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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 17:15
melancholia.jpg Yazaki, personnage central de la trilogie Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort que vient de m’offrir Séverine (ma gauchère préférée) comme lecture de vacances, représente tout ce que je déteste chez un homme : machisme, arrogance, focalisation sur son apparence physique — gonflette et grosses bagnoles — et préférence pour une partenaire manipulable en jouant au protecteur pour mieux l’humilier… Bref, le terreau sur lequel fleurissent les pervers narcissiques que j’ai eu le désagrément de croiser en chemin !

Pourtant — par la magie de la littérature — ce personnage est aussi capable de réflexions d’une éblouissante lucidité qui rejoignent ma vision du monde en général et de la relation amoureuse en particulier.

En voici un exemple :

C’est une malédiction divine quand séduire devient une activité professionnelle ! Je ne pourrais pas fréquenter ce genre de femmes. Elles m’intéressent même assez peu d’autant que le monde regorge de jolies femmes, de filles qui sont souvent plus belles que la plupart des actrices. Des filles qui vous communiquent une sorte de mélancolie pour l’unique raison qu’elles n’ont pas la volonté de plaire, de vous séduire. On peut rencontrer des centaines d’hommes, rien que dans ces milieux de la télévision ou de la production que je connais assez bien, qui se feraient un point d’honneur à servir de partenaires à toutes ces actrices. Et ces centaines, voire ces milliers d’hommes qui ne rêvent que de se faire cette femme qui s’abandonne sous moi, les cuisses largement écartées, ne rêvent en réalité que de cette forme de plaisir social consistant à jouir d’une actrice prétendument offerte sous eux, je veux dire que tout cela n’a rien à voir avec la femme en question, avec ce qui se passe réellement dans sa chatte, car s’il ne s’agissait pas uniquement de l’obtention de cette forme de satisfaction sociale, ils n’auraient aucune raison de se focaliser sur ce type de filles.

(Murakami Riû. Melancholia. Piquier, 2007, p. 131)
Le plaisir social — je n’aurais pas imaginé un terme aussi simple — est précisément ce qui distingue une démarche épicurienne (dont je suis adepte) de cette série de personnages, de costumes qu’on enfile dans d’incessants jeux de rôles. Aujourd’hui je me sens inapte à partager une intimité affective avec des personnes enfermées dans leurs jeux de rôles. Ce genre de relation toxique me procure une sensation d’amertume et d’écœurement.

Le même Yazaki, dans un tout autre registre (page 136) :
Il suffit de croire qu’une personne vous est dévouée corps et âme pour être certain de jouir aussitôt du plaisir de la voir vous trahir.
Si vous vous reconnaissez dans cette description, postez un commentaire : vous avez gagné un abonnement gratuit à Fils invisibles ! ;-)
Attention : il y a deux écrivains japonais nommés Murakami. Haruki Murakami est plus célèbre que Murakami Riû.

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