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Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /2009 21:46
Cette semaine j’ai envoyé à Iliane Patricia le lien vers notre histoire. Puis je lui ai écrit :
Relisant avec un regard aussi neuf que possible ce que j’ai écrit à partir de notre première rencontre, j’ai eu la même impression qu’à regarder un temple hindou ancien décoré de bas-reliefs sur plusieurs étages. Les étages inférieurs, proches du sol, ressemblent à nos premières « expériences » : nous avions un but commun assez bien cadré dans nos imaginations, mais nos contacts étaient empreints de rugosité, marquées par nos différences : l’une trop aérienne et l’autre incapable de lever les yeux…

Au fil de nos découvertes, des incompréhensions, de conflits parfois, nous avons atteint plus de douceur et découvert d’autres sensations, d’autres dimensions. Mais cette ouverture nous a aussi rendus autonomes tout en effaçant les fantasmes orginels. Nous sommes devenus capables de fusionner avec des vagues de bonheur immense (en ce qui me concerne), mais aussi de défusionner, de partir chacun dans une direction propre, selon ses besoins et sans regret. Voilà pour les étages supérieurs.

C’est ainsi que je me sens maintenant, à la fois relié intimement à toi et sans hâte de consolider ce lien par une intimité physique. Ma conviction est que chaque fois que nos chemins se croisent c’est une histoire radicalement différente, ce qui fait que je n’ai aucune raison de pousser à la rencontre.

Il me semble que cette évolution transparaît dans la manière dont j’ai raconté ma version des faits. Au début de ma lecture j’étais frappé par la banalité du récit qui contraste avec ma perception actuelle. Puis j’ai retrouvé cette montée — ou descente en profondeur… C’était très agréable, je tiens à l’écrire !
Elle m’a répondu :
— Moi j’ai trouvé ça très beau…

[À suivre]

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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /2009 18:36
Il m’est venu l’idée d’inviter Myriam au stage de tantra alors que je ne sais rien d’elle, ou presque. Séverine n’étant pas en France cette année, j’ai pensé à cette jeune auteur-interprète, à la voix profonde, dont les textes semblent annoncer les thèmes de ces stages. Les confidences que nous partagées pendant le long trajet, puis sa participation, ont confirmé mon choix.

Reprenons au début : Myriam n’a jamais fait parler d’elle sur ce blog pour la simple raison que nous n’avons jamais eu d’autre relation que sociale. Quant au stage, il est le deuxième d’une série qui s’annonce éblouissante ! (Voir le précédent)

Le mot « stage » m’indispose. J’ai toujours été réfractaire aux travaux dirigés. Mais les stages avec Ingrid se présentent plutôt comme un terrain d’expérimentation et de rencontres. L’extraordinaire finesse de son travail lui permet d’accompagner tout le groupe et en même temps chacque participant-e dans un voyage intérieur sous le regard des autres. S’intéresser à la relation homme-femme sans se perdre dans les grands sentiments n’est rien d’autre qu’une « incorporation » du regard de l’autre. Le jeu consiste à faire abstraction de tout jugement (ou du moins en prendre conscience) pour se connecter à ses sensations. (Encore Spinoza !)

Il serait bien difficile de décrire une méthode ; si je tente de le faire vous allez vous emmerder.

Le point culminant du stage précédent avait été pour moi la rencontre d’Hannah. Je ne peux rien dire (et ne sais pas grand chose) sur cette femme si ce n’est l’effet qu’elle produit sur moi. Ses mots et ses gestes expriment à la fois le désir et l’appréhension. Elle s’interroge (autant que moi) sur ce que je viens faire dans sa vie, me tient à distance, tout en osant me confronter avec de nombreuses questions…

L’an dernier nous avons correspondu pendant deux semaines, puis je lui ai annoncé stoïquement que je n’écrirais plus qu’en réponse à ses messages afin de ne pas encombrer sa vie déjà pleine de complications. Elle a donc cessé de m’envoyer des messages. Mais cela n’a pas éteint un feu qui ne demande qu’à resurgir en moi.

Je n’ai pas demandé à Ingrid qui participerait au stage de cette année, ne voulant pas savoir si on y reverrait Hannah. Pas d’attente, pas de déception. D’ailleurs elle s’est décidée à venir au tout dernier moment.

Les désirs/peurs/répulsions ont « travaillé » entre nous pendant le stage, mais ils étaient mêlés à d’autres, pour ce qui la concernait, et d’autres encore qui ont fait surface par l’entremise discrète de notre animatrice. Tout le groupe naviguait aux antipodes de ce climat d’excitation collective qui m’avait indisposé au stage d’il y a quatre ans. J’en veux pour preuve ce que nous avons vécu le dernier matin.

L’exercice consiste à danser avec une personne désirable du sexe opposé. Banal en apparence, si ce n’étaient les circonstances et la lente préparation à des rencontres insolites.

Hannah baisse les yeux et trépigne d’impatience en restant pliée sur elle-même. Elle n’ose pas aller inviter un très jeune homme qui lui inspire du désir. Lui est parti ailleurs. Je me pose en face d’elle, elle dit non. Alors je danse avec Myriam. Hannah reste seule. Avec délicatesse, Ingrid vient la chercher et la place avec nous.

Je n’ai pas de souvenir précis de cette danse à trois ; tout a basculé pour moi dans une seule sensation : le mélange des souffles. Nos visages devaient être proches car j’ai senti les respirations des deux femmes et me suis noyé dans ce fleuve de vie. C’était magique qu’elles soient deux. Pour moi, deux désirs de natures différentes, sans que je sois tenté de quitter l’une pour « fusionner » avec l’autre. Ce n’est pas comme si nous étions dans le jeu de pénétrer/posséder. Avec sa peur, sa pudeur, son amour, Hannah m’a fait l’offrande de son souffle.

Une offrande unique qui m’a comblé. J’ai souvenir de ma conversation avec Nelda au sujet du « remplaçable » (voir « Sex in the dark »). Le sexe d’Hannah, la silhouette gracieuse d’Hannah, ses mains peut-être, sont remplaçables. Mais pas son regard, ni sa voix, son souffle, son cœur à fleur de peau. J’ai eu tout cela sans le prendre et sans aucune réserve.

