Samedi 28 mars 2009
Jeudi 19 mars. Manifestation. Une marche austère, digne et ennuyeuse. Surgit un bel animal au pelage rouge. Son regard vif dissipe toutes les idées sombres. Au milieu de la foule — chers collègues — une bulle joyeuse et intelligente. Les tambours s’efforcent de couvrir nos voix mais nos pensées s’entrechoquent à toute vitesse. J’aime cette complicité fraternelle qu’elle me témoigne en public.

Quand elle s’est envolée, « à demain ! », j’ai gardé le plaisir au chaud dans mon cœur. Ce moment de bonheur est resté entier : aucune envie de la retenir ni de la suivre.

Le soir j’étais invité chez Catherine. On a visionné RomanceX de Breillat sur son grand écran, dîné sobrement et fait l’amour. Chacun comme toujours attentif à saturer l’autre de jouissance, jusqu’à l’épuisement des corps. Le lendemain je suis retourné gavé de sexe, de tendresse et d’amitié.

Puis Nelda m’a appelé pour que je la prenne à la gare car le soir elle devait sortir avec Aimée. Nous voici seuls pendant quelques heures. Elle somnole, je vaque à mes occupations, mais le bonheur de la veille a cédé la place à une extraordinaire impatience : j’aimerais qu’elle me prenne dans ses bras, qu’on aille dans la forêt et… Tout cela est ridicule car il fait un vent glacial et je n’ai pas envie de sexe.

Je suis resté longtemps à me questionner sur les causes de ce désarroi. Rien ne m’est apparu différent chez Nelda. La froideur mélangée à un désir obsessionnel que j’ai ressenti près d’elle ne s’explique pas par un événement particulier ni par mon comportement. Je ne crois pas avoir envahi son espace. Mais le désarroi parvient à son paroxysme sous l’effet de ma peur de lui causer de l’inconfort. C’est bien en moi que tout se joue, même si, pour une raison qui m’échappe, ce séisme dépressif a été déclenché par sa présence.

Le soir j’ai ouvert un message de Séverine :
On est, P.et moi, dans la phase de l’amour que je n’aime pas. Qui aime ?

Et je me souviens de cette phrase de Clarissa Pinkola Estes dans Femmes qui courent avec les loups :  « Aimer, c’est rester quand votre corps vous crie : “ Fuis ! ”. »

C’est l’heure de quitter la véranda…

On ne supporte pas de quitter la véranda pour pénétrer à l’intérieur de la maison de l’amour. On est terrifié car on devine que, dans la salle a manger, Dame Mort est assise, impatiente. Devant elle se trouve une liste de choses à accomplir, avec inscrit d’un côté ce qui vit, de l’autre ce qui meurt. Elle a l’intention d’aller au bout, d’équilibrer les choses.

Je devrais me souvenir de ceci :

C’est le besoin de forcer l’amour à se perpétuer uniquement dans sa forme la plus positive qui finit par provoquer la mort de l’amour.
Exactement. Ce qui me perturbe avec Nelda (comme parfois avec Séverine) c’est de ressentir une pulsion de désir au-delà de celui de la satisfaction sexuelle — qu’elle ne cherche d’ailleurs jamais à me donner. Et plus encore la tentation d’habiller ce désir des oripeaux d’un sentiment amoureux. La tentation est forte chez moi ; elle va dans le sens de nos affinités intellectuelles, vers cette « forme la plus positive » d’une passion qui ne veut pas se dire, et serait voué à une mort certaine si elle était déclarée.

J’ai pensé à ce mécanisme, vendredi, alors que je marchais sous le soleil couchant en écoutant l’Éthique de Spinoza :
N’importe quelle chose peut être par accident cause de Joie, de Tristesse ou de Désir. (3, XV)
C’est moi seul qui ai décidé que la joie serait souhaitable, la tristesse dévastatrice et le tumulte méprisable. Mais une même force, celle du désir en excès, me projette au gré des accidents vers ces manifestations intérieures, tout comme comme l’eau d’un torrent qui passe de la colère à l’apaisement sous le seul effet de la force de gravité. Je n’ai rien à reprocher au désir quelle que soit sa forme.

La nuit venait de tomber quand j’ai ouvert la porte de la maison. Nelda m’y attendait (ou peut-être pas ?) tendre et souriante. On s’est croisés pendant quelques minutes. Quand elle est repartie j’avais retrouvé le plaisir au chaud dans mon cœur.
Quand l’Esprit se contemple lui-même, ainsi que sa puissance d’agir, il est joyeux, et d’autant plus qu’il s’imagine plus distinctement, ainsi que sa puissance d’agir. (3, LIII)

[À suivre…]

