Partager l'article ! Infrarouge: Nancy Huston présente son dernier roman « Infrarouge » dans une librairie. Elle en lit de long extraits, puis je lu ...
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— Quand vous publiez vos ouvrages en anglais, c'est de l'auto-traduction ou de la réécriture ?Un silence, puis elle ajoute en nous tournant le dos :
— Ni l'un ni l'autre : j'écris simultanément dans les deux langues.
— Pourtant, quand on lit vos « Variations Goldberg » en anglais, il y a une nette différence entre les textes.
— Mais celui-là est particulier : je l'ai traduit des années plus tard, et c'était vraiment de la réécriture.
— (Une dame) Comment choisissez-vous la langue dans laquelle vous publiez en premier ?
— En général c'est la langue que parlent les personnages principaux.
— (La dame) Ah bon ? Ce n'est pas le cas pour « Infrarouge » !
— Non. « Infrarouge », je ne pouvais pas l'écrire en anglais…
— Pourquoi ?
— Parce que j'y parle de la sexualité féminine, sujet trop intime pour moi. Le sexe est difficile à mettre en mots, c'est quelque chose qu'on vit bien souvent sans parler. Alors j'ai besoin de la distance d'une langue étrangère pour oser dire certaines choses ; j'utilise donc le français qui est une langue implantée dans mon cerveau gauche, et qui ne touche pas mon intimité. [C'est pourquoi on a besoin de blogs anonymes !]
— (Moi) Mais si on vous propose de traduire et publier « Infrarouge » en anglais ?
— Je refuserai ! Il ne sera pas publié en anglais ! Il va être traduit dans d'autres langues mais pas en anglais.
— De toute manière je l'ai aussi écrit en anglais, mais je ne veux pas le montrer !Il y a donc un manuscrit à négocier, dans un bout de jardin secret, pour le bonheur de nombreux lecteurs de cette grande artiste.
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