C’est quoi, le désir ? Spinoza (qui décidément s’était invité au stage) soutient que l’important est l’énergie du désir et non son objet. La chose convoitée ou l’être désiré sont déterminés en fonction de l’image que nous avons du désir qu’ils nous semblent susciter chez d’autres. En clair, si je désire une automobile ou une belle femme, c’est parce qu’elles possèdent des attributs qui les classent parmi les objets ou les êtres les plus désirables. Ce désir en manque est donc une affaire de jugement social. Les publicitaires le savent bien ! Voilà qui corrobore entièrement la remarque de Nelda sur « le remplaçable ».

Hannah est donc pour moi une très belle femme remplaçable dans les attributs de la séduction. Si mon désir n’était que la somme des envies de jouir de ces attributs, il serait simple de le rediriger vers une personne dotée d’attributs aussi désirables et disposée à m’en donner la jouissance en l’échange de tendresse (ou d’autres avantages matériels). L’exercice suivant m’a fourni l’occasion de résoudre ce dilemne. Il était demandé, cette fois, de se mettre à deux pour un massage sensuel. (Ben oui, c’est du tantra, pas un bal de premières communiantes !) Les femmes avaient le privilège de choisir. Hannah est une fois de plus restée seule, puis elle s’est encore retrouvée avec Myriam et, par la grâce des nombres impairs habilement manipulés par Ingrid, elles ont été rejointes par le beau jeune homme. Ce que ces trois-là ont vécu ne vous regarde pas, allez sur leurs blogs !

Une femme m’a appelé. Elle est d’âge moyen et plaisante, mais de celles qui me paraissent trop « sérieuses » (peut-être en colère contre un homme ?) pour m’inspirer du désir. J’ai bien du mal à la caresser tout en sentant qu’elle ne demande qu’à goûter la douceur de mes mains. Et puis elle a apporté une huile odorante parfaitement adaptée aux consignes de cet exercice. À son tour de me caresser : elle me chatouille avec une plume prêtée par Ingrid et m’effleure avec un art consommé de la mise en bouche… Au départ c’est simplement agréable, jouissif, excitant. Puis je commence à sentir son désir, et mon énergie désirante se fond dans la sienne. J’ai oublié Hannah.

Nous plongeons dans une sensation tourbillonnante de désir à l’état pur. Mais, lorsque s’annonce la fin de l’exercice, nous prenons peu de temps à défusionner. Il n’y a aucune trace de fustration puisqu’il n’y avait aucun enjeu. Le désir en excès !

La veille au soir, Hannah m’avait posé la question : « Ça veut dire quoi, pour toi Julien, être amoureux ? » J’avais esquissé une réponse mais la présence de témoins m’empêchait d’aller là où elle le souhaitait. Alors je me suis mis à écrire et j’ai complété le texte après la fin du stage.
Certainement ne pas souffrir.

Ne pas manquer, ne pas demander, ne pas subir
Ne pas enfermer ni se laisser enfermer
Ne pas retenir
Mais se laisser prendre sans attendre, surprendre.

Émerveiller.

Ce que je donne ou reçois est sans importance. J’ai fait de la place pour que cet amour me remplisse. Les amours me remplissent.

Il n’y a pas de regard de l’autre. Je suis l’autre, je suis son regard, je suis autre.

Et cela aussi : je suis saisi d’un frémissement chaque fois tu t’adresses à moi en prononçant mon prénom, ou même quand tu l’écris. Sentir que tu es présente dans cet instant et que c’est bien à moi que tu parles.

Le jour de notre arrivée j’ai dit que je venais au stage pour revoir des gens que j’aime. En fait j’avais oublié tous les visages, y compris le tien et jusqu’à la couleur de tes yeux ! Je n’avais pas envie de savoir si tu participerais pour ne pas être dans l’attente ni dans la déception. Mais quand tu es apparue je me suis aperçu que je ne t’avais pas quittée. J’ai cette même sensation avec I. et S. : on ne se quitte pas. On s’oublie mais on ne se quitte pas. Un message, un appel au téléphone, les regards qui se croisent, tout cela confirme la présence mais il n’y a jamais un sentiment d’absence, de vide à combler.

Un être que j’aime ne me manque pas. Tu ne me manques pas.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 23:51
En écoutant Chet Baker
Elle éjacule dans ma bouche
Ma geisha fontaine

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /2009 17:21
Jeudi 19 mars. Manifestation. Une marche austère, digne et ennuyeuse. Surgit un bel animal au pelage rouge. Son regard vif dissipe toutes les idées sombres. Au milieu de la foule — chers collègues — une bulle joyeuse et intelligente. Les tambours s’efforcent de couvrir nos voix mais nos pensées s’entrechoquent à toute vitesse. J’aime cette complicité fraternelle qu’elle me témoigne en public.

Quand elle s’est envolée, « à demain ! », j’ai gardé le plaisir au chaud dans mon cœur. Ce moment de bonheur est resté entier : aucune envie de la retenir ni de la suivre.

Le soir j’étais invité chez Catherine. On a visionné RomanceX de Breillat sur son grand écran, dîné sobrement et fait l’amour. Chacun comme toujours attentif à saturer l’autre de jouissance, jusqu’à l’épuisement des corps. Le lendemain je suis retourné gavé de sexe, de tendresse et d’amitié.

Puis Nelda m’a appelé pour que je la prenne à la gare car le soir elle devait sortir avec Aimée. Nous voici seuls pendant quelques heures. Elle somnole, je vaque à mes occupations, mais le bonheur de la veille a cédé la place à une extraordinaire impatience : j’aimerais qu’elle me prenne dans ses bras, qu’on aille dans la forêt et… Tout cela est ridicule car il fait un vent glacial et je n’ai même pas envie de sexe.

Je suis resté longtemps à me questionner sur les causes de ce désarroi. Rien ne m’est apparu différent chez Nelda. La froideur mélangée à un désir obsessionnel que j’ai ressenti près d’elle ne s’explique pas par un événement particulier ni par mon comportement. Je ne crois pas avoir envahi son espace. Mais le désarroi parvient à son paroxysme sous l’effet de ma peur de lui causer de l’inconfort. C’est bien en moi que tout se joue, même si, pour une raison qui m’échappe, ce séisme dépressif a été déclenché par sa présence.