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Dimanche 15 février 2009
Ce matin nous sommes restés au lit à écouter de la musique indienne. Je ne suis jamais rassasié de la caresser. Elle accueillait mon regard avec un sourire qui me fait chavirer. J’aime son visage, j’aime son esprit, j’aime son corps. Ses mains qui s’agitent quand elle est heureuse, venant à la rencontre des miennes, hier soir, alors que nous étions égarés dans un labyrinthe de saveurs. Il y a des mots et des mets cultivés dans notre jardin en friche. Parfois elle en cherche un, ou bien elle prend l’un pour un autre et je me rends compte que c’est le même que j’aurais choisi. Elle va vers les aliments les plus insolites qui me donnent faim…

Elle a pris mes mains dans les siennes et je retiens mon souffle — tant pis si elle me reproche encore de faire une montagne d’une poignée de sable. La parole nous nourrit et nous invite à danser. J’aime cette danse là, ce qu’elle met en mots en mouvement dans un monde où tout est déraisonnable.
— À quoi tu penses ?
— (Comment lui dire tout cela ?) Je pensais, euh… que j’ai de la chance de me réveiller avec une belle femme nue dans les bras !
— …
— Enfin, je veux dire, avec toi en particulier…
— Non, tu as bien dit : « Une femme ». Ce pourrait être n’importe quelle femme qui te plaît. Moi ou une autre, c’est sans importance, il n’y a rien de mal à cela !
Avant qu’on se quitte elle me confiera : « Parfois j’ai du désir pour un homme parce que c’est lui, parfois j’ai envie de faire l’amour avec un que je sens bien, et parfois je prendrais n’importe quel homme pour mon plaisir. Ce n’est pas dérangeant tant qu’on ne se raconte pas des histoires. »

C’est une évidence ; pourtant je réalise à quel point je me suis raconté des histoires. Mes amies sont très différentes et chacune a quelque chose d’irremplaçable pour me rendre la vie agréable, que ce soit une affinité intellectuelle, sentimentale, artistique, un engagement politique, un goût pour les mêmes paysages, les mêmes gens, la même cuisine, avec toutes les combinaisons imaginables. Mais, pour ce qui touche à l’intimité, aux plaisirs du sexe, la plupart sont « interchangeables »… Aucune d’elles ne me fait l’amour en échange d’amour. Cela n’enlève rien au plaisir vertigineux d’échapper à l’ordinaire par la fusion amoureuse, ni à la gratitude que chacun peut ressentir envers l’autre.

Nous avions eu peu trop bu hier soir. Jamais je n’ai eu aussi froid dans les rues balayées par le vent. Il était plus de minuit. Nous avons sagement attendu que la chambre se réchauffe. En fait je n’attendais rien d’autre que d’aller m’allonger. Nelda est de celles qui m’ont appris à ne rien attendre tout en savourant pleinement le contact. Pendant le repas je la laissais venir en m’abandonnant à ses caresses, comme on peut goûter un vin ou un mets exceptionnel en se laissant pénétrer par la sensation.

Le désir par excès : elle aurait pu me quitter au lieu de m’inviter chez elle. Après avoir été touché ainsi je n’aurais gardé aucune frustration.

Elle est venue sur moi et a hésité un moment. Cette hésitation m’a rendu perplexe mais plus tard elle m’a expliqué qu’elle ne me croyait pas prêt. Quand j’y repense, elle a raison : j’aurais été déçu qu’elle me « pénètre » tout de suite. Dans la pénombre de la chambre il me fallait du temps pour imaginer et rencontrer son visage, son corps, l’odeur de son corps et l’intérieur de mon désir. Il fallait que tout fût possible dans cet instant — y compris qu’elle ne me prenne pas — comme un aliment mystérieux qu’on porte lentement à ses lèvres, sans le leurre du regard, mais avec cette pointe d’euphorie et d’incertitude que donne la conscience accrue de son arôme.

Elle m’a pris doucement, m’a glissé en elle. Comme une cuillerée de miel onctueux dans la bouche… Maintenant je sais que lorsque j’ouvre le pot de miel c’est que j’ai besoin de faire l’amour.

Elle m’a pris comme un instrument pour jouir. J’aime être utilisé ainsi, avec le goût du miel dans mon ventre et du pétillement dans le cœur.

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Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mardi 23 décembre 2008
J’aime la pression de ses doigts sur mon sexe à travers un vêtement léger, un geste qui m’apaise et me provoque à l’heure des caresses. Nous sommes partis sous un soleil intense, au méridien du solstice d’hiver, en contournant le chemin qui s’enfonce vers la mer. En contrebas de la falaise les yeux se perdent entre des méandres de collines rocailleuses, couronnées par le bleu du ciel qui semble nous dévisager.

Repas frugal sous la fraîcheur odorante d’un pin, puis elle m’invite à nous réchauffer sur un lit de caillasse.

Je me suis à-demi allongé et elle s’est assise sur mes jambes, abandonnée aux fantaisies de mes mains. C’est bien elle ? Il y a si longtemps que je ne l’avais pas touchée ! À travers la laine j’ai senti ses seins se gonfler à ma rencontre, puis ses lèvres ont effleuré les miennes. Effleuré seulement car il nous faut du temps pour laisser monter le désir de la peau. Le désir mouillé.

Notre intimité est à une profondeur inexplicable, souvent hors d’atteinte comme l’immensité liquide que nous apercevons au loin. Il faut un miracle pour que la source jaillisse dans une enfractuosité. L’excitation seule ne peut pas irriguer une surface aride. Mais nous savons accomplir les miracles ! C’est juste une question de temps, d’espace, de météo favorable et de disponibilité intérieure. Justement, aujourd’hui ou jamais…

Le miracle a commencé. La peau de son ventre est plus douce à chacune de nos rencontres, comme une promesse de retour à la vie réelle. Le réel n’est rien d’autre qu’un organe qui triture nos pensées les plus élevées pour décider du plaisir ou de la souffrance. Je ne sais pas encore où cela nous mène mais j’ai semé mes attentes au vent qui fait frissonner cette peau rêvée et retrouvée.

Ses seins à travers la laine, car c’est ainsi qu’elle aime que je les caresse aujourd’hui, et l’autre main à la découverte de chairs qui s’entrouvent avec une sensation délicieuse de pomme-cannelle. Le fruit de Sita, au nord de l’Inde. Dans la tradition populaire Sita évoque aussi « le sillon » de la femme-terre. Je ne connais pas de fruit plus onctueux, plus généreux dans la volupté que celui que me fait goûter Anne entre ses jambes. La source commence à jaillir et mes doigts ne tardent pas à ruisseler de bonheur. Pour elle c’est aujourd’hui la lune nouvelle et mon sexe en tremble d’impatience.

On entend des voix : des groupes, des couples qui passent tout près. Des hommes viennent se pencher au-dessus du vide et je les devine en train de nous espionner furtivement sous le regard d’épouses qui leur envoient des signaux de prudence. « Mais qu’est-ce que tu fais, Roger ? C’est par là le chemin ! » J’imagine les pensées de ces hommes, ce soir. Moi je sais où est le chemin ; mes mains savent.

Le soleil décline et nous rentrons en partageant des nouvelles récentes. Nos échanges, nos amours, nos amis, l’étrangeté de la raison d’être de nos rencontres… Je m’applique à d’énoncer qu’il n’existe aucun sentiment entre nous, aucune relation sinon de la parfaite complicité, mais ce que je pense d’elle est à chaque fois contredit. Le plus simple serait de ne rien définir quand il s’agit de « nous » (si ce mot a un sens). C’est une limite paradoxale après avoir partagé un si long chemin d’introspection qui a transformé nos vies. Elle sait tout sur moi, je sais tout sur elle, mais nous ne savons rien sur nous.

Plus tard dans la soirée j’apprends qu’elle aimerait qu’on passe la nuit ensemble et même une partie de la matinée. Elle a fait une pause chez elle pour venir me rejoindre dans un salon de thé. J’adore l’effet de recommencement, la pause étant assez longue pour que je ne l’attende plus. Nous occupons une alcôve isolée dans le salon vide, le sable et les coussins remplaçant le rocher, et mes mains parlent encore à travers la laine. Plus chaudement car le désir est aussi intense mais c’est la tendresse qui nous berce à présent. Encore une belle surprise… Les regards des hommes en pataugas ont fait place aux yeux noirs d’une belle femme qui vient s’assurer de temps en temps que « nous n’avons besoin de rien ». J’aurais aimé que cela dure des heures, et cela a effectivement duré des heures, pour mon plus grand contentement.

Après le dîner nos jambes sont fatiguées et nous allons directement à la chambre sans nous soucier de la voiture. Elle est nue dans mes bras nus. Mes mains ont inventé de nouveaux gestes et je ne me lasse pas de la contempler au sommet du plaisir. Elle invite mon sexe en elle, je la vois se cambrer sous mon étreinte, si belle que la jouissance arrive dans mon ventre sans prévenir — comme une vague de fond que je n’ai pu contenir qu’à moitié. Mes mains reprennent la danse puis elle redonne de la vigueur à mon sexe, dans ses doigts et dans sa bouche (souvenir de morsures délicieuses) où elle m’aurait peut-être fait jouir une nouvelle fois si je ne m’étais pas effondré de fatigue.

Elle ne tarde pas à s’endormir. Un peu ennivré, je me rhabille pour aller déplacer la voiture. Le chemin paraît interminable et je suis accosté, au début, par deux jeunes turbulents qui cherchent des cigarettes. Ils n’ont fait disparaître que le ticket donnant le numéro de ma chambre et le code d’entrée, mais grâce au veilleur de nuit tout rentre dans l’ordre et Anne ne s’est même pas réveillée.

En lavant la main qu’un des jeunes a tenu à serrer je découvre des traces de sang. Intrigué au début, je comprends et cela m’amuse.

Elle a besoin de dormir. Cette nuit la plus longue est faite pour elle. Je la retrouve heureuse et détendue au lever du jour. Nos caresses reprennent, elle jouit sous ma main, appelle mon sexe… mais les récepteurs d’ocytocine doivent être saturés car ce qu’il ressent n’a plus rien de sexuel : il se dresse et glisse en elle tout en se demandant à quoi peut bien servir ce glissement.

