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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 21:39
LadyChatterley.jpgLu, dans Lady Chatterley’s lover, cet échange un peu surréaliste entre les cronies qui fréquentent le couple Chatterley (Clifford et Constance). Ils ont tous un peu picolé et en viennent à dire que tout pourrait finir par disparaître, à commencer par les fonctions corporelles : les hommes flotteraient dans l’air comme des nuages de fumée, et les femmes seraient « immunisées » du besoin d’un corps puisqu’on élèverait les bébés dans des bouteilles.
“So long as you can forget your body you are happy,” said Lady Bennerley. “And the moment you begin to be aware of your body, you are wretched. So, if civilization is any good, it has to help us to forget our bodies, and then time passes happily without our knowing it.”

« Tant que vous pouvez oublier votre corps vous êtes heureux », dit Mme Bennerley. « Et dès l’instant où vous commencez à prendre conscience de votre corps, vous êtes foutu. Alors, si la civilisation sert à quelque chose, c’est à nous aider à oublier nos corps, de sorte que le temps passe joyeusement sans que nous ne nous en rendions compte ».

[…]

“There might even be real men, in the next phase,” said Tommy. “Real, intelligent, wholesome men, and wholesome nice women! Wouldn’t that be a change, an enormous change from us? We are not men, and the women aren’t women. We’re only celebrating makeshifts, mechanical and intellectual experiments. There may come a civilisation of genuine men and women, instead of our little lot of clever-jacks, all at the intelligence-age of seven. It would be even more amazing than men of smoke or babies in bottles.”
“Oh, when people begin to talk about real women, I give up,” said Olive.
“Certainly nothing but the spirit in us is worth having,” said Winterslow.
“Spirits!” said Jack, drinking his whiskey and soda.
“Think so? Give me the resurrection of the body!” said Dukes. “But it’ll come, in time, when we’ve shoved the cerebral stone away a bit, the money and the rest. Then we’ll get a democracy of touch, instead of a democracy of pocket.”
Something echoed inside Connie. “Give me the democracy of touch, the resurrection of the body!” She didn’t at all know what it meant, but it comforted her, as meaningless things may do.
Anyway everything was terribly silly, and she was exasperatedly bored by it all, by Clifford, by Aunt Eva, by Olive and Jack, and Winterslow, and even by Dukes. Talk, talk, talk! What hell it was, the continual rattle of it!
Then, when all the people went, it was no better. She continued plodding on, but exasperation and irritation had got hold of her lower body, she couldn’t escape.


« Il pourrait même exister des hommes véritables, dans la phase suivante », dit Tommy. « Des hommes réels, sains, et des femmes gentilles et saines ! Est-ce que ce ne serait pas quelque chose de nouveau, d’entièrement nouveau pour nous ? Nous ne sommes pas des hommes, et les femmes ne sont pas des femmes. Nous ne faisons que vénérer des choses artificielles, des bricolages mécaniques et intellectuels. Il pourrait venir une civilisation d’hommes et de femmes authentiques, au lieu de notre lot de petits branleurs, sept ans d’âge mental. Ce serait encore plus admirable que des hommes en fumée ou des bébés dans des bouteilles. »
« Oh, quand on commence à parler de vraies femmes, j’abandonne », dit Olive.
« Il n’y a rien d’autre qu’il vaille le coup de posséder, à part l’esprit [spirit] », dit Winterslow.
« Les alcools [spirits] ! » dit Jack en avalant son whisky et soda.
« Vous croyez ? Donnez-moi la résurrection du corps ! » dit Dukes. « Car elle arrivera, en temps utile, lorsque nous aurons repoussé un peu la pierre cérébrale, le fric et le reste. Alors nous aurons une démocratie du toucher, au lieu de la démocratie de la poche ».
Quelque chose fit écho en Connie. « Donnez-moi la démocratie du toucher, la résurrection du corps ! » Elle ne savait pas ce que cela pouvait vouloir dire, mais cela la réconfortait, comme des choses insignifiantes le font parfois.
En tout cas, tout lui semblait terriblement stupide, et tout l’ennuyait désespérément, que ce soit Clifford, la tante Eva, Olive et Jack, et Winterslow, et même Dukes. Des paroles, des paroles, des paroles ! Quel enfer, ce bruit de crécelle incessant !
Ensuite, une fois tout le monde parti, ce n’était pas mieux. Elle continuait à avancer, mais l’exaspération et l’irritation s’étaient emparé du bas de son corps de manière incontrôlée.

(D.H. Lawrence. Lady Chatterley’s Lover. Bantam Classic 2007, p.79-80.)
Ce passage a probablement provoqué mon rêve de la nuit dernière.

Une jeune femme me parle, assise au bord d’un lit. Nous sommes détendus, en pleine osmose affective et intellectuelle. Mais je regarde la peau de son buste se soulever quand elle reprend son souffle.

Cheveux courts et noirs, visage rond, peau mate, elle ne ressemble à aucune de mes amies proches, mais je sais qui elle est, « à l’intérieur »…

Je ne cherche pas à la rencontrer sexuellement. Pourtant j’ai posé mes mains sur son cou et je la renverse très doucement pour qu’elle s’allonge sur le lit. Nous y restons immobiles, émerveillés par le silence et apaisés par la présence l’un de l’autre.

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Published by Julien Lem - dans Pensées en vrac
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