Le soir j’ai ouvert un message de Séverine :
On est, P. et moi, dans la phase de l’amour que je n’aime pas. Qui aime ?

Et je me souviens de cette phrase de Clarissa Pinkola Estes dans Femmes qui courent avec les loups :  « Aimer, c’est rester quand votre corps vous crie : “ Fuis ! ”. »

C’est l’heure de quitter la véranda…

On ne supporte pas de quitter la véranda pour pénétrer à l’intérieur de la maison de l’amour. On est terrifié car on devine que, dans la salle a manger, Dame Mort est assise, impatiente. Devant elle se trouve une liste de choses à accomplir, avec inscrit d’un côté ce qui vit, de l’autre ce qui meurt. Elle a l’intention d’aller au bout, d’équilibrer les choses.

Je devrais me souvenir de ceci :

C’est le besoin de forcer l’amour à se perpétuer uniquement dans sa forme la plus positive qui finit par provoquer la mort de l’amour.
Exactement. Ce qui me perturbe avec Nelda (comme parfois avec Séverine) c’est de ressentir une pulsion de désir au-delà de celui de la satisfaction sexuelle — qu’elle ne cherche d’ailleurs jamais à me donner. Et plus encore la tentation d’habiller ce désir des oripeaux d’un sentiment amoureux. La tentation est forte chez moi ; elle va dans le sens de nos affinités intellectuelles, vers cette « forme la plus positive » d’une passion qui ne veut pas se dire, et serait voué à une mort certaine si elle était déclarée.

J’ai pensé à ce mécanisme, vendredi, alors que je marchais sous le soleil couchant en écoutant l’Éthique de Spinoza :
N’importe quelle chose peut être par accident cause de Joie, de Tristesse ou de Désir. (3, XV)
C’est moi seul qui ai décidé que la joie serait souhaitable, la tristesse dévastatrice et le tumulte méprisable. Mais une même force, celle du désir en excès, me projette au gré des accidents vers ces manifestations intérieures, tout comme comme l’eau d’un torrent qui passe de la colère à l’apaisement sous le seul effet de la force de gravité. Je n’ai rien à reprocher au désir quelle que soit sa forme.

La nuit venait de tomber quand j’ai ouvert la porte de la maison. Nelda m’y attendait (ou peut-être pas ?) tendre et souriante. On s’est croisés pendant quelques minutes. Quand elle est repartie j’avais retrouvé le plaisir au chaud dans mon cœur.
Quand l’Esprit se contemple lui-même, ainsi que sa puissance d’agir, il est joyeux, et d’autant plus qu’il s’imagine plus distinctement, ainsi que sa puissance d’agir. (3, LIII)

[Suite]

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Dimanche 15 février 2009 7 15 /02 /2009 19:46
Ce matin nous sommes restés au lit à écouter de la musique indienne. Je ne suis jamais rassasié de la caresser. Elle accueillait mon regard avec un sourire qui me fait chavirer. J’aime son visage, j’aime son esprit, j’aime son corps. Ses mains qui s’agitent quand elle est heureuse, venant à la rencontre des miennes, hier soir, alors que nous étions égarés dans un labyrinthe de saveurs. Il y a des mots et des mets cultivés dans notre jardin en friche. Parfois elle en cherche un, ou bien elle prend l’un pour un autre et je me rends compte que c’est le même que j’aurais choisi. Elle va vers les aliments les plus insolites qui me donnent faim…

Elle a pris mes mains dans les siennes et je retiens mon souffle — tant pis si elle me reproche encore de faire une montagne d’une poignée de sable. La parole nous nourrit et nous invite à danser. J’aime cette danse là, ce qu’elle met en mots en mouvement dans un monde où tout est déraisonnable.
— À quoi tu penses ?
— (Comment lui dire tout cela ?) Je pensais, euh… que j’ai de la chance de me réveiller avec une belle femme nue dans les bras !
— …
— Enfin, je veux dire, avec toi en particulier…
— Non, tu as bien dit : « Une femme ». Ce pourrait être n’importe quelle femme qui te plaît. Moi ou une autre, c’est sans importance, il n’y a rien de mal à cela !
Avant qu’on se quitte elle me confiera : « Parfois j’ai du désir pour un homme parce que c’est lui, parfois j’ai envie de faire l’amour avec un que je sens bien, et parfois je prendrais n’importe quel homme pour mon plaisir. Ce n’est pas dérangeant tant qu’on ne se raconte pas des histoires. »

C’est une évidence ; pourtant je réalise à quel point je me suis raconté des histoires. Mes amies sont très différentes et chacune a quelque chose d’irremplaçable pour me rendre la vie agréable, que ce soit une affinité intellectuelle, sentimentale, artistique, un engagement politique, un goût pour les mêmes paysages, les mêmes gens, la même cuisine, avec toutes les combinaisons imaginables. Mais, pour ce qui touche à l’intimité, aux plaisirs du sexe, la plupart sont « interchangeables »… Aucune d’elles ne me fait l’amour en échange d’amour. Cela n’enlève rien au plaisir vertigineux d’échapper à l’ordinaire par la fusion amoureuse, ni à la gratitude que chacun peut ressentir envers l’autre.

Nous avions eu peu trop bu hier soir. Jamais je n’ai eu aussi froid dans les rues balayées par le vent. Il était plus de minuit. Nous avons sagement attendu que la chambre se réchauffe. En fait je n’attendais rien d’autre que d’aller m’allonger. Nelda est de celles qui m’ont appris à ne rien attendre tout en savourant pleinement le contact. Pendant le repas je la laissais venir en m’abandonnant à ses caresses, comme on peut goûter un vin ou un mets exceptionnel en se laissant pénétrer par la sensation.

Le désir par excès : elle aurait pu me quitter au lieu de m’inviter chez elle. Après avoir été touché ainsi je n’aurais gardé aucune frustration.