Elle demande à dormir encore un peu, dans mes bras. Au réveil :
— Tu as envie d’autre chose ?
—  Oui, de jouir encore.
— Mais tu pouvais me prendre pendant mon sommeil !
C’est vrai, mais mon envie même est en décalage. Je sens bien un tsunami de plaisir se former à l’horizon, mais bien qu’elle m’ait encore accueilli en elle je ne suis pas en position pour le laisser déferler. Aucune importance, ne rien attendre : les surprises sont tellement plus belles !

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Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Samedi 30 août 2008
Enfant, elle portait de longs cheveux clairs qui lui tombaient dans les reins. C’est ce qu’elle m’a dit. Et aussi que les hommes — parfois les femmes — n’ont pas tardé à se rendre fous de cette chute de reins, des lèvres gourmandes et des petits seins magnifiques que mes mains rêvaient d’effleurer un jour qu’elle m’a reçu en chemise de nuit.

C’est ma volcane.

Elle a gardé des photos d’une époque où elle vivait entourée de photographes.
— J’aimerais que tu me les montres.
— Tout de suite ou tout à l’heure ?
— Tout à l’heure, ça peut attendre !
Je continue de faire l’amour, oubliant sa promesse. J’aime que ces photos existent. Il me suffit d’y penser pour jouir de l’adolescente et de la femme à tous les âges de sa vie sexuelle. Quand je fantasme d’amours adolescentes c’est elle que je préfère avoir comme complice. La doyenne de mes geishas est ridée et juteuse comme une vieille pomme, mais aucune de mes plus jeunes amies ne peut défier le temps avec une telle insolence.

Je ne pense jamais à elle sur la route. Ni aux plaisirs qui nous attendent. Mon sexe se fait oublier. J’écoute à la radio un témoignage émouvant dans la série Indépendance sur les décolonisations africaines. Il faudra que je l’enregistre. Je l’apporterai à Catherine qui s’intéresse beaucoup à la politique. Si elle a réussi à chasser de chez elle un compagnon encombrant de non-désirs pour faire place aux soirées de rêve, elle a longtemps retardé cette décision car elle aime parler politique avec lui. Moi aussi d’ailleurs, au point d’oublier de souhaiter qu’il me laisse seul avec elle !

Je ne pense à rien sur la route. Ni en garant la voiture devant sa maison — bien en vue pour qu’on ne soit pas dérangés —, ni en franchissant la porte laissée ouverte. J’attendrai la surprise de ses lèvres contre les miennes, de sa taille fine ondulante, à peine couverte d’un peignoir, et des mamelons érigés que je sentirai taquiner ma poitrine. C’est à ce moment que la maison se mettra à exprimer les odeurs du bois fraîchement menuisé et d’un repas léger préparé avec beaucoup de délicatesse. Puis je découvrirai sa peau incroyablement douce et les effluves de son désir libertin.

Je ne pense pas sur la route. Je sais que la volcane fera l’amour en me gratifiant du spectacle de son plaisir. C’est inévitable et inattendu. Certes, il faudra du temps si elle ne vient pas à ma rencontre, paralysée de douleurs. Alors j’entrerai dans sa chambre en murmurant « toctoctoc », je poserai mes mains sur elle et nous dormirons jusqu’à ce que son désir chasse la souffrance encombrante pour faire place à une soirée de rêve.

Ce matin je flânais devant une de ces boutiques où l’on répare les chaussures et copie les clés. J’y ai aperçu dans la vitrine un porte-clés qui clignote et fait bip-bip quand on le siffle. Je l’ai acheté pour me moquer de Catherine qui égare souvent son trousseau. Mais c’est râté car elle n’arrive pas à siffler assez fort. De si belles lèvres ont mieux à faire…

Aujourd’hui je l’ai trouvée au lit après un bain chaud qu’elle a pris pour moins souffrir. Interdiction de bouger. Je lui encore fait promettre les photos. Elle, en noir et blanc dans la cuvette du révélateur : regarde moi et désire moi !

Effleurements, deux pointes brunes frôlent les paumes de mes mains, et le goût de sa salive, une salive qu’elle fait couler en abondance dans la main qui enveloppe mon sexe.

Momifiée par la douleur, elle me fait l’amour avec ses doigts d’artiste. Je m’endors au seuil de la folie. Au réveil, elle s’est tournée vers moi, apaisée. Je la touche avec mille précautions, et une rare excitation, car il n’en faut pas moins à une petite fille qui apprend l’amour. Il faudra des heures pour qu’elle oublie la menace du fouet sur son dos au moindre faux mouvement. Mes mains, mes lèvres courent légèrement sur sa peau. Un peu d’huile, beaucoup de salive encore, et le désir est entre ses jambes, prêt à être dévoré. Ma langue caresse le sillon odorant qui donne la vie. Je vois ses lèvres s’entrouvrir et ses yeux briller dans la pénombre qui a commencé à nous tenir compagnie. Jeune fille blonde, je vais manger ton sexe.

