Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 19:07
Vanessa, encore.

La situation est devenue compliquée, délicieusement compliquée !

http://www.freedigitalphotos.net/images/photos/81_1.jpgElle s’est amourachée de Christian, un homme de son âge, beau gosse à ce qu’il paraît, mais qui vit en couple avec une femme qui a renoncé à sa propre liberté sexuelle de peur de le perdre ou de se perdre… Ce couple allait jusqu’à pratiquer l’échangisme avant de se « stabiliser ». Pour moi ce n’est pas un gage de liberté, bien au contraire, car « prêter » son/sa partenaire des jeux amoureux revient à affirmer qu’on en est propriétaire : il s’agit d’échanger des objets de jouissance comme d’autres échangeraient des pièces de collection ou leur logement. Simple simulacre de liberté, car être libre n’est pas consentir mais choisir, suivre ses élans vers d’autres personnes en accord avec son ressenti, et non régler ses comptes avec la morale en s’exerçant à la transgression. Il n’y a pas de transgression sans interdit. Que ceux qui n’ont jamais lu Catherine Millet me prouvent le contraire !

Un matin, donc, Vanessa arrive à mon bureau, épuisée par une première nuit blanche sur un parking aux côtés de Christian, livrée à des jeux érotiques intenses mais sans accouplement. Un long préliminaire qui l’a survoltée. D’autant plus qu’au moment du dessert, à la terrasse ensoleillée que nous fréquentons à midi, je lui raconte ma soirée surprise près du monastère… Là elle laisse exploser sa jalousie.
Ceux qui obéissent à des principes moraux sont sans doute mieux armés pour affronter les manifestations de la jalousie que ceux que leur philosophie libertine laisse désemparés face à des explosions passionnelles. La libéralité la plus grande et la plus sincère dont un être fait preuve dans le partage du plaisir pris avec le corps de l’être qui lui est cher peut, sans qu’aucun signe ne l’ait annoncé, être traversée d’une intolérance exactement proportionnelle.
Catherine Millet, La vie sexuelle de Catherine M., Seuil 2001, p. 75.
La colère de Vanessa a duré presque une semaine, puis elle est retombée progressivement grâce à une analyse distanciée de notre histoire. Quand nous avions vécu cette étrange fusion orgasmique, il y a quelques semaines, un lien profond s’était tissé entre nous. Impossible d’en décrire la nature, comme pour les partenaires d’Une liaison pornographique… Mais, pour elle qui n’a jamais connu que le schéma de la passion (au sens de l’exclusivité), ce lien était synonyme d’une totale disponibilité (je dirais : soumission) à l’autre. Or voici qu’elle éprouve les mêmes sentiments pour Christian sans avoir l’impression de me trahir ; et voici que j’ose transgresser notre contrat implicite d’exclusivité par une rencontre « sans lendemain » ! Elle est profondément perturbée par cette contradiction, et cette perturbation va au-delà de l’acceptation ou non de sentiments de rivalité.

Le dimanche après l’orage nous allons ensemble à un concert. Puis nous passons la soirée en compagnie d’un collègue musicien et d’un de ses anciens compagnons. Magnifique ambiance avec ces hommes tendres et apaisés.

En repartant elle me dit : « Si nous dormons ensemble ce soir, tu me laisseras dormir, pas vrai ? Et ce sera sans pénétration ? Il faut que je sois pure pour revoir Christian mardi ! »

C’est d’accord. Il est probable que cette nuit soit la dernière que nous puissions partager avant son départ en voyage. Nous passons chez moi prendre des affaires et nous louons une chambre sur la route. Il est déjà tard.

C’est une nuit extraordinaire où nous ne dormons presque pas, électrifiés par le désir. Je n’essaie pas de rompre le contrat bien que j’estime qu’il appartient uniquement à Vanessa de défendre l’accès à son sexe. Je trouve délicieux qu’elle vienne dans mes bras, très souvent, et qu’elle frissonne au moindre baiser sur sa peau.

Le matin, au réveil, mon étreinte se fait un peu plus forte. Une envie de jouir me rapproche d’elle. Après quelque temps nos sexes sont en contact et mes doigts commencent à goûter l’humidité torride de sa vulve. Là il se passe quelque chose de bizarre : chaque fois que je fais une tentative de pénétrer je perds l’érection. C’est mon corps qui respecte un contrat que ma tête aurait bien envie de le briser.