Elle est venue sur moi et a hésité un moment. Cette hésitation m’a rendu perplexe mais plus tard elle m’a expliqué qu’elle ne me croyait pas prêt. Quand j’y repense, elle a raison : j’aurais été déçu qu’elle me « pénètre » tout de suite. Dans la pénombre de la chambre il me fallait du temps pour imaginer et rencontrer son visage, son corps, l’odeur de son corps et l’intérieur de mon désir. Il fallait que tout fût possible dans cet instant — y compris qu’elle ne me prenne pas — comme un aliment mystérieux qu’on porte lentement à ses lèvres, sans le leurre du regard, mais avec cette pointe d’euphorie et d’incertitude que donne la conscience accrue de son arôme.

Elle m’a pris doucement, m’a glissé en elle. Comme une cuillerée de miel onctueux dans la bouche… Maintenant je sais que lorsque j’ouvre le pot de miel c’est que j’ai besoin de faire l’amour.

Elle m’a pris comme un instrument pour jouir. J’aime être utilisé ainsi, avec le goût du miel dans mon ventre et du pétillement dans le cœur.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /2008 15:11
J’aime la pression de ses doigts sur mon sexe à travers un vêtement léger, un geste qui m’apaise et me provoque à l’heure des caresses. Nous sommes partis sous un soleil intense, au méridien du solstice d’hiver, en contournant le chemin qui s’enfonce vers la mer. En contrebas de la falaise les yeux se perdent entre des méandres de collines rocailleuses, couronnées par le bleu du ciel qui semble nous dévisager.

Repas frugal sous la fraîcheur odorante d’un pin, puis elle m’invite à nous réchauffer sur un lit de caillasse.

Je me suis à-demi allongé et elle s’est assise sur mes jambes, abandonnée aux fantaisies de mes mains. C’est bien elle ? Il y a si longtemps que je ne l’avais pas touchée ! À travers la laine j’ai senti ses seins se gonfler à ma rencontre, puis ses lèvres ont effleuré les miennes. Effleuré seulement car il nous faut du temps pour laisser monter le désir de la peau. Le désir mouillé.

Notre intimité est à une profondeur inexplicable, souvent hors d’atteinte comme l’immensité liquide que nous apercevons au loin. Il faut un miracle pour que la source jaillisse dans une enfractuosité. L’excitation seule ne peut pas irriguer une surface aride. Mais nous savons accomplir les miracles ! C’est juste une question de temps, d’espace, de météo favorable et de disponibilité intérieure. Justement, aujourd’hui ou jamais…

Le miracle a commencé. La peau de son ventre est plus douce à chacune de nos rencontres, comme une promesse de retour à la vie réelle. Le réel n’est rien d’autre qu’un organe qui triture nos pensées les plus élevées pour décider du plaisir ou de la souffrance. Je ne sais pas encore où cela nous mène mais j’ai semé mes attentes au vent qui fait frissonner cette peau rêvée et retrouvée.

Ses seins à travers la laine, car c’est ainsi qu’elle aime que je les caresse aujourd’hui, et l’autre main à la découverte de chairs qui s’entrouvent avec une sensation délicieuse de pomme-cannelle. Le fruit de Sita, au nord de l’Inde. Dans la tradition populaire Sita évoque aussi « le sillon » de la femme-terre. Je ne connais pas de fruit plus onctueux, plus généreux dans la volupté que celui que me fait goûter Anne entre ses jambes. La source commence à jaillir et mes doigts ne tardent pas à ruisseler de bonheur. Pour elle c’est aujourd’hui la lune nouvelle et mon sexe en tremble d’impatience.

On entend des voix : des groupes, des couples qui passent tout près. Des hommes viennent se pencher au-dessus du vide et je les devine en train de nous espionner furtivement sous le regard d’épouses qui leur envoient des signaux de prudence. « Mais qu’est-ce que tu fais, Roger ? C’est par là le chemin ! » J’imagine les pensées de ces hommes, ce soir. Moi je sais où est le chemin ; mes mains savent.

Le soleil décline et nous rentrons en partageant des nouvelles récentes. Nos échanges, nos amours, nos amis, l’étrangeté de la raison d’être de nos rencontres… Je m’applique à d’énoncer qu’il n’existe aucun sentiment entre nous, aucune relation sinon de la parfaite complicité, mais ce que je pense d’elle est à chaque fois contredit. Le plus simple serait de ne rien définir quand il s’agit de « nous » (si ce mot a un sens). C’est une limite paradoxale après avoir partagé un si long chemin d’introspection qui a transformé nos vies. Elle sait tout sur moi, je sais tout sur elle, mais nous ne savons rien sur nous.

Plus tard dans la soirée j’apprends qu’elle aimerait qu’on passe la nuit ensemble et même une partie de la matinée. Elle a fait une pause chez elle pour venir me rejoindre dans un salon de thé. J’adore l’effet de recommencement, la pause étant assez longue pour que je ne l’attende plus. Nous occupons une alcôve isolée dans le salon vide, le sable et les coussins remplaçant le rocher, et mes mains parlent encore à travers la laine. Plus chaudement car le désir est aussi intense mais c’est la tendresse qui nous berce à présent. Encore une belle surprise… Les regards des hommes en pataugas ont fait place aux yeux noirs d’une belle femme qui vient s’assurer de temps en temps que « nous n’avons besoin de rien ». J’aurais aimé que cela dure des heures, et cela a effectivement duré des heures, pour mon plus grand contentement.

Après le dîner nos jambes sont fatiguées et nous allons directement à la chambre sans nous soucier de la voiture. Elle est nue dans mes bras nus. Mes mains ont inventé de nouveaux gestes et je ne me lasse pas de la contempler au sommet du plaisir. Elle invite mon sexe en elle, je la vois se cambrer sous mon étreinte, si belle que la jouissance arrive dans mon ventre sans prévenir — comme une vague de fond que je n’ai pu contenir qu’à moitié. Mes mains reprennent la danse puis elle redonne de la vigueur à mon sexe, dans ses doigts et dans sa bouche (souvenir de morsures délicieuses) où elle m’aurait peut-être fait jouir une nouvelle fois si je ne m’étais pas effondré de fatigue.

