire, un Engels du sexe, ou quelque chose comme ça. Mais, pour moi, tout cela n’était qu’un jeu à l’époque, tandis qu’aujourd’hui certains en font une véritable profession, et, pire, ne se rendent même pas compte de ce qu’ils cherchent et de ce qu’ils obtiennent grâce à tout ce galimatias. Ce sont eux les bons, les autres sont des mauvais. Et ils y croient. Que d’heures ils passent à pourfendre le Mal, à faire de grands scandales dans les journaux, à dénoncer frénétiquement les vilains, à étayer des théories et des théorèmes où l’on montre presque mathématiquement comment les femmes se font malmener au lit et surtout avant d’y aller, chaque fois du moins que, eux, les preux chevaliers, ne sont pas là pour s’interposer avec leur bouclier entre le prédateur et sa victime.

http://culturelle.asso.univ-poitiers.fr/local/cache-vignettes/L200xH191/iacub2-6bf44.jpg« Mais, tu sais, Louise, ce qui finalement est le plus révoltant dans leur attitude, c’est que ces sortes de révolutionnaires de boudoir, qui cherchent à mener de gigantesques croisades pour sauver la vertu des femmes, eux-mêmes les considèrent comme des proies, comme des choses stupides et sans défense, qui ont nécessairement besoin d’eux. Car une pauvre femme, perdue dans la forêt du monde, comment ferait-elle, n’est-ce pas, pour se débrouiller sans eux ? C’est de leur mépris des femmes que naît cette volonté farouche de protection. C’est pour cela à mon sens qu’ils interprètent systématiquement de cette façon le comportement des autres hommes. Ils savent bien de quoi ils parlent. Voilà la nouvelle mouture de l’art d’aimer d’aujourd’hui, et dans le fond, il n’y a là rien de nouveau. »

[…]

« […] On oublie que, si les femmes ratent très souvent l’opportunité de faire carrière, d’être autonomes, etc., ce n’est pas à cause du sexe, mais parce qu’elles tombent amoureuses d’un homme qui les comble et avec qui elles veulent faire des enfants. Voilà le tombeau politique, moral et social des femmes. Voilà la véritable origine de leur aliénation. Il faut en finir avec l’amour. Il faut pourchasser jusque dans ses moindres replis toute cette propagande infernale en faveur du crime et du malheur. »

Marcela Iacub. Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? Flammarion, 2002, p.31-33, 57-58.
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Mercredi 19 janvier 2011 3 19 /01 /Jan /2011 22:23
http://www.images.hachette-livre.fr/media/imgAuteur/020/7139.jpg[…] c’est précisément en faisant de la « sexualité » non seulement une valeur en soi, mais encore quelque chose que l’État doit protéger en chacun de nous, qu’on a reconduit une morale sexuelle restrictive et autoritaire. On a validé l’idée que l’État, au service du bien et de la justice, aurait à gouverner la « sexualité », à garantir que celle de chacun d’entre nous soit authentique et vierge de toute pression. On lui a ainsi attribué le pouvoir de nous dire ce qui est sexuel et ce qui ne l’est pas, d’énoncer le sens et la valeur que nous devons donner à cette idée de sexualité, comme si ce sens et cette valeur pouvaient être univoques et communs à tous. Mais libérer la sexualité, cela aurait dû être cesser d’en faire une affaire d’État, nous libérer de la sexualité comme cible étatique. Et pour cela, […] il n’y a pas d’autre solution que d’arrêter de croire qu’on puisse définir ce qui est sexuel et ce qui ne l’est pas. La véritable révolution sexuelle aurait dû nous conduire résolument vers une cité postsexuelle.

[…]

J’ai la conviction que les « systèmes », les théories sexuelles, les spéculations audacieuses au sujet des choses du sexe, sont, en particulier pour les jeunes gens, la meilleure manière d’explorer cette terra forcément incognita qu’est la « sexualité ». Quand on doit se risquer au-delà des préjugés, mieux vaut avoir cultivé son intelligence et aiguisé son esprit critique. Faute de quoi, on aura le sentiment d’avoir été trop loin, d’avoir cédé à des forces obscures et coupables ou d’avoir été abusé par d’autres. L’intelligence, au contraire, permet de soutenir le désir, de lui bâtir des ponts sur lesquels il puisse s’avancer fermement. Et, réciproquement, le désir donne souvent le courage et la motivation nécessaires pour faire l’effort de construire de nouveaux arguments, d’inventer de nouvelles idées, de ciseler de nouvelles pensées.

Marcella Iacub & Patrice Maniglier. Antimanuel d’éducation sexuelle. Rosny : Bréal, 2005, p. 14, 17.
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Dimanche 12 septembre 2010 7 12 /09 /Sep /2010 09:01
Nancy Nancy Huston présente son dernier roman « Infrarouge » dans une librairie. Elle en lit de long extraits, puis je lui demande :
— Quand vous publiez vos ouvrages en anglais, c'est de l'auto-traduction ou de la réécriture ?
— Ni l'un ni l'autre : j'écris simultanément dans les deux langues.
— Pourtant, quand on lit vos « Variations Goldberg » en anglais, il y a une nette différence entre les textes.
— Mais celui-là est particulier : je l'ai traduit des années plus tard, et c'était vraiment de la réécriture.
— (Une dame) Comment choisissez-vous la langue dans laquelle vous publiez en premier ?
— En général c'est la langue que parlent les personnages principaux.
— (La dame) Ah bon ? Ce n'est pas le cas pour « Infrarouge » !
— Non. « Infrarouge », je ne pouvais pas l'écrire en anglais…
— Pourquoi ?
— Parce que j'y parle de la sexualité féminine, sujet trop intime pour moi. Le sexe est difficile à mettre en mots, c'est quelque chose qu'on vit bien souvent sans parler. Alors j'ai besoin de la distance d'une langue étrangère pour oser dire certaines choses ; j'utilise donc le français qui est une langue implantée dans mon cerveau gauche, et qui ne touche pas mon intimité. [C'est pourquoi on a besoin de blogs anonymes !]
— (Moi) Mais si on vous propose de traduire et publier « Infrarouge » en anglais ?
— Je refuserai ! Il ne sera pas publié en anglais ! Il va être traduit dans d'autres langues mais pas en anglais.
Un silence, puis elle ajoute en nous tournant le dos :
— De toute manière je l'ai aussi écrit en anglais, mais je ne veux pas le montrer !
Il y a donc un manuscrit à négocier, dans un bout de jardin secret, pour le bonheur de nombreux lecteurs de cette grande artiste.
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 21:42
C’est une version moderne du quatrième remède d’Épicure : « Le bonheur est possible. »
L’enfer n’est qu’une salle parmi d’autres de notre cerveau-Versailles ; il nous est toujours loisible de fermer cette porte-là et d’en ouvrir une autre. Je peux revivre à souhait, par exemple, les divines amours des premières années de mon mariage avec Alioune. Me réveillant le matin, je sentais contre ma cuisse son sexe durci, il entrait en moi et ne bougeait pas, je fermais les yeux et faisais semblant de me rendormir en toute innocence mais en fait je le serrais fort, lui malaxais le sexe en imprimant au mien des contractions savantes, puis il commençait à me baiser doucement comme dans un rêve, au début je résistais au plaisir, restant exprès un peu au-dessus et un peu en dehors, mais au bout d’un moment la faiblesse devenait irrésistible, une chose que je sentais grandir et lentement m’envahir, me retourner comme un gant, et quand je jouissais c’était comme de pleurer. Après, on pouvait se toucher n’importe où, n’importe comment, Alioune et moi, c’est idiot, je pouvais par exemple appuyer ma tête contre l’intérieur de sa cuisse, tout en haut, et être juste heureuse, c’est fou ce qu’on peut être heureux, est-ce possible que je ne connaîtrai plus jamais ce bonheur-là ?