Le voici dressé dans ma bouche. Car cette fille est de celles qui cachent un pénis dans leur cabinet de curiosités. Il aime ma langue, mes lèvres, elle gémit quand je le serre entre mes dents. (Comme j’aime qu’elle morde le mien ! Elle n’ose pas encore me faire mal mais ça viendra.)

J’imagine l’œil du photographe sur ses hanches, sa poitrine, son visage et son sexe, la verge folle d’impatience de la baiser… Et ces images sur papier brillant offertes aux désirs d’hommes et de femmes, la complicité des uns ou la jalousie des autres. Toute une vie de jouissance dont j’ai plein la bouche, aujourd’hui, car elle est entièrement à moi, la volcane, tendre amie qui me fait dévorer son intimité.

Elle respire fort maintenant. « Mon amant merveilleux ! » On ne m’a jamais dit ça. Quelle douce flatterie, de la part d’une gamine insolente.

Anne aimerait apprendre le secret de Catherine pour jouir aussi fort et sans relâche. Le secret est là — je ne peux rien t’expliquer — entre ma langue et mes dents. Je le sens palpiter furieusement pendant que les reins de la volcane se cabrent sous le plaisir. Ses mamelons demandent des effleurements rapides, parfois un léger pincement. (Chaque femme est différente, ne pas l’oublier.)

Le secret consiste à laisser exploser la vie afin que le temps d’arrête pour de bon. Ou bien des mots chuchotés à l’oreille, dont je n’ai pas idée ?

Elle crie de plaisir. Bip-bip ! Nous éclatons de rire. Le porte-clés oublié sur la table vient d’homologuer la performance. Je la mords de plus belle, elle repart à toute vitesse. Bip-bip. Elle a crié sur un autre ton mais c’était acoustiquement correct. Et de deux… Je ne sais pas combien il y en aura ce soir, une dizaine peut-être. Chaque orgasme en déclenche un autre qui ne lui ressemble pas, dans la béance du souffle suspendu par le plaisir.
— C’est chaque fois une sensation nouvelle !
— Comme un feu d’artifice ? Des fusées, des fontaines…
— Oui, exactement cela : un feu d’artifice.
Quand le bouquet a fini d’exploser nous nous sommes effondrés, épuisés. C’est à ce moment là que le téléphone a sonné : son ami politiquement compatible et sexuellement indésirable. Je retourne caresser son clito pour l’empêcher de parler normalement.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Euh, je me repose. (Menteuse !) Et toi ?
— Ben je me prépare à sortir avec…
— Ah bon, et vous allez où ? (Je ne supporte pas son bavardage au téléphone. Pour la punir, je plonge un doigt dans son vagin sans le mouiller.)
— Au village de…
— Qu’est-ce qui se passe là bas ? (Exaspéré, je frotte grossièrement mon sexe contre sa cuisse.)
— Un feu d’artifice !
Nous avons éclaté de rire. Il m’a peut-être entendu, tant pis.

Tout est calme. Je n’ai pas envie de jouir car ce serait vraiment plat après un si beau spectacle. Je place la main de Catherine autour de mon sexe car il me plaît d’être tripoté en retardant au maximum l’érection — et puis, je n’ai pas à justifier la main sur le sexe de son amant merveilleux !

Le jeu s’arrête quand le sommeil nous emporte. Je sais que dans la nuit le désir me réveillera. Elle aura le dos tourné, repliée sur elle-même. Je caresserai sa croupe jusqu’à ce qu’elle se cambre légèrement en retenant son souffle. Alors je mettrai du gel dans ma main et sur mon sexe fraîchement dressé pour le glisser doucement dans le sien. Il bougera à peine pour ne pas la réveiller — car elle fera semblant de dormir — mais de plus en plus vigoureusement quand mon ventre se mettra en feu. Je ne m’apercevrai pas qu’elle aussi s’est mise à bouger, que son sein s’est gonflé dans ma main, invitant ma jouissance, un cri de sauvage pour en finir… Bip-bip !

Elle me dira le lendemain qu’elle ne m’avait jamais senti jouir aussi fort avec elle. C’est vrai, je me suis donné pleinement à l’orgasme. Difficile de faire moins après le spectacle qu’elle m’avait offert dans la soirée !

Les jours suivants son dos lui a fait payer le plaisir volé au temps qui passe. Le porte-clés s’est mis à répondre sadiquement à ses cris de douleurs. Quand je suis retourné chez elle il avait disparu. On n’en a plus reparlé.

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Mardi 1 juillet 2008
Hier soir j’ai plongé dans le souvenir d’un lieu familier : ma chambre d’étudiant. Tout cela pour avoir mis en route une infusion de romarin tout en préparant des algues hiziki… Ce mélange singulier d’odeurs m’a projeté dans un lointain passé !

