Mercredi 15 septembre 2010 3 15 /09 /Sep /2010 20:01
CIMG2359 Nous avons quitté le sentier des touristes armés de bâtons de marche et chaussés de lunettes anti-UV, pour descendre dans le lit du torrent. Là, au faîte d’un rocher incandescent de soleil, nous avons fait l’amour, pieds dans l’eau glacée, comme une machine thermique luttant follement pour sa survie. Mouvements de va-et-vient jusqu’aux courbatures dans mes reins. J’ai relâché notre étreinte pour jouir du spectacle : peau blanche sur pierre argileuse, courbes insolentes de sa taille fine… Ses lèvres offertes au plaisir.

Hier soir Vanessa a fait irruption dans mon bureau au volant d’une bétaillère à l’âge incertain. Courte escale à mon domicile où Aimée nous a préparé du matériel de camping, un stock de fromages pour le petit-déjeûner, et nous voilà sur la route après le coucher du soleil. Le temps de goûter une spécialité locale, sur le tard nous reprenons l’ascension jusqu’au fond de la vallée. Là-haut, un hôtel pour bronzés du 21e siècle affiche un panneau publicitaire pour la bière Tourmente. Je me suis fié au GPS pour anticiper les virages serrés car j’avais hâte d’arriver, déplier la tente, remplir la réserve d’eau et savourer ces précieuses secondes, quand la belle se faufilera à mon côté dans le duvet biplace.
— Fais lentement, je voudrais prolonger ce moment !
— J’ai trop envie de toi.
Il y a eu un épisode de fougue dans nos retrouvailles. Vanessa ne devait pas revenir si tôt mais des circonstances familiales l’ont obligée à partir en urgence ; avec succès puisqu’elle a accompli sa mission ; aujourd’hui ce sera donc la fête. Elle est sur moi, en rage de me posséder, et je réponds à la force de ses hanches comme si nous devions épuiser la sensation d’une longue privation. Puis je vais goûter son jardin en friche.

Saveur de mangues cueillies au temps des pluies sur les pentes himalayennes. Je glisse dans ton sillon comme un ruissellement.

À présent, elle s’est allongée sur le dos, nous bougeons à peine et je réalise à quoi se mesure le désir d’une amante : la vibration à peine perceptible de son sexe qu’il faut capter dans une égale tension vers l’immobilité, lorsque le plaisir nous entraîne sur la crête fragile de sa vague. Je n’ai plus besoin d’invoquer la fusion, nous y sommes déjà, il suffit de se laisser porter. Les touristes ont-ils entendu notre cri ?

Une semaine plus tard, à la même heure, nous retrouvons cette fusion incalculable. Ce soir là elle chante dans une chorale. On nous a demandé de réparer le piano électronique, dans l’église, dont la pédale est débranchée. Nous voici couchés sous cet instrument avec un petit tournevis et ma lampe électrique (car il faut redresser les broches d’une minuscule prise), à nous faire des caresses pendant que les dames patronnesses s’agitent autour.

Plus tard à l’hôtel, après avoir partagé un peu de fumée bleue à travers ses lèvres… Cette fois ma shakti a replié ses genoux très haut, accrochée à mon arbre comme une grenouille, dans une passivité absolue qui dégage une formidable énergie.

Le lendemain matin je traverse deux orgasmes à quelques minutes d’intervalle : le premier qui imprime une puissante déflagration à travers mon corps entier à l’exception du sexe, et le second qui prend source à la racine, sans perte de semence alors que je n’ai pas essayé de le contrôler.
— Alors, il paraît que mon périnée est affaibli ?
— Euh, je n’ai jamais dit ça. (Mais je l’ai pensé au début…)
Un dimanche nous allons marcher sur les rochers, déjeûner sur la plage puis flemmasser un peu. Au retour nous avons envie de faire l’amour. Arrêt au bord de la voie rapide. Nous grimpons dans la garrigue mais il y a tellement d’épines sur le sol que nous faisons l’amour debout, elle me présentant son dos, appuyée à un arbuste. Nous crions fort pour couvrir le bruit des voitures.

Ensemble nous sommes allés voir l’ultime chef d’œuvre d’Alain Corneau : Crime d’amour.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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