Nancy Huston. Infrarouge, Actes Sud (2010) p. 221
Et moi j’ai vécu cela : […] dans un demi-sommeil, j'ai senti que tu avais mis ta tête, tes mains près de mon sexe, que tu le touchais peut-être ou le caressais doucement, et je suis resté figé devant la pureté de ton geste. Un moment secret, sacré... Quand tu me touches ainsi je ressens un plaisir comparable à celui d'une jeune femme dont le bébé au sein presse d'une main celui qui le nourrit tout en jouant à titiller le mamelon libre avec son autre main.

Nancy, encore (p. 222) :
Revenir alors à la nuit où, au retour d’une fête vers les trois heures du matin, ayant congédié la baby-sitter et mis un disque de Susanne Abbuehl, j’ai laissé Alioune lentement me déshabiller et me porter jusqu’au lit, les reins ceints d’un foulard turquoise. Noyée dans la voix d’Abbuehl chantant e.e. cummings et la chaleur qui irradiait tout mon corps, j’ai poussé un cri interminable pendant que sa langue caressait la pointe de mon être et puis, après les séismes, le mien puis le sien puis le mien à nouveau, je suis restée lovée dans le désordre des draps, parcourue de secousses qui s’espaçaient peu à peu, m’accrochant avec nostalgie aux derniers accords de somewhere I have never travelled, gladly beyond… Mais Alioune, qui ignore tout de l’anglais, m’a arrachée à ma rêverie en s’exclamant : « Ah là là, ce qu’elle est sirupeuse, cette musique ! »…
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /Sep /2009 09:03
Miz Sophisticated Lady est bien mieux que tout ce que j’avais imaginé. Elle a une sexualité délirante qui contraste merveilleusement avec son allure guindée. Faut la baiser vicieusement. Elle se met volontiers à quatre pattes et, là, je la prends calmement. À mon rythme. Elle n’arrête pas d’exiger des trucs cochons et dans la bouche de Miz Sophisticated Lady, c’est joliment pervers. J’y vais comme au ralenti. C’est un ticket pour l’éternité. Je la prends par derrière et elle hurle. Des cris aigus, un peu excentriques. Une baise à la fois nerveuse et sûre. Le truc qu’elle semble privilégier n’est pas particulièrement difficile. Faut la pénétrer violemment, presque au sang, pour ensuite se retirer tout doucement. Élémentaire, oui. Mais pour une fille bien de Sir George William’s, c’est tout de même étonnant. Comme quoi à la regarder si bien mise, on n’imaginerait pas le petit animal vorace et insatiable niché au cœur de son vagin. Je sens mes jambes trembloter, ma nuque devenir raide. Le cri lové quelque part dans mon duodénum. Le cœur de mon sexe jubile comme un poisson hors de l’eau. Le Coran dit : « Dis-tu la vérité ou plaisantes-tu ? » (Sourate XXI, 56). Je l’entraîne jusqu’au lit sans vraiment arrêter de baiser, la tenant pour ainsi dire au bout de ma pine nègre. La fenêtre encore ouverte sur la Croix du mont Royal. Miz Sophisticated Lady est couchée sur le dos. Offerte. Toute molle et humide. Dieu ! cette fille judéo-chrétienne, c’est mon Afrique à moi. Une fille née pour le pouvoir.
(Dany Laferrière. Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Groupe Privat/Le Rocher 2007, p. 80-81)
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /Sep /2008 11:34
Les semaines qui précèdent ont été pour moi l’occasion d’une importante découverte.

C’est arrivé par hasard : une amie me demande d’acheter pour elle Osez... la sodomie de Coralie Trinh Thi. Elle m’explique : « Tu comprends, je n’ai pas envie que mon homme ouvre le paquet ! ». Oui, ça lui donnerait des idées, d’autant plus que ce petit ouvrage est excellent… Mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Lors de la commande, Ah-ma-zone-érogène me propose, comme souvent, un deuxième livre pour « compléter l’achat » : Comment faire l'amour toute la nuit : L'orgasme multiple au masculin. Ce titre me fait rire, mais il y a trop longtemps que j’entends parler d’orgasme multiple chez l’homme, et il coûte moins de 7 euros… Alors, pourquoi pas ?

Le livre m’a accompagné lors d’un séjour dans un endroit austère. Seule occasion, chaque soir, de converser avec ma sensualité.

La méthode proposée par Barbara Keesling est basée sur un principe élémentaire : pour avoir plusieurs orgasmes à brève échéance, il suffit de ne pas éjaculer. Et, pour cela, d’apprendre à contracter son muscle pubo-coccygien au moment de la jouissance. L’ouvrage est entièrement consacrée à une série d’exercices très progressifs qui permettent d’y parvenir. Chaque exercice est justifié par des considérations physiologiques tirées de découvertes récentes en sexologie.

Il est recommandé de pratiquer les exercices dans l’ordre — se donner pour cela quelques mois — et surtout de ne pas brûler les étapes. C’est ce que j’ai fait, évidemment : j’ai tout lu attentivement, sans rien pratiquer mais en intégrant bien les explications, puis je me suis lancé dans le dernier exercice qui consiste, comme annoncé, à jouir sans éjaculer, d’abord seul puis avec un-e partenaire.

Succès immédiat. En réalité, le discours sur le contrôle du périnée m’était familier car les femmes de mon entourage en parlent beaucoup. De plus, cette découverte faisait partie intégrante du long cheminement que m’a fait « subir » Iliane-Patricia dans la première époque de notre relation, et dont j’avais découvert le potentiel surprenant le jour de ma première rencontre avec Marie. Sauf qu’il s’agit maintenant de prolonger ce contrôle dans le déclenchement d’un orgasme.

Ce n’est donc pas le fait d’y être parvenu qui m’a supris, mais plutôt celui d’y trouver du plaisir. Et quel plaisir ! Je me suis rendu compte que j’avais déjà vécu, accidentellement, des orgasmes sans éjaculation, mais que cette expérience avait éveillé en moi une peur ancestrale, celle de l’impuissance : et si mon sexe se détruisait à cause de cet empêchement ? Plus que cela, en répétant l’expérience j’en suis venu à supposer que le besoin, pour un homme, de sentir son sperme couler dans un réceptacle féminin serait lié au désir inconscient de féconder la femme pour se l’attacher. Réflexe inconscient puisqu’il intervient même si la partenaire n’est pas fécondable.

Ma geisha a été la première à exprimer sa curiosité de cette nouvelle pratique. Elle a bien senti que ma jouissance était plus intense, plus profonde, plus taoiste lorsque je gardais mon sperme. Elle a tenu à en vérifier la réalité : cette expérience est maintenant certifiée fellation !

Les mois qui ont suivi, la pratique de l’orgasme sans éjaculation s’est installée « par défaut » dans ma palette de plaisirs sexuels. Je n’ai plus rien à contrôler, le muscle pubo-coccygien se contracte au moment approprié, pourvu que je sois entièrement détendu. J’en viens à croire que ce réflexe a pu exister dans des (rares) sociétés humaines où la maîtrise de la fécondité était associée à une intense activité sexuelle : dans ce cas, les hommes ne féconderaient leurs compagnes que par un geste volontaire.

Une autre découverte surprenante a été qu’après un orgasme sans éjaculation, le plaisir de l’homme ne tombe pas brusquement, au point de lui donner envie de quitter sa partenaire, aller regarder la TV ou rentrer chez lui ! L’érection peut s’effacer lentement mais elle ne tarde pas à revenir. Par contre, l’hypersensibilité des muqueuses peut donner envie d’un peu de repos. Donc, ne pas s’attendre à trouver l’équivalent de ces orgasmes féminins multiples qui « rebondissent » en deux minutes…