Ce matin je découvre une autre sensation merveilleuse en marchant au milieu des fleurs : l’impression de toucher l’espace et de m’y insérer totalement, par une abolition de la distance et des frontières du corps. L’impression que l’évidence est là, tout le reste n’étant qu’aliénation et déni du bonheur d’exister.

Ce soir Séverine vient d’arriver, épuisée par le voyage mais rayonnante de tendresse. Toujours aussi digne et attirante. J’ai serré quelques secondes sa silhouette de plume, un ravissement et la promesse de belles journées. Elle est au piano maintenant, trébuchant sur des arpèges.

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Mercredi 18 juin 2008
J’ai longtemps hésité à accepter l’invitation d’Anne de s’évader quelques jours. Un empêchement professionnel m’en fournissait le prétexte, mais surtout je ressentais de la lassitude après quelques rencontres peu conformes à nos attentes. Même nos échanges de courriers tournaient en rond. J’appréhendais qu’il s'installe du silence entre nous, trop de distance, et rien d’autre à jouir que le plaisir de vagabonder dans la nature. Puis le ton de nos messages a changé, quelque chose ayant bougé dans sa vie qui renouvelait la question du désir… C’est avec ce point d’interrogation que nous avons décidé de partir ensemble comme convenu.

Destination : les gorges d’une rivière qui donne à pleins flots. La météo nous y autorise pendant deux jours, puis il faudra poursuivre vers le sud dans une région montagneuse miraculeusement épargnée par les intempéries. Les prévisions se réalisent, comme s’il était plus simple de prédire les caprices des masses nuageuses que ceux d’une rencontre amoureuse !

Le samedi après-midi nous faisons une halte sur les rochers. Beaucoup de monde sur la rivière, en canoé, et des randonneurs sur le chemin. De l’agitation : le gratin de la culture Star Ac’… Anne s’est assise contre mes genoux. Mes mains ont glissé sur son ventre, la droite est allée plus bas pendant que la gauche fait le guet… Elle s’abandonne jusqu’à l’orgasme, confiante dans ma maîtrise de la situation. En réalité, je me suis laissé porter par son plaisir, comme un bateau ivre, sans prêter attention aux passants.
— Alors tu aimes jouir en public ?
— Oui !
Le soir nous avons déplié la tente tout près du bord. Impossible de s’en éloigner à cause de la forêt trop dense, mais je connais cette rivière et aucun orage n’est annoncé dans la région. Le silence nous a rejoints et le froid nous a glissés dans le duvet. Pour moi ce lieu est paradisaque… C’est alors qu’elle s’est déchaînée.
— Ne jouis pas, j’ai envie de te sucer longtemps !
Elle m’a mordu fort, c’est ce que j’attendais avec impatience. J’aurais crié de douleur si je n’étais bâillonné par le plaisir. Dévoration : sa gorge profonde dans la sauvagerie des Gorges… Puis elle m’a pris dans son sexe jusqu’à la jouissance. Je suis lessivé mais plus tard elle me réveillera pour que je la caresse, doucement et longtemps, et que je revienne en elle. Nous y voilà : le lâcher-prise. La forêt étouffe nos cris, seule une tribu de pies osent leurs commentaires dans le silence qui nous entoure.

Le lendemain il fait plus froid car l’orage s’annonce mais la nuit sur les rochers sera encore plus chaude. Même scénario. Je suis émerveillé d’y retrouver la même fougue, le même désir et la jouissance au delà de l’épuisement.

Lundi soir dans une chambre d’hôtes. Sur mon ordi nous visionnons Damage puis le début du film X Paris chic (avec Coralie Trinh Thi) qui nous inspire un ennui total. Il se fait tard et nous sommes éreintés par une longue marche sous la pluie. Le sommeil nous emporte mais tôt le matin Anne revient me chercher. Cette fois elle me laisse la caresser sans avoir pris mon sexe à la racine. Il m’est moins agréable de la pénétrer ensuite ; elle a perçu ma gêne et me fait jouir dans sa bouche. J’adore le goût de ton sperme ! Caresses, encore, puis elle revient à la charge pour que je la pénètre. Je jouis une seconde fois, proche de la transe, au moment où le réveil nous invite à prendre le déjeûner.

Le dernier soir nous déplions la tente sur un chemin de grande randonnée qui longe un torrent glacial. Dans l’auto nous avons regardé une deuxième fois Damage, écouté l’entretien avec Louis Malle et longtemps parlé de cette histoire où les seuls qui disent la vérité sont les mêmes qui font s’effondrer le château de cartes de la famille et de la vie sociale. Nous dormons sans envie de nous toucher. Tôt le matin je me lève pour aller à la rivière. Elle y va de son côté puis vient s’allonger nue au soleil.

Elle me fait l’amour. Sur le GR12 je la prends en levrette jusqu’à crier mon plaisir. C’est la première fois, avec Anne, que j’ai un sentiment de puissance dans cette position. Un ange est passé ? C’est bon de jouir en public.