Elle ne tarde pas à s’endormir. Un peu ennivré, je me rhabille pour aller déplacer la voiture. Le chemin paraît interminable et je suis accosté, au début, par deux jeunes turbulents qui cherchent des cigarettes. Ils n’ont fait disparaître que le ticket donnant le numéro de ma chambre et le code d’entrée, mais grâce au veilleur de nuit tout rentre dans l’ordre et Anne ne s’est même pas réveillée.

En lavant la main qu’un des jeunes a tenu à serrer je découvre des traces de sang. Intrigué au début, je comprends et cela m’amuse.

Elle a besoin de dormir. Cette nuit la plus longue est faite pour elle. Je la retrouve heureuse et détendue au lever du jour. Nos caresses reprennent, elle jouit sous ma main, appelle mon sexe… mais les récepteurs d’ocytocine doivent être saturés car ce qu’il ressent n’a plus rien de sexuel : il se dresse et glisse en elle tout en se demandant à quoi peut bien servir ce glissement.

Elle demande à dormir encore un peu, dans mes bras. Au réveil :
— Tu as envie d’autre chose ?
—  Oui, de jouir encore.
— Mais tu pouvais me prendre pendant mon sommeil !
C’est vrai, mais mon envie même est en décalage. Je sens bien un tsunami de plaisir se former à l’horizon, mais bien qu’elle m’ait encore accueilli en elle je ne suis pas en position pour le laisser déferler. Aucune importance, ne rien attendre : les surprises sont tellement plus belles !

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Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /2008 13:42
Enfant, elle portait de longs cheveux clairs qui lui tombaient dans les reins. C’est ce qu’elle m’a dit. Et aussi que les hommes — parfois les femmes — n’ont pas tardé à se rendre fous de cette chute de reins, des lèvres gourmandes et des petits seins magnifiques que mes mains rêvaient d’effleurer un jour qu’elle m’a reçu en chemise de nuit.

C’est ma volcane.

Elle a gardé des photos d’une époque où elle vivait entourée de photographes.
— J’aimerais que tu me les montres.
— Tout de suite ou tout à l’heure ?
— Tout à l’heure, ça peut attendre !
Je continue de faire l’amour, oubliant sa promesse. J’aime que ces photos existent. Il me suffit d’y penser pour jouir de l’adolescente et de la femme à tous les âges de sa vie sexuelle. Quand je fantasme d’amours adolescentes c’est elle que je préfère avoir comme complice. La doyenne de mes geishas est ridée et juteuse comme une vieille pomme, mais aucune de mes plus jeunes amies ne peut défier le temps avec une telle insolence.

Je ne pense jamais à elle sur la route. Ni aux plaisirs qui nous attendent. Mon sexe se fait oublier. J’écoute à la radio un témoignage émouvant dans la série Indépendance sur les décolonisations africaines. Il faudra que je l’enregistre. Je l’apporterai à Catherine qui s’intéresse beaucoup à la politique. Si elle a réussi à chasser de chez elle un compagnon encombrant de non-désirs pour faire place aux soirées de rêve, elle a longtemps retardé cette décision car elle aime parler politique avec lui. Moi aussi d’ailleurs, au point d’oublier de souhaiter qu’il me laisse seul avec elle !

Je ne pense à rien sur la route. Ni en garant la voiture devant sa maison — bien en vue pour qu’on ne soit pas dérangés —, ni en franchissant la porte laissée ouverte. J’attendrai la surprise de ses lèvres contre les miennes, de sa taille fine ondulante, à peine couverte d’un peignoir, et des mamelons érigés que je sentirai taquiner ma poitrine. C’est à ce moment que la maison se mettra à exprimer les odeurs du bois fraîchement menuisé et d’un repas léger préparé avec beaucoup de délicatesse. Puis je découvrirai sa peau incroyablement douce et les effluves de son désir libertin.

Je ne pense pas sur la route. Je sais que la volcane fera l’amour en me gratifiant du spectacle de son plaisir. C’est inévitable et inattendu. Certes, il faudra du temps si elle ne vient pas à ma rencontre, paralysée de douleurs. Alors j’entrerai dans sa chambre en murmurant « toctoctoc », je poserai mes mains sur elle et nous dormirons jusqu’à ce que son désir chasse la souffrance encombrante pour faire place à une soirée de rêve.

Ce matin je flânais devant une de ces boutiques où l’on répare les chaussures et copie les clés. J’y ai aperçu dans la vitrine un porte-clés qui clignote et fait bip-bip quand on le siffle. Je l’ai acheté pour me moquer de Catherine qui égare souvent son trousseau. Mais c’est râté car elle n’arrive pas à siffler assez fort. De si belles lèvres ont mieux à faire…

Aujourd’hui je l’ai trouvée au lit après un bain chaud qu’elle a pris pour moins souffrir. Interdiction de bouger. Je lui encore fait promettre les photos. Elle, en noir et blanc dans la cuvette du révélateur : regarde moi et désire moi !

Effleurements, deux pointes brunes frôlent les paumes de mes mains, et le goût de sa salive, une salive qu’elle fait couler en abondance dans la main qui enveloppe mon sexe.

Momifiée par la douleur, elle me fait l’amour avec ses doigts d’artiste. Je m’endors au seuil de la folie. Au réveil, elle s’est tournée vers moi, apaisée. Je la touche avec mille précautions, et une rare excitation, car il n’en faut pas moins à une petite fille qui apprend l’amour. Il faudra des heures pour qu’elle oublie la menace du fouet sur son dos au moindre faux mouvement. Mes mains, mes lèvres courent légèrement sur sa peau. Un peu d’huile, beaucoup de salive encore, et le désir est entre ses jambes, prêt à être dévoré. Ma langue caresse le sillon odorant qui donne la vie. Je vois ses lèvres s’entrouvrir et ses yeux briller dans la pénombre qui a commencé à nous tenir compagnie. Jeune fille blonde, je vais manger ton sexe.

