Dimanche 4 février 2007
Je viens juste de voir l’émission que Sabatier a consacrée à Edith Piaf. Bien faite, pour une fois — pas dans le genre sirupeux — avec des témoignages sans complaisance de ses proches. Quelle vie... et quelle chanteuse. Cela dit, la romanticisation de l’amour (je crois que c’est plutôt un mot anglais, peu importe) dans son répertoire ne me touche pas beaucoup. C’était d’ailleurs assez intéressant d’entendre celle qui fut sa coiffeuse et sa confidente dire sans hésiter que c’était une « midinette ».

On a l’impression que la culture ne nous donne pour l’amour qu’un choix binaire entre le romantisme et la « consommation sexuelle ». Un peu comme si en musique on nous donnait à choisir entre Charles Trenet et le hard rock. La palette de l’expérience humaine est tellement plus riche.

Catherine me parle souvent du libertinage comme d’une apologie de la consommation sexuelle ; puis elle s’offre 4 ou 5 orgasmes à la chaîne. Ensuite elle dévore l’œuvre complète de Michel Onfray. Je l’aime beaucoup pour le non avec la tête et le oui avec le corps.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Dimanche 7 janvier 2007
Au début de cette année j’ai envie de faire le point sur ce que j’essaie de partager à travers des fragments de ma vie amoureuse. Attention : le texte qui suit risque de passer pour un exposé doctrinal, ennuyeux et pédant à cause des références et de la terminologie… Mais ce n’est qu’une parenthèse dans un ouvrage qui se veut proche du vécu quotidien. Je n’ai pas encore sombré dans la sénilité !

Il y a pour moi deux visions de la sexualité, sachant que la réalité est un mélange subtil est toujours en mouvement de ces deux extrêmes. La première vision, celle qui prévaut dans notre éducation et les représentations culturelles modernes, je la désigne comme « pénétration-jouissance ». Elle se nourrit d’une énergie sexuelle que je qualifie de « masculine » indistinctement chez les deux partenaires. La seconde vision, plus rarement exposée bien qu’elle soit l’objet principal de mon journal intime, pourrait s’appeler « fusion-extase ». Elle met en œuvre une énergie « féminine » qui s’apparente à la « shakti » de la cosmologie hindoue. (Dans cette cosmologie, il n’y a pas d’autre énergie que celle féminine ; donc les deux visions ne sont pas symétriques.)

Commençons par une mise en garde : s’il m’arrive de puiser dans un vocabulaire banalisé en Occident sous l’étiquette de « tantrisme », ou encore dans un réservoir idéologique plus vaste — le « monde indien » aux confluents de l’hindouisme, du bouddhisme, du tantrisme, du soufisme etc. — je ne me sens lié à aucune pratique ni enseignement qui s’en réclamerait. Mon aversion pour les écoles mystiques n’est donc pas seulement motivé par le détournement d’enseignements réputés « authentiques » par les gourous et thérapeutes occidentaux.

Ce détournement existe depuis des siècles en Inde. Les textes anciens sont soumis à l’équarrissage lorsque la réflexion philosophique cède le pas à des pratiques codifiées. Le procédé n’est pas sans rappeller l’interprétation littérale des textes religieux judéo-chrétiens. Certains fondamentalistes chrétiens, par exemple, ont inventé des rituels dans lesquels les adeptes doivent manipuler des serpents venimeux sous le prétexte que « ceux qui ont la foi résistent à la morsure du serpent ».

Il y a des images qui n’ont qu’une valeur symbolique, disent les gens raisonnables, en réponse à ces dérives intégristes, il ne faut pas les prendre au premier degré. Je ne pense pas que le choix soit aussi binaire. Mon approche consiste plutôt à relier l’image à des sensations vécues dans le corps — la sexualité n’étant rien d’autre qu’une « religion du corps ». Mais pour que ce lien soit significatif il faut que la sensation précède l’image et l’interprétation qui en est faite. La démarche fondamentale du tantrisme en tant que philosophie (je me réfère au shivaisme cachemirien dont le texte fondateur serait le Vijnânabhairava tantra) est la reconnaissance des sensations (« tattvas ») comme principes primordiaux, sans aucune discontinuité entre le « physique » et le « psychique ».

Je m’en tiens là : les sensations comme seule réalité tangible. C’est déjà tout un programme pour un Occidental à qui on a inculqué que toute sensation n’était que subjective et donc sans intérêt… Je me fiche donc éperdument de la suite de l’exposé : l’énumération et la classification des « tattvas » par les théoriciens du tantrisme.