Je sens mon cœur battre de plus en plus fort et de plus en plus vite. Ce qui fait penser à un cheval au galop qu’on entendrait venir de loin… Justement, la veille Vanessa me disait qu’elle voudrait inclure un galop dans sa bande sonore.

Par surprise un orgasme violent me traverse, avec une importante quantité de sperme. Je sais bien qu’il y a un simulacre de fécondation dans ce geste, et elle le perçoit ainsi : rivalité ! (Le stérilet est définitivement une belle invention.)

Elle me dira plus tard qu’elle était au seuil de l’orgasme à ce moment-là. Le réveil sonne juste après et nous nous préparons sans autre formalité : il faut encore passer prendre ma compagne à la maison pour l’emmener à la gare, puis je déposerai Vanessa chez elle.

Malgré ma sympathie pour Christian je ne peux réprimer un sentiment de rivalité dans la situation présente. Aussi fais-je le pari que la météo ne sera pas clémente à leur rencontre en plein air, ce soir, et que la magie ne sera pas celle attendue. J’ai trouvé une caution morale à ma jalousie : autant ma compagne connaît tout de notre relation, autant la sienne est maintenue en dehors du secret.

Effectivement, le lendemain Vanessa me déclare :
— Tu as tout saboté en me faisant sentir la force de notre amour, en me laissant le temps de désirer me rapprocher de toi. Alors que lui a voulu aller le plus vite dans le sexe, avec en plus l’intention de me prouver son talent. Je pouvais vivre des orgasmes, c’était tout dans le sexe alors que chaque cellule de mon corps disait : « Et moi ? »
Le lendemain elle revient travailler à mon bureau. Le désir est plus fort que jamais.

Impossible de se retrouver ce soir. D’autre part elle a un autre rendez-vous avec Christian demain et ne souhaite pas recommencer le scénario du test comparatif !

Nous parlons beaucoup à la terrasse du restau. Elle me dit que grâce à ce que nous avons vécu ces derniers jours elle comprend que son besoin d’exclusivité correspond à une idéalisation de la relation qui est purement intellectuelle. Encore une fois, j’ai brouillé les cartes…

Juste avant son départ, désir insupportable. Je ferme la porte à clé, elle me prend dans sa bouche puis nous nous accouplons un petit moment. Le soir je lui écris :
Dans le registre « c'est le corps qui parle », j'ai senti quelque chose d’inattendu lorsque nous nous sommes accouplés : un grand apaisement dans ma tête, comme le soulagement d’un désir accompli, et en même temps une protestation de mon ventre qui disait : « C’est trop tôt ! »
Mon corps a pris goût à la lenteur, à cette tendresse et cette subtilité qui fleurissent en nous un peu plus à chaque rencontre. C'est un cadeau inestimable dont je remercie la vie qui fait croiser nos chemins.
Elle passera ensuite deux merveilleuses nuits avec Christian et deux aussi avec moi, sur un fond de tristesse, avant de nous quitter pour son pays lointain. Le matin où je l’ai laissée à l’aéroport elle m’écrit :
Désolée pour mon apparente frustration du matin qui s'est avérée injustifiée par la suite. J'ai fini ma nuit à N., au bord de la mer, pour rassembler tous mes moments de bonheur avant l'épreuve. […]
J’ai mangé là où tu avais pris une glace, et ensuite j'ai fait une superbe séance d'enregistrement remplie de ton amour et du sien, et mon arrangeur ne comprenant pas ce qui avait pu se passer entre la première séance et celle-ci. La nuit et le jour. Ah l’amour, l’amour, toujours… Il me suffisait de penser au bercement des vagues, qui ressemblait à tout ce que j'ai ressenti à nouveau quand je te faisais l’amour sur toi (pensée omniprésente), à ta douceur et à la fougue de Christian. Et pof, je m'envole ! remplie de vie et de bonheur. Merci.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Ce blog

  • Retour à la page d'accueil
  • : Fils invisibles
  • : Un loup gris partage les émotions, intuitions et désirs au fil de ses « voyages » d'amitié amoureuse.

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés