
Enfant, elle portait de longs cheveux clairs qui lui tombaient dans les reins. C’est ce qu’elle m’a
dit. Et aussi que les hommes — parfois les femmes — n’ont pas tardé à se rendre fous de cette chute de reins, des lèvres gourmandes et des petits seins magnifiques que mes mains
rêvaient d’effleurer un jour qu’elle m’a reçu en chemise de nuit.
C’est ma volcane.
Elle a gardé des photos d’une époque où elle vivait entourée de photographes.
— J’aimerais que tu me les montres.
— Tout de suite ou tout à l’heure ?
— Tout à l’heure, ça peut attendre !
Je continue de faire l’amour, oubliant sa promesse. J’aime que ces photos existent. Il me suffit d’y penser pour jouir de l’adolescente et de la femme à tous les âges de sa vie
sexuelle. Quand je fantasme d’amours adolescentes c’est elle que je préfère avoir comme complice. La doyenne de mes geishas est ridée et juteuse comme une vieille pomme, mais aucune de mes plus
jeunes amies ne peut défier le temps avec une telle insolence.
Je ne pense jamais à elle sur la route. Ni aux plaisirs qui nous attendent. Mon sexe se fait oublier. J’écoute à la radio un témoignage émouvant dans la série
Indépendance sur les
décolonisations africaines. Il faudra que je l’enregistre. Je l’apporterai à Catherine qui s’intéresse beaucoup à la politique. Si elle a réussi à chasser de chez elle un compagnon encombrant de
non-désirs pour faire place aux soirées de rêve, elle a longtemps retardé cette décision car elle aime parler politique avec lui. Moi aussi d’ailleurs, au point d’oublier de souhaiter qu’il me
laisse seul avec elle !
Je ne pense à rien sur la route. Ni en garant la voiture devant sa maison — bien en vue pour qu’on ne soit pas dérangés —, ni en franchissant la porte laissée ouverte. J’attendrai la
surprise de ses lèvres contre les miennes, de sa taille fine ondulante, à peine couverte d’un peignoir, et des mamelons érigés que je sentirai taquiner ma poitrine. C’est à ce moment que la
maison se mettra à exprimer les odeurs du bois fraîchement menuisé et d’un repas léger préparé avec beaucoup de délicatesse. Puis je découvrirai sa peau incroyablement douce et les effluves de
son désir libertin.
Je ne pense pas sur la route. Je sais que la volcane fera l’amour en me gratifiant du spectacle de son plaisir. C’est inévitable et inattendu. Certes, il faudra du temps si elle ne vient pas à ma
rencontre, paralysée de douleurs. Alors j’entrerai dans sa chambre en murmurant « toctoctoc », je poserai mes mains sur elle et nous dormirons jusqu’à ce que son désir chasse la souffrance
encombrante pour faire place à une soirée de rêve.
Ce matin je flânais devant une de ces boutiques où l’on répare les chaussures et copie les clés. J’y ai aperçu dans la vitrine un porte-clés qui clignote et fait bip-bip quand on le siffle. Je
l’ai acheté pour me moquer de Catherine qui égare souvent son trousseau. Mais c’est râté car elle n’arrive pas à siffler assez fort. De si belles lèvres ont mieux à faire…
Aujourd’hui je l’ai trouvée au lit après un bain chaud qu’elle a pris pour moins souffrir. Interdiction de bouger. Je lui encore fait promettre les photos. Elle, en noir et blanc dans la cuvette
du révélateur : regarde moi et désire moi !
Effleurements, deux pointes brunes frôlent les paumes de mes mains, et le goût de sa salive, une salive qu’elle fait couler en abondance dans la main qui enveloppe mon sexe.
Momifiée par la douleur, elle me fait l’amour avec ses doigts d’artiste. Je m’endors au seuil de la folie. Au réveil, elle s’est tournée vers moi, apaisée. Je la touche avec mille précautions, et
une rare excitation, car il n’en faut pas moins à une petite fille qui apprend l’amour. Il faudra des heures pour qu’elle oublie la menace du fouet sur son dos au moindre faux mouvement. Mes
mains, mes lèvres courent légèrement sur sa peau. Un peu d’huile, beaucoup de salive encore, et le désir est entre ses jambes, prêt à être dévoré. Ma langue caresse le sillon odorant qui donne la
vie. Je vois ses lèvres s’entrouvrir et ses yeux briller dans la pénombre qui a commencé à nous tenir compagnie. Jeune fille blonde, je vais manger ton sexe.
Le voici dressé dans ma bouche. Car cette fille est de celles qui cachent un pénis dans leur cabinet de curiosités. Il aime ma langue, mes lèvres, elle gémit quand je le serre entre mes dents.
(Comme j’aime qu’elle morde le mien ! Elle n’ose pas encore me faire mal mais ça viendra.)
J’imagine l’œil du photographe sur ses hanches, sa poitrine, son visage et son sexe, la verge folle d’impatience de la baiser… Et ces images sur papier brillant offertes aux désirs d’hommes et de
femmes, la complicité des uns ou la jalousie des autres. Toute une vie de jouissance dont j’ai plein la bouche, aujourd’hui, car elle est entièrement à moi, la volcane, tendre amie qui me fait
dévorer son intimité.
Elle respire fort maintenant.
« Mon amant merveilleux ! » On ne m’a jamais dit ça. Quelle douce flatterie, de la part d’une gamine insolente.
Anne aimerait apprendre le secret de Catherine pour jouir aussi fort et sans relâche. Le secret est là — je ne peux rien t’expliquer — entre ma langue et mes dents. Je le sens palpiter
furieusement pendant que les reins de la volcane se cabrent sous le plaisir. Ses mamelons demandent des effleurements rapides, parfois un léger pincement. (Chaque femme est différente, ne pas
l’oublier.)
Le secret consiste à laisser exploser la vie afin que le temps d’arrête pour de bon. Ou bien des mots chuchotés à l’oreille, dont je n’ai pas idée ?
Elle crie de plaisir. Bip-bip ! Nous éclatons de rire. Le porte-clés oublié sur la table vient d’homologuer la performance. Je la mords de plus belle, elle repart à toute vitesse. Bip-bip.
Elle a crié sur un autre ton mais c’était acoustiquement correct. Et de deux… Je ne sais pas combien il y en aura ce soir, une dizaine peut-être. Chaque orgasme en déclenche un autre qui ne
lui ressemble pas, dans la béance du souffle suspendu par le plaisir.
— C’est chaque fois une sensation nouvelle !
— Comme un feu d’artifice ? Des fusées, des fontaines…
— Oui, exactement cela : un feu d’artifice.
Quand le bouquet a fini d’exploser nous nous sommes effondrés, épuisés. C’est à ce moment là que le téléphone a sonné : son ami politiquement compatible et sexuellement
indésirable. Je retourne caresser son clito pour l’empêcher de parler normalement.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Euh, je me repose. (Menteuse !) Et toi ?
— Ben je me prépare à sortir avec…
— Ah bon, et vous allez où ? (Je ne supporte pas son bavardage au téléphone. Pour la punir, je plonge un doigt dans son vagin sans le mouiller.)
— Au village de…
— Qu’est-ce qui se passe là bas ? (Exaspéré, je frotte grossièrement mon sexe contre sa cuisse.)
— Un feu d’artifice !
Nous avons éclaté de rire. Il m’a peut-être entendu, tant pis.
Tout est calme. Je n’ai pas envie de jouir car ce serait vraiment plat après un si beau spectacle. Je place la main de Catherine autour de mon sexe car il me plaît d’être tripoté en retardant au
maximum l’érection — et puis, je n’ai pas à justifier la main sur le sexe de son
amant merveilleux !
Le jeu s’arrête quand le sommeil nous emporte. Je sais que dans la nuit le désir me réveillera. Elle aura le dos tourné, repliée sur elle-même. Je caresserai sa croupe jusqu’à ce qu’elle se
cambre légèrement en retenant son souffle. Alors je mettrai du gel dans ma main et sur mon sexe fraîchement dressé pour le glisser doucement dans le sien. Il bougera à peine pour ne pas la
réveiller — car elle fera semblant de dormir — mais de plus en plus vigoureusement quand mon ventre se mettra en feu. Je ne m’apercevrai pas qu’elle aussi s’est mise à bouger, que son
sein s’est gonflé dans ma main, invitant ma jouissance, un cri de sauvage pour en finir… Bip-bip !
Elle me dira le lendemain qu’elle ne m’avait jamais senti jouir aussi fort avec elle. C’est vrai, je me suis donné pleinement à l’orgasme. Difficile de faire moins après le spectacle qu’elle
m’avait offert dans la soirée !
Les jours suivants son dos lui a fait payer le plaisir volé au temps qui passe. Le porte-clés s’est mis à répondre sadiquement à ses cris de douleurs. Quand je suis retourné chez elle il avait
disparu. On n’en a plus reparlé.
[Suite]
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