Tout ce qui a été écrit, enseigné, pratiqué par la suite n’est que de l’interprétation, l’adaptation nécessaire de cette philosophie au contexte social de l’époque, et son intégration aux religions officielles. Ainsi, il est convenu aujourd’hui de distinguer entre tantrisme « hindou » et « bouddhiste » (Varenne 1997). J’ai aussi entendu dire que le Vijnânabhairava tantra serait le texte fondateur du yoga, alors que ce que l’on entend par « philosophie du yoga » est principalement orienté vers la maîtrise, le contrôle volontaire, la progression spirituelle, toutes notions étrangères au tantrisme des shivaïstes cachemiriens.

Passons à la pratique. Des textes « tantriques » parlent de rituels d’accouplement entre un pratiquant (forcément masculin) et une femme initiatrice, une « dâkini ». Le rituel commencerait par une éjaculation du mâle, sa semence se mêlerait au « fluide vital » féminin. Puis le pratiquant réabsorberait les fluides mélangés, ce qui marquerait le début d’une expérience mystique de très haut niveau.

Première observation : si l’on prend à la lettre cette description du « rituel », le personnage masculin est le seul appelé à vivre une expérience « mystique ». Sa partenaire est, au pire un objet rituel, au mieux une énergie féminine désincarnée. Le premier détournement a donc consisté à mettre en place un système de prostitution rituelle, en Inde, avec des femmes (« devâdasi ») louées à des hommes riches et bien nés (brahmanes) en quête de sensations fortes sous le couvert de mysticisme. (Cf. Varenne 1997)

Il était inévitable que cette forme dévoyée devienne dominante dans une société patriarcale. Abolie à l’aire coloniale, la prostitution rituelle existe encore sous forme clandestine. Les « danseuses de temples » les plus débrouillardes se sont recyclées dans la « danse sacrée » — cf. l’histoire non fantasmée du Bharata Natyam au début du 20e siècle. De leur côté, les « dâkinis » siliconées (certifiées BA in Psychology) sont en vitrine sur Internet. :-(

Pour moi, réfuter cette vision machiste de la sexualité « mystique » n’est pas une position basée sur l’égalité des sexes selon le féminisme. Ce n’est pas non plus inventer de toutes pièces une version dignifiée de la « dâkini », comme l’a fait Daniel Odier avec une initiatrice prétendument rencontrée au fin fond de l’Himalaya — à moins que ce ne soit sur un coin de table de guesthouse pour babacools à Pahar Ganj, New Delhi ?… Ni se lancer dans un discours démagogique sur « la Femme » comme le sinistre imposteur Rajneesh (alias Osho)…

Cette évidence s’est imposée à moi par la rencontre de femmes ouvertes, sans aucune prétention intellectuelle, à une approche « spirituelle » de la sexualité qui a bouleversé la mienne. C’est aussi une observation plus attentive qui m’incite à penser que le vécu de la sexualité « fusion-extase » n’est pas fonction des particularités anatomiques qui font de nous un homme ou une femme. Même la sensation physique de pénétrer/être pénétré(e) peut devenir confuse (et sans intérêt) quand s’ouvrent d’autres dimensions du plaisir.

Je pense que c’est une grossière manipulation d’instrumentaliser la séduction sous le couvert d’une expérience mystique — dont, bien sûr, la partenaire pourra garder quelques miettes. Ce jeu est très répandu, en Occident autant qu’en Inde, avec pour acteurs des hommes qui se prétendent porteurs d’une « tradition tantrique » pour mettre le grappin sur des femmes à la recherche d’une autorité spirituelle.

Pour moi, décider qu’on va vivre une « expérience » avec la personne de son choix (en couple ou dans une rencontre fortuite) c’est aller vers une désillusion totale ou accepter de se mentir à soi-même. Il n’y a pas de technique menant à l’extase. À partir du moment où l’on se soumet à une technique en vue d’atteindre un état particulier, on se détourne des sensations (la seule réalité objective) et d’une relation « de cœur à cœur » avec sa/son partenaire. La première étape d’une ouverture de la sexualité me paraît donc d’admettre qu’il y ait des choses qui se décident en dehors de nos pensées, de nos croyances et de nos sentiments. Une relation peut très bien se vivre de cœur à cœur dans le registre de la jouissance et une autre se dissoudre dans la sècheresse à force de promesses d’extases jamais réalisées.