Épilogue

Elle m’avait écrit que le secret (de son désir) était : « Du soleil, tout notre temps, pas d’hôtel ». Le samedi nous nous sommes revus pour descendre au bord de la mer en pleine nuit. La lune était magnifique au-dessus de la baie. Au réveil j’ai pris un bain sur la plage. Une jeune femme est passée devant moi, les seins nus magnifiquement gonflés, et des mamelons qui gardaient le souvenir d’une nuit d’effleurements. Son compagnon aussi était très beau. Puis les vacanciers du dimanche et des jeunes gens bruyants ont commencé à déferler. Alors nous avons marché et escaladé jusqu’à la baie la plus proche, sous un soleil impitoyable. Caresses sur les rochers ; je la sens partir à la découverte de frémissements inconnus tandis que mes doigts perdent la tête dans son vagin. Nous avons fini par blottir l’un contre l’autre sous une grande serviette, après qu’elle ait subi les morsures du soleil, pétrifiée par le plaisir… Ses doigts aussi ont trouvé le toucher, le rythme, la pression exacte quand elle empoigne ma verge. Elle jouit. Trois femmes âgées sont en train de se mettre à l’eau, à dix mètres de nous, de ma main, de nos sexes. L’une d’elles hésite à cause de l’eau froide. L’autre : « Gisèle, il faut bien te mouiller, après ça tu pourras y aller tout d’un coup ! ». Ben voyons… La chaleur nous repousse dans la forêt, à l’ombre d’un chêne vert où nous reprenons quelques forces avant de poursuivre cette folle exploration. Il lui faudra faire peau neuve pour survivre à ce baptême du feu.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Lundi 26 mai 2008
Le temps est à l’orage mais c’est un jour réservé à une descente dans les rochers du bord de mer avec Nelda. Je passe la prendre en voiture. Au début du sentier il ne pleut plus. Une baie est fermée à cause du risque d’éboulement. Nous restons donc sur la petite plage absolument déserte. La mer, très agitée, n’a de cesse de nous arroser les pieds.

Gestes tendres, caresses. C’est bon de contempler son visage fin et de toucher sa peau satinée. Adossée au rocher, elle s’abandonne, je me laisse porter par le désir. Mais, après avoir goûté son sexe…
— Ça va ?
— Pas trop.
Elle pleure. Elle vient de réaliser qu’une fois de plus elle est en train de se soumettre au désir d’un homme, le regard perdu dans le ciel, envoûtée par la force de la nature. Non, ça ne va pas, et pas du tout : en s’abandonnant ainsi, elle se coupe de ses sensations et s’évade de son désir profond. Si je n’avais pas posé de question elle m’aurait laissé faire sans y penser.

Nous laissons retomber l’excitation, enlancés immobiles. Tout a été dit. Puis nous déjeûnons sur le pouce.

Après avoir longuement parlé il nous prend l’envie de quitter la plage pour rechercher l’abri du vent. Quelques promeneurs pointent le nez. Nous remontons dans la forêt, un peu à l’écart du chemin. J’étends mon manteau sur un lit d’herbes et d’aiguilles de pin. Je goûte ses baisers de plus en plus intenses et ses caresses extraordinairement attentives. Cette fois, oui, elle est présente. Je me laisse aimer.

Elle se presse contre moi, sexe contre sexe à travers les habits. Puis elle libère mon arbre pour le serrer avec force. Je roule pour qu’elle vienne sur moi. Elle jouit discrètement. Elle a été d’une telle tendresse que je me sens comblé.

Nous reprenons la route. Il nous reste une demi-heure pour parler à la terrasse d’un café devant le théâtre. C’est un des plus beaux moments de cette journée.

Nelda est belle au point que je n’arrive pas à réaliser que c’est la femme qui me faisait l’amour dans la forêt.

Il s’est remis à pleuvoir.

[Suite]

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Dimanche 25 mai 2008
C’est un scénario habituel, trop habituel : un concert privé, le dîner au restau, une chambre d’hôtel. Une fois de plus, l’intimité qui s’éloigne pas à pas, la sensation d’un temps et d’un espace qui rétrécissent tandis que la magie s’est enfouie sous la couette.

J’ai des reproches à faire à Anne et nous nous écrivons longuement. Elle demande mes mains surtout, mes doigts seuls dans un long monologue érotique qui la conduit à la jouissance. C’est alors qu’elle m’invite à la pénétrer avec toute la vigueur possible. Mais mon désir a perdu sa substance, dilué dans mes doigts et les sillons parfumés de son jardin. Il est vrai qu’elle réveille mon sexe avec quelques caresses, mais il y manquait, au départ, le toucher à la racine. J’essaie de réduire le problème à une question de technique tout en sachant qu’il implique d’autres dimensions sur lesquelles je n’ai pas de prise.