Quant à « faire l’amour toute la nuit », cela n’a pas beaucoup changé mes habitudes. Vrai, je peux plus facilement vivre deux ou trois orgasmes à la même rencontre, mais je n’ai pas pour autant envie de les multiplier, surtout quand la « voie de l’extase » se présente à mes yeux comme un chemin de lumière.… Le magnifique enseignement de ce livre, pour moi, est donc plutôt l’interpénétration entre mes « deux visions de la sexualité » : on peut passer d’une branche à l’autre, de l’extase vers l’orgasme (je le savais) mais aussi de l’orgasme vers l’extase. Je comprends, maintenant, pourquoi un rituel tantrique décrit par d’anciens textes débute par l’orgasme masculin…

Merci pour cet enseignement, Barbara Keesling !
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 16:37

Le sexe est le jouet sophistiqué et parfait que les adultes ont à portée de main pour s’amuser gratuitement, et confondre le sexe avec le péché me semble aussi contre nature que ridicule. C’est vraiment gâcher sa vie. La déshonorer. Piétiner ce qu’il y a de plus sacré. Parce que la grande bénédiction de l’être humain, c’est son sexe et le plaisir qu’il tire à son maniement. Et le perdre, l’annuler, l’anesthésier, le censurer ou, plus grave, l’oublier comme un parapluie dans un taxi est affligeant ou lamentable.

Lola Beccaria. Toute nue. Stock, 2006.

Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 14:39
J’étais en train de lire La Voie Humide de Coralie Trinh Thi …
En vérité, la seule permanence est l’impermanence, c’est pour cela que les histoires d’amour mythiques s’achèvent sur la mort des amants. On nous apprend que l’amour véritable est éternel, et on crève tous de ce désir d’éternité, d’absolu. Mais l’éternité, ce n’est pas lorsque le temps se fige, qu’on s’agrippe à l’instant comme une moule à un rocher, rétracté sur une bribe de réalité, fossilisé ! C’est le contraire. Dans l’instant, libéré du temps, quand on s’absorbe complètement dans le présent, en dehors du champ de l’intellect, qui confond le présent avec le passé immédiat ou le futur immédiat. L’éternité est une pure sensation, un lâcher prise. Mais elle laisse dans l’âme une trace indélébile.
… quand Iliane-Patricia m’a appelé. Un problème avec son imprimante, puis nous avons parlé de la vie, de nos amours de passage et de cette chose qui parfois nous retient de vivre : l’éternelle attente d’un retour au sublime gravé dans nos mémoires. Nous avons convenu de ne rien faire pour nous revoir, car nous sommes déjà si proches.

Dans la nuit j’ai achevé la lecture de cette œuvre magistrale et dérangeante en alternance (oui !) avec celle de Madame Bovary. Singulièrement les récits entrent parfois en résonnance, par delà les incompatibilités entre personnages et époques, pour peu que le lecteur ait pris soin de se dépouiller de tout jugement « social » — moral, esthétique etc.

Flaubert :
N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait jamais été. D’où venait donc cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ?… Mais, s’il y avait quelque part un être fort et beau, une nature valeureuse, pleine à la fois d’exaltation et de raffinements, un cœur de poète sous une forme d’ange, lyre aux cordes d’airain, sonnant vers le ciel des épithalames élégiaques, pourquoi, par hasard, ne le trouverait-elle pas ? Oh ! quelle impossibilité ! Rien, d’ailleurs, ne valait la peine d’une recherche : tout mentait ! Chaque sourire cachait un bâillement d’ennui, chaque joie une malédiction, tout plaisir son dégoût, et les meilleurs baisers ne vous laissaient sur la lèvre qu’une irréalisable envie d’une volupté plus haute.
Elle n’a pas eu le temps de trouver. Mais Coralie :
Une nuit il est entré en moi, doucement, tout doucement, en me disant de ne pas bouger, de ne pas gémir, la main plaquée sur ma bouche, chuuut, et dès que j’esquissais un geste il me grondait et menaçait de se retirer.

Dans tous les mythes, l’objet de la quête se cache au point de départ. Mais les initiés savent que c’est le chemin parcouru qui fait la valeur de la quête, et apparaître son objet.

Tout au fond de mon ventre il y a ce qui me relie aux autres. L’universel est bien dans l’infiniment intime. Mon égocentrisme était vraiment généreux.
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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