Je ne vois pas de barrière fixe entre une sexualité sensuelle (« physique ») et une autre qui se prétendrait spirituelle (« de l’âme ») quels que soient les gestes accomplis et l’intimité vécue entre les êtres. Mais l’absence de barrière n’entraîne pas qu’il soit honnête d’aborder une personne du sexe opposé sous le couvert d’une amitié tendre, de nature « spirituelle », tout en sachant ou en espérant que cette relation pourra ensuite se déployer dans la sensualité. J’ai envie d’être honnête, de reconnaître la dimension sexuelle et de la partager avec l’autre tout en essayant de la situer dans mon vécu de la sexualité. (Ne pas rester dans le non-dit, sans pour autant se noyer dans les confidences.) J’ai envie d’être honnête parce que j’ai éprouvé le goût amer de la manipulation, dans un sens ou dans l’autre.

Se tenir enlacés, sagement immobiles, peut passer pour « non sexuel » jusqu’au moment où je me rends compte que je n’aurais pas envie de cette intimité amicale avec un homme, un enfant ou une femme non désirée. Même s’il a été dit clairement qu’il n’y avait pas un désir partagé d’aller vers l’accouplement, je n’ai pas envie de cacher le plaisir de recevoir de ma partenaire la chaleur de ses seins, de son ventre et de son sexe, l’odeur de ses cheveux, son haleine, qui sont pour moi autant de manifestations sexuelles que son regard et son sourire. Je peux aimer la pression de ses seins sur ma poitrine sans avoir envie de faire rouler un mamelon entre mes doigts, et la pression volptueuse de son ventre sans lui faire subir la tension de mon sexe. J’aime qu’une embrassade embrasse aussi cette dimension sexuelle, à condition qu’elle soit vécue comme une telle et non comme un préliminaire ou une vague promesse. J’aime aussi qu’une fois l’embrassade terminée on se quitte sans regret : l’art de « défusionner ».

Une autre pratique « tantrique » que je qualifie de détournement est celle qui consiste à prendre au pied de la lettre l’image du mélange des fluides. Dans la symbolique des mystiques « bâul » du Bengale (Bhattacharya 2002) le fluide masculin est le sperme (« bîj ») et le fluide féminin le sang menstruel (« rajas »). Ce qui signifie que l’union sexuelle mystique ne pourrait avoir lieu que pendant les règles de la femme. Ajoutons que la pratique est pimentée par la croyance que l’union avec une fille vierge est hautement souhaitée. (J’aurais été surpris qu’ils recommandent une partenaire ménopausée !) Dans mon expérience il n’y a aucun lien entre le choix d’une période et la qualité de la rencontre. Il y a des femmes qui aiment s’accoupler pendant les règles, d’autres qui détestent, ce choix m’est indifférent. Et les femmes ménopausées peuvent être de merveilleuses partenaires !

Cette idée de réabsorber les fluides fait fantasmer beaucoup de monde. En Inde des hommes essaient de la produire matériellement en s’exerçant à aspirer des liquides à travers leur sexe (Darmon 2002). Ils y parviennent par un contrôle de la prostate après s’être enfilé une sonde médicale à travers l’urètre. Cette manipulation peut les amener au septième ciel, car l’exercice produit des orgasmes d’une très grande ampleur qui sont perçus comme des « extases », mais pour beaucoup l’expérience se termine à l’hôpital.

Tout cela me paraît aux antipodes du tantrisme originel. Dans des conditions particulières (ce que le tantrisme appellerait « orgasme de la vallée ») j’ai eu la sensation d’une éjaculation très diffuse associée à une perte (ou un oubli) de l’érection et une détente totale du corps et de l’esprit. Dans cet état particulier j’ai eu l’impression que mon corps réabsorbait les « fluides » comme une éponge.

À l’opposé de cela, je peux vivre une jouissance intense pendant laquelle j’ai l’impression que mon sexe est devenu immense, très vigoureux, et cette jouissance se prolonge parfois pendant plusieurs minutes — elle semble ne jamais s’arrêter jusqu’à ce que je le décide. Je n’ai eu cette expérience qu’en jouissant seul mais il n’y a aucune raison de penser qu’elle soit impossible dans la rencontre avec une parternaire.

Il me semble que les hommes sont conditionnés par la croyance qu’après l’éjaculation tout est fini. Ils sentent leur sexe perdre toute sa vigueur et ils ont envie de s’endormir en tournant le dos à leur partenaire, si ce n’est de se rhabiller et de rentrer chez eux. C’est une triste réalité qu’on entend trop souvent. Je me suis aperçu que si l’homme lachait cette croyance (et sans doute d’autres habitudes néfastes) l’érection pouvait continuer après l’orgasme, alimentée par le désir et non comme une prolongation qu’il conviendrait de programmer pour « satisfaire » sa partenaire.

Dans le rituel tantrique décrit par Varenne (1997) et autres auteurs, tout commence par l’éjaculation de l’homme. On peut imaginer qu’il y aurait un orgasme (dont pourrait aussi être gratifiée la partenaire féminine) et qu’ensuite les amants continuent sur ce que j’appelle la « voie de l’extase ». Je ne l’ai vécu que récemment et pour une faible durée. La plupart du temps, quand ma partenaire avait envie d’un ou de plusieurs orgasmes, je n’ai pas senti de prolongation vers une sexualité extatique. Par contre, ce qui me vient sans y penser, c’est le retour de l’érection après l’orgasme qui me libère de l’appréhension de « jouir en premier » et donc de « décevoir ma partenaire ». Cette faculté s’est mise en place progressivement, après une période où des femmes me disaient apprécier que je mette peu de temps à « ressusciter d’entre les morts ».

La bifurcation entre « pénétration-jouissance » et « fusion-extase » se fait spontanément à un certain moment de la rencontre sexuelle. Elle est involontaire mais elle peut aussi être encouragée par les circonstances : le fait, par exemple, que la femme risque d’être fécondée. Elle peut avoir lieu pendant l’accouplement des sexes ou bien avant. Elle peut se traduire par l’absence d’accouplement ou au contraire un accouplement prolongé pendant des heures. Cette voie m’a été imposée, au départ, par une femme devenue allergique à la jouissance des hommes et qui avait beaucoup de difficultés à « ouvrir son sexe ». Il y aurait de belles pages à écrire sur l’ouverture (thème relié bien sûr à l’enfantement) mais je me contenterai de dire que si pour nous elle se matérialisait dans le sexe il s’agissait avant tout d’ouverture « du cœur ».

Il peut paraître simple d’accoupler les sexes et de rester quasiment immobiles, l’homme allongé sur le dos et la femme à califourchon, mais c’est un apprentissage (fort agréable) car, physiquement déjà, cela suppose que le sexe de la femme reste « ouvert », très chaud, mouillé et plein de vie, tandis que celui de l’homme reste présent et puissamment déployé. Quand j’étais contraint à cet exercice comme seule forme possible d’accouplement, je sentais parfois le sexe de mon amante refroidir, alors qu’elle s’évadait dans des pensées, et le mien finissait par s’ennuyer et se replier. Elle me le reprochait, c’était une lutte entre nous, puis nous avons fait du chemin, ensemble et chacun de son côté, jusqu’à être capables de « présence » et perméables au flot d’amour qui traversait nos corps et bien au delà.

Dans cette phase de découverte nous nous sommes aperçus que certains gestes inhibaient totalement le processus. Par exemple tout ce qui visait à exciter l’autre : toucher le clitoris, caresser ou pincer les seins, faire des mouvements brusques. Ce qui n’empêche qu’il lui est arrivé (rarement) de me faire allonger sur elle pour jouir « comme un taureau » en lui pétrissant les seins. Les gestes ne sont donc pas liés aux préférences ni aux habitudes des partenaires mais plutôt à la situation qu’ils sont en train de vivre.

Cet « apprentissage » a débuté, les premiers mois, par des rencontres où nous faisions l’amour pendant des journées entières sans accoupler nos sexes, car elle ne supportait même pas la pénétration de l’homme. C’était frustrant pour nous, à l’époque, mais plus tard j’ai appris à goûter les rencontres amoureuses « jouissives » ou « extatiques » où l’intimité est totale sans pour autant que les sexes ne soient sollicités.

Pour conclure, je regrette qu’on enferme la sexualité dans des stéréotypes, que ce soit la recherche de la jouissance maximum aussi souvent que possible, ou au contraire le désir d’extase supposé nous libérer de cette sexualité « bestiale ». Mon ambition est de devenir un dieu sans cesser d’être un loup. ;-)

Le tantrisme : mythes, rites, métaphysique ». Jean Varenne. Albin Michel, 1997.
De sang et de sperme : la pratique mystique bâul et son expression métaphorique dans les chants. Grance Bhattacharya. In V. Bouillier & G. Tarabout (eds.) Images du corps dans le monde hindou, CNRS éditions, 2002 , p. 241-272
Vajrolî mudrâ : la rétention séminale chez les yogis vâmâcâri. Richard A. Darmon. In V. Bouillier & G. Tarabout (eds.) Images du corps dans le monde hindou, CNRS éditions, 2002 , p. 213-240
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mardi 26 décembre 2006
Elle, c’est Marie. Assise en amazone sur le porte-bagages de ma mobylette verte. Nous avons roulé en descente jusqu’à une petite ville, traversé quelques carrefours, et je m’apprête à prendre une petite route qui remonte lentement vers la montagne. Je ne sais pas vraiment où l’emmener ; seulement qu’avant de passer le pont nous pourrons nous arrêter dans un pré bordé de joncs, les pieds dans l’herbe humide sous un ciel bleu qui pourrait être le Portugal.

