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1 octobre 2005 6 01 /10 /octobre /2005 23:00
Une complice blogueuse m’écrit qu’elle aime cette image du maître de tir à l’arc qui finit par se passer d’arc et de technique… Oui, sans doute, aucun instrument n’est indispensable pour revenir à la conscience de la totalité, et il se pourrait même que les derniers instants de vie, dans un environnement paisible, réactivent cet état de grâce. Mais je crois que le fait d’exister, d’être entouré de choses et d’êtres vivants, de rencontrer des êtres — dont nous postulons, sur la foi de l’apparence, qu’ils ont une sensibilité comparable à la nôtre —, de se trouver en situation de dialogue, de dualité, y compris avec soi-même vu comme un autre… tout cela pose problème.

La dualité nous fait fonctionner sur le mode de la rupture. Ce terme est souvent déprécié. Je n’ai pas encore vu de couple convoquer famille et amis à une fête pour célébrer sa séparation… Pourtant, ne célèbre t-on pas les funérailles ?

La dualité peut nous faire marcher à reculons : à force de se détacher de l’autre, de l’expérience, de prendre du recul avec soi même, on multiplie les objets de médiation, comme autant de cailloux sur le trajet du Petit Poucet.

Nous résistons donc à la dualité, le plus souvent à travers ces artifices que sont les grands sentiments et les grandes idées. Romantisme, totalitarisme, escalades qui conduisent à la chute et à la névrose du recommencement. Je pense à l’écrivain Simenon qui avait poussé à l’extrême la logique de multiplication des objets en baisant 2 ou 3 femmes par jour — il avait les moyens de se payer des professionnelles. Choquant ? Les couples monogames qui se font et se défont, dans la plus stricte légalité républicaine, me semblent fonctionner dans la même logique, avec des moyens plus modestes.

Mon ambition — que je veux bien appeler une « raison de vivre » — est de rencontrer la totalité à travers la dualité. Pour cela, l’autre doit exister comme autre à part entière. L’autre, l’être aimé, n’est pas un instrument, mais une présence. Je voudrais substituer la présence à la dépendance (la peur d’être trahi/abandonné) et à l’indifférence (de celles/ceux qui sont à l’affût de simples expériences).

Archer, j’ai donc besoin d’un arc. J’ai peut-être passé le stade de regarder la cible, mais j’ai toujours besoin de cette tension entre les extrêmes, de ces forces antagonistes, du dedans et du dehors, mâle et femelle, même si ces qualités ne sont pas l’exclusivité d’un sexe.

La plénitude me permet de vivre la solitude autrement que comme une absence, mais je ne vois aucun avantage à cultiver la solitude. Le non-rendez-vous avec Bernadette, lundi dernier, a purifié et embelli mon sentiment pour elle, mais ce sentiment n’est pas devenu pour autant une construction abstraite. Il est dans une dualité, mais c’est sa présence — et ma présence à elle en dépit de la distance — qui plongent cette dualité dans la totalité. Pas besoin de flèche (de sexe) mais l’arc est bien tendu.

Cultiver la solitude rm’obligerait à une totale indifférence aux êtres. Dans les années 70 j’ai entendu parler d’un gourou allemand qui avait organisé un stage de « tir à l’arc zen » dans un centre culturel de Provence. Il n’y avait pas d’arc sur place. Les stagiaires ont été invités à passer une semaine en silence, s’occupant au débroussaillage du jardin (qui n’avait rien de virtuel) et jeûnant pour bénéficier pleinement de l’expérience intérieure. Le soir, ils devaient noter sur un cahier ce qu’ils avaient ressenti dans la journée. La dernière heure de stage, chacun a lu son cahier devant le groupe, sans commentaire, et tout le monde est parti super content ! Remarquez que, si l’on fait abstraction de l’imposture de l’organisateur, l’unique activité du stage pourrait s’apparenter à l’écriture d’un blog.

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Published by Julien Lem - dans Pensées en vrac
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