Je ne sais pas si vous avez vu les reportages sur l’orgasme diffusés par Arte le 16 octobre : Sophie Jeaneau interrogeant des femmes, puis Yvonne Debeaumarché avec un groupe d’hommes. Ils étaient bien faits — les films, les hommes et les femmes — et le débat qui a suivi était intéressant.
Pourtant j’ai regretté que les cinq hommes qui témoignaient de leur expérience soient tous dans le même schéma. Il m’a semblé que pour eux le côté extatique n'était pas dissocié d’un mécanisme physiologique exalté par l’imaginaire : jouir veut dire lâcher son sperme, et c’est seulement ce qui se passe « avant » et « après » qui fait la différence. Mais c’est peut-être le montage qui a retenu cette vision stéréotypée.
Certes on n’en est plus à la performance sportive qui voudrait que les partenaires hurlent de jouissance au même moment, on ne s’égare pas non plus dans une cérébralisation prétendument mystique, mais je n’ai pas retrouvé dans ce qui a été montré des témoignages, ni les commentaires, toute la palette du plaisir entre adultes consentants…
Par Julien Lem
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Disposant en permanence dans notre cerveau d’une fantastique, d’une extraordinaire pharmacie naturelle qui distribue sans compter une quantité illimitée de drogues psychoactives, nous persistons à enrichir les dealers, nos jeunes continuent à se droguer et les prisons à se remplir. L’Homo est décidément tout, sauf sapiens (sage).
Les récents progrès de la science démontrent que nos neurones sont capables de produire et d’utiliser des drogues comme la morphine (endorphines), de la marijuana ou du haschich (anandamide), de la nicotine (acétyicholine), de la cocaïne et des amphétamines (dopamine), des tranquillisants et hypnotiques (endobenzodiazépines). Toutes ces endosubstances sont les stricts équivalents des fameux paradis artificiels. Toutes permettent d’activer le parc de loisirs de notre cerveau. Nous pouvons donc sans danger et dans la plus stricte légalité nous envoyer en l’air en stimulant notre « voie dopaminergique mésolimbique » (pardon pour le barbarisme)… et pourtant, nous absorbons des tas de saloperies sans nom, des poudres d’illusion.
Les moyens de fabriquer ces substances ? Rien de plus simple : un peu de sport par exemple ; quand un coureur de fond commence à fatiguer, a des crampes, se sent prêt à abandonner… S’il insiste un peu voilà « le deuxième souffle ». Il n’est que de se promener dans un vestiaire de marathoniens en fin de course : l’euphorie est de mise… tout le monde semble avoir gagné. Merci les endorphines ! Vous n’aimez pas le sport ? Essayez l‘amour : l’orgasme déclenche une cascade de plaisir chimique. Voyage garanti jusqu’au septième ciel… et sans retard dans les aéroports.
Quoi ! Vous n’aimez pas l’amour ?
[…]
Alors… ?
Alors, me direz-vous, qu’est-ce qui nous empêche de nous autoshooter, pourquoi tant de gens se cament-ils, picolent, fument sans vergogne ? Pourquoi les réseaux de dealers, la SEITA et les ivrognes prospèrent-ils à l’envi ?
Il existe de nombreuses explications. Aucune n’est pleinement satisfaisante, mais la seule au fond, c’est la paresse. L’incommensurable fainéantise de tous les organismes vivants. Les animaux sont d’ailleurs pires que nous dans le domaine : donnez trop régulièrement des graines aux oiseaux qui viennent sous vos fenêtres, et ils perdront l’habitude de chercher leur nourriture… Il suffira ensuite que vous vous absentiez quelques jours en hiver pour que ce soit l’hécatombe. Le pli est vite pris, chez eux comme chez nous.
Du point de vue des synapses en effet, pourquoi se donner tant de mal à courir le marathon, à draguer, à se torturer les méninges alors que quelques milligrammes de poudre ou de fumée donnent sans effort un résultat immédiat ? Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes décrit un univers totalitaire où une drogue prétendue sans inconvénient, le soma, procurait à une population asservie tout le bonheur dont elle avait besoin.
La loi du moindre effort est un comportement universel, évident, logique, qui pousse à accomplir un minimum pour obtenir un maximum. Et en plus, ça s’apprend très facilement.
Griller une cigarette, boire un coup de trop, fumer un joint devant les enfants leur donne vite des idées.
« Grave » comme ils disent !
[…]
Patrick Lemoine, Edito PH Mag, 2003.
In L’enfer de la médecine est pavé de bonnes intentions. Paris : Laffont, 2005.