Il n’y a pas grand chose à attendre. D’ailleurs, Marie reste silencieuse à me regarder, le visage éclairé d’un sourire qui me vide de toute pensée.

Nous avons pris la route. Soudain je m’aperçois que le moteur ne donne rien : le carburateur fait encore des siennes. En me penchant pour le nettoyer je m’aperçois que je suis vêtu d’un pantalon de grossière toile noire dont la braguette est ouverte.

Le clocher voisin a sonné neuf coups et notre petite chienne a sauté sur le lit pour nous réveiller. Il faut rejoindre la famille.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mardi 29 août 2006
Plus jeune que moi, elle a déjà commencé à payer la note de cet oubli de soi qui consiste à vivre « comme tout le monde » : malbouffe, tabac et autres dépendances, ne pas respecter ses besoins de repos ou de sommeil… Je croise de plus en plus de gens qui commencent à payer très tôt. Il y a l’apparence physique — certain(e)s à 30 ans en paraissent 15 de plus — mais aussi, moins visibles, des signaux dont on parle parfois : fatigue chronique, vertiges, perte de cheveux, insomnies, allergies (ou « intolérances »), douleurs articulaires ; puis la lassitude, l’irritabilité, l’impossibilité de s’ajuster à son entourage, au point de ne plus pouvoir supporter personne, enfin un état de léthargie affective/sexuelle qui se traduit par des séparations sans motif bien apparent.

Ces conversations me laissent sans voix. Je ne peux pas dire à mon amie qu’elle est responsable de son état, car elle me répètera qu’elle a fait mieux que tout le monde, puisqu’elle ne s’est jamais gavée de médicaments et n’accorde aucun crédit à ce que disent les médecins (qu’elle consulte quand même). Elle a vu tout ce qu’on pouvait inventer comme homéopathes, acupuncteurs, naturopathes qui n’ont rien pu faire pour elle… D’ailleurs, tout cela remonte à son enfance, sa mère et des gens disparus avant sa naissance, elle l’a lu dans un bouquin épatant sur la psychogénéalogie.

Il y a des facteurs qu’on ne peut pas maîtriser. Contrairement à la soupe de gourou que voudrait me faire avaler Séverine, tout le monde ne peut pas vivre dans une jolie maison d’un pays de rêve, à 500 mètres d’une ferme bio, avec des gens merveilleux, un boulot sympa et un compte bancaire toujours approvisionné. Je ne vais pas cautionner cette doctrine new age qui veut qu’on soit chacun la cause de son propre malheur, y compris les avalanches, accidents d’avion et autres viols sur un parking. Un peu de compassion vous rendrait moins puants, bande de nases. (Pfff, du même métal, vous avez vu le documentaire sur Tom Cruise et la scientologie ?)

Le capital génétique y est pour quelque chose ; il conditionne sans doute le temps que nous passons chez le dentiste. Mais il y a aussi des facteurs maîtrisables à portée de (presque) toutes les bourses : rechercher une alimentation adaptée à ses besoins, éviter toute dépendance, suivre son rythme de sommeil quel qu’il soit, faire confiance à son corps au lieu de se précipiter chez le guérisseur ou le pharmacien.

Je n’ai jamais eu de difficulté à m’écouter, sauf un manque d’attention aux cycles d’anorexie et de boulimie. Hier je suis sorti de 3 semaines de jeûne qui furent un vrai bonheur — l’occasion d’observer au microscope mes envies. Le jour je n’ai jamais ressenti la faim, jusqu’à hier soir où j’ai compris que le cycle d’épuration était terminé. Une fois, quand même, je suis sorti du bureau avec une envie folle de saucisse fumée, et j’aurais pu tuer quelqu’un pour ça — oui, allez-y pour le bracelet électronique… Ces envies subites sont des réactions psychiques, de même que la nuit, très souvent, j’ai rêvé que je mangeais des trucs dégueux jusqu’à en éprouver la nausée.

Dans ces rêves et dans la période de réadaptation commencée aujourd’hui, je comprends de mieux en mieux que mon désir est lié au stress. Le fait de manger apaise les battements du cœur, sauf chez ceux qui ont des souvenirs traumatisants de scènes familiales associées à la prise de nourriture. Pour les autres — enfin, les gens normaux comme moi — le frigo fobctionne comme un antidépresseur. Ça tombe bien, il est vide et il me faudra donc gérer le stress autrement.

J’ai une théorie qui dit que la même quantité de nourriture ne produit pas les mêmes effets selon l’état mental du mangeur. Face à un danger, par un vieux réflexe de survie, le corps humain stockera plus volontiers les excédents. Si c’est vrai (je pense l’avoir vérifié pour moi) rien ne sert de se rationner tant qu’on n’a pas évacué son stress. Corollaire : il suffit que je tombe amoureux pour que mes réserves fondent sans que j’aie à changer mes habitudes de vie.

Tout cela est du ressort de la manière douce. Je passe sur ce qui ne me pose aucun problème : fièvres, infections, douleurs accidentelles pour lesquelles je n’ai consulté personne ni absorbé ne serait-ce qu’une tisane depuis mon enfance. Mais je crois que la manière douce ne suffit pas sur le long terme car notre environnement a changé. En plus des problèmes de pollution dont on ne sait pas encore chiffrer l’impact, nous sommes de plus en plus sollicités, manipulés, coupés de nos véritables besoins et canalisés sur des envies fabriquées par d’autres. Par exemple, nos frigos ne sont pas vides : ils sont souvent remplis de produits prêts à consommer « parce que c’est si pratique ». Or les jeunes enfants s’habituent très vite au grignotage avec tous les déséquilibres alimentaires qui en découlent.

Au risque de passer pour un vieux con, j’oserai dire qu’on a besoin de discipline, la meilleure étant celle qu’on applique à soi-même en toute connaissance de cause. L’abolition du grignotage est une décision aussi vitale que le refus de toute dépendance à des substances toxiques. Un petit calcul pour les jeunes candidats à la boulimie invisible (celle des « en-cas ») : si l’on s’autorise à prendre un kilo par an, ce qui n’est rien vous en conviendrez, en partant de 60 kg à 20 ans, à quoi va-t-on ressembler à 50 ?

Je n’ai utilisé de chiffres que pour l’exemple. En fait j’y accorde très peu d’importance car pour moi la santé est le rapport de bien-être que nous entretenons avec notre corps, même hors-norme ou « malade » selon le sens commun. Une fois par an environ, je suis pris d’une violente fièvre et je m’enferme sous les draps pendant 8 à 12 heures. C’est un vrai bonheur, un moment privilégié, un peu comme la cuisson du potier.

J’écoute cette femme qui tire cigarette sur cigarette en me parlant de ses déboires de santé et de l’incompétence des médecins. Que lui répondre ?
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Lundi 3 juillet 2006
Deux fois je suis revenu ici sans Marie. Le sillon de sa présence est encore frais. Ce chemin creux où nous parlions de choses profondes, vite oubliées — comme un clavier vide garde une trace de l’accord final — la saveur de l’air, les aspérités, un brin d’amertume, mais tout cela n’a plus de sens, n’est-ce pas.

Marie lumière, Marie musique, Marie mon enfance retrouvée au terme d’un printemps de folie. Marie plaisir, encore, prends, mon amour, la source est intarissable.

Je n’ai rien de plus beau que le feuillage d’un tremble pour évoquer l’éblouissement des sens, la jouissance à l’état pur qui persiste une fois le vent tombé. (La petite tricheuse déteste que j’écrive « extase », mais pourquoi faut-il que je croise encore son chemin ?)

C’est d’une autre vie que je vous parle. Nous avions piqué deux tentes au bout du champ. Deux pour que les autres ne sachent pas. Bien sûr ils savaient. S’ils me voyaient seul : « Où est Marie ? » Pas d’ombre sans lumière.

Mon regard et mon haleine ont gardé l’empreinte de l’Amoureuse. Des femmes la reconnaissent, déçues de ne pas y trouver leur reflet.

Ici nous avions refait le monde, un peu, et l’amour, beaucoup.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mercredi 14 juin 2006
Ligeti est mort. Györgi. Compositeur autrichien né en Hongrie, rescapé du nazisme puis du stalinisme. Un grand bonhomme. Échelles harmoniques non tempérées, polyrythmes, illusions sonores… Si vous avez le courage de regarder jusqu’au bout « 2001, Odysée de l’espace » (je m’y suis attelé trois fois avant de recycler la cassette) vous entendrez son Requiem.

Tout un monde qui refait surface dans une vie que je croyais accomplie (d’où ma présence en pointillés sur la blogosphère). Depuis janvier, on me contacte pour faire revivre un projet, j’ouvre les tiroirs poussiéreux, tout est là, servez-vous les gars, ma cervelle est en open source, mes couilles en licence BSD. On m’invite : Graz en octobre, Edinburgh en novembre. Reprise du rôle, retour en scène.

Mais Ligeti est mort. Merde. Un homme qui a écrit pour des machines. Mécanismes déréglés. Avant ma mort, j’écrivais des machines qui écrivent pour les humains.

