Partager l'article ! Les malheurs d’une monogame: Vanessa, encore. La situation est devenue compliquée, délicieusement compliquée ! Elle s ...
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Elle s’est amourachée de Christian, un homme de son âge, beau gosse à ce qu’il paraît, mais
qui vit en couple avec une femme qui a renoncé à sa propre liberté sexuelle de peur de le perdre ou de se perdre… Ce couple allait jusqu’à pratiquer l’échangisme avant de se
« stabiliser ». Pour moi ce n’est pas un gage de liberté, bien au contraire, car « prêter » son/sa partenaire des jeux amoureux revient à affirmer qu’on en est
propriétaire : il s’agit d’échanger des objets de jouissance comme d’autres échangeraient des pièces de collection ou leur logement. Simple simulacre de liberté, car être libre n’est pas
consentir mais choisir, suivre ses élans vers d’autres personnes en accord avec son ressenti, et non régler ses comptes avec la morale en s’exerçant à la transgression. Il n’y a pas de
transgression sans interdit. Que ceux qui n’ont jamais lu Catherine Millet me prouvent le contraire !Ceux qui obéissent à des principes moraux sont sans doute mieux armés pour affronter les manifestations de la jalousie que ceux que leur philosophie libertine laisse désemparés face à des explosions passionnelles. La libéralité la plus grande et la plus sincère dont un être fait preuve dans le partage du plaisir pris avec le corps de l’être qui lui est cher peut, sans qu’aucun signe ne l’ait annoncé, être traversée d’une intolérance exactement proportionnelle.La colère de Vanessa a duré presque une semaine, puis elle est retombée progressivement grâce à une analyse distanciée de notre histoire. Quand nous avions vécu cette étrange fusion orgasmique, il y a quelques semaines, un lien profond s’était tissé entre nous. Impossible d’en décrire la nature, comme pour les partenaires d’Une liaison pornographique… Mais, pour elle qui n’a jamais connu que le schéma de la passion (au sens de l’exclusivité), ce lien était synonyme d’une totale disponibilité (je dirais : soumission) à l’autre. Or voici qu’elle éprouve les mêmes sentiments pour Christian sans avoir l’impression de me trahir ; et voici que j’ose transgresser notre contrat implicite d’exclusivité par une rencontre « sans lendemain » ! Elle est profondément perturbée par cette contradiction, et cette perturbation va au-delà de l’acceptation ou non de sentiments de rivalité.
Catherine Millet, La vie sexuelle de Catherine M., Seuil 2001, p. 75.
— Tu as tout saboté en me faisant sentir la force de notre amour, en me laissant le temps de désirer me rapprocher de toi. Alors que lui a voulu aller le plus vite dans le sexe, avec en plus l’intention de me prouver son talent. Je pouvais vivre des orgasmes, c’était tout dans le sexe alors que chaque cellule de mon corps disait : « Et moi ? »Le lendemain elle revient travailler à mon bureau. Le désir est plus fort que jamais.
Dans le registre « c'est le corps qui parle », j'ai senti quelque chose d’inattendu lorsque nous nous sommes accouplés : un grand apaisement dans ma tête, comme le soulagement d’un désir accompli, et en même temps une protestation de mon ventre qui disait : « C’est trop tôt ! »Elle passera ensuite deux merveilleuses nuits avec Christian et deux aussi avec moi, sur un fond de tristesse, avant de nous quitter pour son pays lointain. Le matin où je l’ai laissée à l’aéroport elle m’écrit :
Mon corps a pris goût à la lenteur, à cette tendresse et cette subtilité qui fleurissent en nous un peu plus à chaque rencontre. C'est un cadeau inestimable dont je remercie la vie qui fait croiser nos chemins.
Désolée pour mon apparente frustration du matin qui s'est avérée injustifiée par la suite. J'ai fini ma nuit à N., au bord de la mer, pour rassembler tous mes moments de bonheur avant l'épreuve. […]
J’ai mangé là où tu avais pris une glace, et ensuite j'ai fait une superbe séance d'enregistrement remplie de ton amour et du sien, et mon arrangeur ne comprenant pas ce qui avait pu se passer entre la première séance et celle-ci. La nuit et le jour. Ah l’amour, l’amour, toujours… Il me suffisait de penser au bercement des vagues, qui ressemblait à tout ce que j'ai ressenti à nouveau quand je te faisais l’amour sur toi (pensée omniprésente), à ta douceur et à la fougue de Christian. Et pof, je m'envole ! remplie de vie et de bonheur. Merci.
[Suite]
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