Le voici dressé dans ma bouche. Car cette fille est de celles qui cachent un pénis dans leur cabinet de curiosités. Il aime ma langue, mes lèvres, elle gémit quand je le serre entre mes dents. (Comme j’aime qu’elle morde le mien ! Elle n’ose pas encore me faire mal mais ça viendra.)

J’imagine l’œil du photographe sur ses hanches, sa poitrine, son visage et son sexe, la verge folle d’impatience de la baiser… Et ces images sur papier brillant offertes aux désirs d’hommes et de femmes, la complicité des uns ou la jalousie des autres. Toute une vie de jouissance dont j’ai plein la bouche, aujourd’hui, car elle est entièrement à moi, la volcane, tendre amie qui me fait dévorer son intimité.

Elle respire fort maintenant. « Mon amant merveilleux ! » On ne m’a jamais dit ça. Quelle douce flatterie, de la part d’une gamine insolente.

Anne aimerait apprendre le secret de Catherine pour jouir aussi fort et sans relâche. Le secret est là — je ne peux rien t’expliquer — entre ma langue et mes dents. Je le sens palpiter furieusement pendant que les reins de la volcane se cabrent sous le plaisir. Ses mamelons demandent des effleurements rapides, parfois un léger pincement. (Chaque femme est différente, ne pas l’oublier.)

Le secret consiste à laisser exploser la vie afin que le temps d’arrête pour de bon. Ou bien des mots chuchotés à l’oreille, dont je n’ai pas idée ?

Elle crie de plaisir. Bip-bip ! Nous éclatons de rire. Le porte-clés oublié sur la table vient d’homologuer la performance. Je la mords de plus belle, elle repart à toute vitesse. Bip-bip. Elle a crié sur un autre ton mais c’était acoustiquement correct. Et de deux… Je ne sais pas combien il y en aura ce soir, une dizaine peut-être. Chaque orgasme en déclenche un autre qui ne lui ressemble pas, dans la béance du souffle suspendu par le plaisir.
— C’est chaque fois une sensation nouvelle !
— Comme un feu d’artifice ? Des fusées, des fontaines…
— Oui, exactement cela : un feu d’artifice.
Quand le bouquet a fini d’exploser nous nous sommes effondrés, épuisés. C’est à ce moment là que le téléphone a sonné : son ami politiquement compatible et sexuellement indésirable. Je retourne caresser son clito pour l’empêcher de parler normalement.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Euh, je me repose. (Menteuse !) Et toi ?
— Ben je me prépare à sortir avec…
— Ah bon, et vous allez où ? (Je ne supporte pas son bavardage au téléphone. Pour la punir, je plonge un doigt dans son vagin sans le mouiller.)
— Au village de…
— Qu’est-ce qui se passe là bas ? (Exaspéré, je frotte grossièrement mon sexe contre sa cuisse.)
— Un feu d’artifice !
Nous avons éclaté de rire. Il m’a peut-être entendu, tant pis.

Tout est calme. Je n’ai pas envie de jouir car ce serait vraiment plat après un si beau spectacle. Je place la main de Catherine autour de mon sexe car il me plaît d’être tripoté en retardant au maximum l’érection — et puis, je n’ai pas à justifier la main sur le sexe de son amant merveilleux !

Le jeu s’arrête quand le sommeil nous emporte. Je sais que dans la nuit le désir me réveillera. Elle aura le dos tourné, repliée sur elle-même. Je caresserai sa croupe jusqu’à ce qu’elle se cambre légèrement en retenant son souffle. Alors je mettrai du gel dans ma main et sur mon sexe fraîchement dressé pour le glisser doucement dans le sien. Il bougera à peine pour ne pas la réveiller — car elle fera semblant de dormir — mais de plus en plus vigoureusement quand mon ventre se mettra en feu. Je ne m’apercevrai pas qu’elle aussi s’est mise à bouger, que son sein s’est gonflé dans ma main, invitant ma jouissance, un cri de sauvage pour en finir… Bip-bip !

Elle me dira le lendemain qu’elle ne m’avait jamais senti jouir aussi fort avec elle. C’est vrai, je me suis donné pleinement à l’orgasme. Difficile de faire moins après le spectacle qu’elle m’avait offert dans la soirée !

Les jours suivants son dos lui a fait payer le plaisir volé au temps qui passe. Le porte-clés s’est mis à répondre sadiquement à ses cris de douleurs. Quand je suis retourné chez elle il avait disparu. On n’en a plus reparlé.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /2008 19:29
Ce matin, Séverine et moi nous sommes réveillés très tôt. J’avais l’impression désagréable de tourner autour d’elle comme un animal fou, la serrant dans mes bras à chaque occasion, faisant glisser mes mains sur son dos, ses jambes, son ventre, ses seins. Désir de possession parce que je ressentais de la rivalité avec un de ses anciens amis qui vient de la recontacter. Les hommes sont bêtes à ce point... En d’autres temps elle se serait laissée prendre comme un objet, pour ne pas me décevoir, mais nous avons une conscience différente aujourd’hui, et une véritable exigence de respect de soi.

Je lui ai exprimé mon sentiment de rivalité et mon exaspération de ne pas la laisser tranquille. Puis, tandis qu’elle faisait ses adieux aux voisins, je me suis mis au piano. Les conditions s’y prêtaient : le piano, comme mon amie, ne se laisse pas toucher n’importe comment. J’ai redéchiffré un prélude que nous avions entendu la veille, en visite chez notre ami musicien. Quand Séverine est revenue elle s’est assise pour m’écouter puis m’a joué l’intégrale des airs du film Amélie Poulain dont elle avait apporté les partitions. Elle jouait, nous jouions, nos mains étaient enfin occupées à autre chose qu’à la recherche d’une jouissance impossible et inutile en ce moment. Cet autre chose nous réchauffait entièrement. Dehors il y avait de l’orage, j’avais tout débranché : téléphone et Internet, nous étions seuls sur terre pour quelque temps. Le dernier morceau est resté dans mes oreilles comme emblématique de ces heures de bonheur. Je le jouerai à sa prochaine visite !

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Samedi 12 juillet 2008 6 12 /07 /2008 19:11
À midi je suis allé chez Nelda. Nous avons déjeûné ensemble et parlé sur la terrasse avec un ami qu’elle héberge. Je la regardais en ne pensant qu’à mon désir.

En fin d'après-midi il était convenu que je la ramène chez moi en voiture pour qu'elle parte avec Aimée. Donc voilà la situation : une conversation qui devient aussi insipide que le thé froid sans sucre que nous avalons sous la tonnelle en pleine chaleur Alors elle me propose de l'emmener en promenade…
— Mais pas à la plage car hier j’ai pris un coup de soleil !
Arrivés chez moi, nous laissons la voiture pour aller marcher dans la forêt. Il ne reste que 45 minutes car elle doit bientôt partir. Aussitôt hors de vue elle me dit : « Je n’ai pas envie d’aller loin mais plutôt qu’on se pose… » puis elle me prend dans ses bras. Nous nous allongeons sur un tapis d’aiguilles qui nous fait cruellement souffrir, mais tant pis.

Ses lèvres viennent chercher les miennes, ses mains viennent éveiller mon désir. Puis elle appelle ma main sur son sexe.
— Je n’ai pas envie de frotter mon sexe contre le tien. Caresse-moi plutôt.
— Mais j’aimerais aussi que tu caresses mon sexe.
Non pas tant pour être caressé que pour que mon désir soit accepté. Elle l’a pris et massé doucement. Puis j’ai commencé à la caresser, pénétrant avec mes doigts, et son plaisir montait tandis qu’elle continuait à m’embrasser. Je mordais ses seins.
— Tu regardes l’heure ?
— Il ne reste que 10 minutes.
Elle n’est pas allée jusqu’à la jouissance, un peu déçue. Elle a senti que je ne m’abandonnais pas entièrement dans la main qui la caressait. Parce qu’on n’avait pas le temps… Il aurait fallu que je m'abandonne dans la main qui caresse en oubliant le désir de la pénétrer avec mon sexe. Cette caresse peut durer des heures et le plaisir est plus fort encore. Le soir je lui écris :
C'était délicieux, même si je suis resté sur ma faim, et toi aussi probablement.
Elle répond et je réponds :
C'était très agréable hier dans la forêt ; c'était très fort pour moi de pouvoir dire simplement : j'ai envie que tu me fasses jouir. Mine de rien, ça n'est pas si facile, car dans le commerce des corps, si on laisse faire les choses "comme elles viennent", c'est "comme par hasard" plutôt les femmes qui se mettent au service de la jouissance des hommes. J'ai envie avec toi de me donner la possibilité d'exprimer simplement mes desirs, sans peur de te blesser ou d'être jugée.

C'est bien que tu m'expliques ce que tu as ressenti ; hier je n'avais pas envie de te donner du plaisir, non par refus de ton sexe, puisque j'ai eu du plaisir à l'avoir dans mes mains, mais par une sorte de revendication d'une histoire qui bien entendu te dépasse, nous dépasse : moi aussi je peux vouloir jouir simplement en "mettant" l'autre à mon service ! Je l'ai tant et tant fait, "spontanément" vu que c'est un peu mon rôle de femme, n'est-ce-pas... Mais le contraire, je ne l'ai pas tant vécu que ça, pour un homme généralement il faut toujours qu'il y ait un retour !

Il a quelques semaines, un ami amant était là chez moi ; un matin, je me suis levée avant lui, j'ai commencé à bricoler dans la cour, puis il s'est reveillé, et moi, spontanément, je suis allé m'allonger à coté de lui, me laisssant caresser, bisouter...jusqu'à ce que je VOIS clairement que je n'avais pas du tout envie d'être là, je voulais continuer à bricoler, moi !!

Je subissais ses caresses, ses baisers, et il n'avait AUCUN moyen de le savoir, puisque je donnais toutes les apparences d'être bien...

Pourquoi diable me suis-je retrouvée là, allongée à ses côtés ? C'est à mon sens une question de construction sociale du désir féminin, soumis au désir masculin.

C'est donc une question qui me dépasse largement ; c'est grâce à des lectures féministes, et surtout à des discussions avec des amies féministes, que je peux mettre le doigt sur ce genre de choses.

Je pense que les femmes qui témoignent ne pas vivre ce genre de choses se mettent le doigt dans l'œil jusqu'au coude, mais ce n'est après tout qu'un présupposé...
Je réponds :
Il me plaît d'être au service de ta jouissance tant que tu accueilles mon désir. Sauf par jeu, si on en a convenu ainsi, comme ça peut arriver sur une plage ou dans une salle de cinéma... ;-)

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Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /2008 19:13
Dans « La voie de l’extase (7) » j’ai témoigné d’un certain scepticisme, si ce n’est d’un manque d’enthousiasme, à la pratique du « tantra » revisitée par ceux qui en font une technique de développement personnel.

Il était impensable pour moi de participer à d’autres stages qui ne seraient pas animés par Ingrid, une amie dont je connais la capacité de construire des merveilles à partir de matériaux hétéroclites. Le stage annoncé, cette année, était aussi l’occasion (ou le prétexte) d’emmener Séverine — ma gauchère préférée — hors de son quotidien.

Nous avons fait la route en deux étapes, dont une nuit dans un hôtel du même nom. Elle avait beaucoup de fatigue à évacuer et notre nuit s’est prolongée aussi loin que possible dans la matinée. Nous avons parlé, échangé quelques gestes de tendresse. Je l’ai sentie repliée sur elle-même comme si elle avait été blessée par un homme abusif. Elle me dira plus tard qu’elle aurait aimé venir dans mes bras mais qu’elle ne voulait pas me faire de peine en réveillant mon désir sans le satisfaire. Je l’ai invitée à ne plus suivre aucune consigne de prudence en ce qui me concerne : le désir est ma vie et je n’ai besoin de personne pour m’en protéger.

Avant d’arriver nous avons dégusté une salade à la terrasse d’un restaurant champêtre. Elle me parle d’un amant de sa sœur « qui avait de si beaux yeux » en regardant par-dessus mon épaule. Puis elle désigne un jeune homme, crâne rasé et lunettes, qui vient de se lever à la table voisine : « Il lui ressemble, je suis attirée ce genre d’hommes ! »

Nous sommes enfin arrivés sur un magnifique site. Le groupe est formé de 6 femmes et 6 hommes aux bons soins de l’animatrice, car tous, sauf un, la connaissent déjà. Celui qui arrive de loin, avec sa mine réjouie, ressemble étrangement à l’homme du restaurant. Quelque chose me dit que celui-ci sera « pour Séverine ». À l’heure présente elle ne l’a pas encore remarqué mais mon intuition ne sera pas démentie !

Ingrid a prévu de longs temps de parole, entre les exercices, pendant lesquels elle invite chacun à s’exprimer à partir de ses sensations en déjouant toute tentative d’explication (de justification) ou fuite vers des généralités. Elle invite « l’enfant intérieur » à parler de ce que l’expérience vient de ranimer de colères ou de désirs enfouis. Elle se place à notre niveau en narrant ses propres errances, de sorte qu’il n’y a aucun argument d’autorité aucune prise de pouvoir dans ses interventions, en contraste avec mon expérience précédente — pour ne rien dire de la fois où je suis allé contempler un des nombreux imposteurs de la mystique indienne [voir « Deux visions de la sexualité ? »].

Ce groupe me plaît bien. Chacun est venu à la découverte de ses propres limites et aucun ne se donne en spectacle. Il est vrai que les témoignages de traumatismes vécus pendant l’enfance sont durs à entendre, mais ces personnes sont ici parce qu’elles ont déjà entrepris un travail de guérison.

Une femme en particulier attire mon regard. Hannah se tient à l’écart de tout exercice qui la mettrait en contact avec un homme, et même parfois avec une femme. Elle me bouleverse avec ses yeux bleus, un regard plein d’interrogations, d’attentes, d’intelligence et de désir contenu. Elle plaît et cela semble lui poser problème.

Le soir, Hannah et une autre femme étant restées de côté, je me suis trouvé à danser dans les bras d’un homme. Pour éviter la honte et l’anéantissement : ne laisser s’exprimer que la femme en moi, en espérant que cela ne sera pas trop long. Une fois de plus, la pratique du tantra m’expose à ce que je redoute le plus.

Le second jour nous cheminons ensemble vers une meilleure compréhension de nos pulsions intimes. Les exercices n’ont d’intérêt que par l’appropriation qui en est faite par la parole, sous l’œil particulièrement exercé d’Ingrid. J’aime l’humour et l’intelligence de ses interventions, les clins d’œil qu’elle me lance parfois en faisant allusion à notre parcours…

Exercice sur le désir : on se place en face de la personne que l’on désire le plus. Trois hommes font face à Séverine, je reste à l’écart. Elle fait le choix que j’avais anticipé, vers l’homme aux beaux yeux. Je serais allé vers Hannah si je l’avais sentie prête mais elle est s’est mise en retrait.

Puis on danse les yeux bandés. Pour commencer, selon une disposition voulue par mon amie. Je ne me rends pas compte qu’elle a placé un homme derrière moi. Ensuite nous nous déplaçons librement et je rencontre autant de monde que possible. Hommes ou femmes, je finis par ne plus faire attention. À la fin de l’exercice quelqu’un vient se placer dans mon dos. Ingrid ? Nous commençons à nous frotter sensuellement, de plus en plus fort. J’aurais envie de me retourner et de la sodomiser. Mais voici que j’entends sa voix de l’autre côté de la salle ! Nous enlevons nos bandeaux : c’était un jeune homme qui croyait lui aussi avoir rencontré une femme.

Longue discussion le soir après le repas. Hannah s’approche de moi et nous parlons pendant des heures du couple, de la fidélité, des enfants, de la vérité. Il se met à pleuvoir.
— Les enfants ont de la chance : ils peuvent courir nus sous la pluie. Mais moi je n’ai jamais osé !
— N’hésite pas à transgresser les interdits, c’est si agréable.
Séverine ne rentre pas à la chambre. Elle s’est échappée avec l’homme aux beaux yeux dans la salle de pratique. Ils y passeront la nuit, mais sans faire l’amour… Je suis resté fixé sur elle tout en pensant à Hannah.

Le lendemain matin, Séverine revient à la chambre. Je la laisse dormir pour m’asseoir à la terrasse du gîte. L’homme aux beaux yeux passe, je fais une plaisanterie sur son manque de sommeil. Ayant entendu ma voix, Hannah surgit enveloppée dans son duvet. (Séverine m’a demandé si elle était nue, j’avoue m’être posé la question…)
— Cette nuit j’ai fait quelque chose d’interdit.
— Il faudrait préciser, il y a tant de choses que tu t’interdis !
— Je suis allée marcher nue sous la pluie. C’était délicieux, mais maintenant j’ai froid.
Je ne propose pas de la réchauffer. Nous reparlons du désir.

Dernier exercice l’après-midi : la « vague tantrique ». Hannah a choisi un homme qu’elle désire, mais, indirectement, elle m’appelle aussi. Je me suis donc assis derrière elle en posant les mains au sommet de son dos. Elle dira qu’elle a senti du froid : il sortait du froid, en effet. Mais elle n’osera pas dire que, mes mains sur ses hanches, son ventre et la racine de son sexe étaient en ébullition. Elle reconnaîtra devant le groupe qu’elle avait envie que je vienne et que le désir du bel homme, en face, était devenu trop invasif.

À la fin de notre retour verbal elle s’écrie : « Moi maintenant j’ai envie d’un bon orgasme ! » puis cache son visage sous un châle, rouge de confusion.

Avant de se quitter je l’ai serrée dans mes bras. Elle a résisté un peu pour la forme.

Séverine et moi avons repris la route et dormi chez mon amie. Le matin il m’était difficile de rester près de Séverine. J’ai donc changé de chambre et me suis allongé près de mon amie. Séverine nous a rejoint. Caresses, échanges de secrets… Me voilà au paradis !

Nous reprenons la route, sept heures sans interruption tellement nous avons de choses à partager.

Quelques jours plus tard, Hannah m’écrit :
— Merci Julien pour la douceur que tu as mis dans mes reins, merci.

[Suite]

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