Sa photo était dans Le Monde (14 juin page 30). Déjà passé… Je suis triste.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mardi 13 juin 2006
Le radio-réveil s’est mis en marche. Tais-toi, andouille !

— Aouh, j’ai pas envie de me lever…
— Je vais te chasser du lit !

J’ai bondi comme un chien mal élevé sur le lit de 240.

— Tu as bien dormi ? Pas trop chaud ?
— J’aime dormir à la dure, tu sais bien…
— Et moi j’ai chaud chaque fois que tu arrives.

Elle sait bien. Elle sait tout, la grande. Bientôt elle fera couler du bon café, mettra sur la petite table une baguette, du miel et ma confiture préférée, du beurre allégé — car on se soigne comme des vieux.

De vieux amis. Jamais joui. C’est la seule femme qui me résistera jusqu’à ce que les dents nous tombent. Les siennes, d’ailleurs, sont très belles. Elle est belle, mince, élégante, des jambes de reine, brillante. (Dépressive.) Je me serre contre elle, son joli cul contre mon arbre effervescent, une main sur sa hanche qui glisse sur son ventre, puis gratouiller le sein qui n’a pas été opéré. Nous sommes des jumeaux, l’image me revient.

Elle ne veut pas de sexe sans passion amoureuse, mais elle écoute mes désirs et mes histoires de baise comme une grande sœur limite incestueuse, toujours dans mon camp. (À propos de M.) « Oh ben elle est complètement cinglée, celle-là ! »

Pour elle, aucun doute, les femmes devraient être à mes pieds. Elle n’y sera jamais. Nous restons lovés dans un demi-sommeil. Puis elle se lève doucement, sans se retourner. Elle porte juste un tee-shirt. Jambes et jolie touffe. Je prends une douche en écoutant le percolateur. Elle en fait toujours trop ; je vais être survolté à la conférence de presse.

Il faisait chaud à Paris hier soir. Jeunes femmes aux lèvres de Marie, les seins en vol libre dans le métro. Trop chaud. Heureusement, je suis descendu à Glacière.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mercredi 24 mai 2006
Ma psy déprime. Non, ce n’est pas drôle.

Que fait un(e) psy en dépression ? Il/elle consulte un autre psy. Mais voilà, ça n’a pas vraiment marché pour Claudia. Nous voici attablés en train de lui remonter le moral. Ou plutôt c’est elle qui s’est mise à table en espérant comprendre comment nous trouvons de la saveur à la vie.

Elle scrute l’anatomie d’un homme heureux. Le petit couplet sur « moi aussi, j’ai des moments de dépression, l’envie de rien faire » n’a pas été du meilleur effet. Un passage à vide de 24 heures (suis-je même allé jusque là ?) n’a rien à voir avec la dépression qui lui bouffe la cervelle depuis des années. La vague a déferlé encore plus fort quand elle a souffert d’un cancer mal dépisté ; une erreur médicale qui a effacé ses dernières rêves de maternité. Ensuite elle s’est mise à soigner des enfants en difficulté avec beaucoup de cœur et de talent. Ce qui ne l’empêche pas, aujourd’hui, de penser que sa vie n’a aucun sens. Et ce qu’elle envisage pour une retraite annoncée lui paraît futile.

Dans son travail de dissection elle a cru tenir quelques pistes : (1) je ne reviens jamais sur le passé ; (2) je n’éprouve aucun regret pour les erreurs commises ; (3) j’accorde peu d’importance aux liens de parenté et ne me sens redevable de rien envers mes parents ; (4) les problèmes relationnels des autres ne me touchent qu’en surface et je ne fais pas d’effort pour les aider à les résoudre. D’ailleurs, Claudia sait que si je m’intéresse à son « cas » c’est qu’elle a toujours été pour moi une femme digne d’intérêt : j’ai envie de la prendre dans mes bras et de lui faire l’amour. Sûr qu’elle reprendrait goût à la vie. ;-)

Elle conclut que l’épicurisme est sans doute le secret du bonheur. Mais en interrogeant Aimée elle obtient exactement les réponses inverses. Nous sommes aux antipodes sur tous ces points, bien que passionnés de vivre et heureux d’être ensemble dans ces différences.

