
Ainsi donc, Roselyne Bachelot rêve
d’« abolir » la prostitution en pénalisant les clients. Dans son sillage de vertu indignée, une colonne de féministes porte-paroles de
toutes les femmes ou admirateurs
d’icelles…
Des politiciens de tous bords ont emboîté le pas des militantes anti-prostitution. Au sommet de sa popularité, le candidat DSK aurait sans doute lui aussi apposé sa signature sur leurs pétitions.
Dans le business d’une carrière politique, l’hypocrisie est un des meilleurs placements.
Partir en guerre contre la prostitution revient à se faire une bonne santé dans la bien-pensance sans trop prendre de risque. Car les seuls à défendre cette activité sont des travailleurs/euses
du sexe et présumément leur clientèle, autrement dit des gens que — juré craché — on ne fréquentera jamais, et qui de toute manière feraient mauvais genre dans une réunion électorale.
Quant aux présumés groupes maffieux qui exploitent toutes ces femmes sans exception, on ne les a pas encore entendus menacer les défenseurs de la vertu ; car ce que prônent ces défenseurs ne
met pas en péril leur activités criminelles, mais plutôt la vie et la dignité de celles et ceux qui ne sont pas sous leur influence.
Hormis les déclarations auto-flagellatrices de clients repentis, ou compassionnelles de ceux qui n’ont jamais osé, je n’ai pas vu trace d’une réflexion critique sociale ou politique dans une
telle proposition. Là où cette forme de prohibition a été instaurée, ses effets délétères ont pu être mesurés. Comme l’écrit ma collègue Marie-Elisabeth Handman,
En Suède, il y a beaucoup plus d’attaques de prostituées depuis 1999 et l’adoption de la loi qui pénalise les clients. Les femmes sont obligées de travailler en appartement et sont donc plus
vulnérables. Et les mafias russes fleurissent.
Pénaliser les clients de
prostituées : « C’est faire fi du consentement entre deux personnes majeures » (13 avril 2011 dans 20 minutes)
Voir aussi :
Impacts de la criminalisation suédoise de l’achat
de services sexuels sur les travailleuses du sexe.
Sans oublier l’augmentation des comportements à risques induite par l’insécurité d’un métier ostracisé, que l’on a pu mesurer en France à la remontée des taux d’infection VIH chez les
travailleurs du sexe depuis la loi sur le racolage passif en 2003.
Plutôt que répéter en boucle les arguments pour ou contre, il suffirait peut-être de se souvenir que la prohibition n’a jamais fait reculer l’alcoolisme ni la consommation de substances
illicites… Il faudrait aussi réaliser qu’il n’y a pas un profil unique du client (malade/pervers/violent…) ni du professionnel du sexe.
Ce qui mérite une condamnation sans appel n’est pas la prostitution mais l’esclavage. Une femme (un homme, un enfant) que l’on contraint de faire commerce de son corps n’est pas prostituée mais
esclave. Comme l’écrit Marcela Iacub, il ne viendrait à personne l’idée de dire que les Noirs qui travaillaient sous le fouet dans les champs de coton étaient des
« agriculteurs » ; c’étaient des esclaves, point final.
La prostitution dont je parle désigne donc une pratique sexuelle lucrative entre adultes
consentants. Le consentement n’est pas le désir ! Si le désir n’est pas a priori la
motivation d’une activité rémunérée, il est bien souvent absent ou atrophié dans une relation conjugale… Prétendre qu’il ne peut y avoir de consentement en l’absence de désir est donc un flagrant
déni de réalité. Bien au contraire, la prostitution
librement exercée est une des rares occasions de rapport sexuel pour lequel ce consentement est rendu explicite par une transaction
financière. On ne saurait en dire autant du chantage affectif qui pollue les rapports entre gens mariés, catholiques et vaccinés !
Je ne vois donc rien de condamnable dans ce commerce, ni de répréhensible lorsque le contrat est respecté sans que les profits soient détournés par des maquerelles ou des proxénètes. Les clients
ne sont pas a priori des malades ni des sexomanes en manque, même s’il en existe comme dans tout échantillon de la population masculine.
Les femmes et hommes qui ont choisi comme métier la prostitution n’ont pas droit à la parole. Dans son article
Pourquoi réduire les putes au silence ?, Gaëlle-Marie Zimmermann écrit :
… on peut se demander, comme le souligne Christophe Mincke, si les féministes […] ne sont pas en train d'infliger aux prostituées ce que les hommes ont infligé aux femmes pendant des
siècles : le silence sous prétexte d'incapacité à réfléchir par elles-mêmes.
Cela dit, le commerce du sexe (pornographie et prostitution) ne m’attire pas. Je ne crois pas y trouver un plaisir comparable à celui des jeux érotiques entre amateur-e-s. Oui, j’ai essayé, et
même récidivé, mais ces tentatives ne valent pas le coup d’être racontées. Je me garderais bien, toutefois, de considérer ce choix comme irrévocable : le handicap, la vieillesse ne sont pas
que pour les autres et ils peuvent susciter d’autres besoins. Sans oublier la curiosité et la fantaisie ! Séverine me disait hier qu’elle envie les hommes de pouvoir goûter la peau douce (et
plus si affinités) des filles des bars asiatiques. Un jour peut-être je la laisserai m’y accompagner !
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