Ce soir j’ai à peine pénétré en elle, bridé par l’injonction de ne pas jouir. Elle avait sommeil et je l’ai raccompagnée chez elle. Nos lèvres ne se sont pas rencontrées.

De retour vers l’hôtel je me suis arrêté pour prendre de l’argent à un distributeur. Une femme se tenait debout au bord du trottoir : une maghrébine d’une trentaine d’années, mince et distinguée, qui bavardait avec des jeunes hommes dans une voiture. Elle a fini par leur demander de partir car elle avait « du travail ». Je n’ai pas réalisé ce que pouvait être son travail à 2h00 du matin jusqu’à ce qu’elle se tourne vers moi en demandant d’une voix très douce : « Est-ce que vous avez envie de faire l’amour ? » Je lui répondu non, abasourdi.

Ce n’était pas son offre de services qui me bouleversait mais la forme qu’elle y avait mise. Car c’est bien la première fois qu’une femme me dit ‘vous’ pour m’inviter à faire l’amour — peu importe que ce soit payant ou pas. Elle n’est d’ailleurs peut-être pas professionnelle du sexe ; une étudiante qui cherche à boucler ses fins de mois ? Me voilà sous le charme d’une personne qui invite un inconnu à jouir de son corps sans rien perdre de sa dignité.

Une fois l’étonnement passé je me suis posé la question : pourquoi n’ai-je pas envie de faire l’amour ? Cette demande était tellement fascinante que j’aurais pu y céder, mais ma réponse était sincère. Après tout elle ne demandait pas si je voulais faire l’amour avec elle en particulier… Non, je n’avais envie de « faire l’amour » avec personne, mais plutôt de « sexe ». Faire l’amour, pour moi, c’est obéir à un désir de fusion qui va plus loin que la mécanique et la chimie du plaisir. Toute la soirée j’avais recherché (et trouvé en partie) « le sexe » sans ce désir de fusion. Alors la jeune femme aurait peut-être pu combler mon désir d’une caresse, mais, faire l’amour, vous n’y pensez pas…

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Dimanche 20 avril 2008
L’autre soir Nelda et moi avons parlé sur sa petite terrasse, accoudés à la table métallique où s’éteignait doucement une flamme de bougie maltraitée par le vent ; puis la seule lumière froide et insolente de la lune éclairait nos visages transis dans les souvenirs de temps de confontation, de détestation, de trahison. Voilà bien un an que nous avons fait la paix, chacun de son côté, un an que je ne pouvais me décider à le lui dire car il y avait toujours une pensée, une intention pour s’interposer dans l’élan du cœur.

Il nous avait même fallu attendre la fermeture du dernier bar pour oser se retrouver seuls dans cet air glacé qui nous a poussés à l’intérieur, côte à côte sous une épaisse couverture. Nos yeux ont supporté les regards, les mots ont su nous réchauffer, puis je me suis blotti dans ses bras, abandonné aux sensations, exempté de l’attente et du renoncement.

J’ai aimé cette vague qui nous portait au pic du désir ; la douceur de ses caresses, l’odeur, le goût de sa peau et de sa bouche, la sauvagerie des frémissements, enfin l’innocence retrouvée au seuil de l’apaisement. Amitié, bonheur silencieux, sans condition… Présence que rien ne presse.
Rien qui m’appartienne
Sinon la paix du cœur
Et la fraîcheur de l’air

(Koyabashi)

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Samedi 29 mars 2008
Après Piazzola elle m’a fait l’amour.

Les interprètes étaient magnifiques : pianiste, violoniste, bassiste et bandonéon, trois femmes et un homme. Au rappel ils ont joué Oblivion que j’aime tant. Les rappels, c’est ce que je préfère, en musique comme en amour. Anne aime m’emmener au bord de l’épuisement, quand mes paupières se font lourdes, les mains abandonnées à la saturation des caresses. Mes doigts qu’elle a su apprivoiser pour le plaisir, mais qui ne comprennent pas encore la catharsis de la jouissance, quand son regard s’enfuit avec la sensation du temps qui passe.

Au restaurant nous avions tiré le Yiking pour elle. Pour ceux qui ne croient pas aux arrières-mondes (et n’ont aucune raison valable d’y croire) il est prudent de ne faire de divination qu’après avoir pris ses décisions sur un mode rationnel !
Il est avantageux de traverser les grandes eaux.
Supporter ce qui a été corrompu par le père.
Si l’on persiste on connaîtra l’humiliation.
Elle m’a regardé avec ses beaux yeux tranquilles. L’intimité est au rendez-vous, au concert, à table, sur le lit pendant que nous parlons, dans nos corps et dans nos sexes au plus sombre de la nuit.

Ce matin, le rappel. Plaisirs encore plus intenses, puis elle est venue sur moi goûter mes dernières forces. Nous avons quitté la chambre à midi.
— Je viens de réaliser que [mon homme] a toutes les raisons de comprendre, pour de fausses raisons, qu'il y a quelque chose entre nous.
— Mais voyons, il n’y a rien entre nous ! :-)

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