Le bonheur n’est pas une « attitude face à la vie ». Certes, on a besoin d’attitudes pendant les années de recherche du minimum de sécurité matérielle et de reconnaissance sociale, mais une fois la barque lancée c’est autre chose qui nous échappe. Son sentiment d’inutilité vient peut-être de ce qu’elle a passé sa vie à résoudre des problèmes : les siens, qui étaient de taille — et il en reste — mais aussi ceux des autres dans les métiers qu’elle a exercés. Claudia s’est forgé une idée en creux du bonheur comme « absence de problèmes ». Or elle entrevoit que, le jour où elle sera déchargée des problèmes des autres il ne lui restera que le vide existentiel. Avec des échappatoires : voyager, écrire, peut-être même un blogue…
— « Mais, la saveur, c’est quoi ? » demande-t-elle en plongeant sa cuillère dans un fabuleux marscapone.
— La polygamie !
Confidente depuis des années de mes rencontres amoureuses, elle rit. Or ce n’est pas le libertinage que je cherche à lui vendre, mais la multiplicité des amours de la vie, les choses du présent, les aventures artistiques ou intellectuelles, l’engagement social, les relations humaines… On ne peut pas vivre que pour un métier, une famille, un loisir du dimanche.

Nos regards se croisent. Entre nous, des années d’effleurement, de gestes tendres à peine ébauchés et de désirs contrôlés. Elle n’a jamais pu vivre plus de six mois avec un homme car elle ne veut pas d’intimité en dehors de la passion, avec tout ce que cela contient de destructeur. Claudia a besoin d’aimer avec la peur de perdre ; elle reconnaît se sentir étrangère face à deux êtres qui n’ont pas peur de se perdre.

Elle espérait que la peur de la mort, il y a quelques années, lui redonne le goût de vivre. Mais la pulsion morbide est encore bien présente. Elle pleure, pour la première fois devant nous. Elle dit qu’elle a besoin de passer par cette crise douloureuse.

J’aurais voulu partager avec elle une vision qui sorte de cet enchaînement : aimer, retenir et perdre. Mais les mots que j’utilise n’ont pas de sens en dehors du flot d’hormones de l’amour.

Nous sortons. Elle a retrouvé de la contenance, à défaut d’assurance. Elle nous prend dans ses bras, je m’abandonne au désir.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Samedi 15 avril 2006

Petit clin d’œil à René Magritte (1898-1967), suite à un reportage aperçu hier soir aux infos de France 2 — je n’ai pas fait attention au prétexte.

Lui qui avait dit :

L’on me reprocha la rareté de mes préoccupations. Singulier reproche de la part de gens pour qui la rareté est signe de grande valeur.

L’on me reprocha encore beaucoup de choses et enfin de montrer dans les tableaux des objets situés là où nous ne les rencontrons jamais. Cependant, il s’agit là de la réalisation d’un désir réel, sinon conscient, pour la plupart des hommes. En effet, déjà, le peintre banal essaye dans les limites qu’on lui a fixées de déranger un peu l’ordre dans lequel il voit toujours les objets. Il se permettra de timides audaces, de vagues allusions. Etant donnée ma volonté de faire si possible hurler les objets les plus familiers, l’ordre dans lequel l’on place généralement les objets devait être évidemment bouleversé ; les lézardes que nous voyons dans nos maisons et sur nos visages, je les trouvais plus éloquentes dans le ciel ; les pieds de table en bois tourné perdaient l’innocente existence qu’on leur prête s’ils apparaissaient dominant soudain une forêt ; un corps de femme flottant au-dessus d’une ville remplaçait avantageusement les anges qui ne m’apparurent jamais ; je trouvais très utile de voir les dessous de la Vierge Marie et je la montrai sous ce jour nouveau ; les grelots de fer pendus aux cous de nos admirables chevaux, je préférais croire qu’ils poussaient comme des plantes dangereuses au bord des gouffres…

Quant au mystère, à l’énigme que mes tableaux étaient, je dirai que c’était la meilleure preuve de ma rupture avec l’ensemble des absurdes habitudes mentales qui tiennent généralement lieu d’un authentique sentiment de l’existence.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mardi 4 avril 2006
Cher Nicolas Villepin,

J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer : les rues sont vides. Je n’ai croisé ce matin, dans une des plus grandes villes de France, qu’une poignée d’irréductibles, 250 000 à tout casser (ils n’ont même rien cassé) en train de flâner, de chanter des airs folkloriques ou de jouer à la marelle… Il ne faut pas croire ce qu’on raconte à la TV, d’ailleurs ils ne montrent que des images d’archives. Le peuple français a enfin compris où était son intérêt grâce aux brillantes explications du président Chirac. Les français sont bêtes, il faut sans arrêt qu’on leur explique, je ne voudrais pas être à votre place.

Dominique Sarkozy et toi pouvez y aller sans crainte. Les enfants vont retourner à l’école. Nos entreprises vont enfin pouvoir embaucher des jeunes, le chômage va disparaître de la planète, la vie est belle !
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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