Par Julien Lem
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Soirée solitaire hier. Au moment de dormir j’ai continué la lecture de « Bienheureuse infidélité », de Paule Salomon, dont je m’étais lassé plusieurs fois. Il faudra bien que j’arrive au bout car on a demandé à me l’emprunter. Les témoignages du chapitre
Amour et liberté ont d’abord retenu mon attention, puis le sommeil m’a gagné au moment où je lisais son essai sur
Le couple libre. J’ai l’impression que l’auteur zappe sans avertir du vécu réel de ses « clients » à un idéal qu’elle aurait aimé vivre, dérobant son intimité au lecteur pour ne livrer que la forme. Échoué au bas d’une page, j’ai fermé le livre, la lumière et les yeux presque en même temps.
Ce matin, par curiosité, j’ai eu envie de reprendre le texte au point où je l’avais laissé. Les mots ont changé de sens ! Le passage qui m’avait endormi devient lumineux :
L’amour romantique exclusif reste en nous l’idéal de l’amour parce qu’il correspond au sentiment d’unité à la fois originel et ultime, mais dans le mouvement de la vie ce point ne peut pas être constamment atteint. Il est au-delà de l’espace et du temps, dématérialisé par essence même. Nous avons besoin de deux adaptations dans notre manière de penser. D’une part, cesser de confondre nos besoins d’absolu et d’immobile avec une réalité relative et en mouvement, d’autre part cesser de chercher à l’extérieur ce que nous avons à mettre à l’intérieur. L’amour ne s’accommode ni de murs, ni de prisons, ni d’arrêt sur image. Il est nomade, toujours en création et ne peut pas prendre support sur un mariage, une maison, un travail ou quoi que ce soit qui fonctionne en terme de possession. En même temps, il aspire à la totalité, à l’éternité et à l’unité. Et s’il adopte des formes qui semblent répondre à cette aspiration, il dépérit.
Dommage, la suite et la fin de l’ouvrage ne sont pas du même niveau… Mais il pose avec acuité de nombreuses questions incontournables.
Par Julien Lem
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Je viens d’achever un des premiers ouvrages de Kundera, juste à temps pour le prêter à Catherine ce soir. (La presse satirique du mercredi peut attendre un jour.) En prélude aux embrasements nocturnes, je lui lirai peut-être ce passage de la postface qui me paraît éclairer remarquablement notre insouciante relation :
C’est le propre de l’amant romantique, […], que de ne pas se satisfaire de la beauté mais aussi de la fragilité des corps, image de la fragilité et de l’incertitude du monde, pour chercher au contraire, dans l’amour, une augmentation de son être, une preuve de sa puissance ou de sa « densité vitale », c’est-à-dire un moyen d’échapper au non-sérieux de sa propre finitude.
Son aveuglement, en somme, lui vient de ce qu’il ne connaît pas l’insignifiance de l’amour. Il ne voit pas que la mort du Commandeur n’est qu’une figure de l’exhaustion du monde et que l’amour, dès lors, a perdu tout pouvoir de transgression, toute possibilité de plénitude, pour n’être plus qu’une instance de l’universelle méprise, qu’un inlassable marché de dupes.
Cette chute de l’amour dans le territoire du non-sérieux, voilà précisément ce que sait l’amant expérimenté, le Collectionneur. De là proviennent d’ailleurs sa force et l’efficacité de ses manœuvres. « Initié », comme Havel, ce spécialiste de l’amour est sans illusion sur l’amour. Rien d’autre ne l’aiguillonne que la renaissance perpétuelle de son désir, toujours nouveau, toujours changeant. Seuls l’animent son amour de la beauté et le plaisir qu’il prend aux mille surprises du jeu érotique, résumé à ses yeux de l’imprévisibilité et de la légèreté de l’existence. Mais, loin que cette conscience « lucide et désabusée » diminue son ardeur et nuise à son plaisir, elle les augmente au contraire et en rehausse infiniment le prix.
Il n’est pas de meilleur amant, en effet, que l’amant qui ne se prend pas au sérieux.
François Ricard, postface. In Risibles amours, Milan Kundera, Gallimard 1994.
Par Julien Lem
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Une belle émotion (merci pour le lien,
Ligérienne !) : la découverte des écrits de
Sînziana,
[…] jolie, même pas psychopathe, la trentaine, cherche jeune homme 60-75 ans ou kangourou nain aimant Schopenhauer pour suicide aux chandelles et plus si affinités. N’éteinds pas, j’arrive !
Par Julien Lem
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