Jeudi 29 septembre 2005 4 29 /09 /2005 00:00
Dans mon journal, lundi 26 septembre 2005

Bernadette est une jeune femme que j’admire beaucoup, pour des raisons que je ne pourrais exposer sans dévoiler son identité. Mariée, exclusive et loyale, on peut se demander ce qu’elle vient faire dans le journal intime d’un libertin…

Nous avions pourtant envisagé de nous rencontrer en cachette aujourd’hui. (« Dans un musée ? Mais je suis allergique aux musées et il le sait ! ») Le sujet de notre entretien était cela même qui l’a rendu impossible : la difficulté, pour elle, de trouver un espace pour son jardin secret, l’idée même de cet espace étant perçue par son compagnon comme une trahison, une rupture du contrat d’exclusivité.

Ce matin, je suis allé au parc M. en imaginant ce que j’aurais aimé dire à Bernadette si nous marchions ensemble. En fait, pour une raison inexpliquée, je n’avais aucun enthousiasme et je crains que ma présence n’eût été particulièrement ennuyeuse. Pour la première fois j’écris à partir d’une sensation de vide, au lieu d’être porté par l’émerveillement de choses extraordinaires.

C’était étrange de marcher dans un parc, de croiser des personnes de tous âges, et de n’exister pour aucune d’elles. Rester seul avec moi-même. Mon envie de ce moment ? Revoir une femme amoureuse, passionnelle, quitte à être possessive… Comment pourrais-je reprocher à Bernadette et son compagnon de se complaire dans la possession ?

J’ai repensé à Grietje, à la manière dont je raconterai la suite et la fin de notre histoire, puis le visage de Marie est revenu me pincer le cœur, car elle habite dans la même ville et je pourrais même la croiser au parc. La nostalgie a mis de l’aigreur dans mes pensées. Je suis rentré me réfugier loin du public.

Bernadette ne sera jamais amoureuse de moi, à moins qu’une météorite ne nous tombe sur la tête. C’est compliqué, une relation entre homme et femme, si l’on ne commence pas par coucher ensemble… Mais si l’on commence par coucher il y a des chances que la déception soit très rapide.

Elle me rendrait malheureux si je vivais le désir comme un manque. Elle réussit à éviter tout contact en se rendant hyperactive et perfectionniste dans des tâches matérielles qu’elle veut assumer seule, quitte à passer pour un tyran domestique. Elle parle très vite, par saccades, sans laisser la place d’un regard ou d’une respiration.

Un soir, je l’ai aperçue dans un peignoir brodé qui lui faisait une magnifique silhouette. Je n’ai pas osé lui faire de compliment. En réalité, j’avais honte de la regarder ainsi, alors que toute son énergie était déployée dans l’urgence, car sa fille venait de se faire mal et elle aussi. Je lui en ai parlé récemment. Echange de courriers :
Tu demandes aux gens de ne pas condamner moralement tes désirs, mais tu ne l’appliques pas à toi-meme il semblerait… ! ;o)

La honte c’est quand même un jugement assez négatif, non ?!

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Oui, là je me condamne pour plusieurs raisons. D’abord parce que je faisais comme si rien n’était. Il m’arrive souvent d’avoir envie de dire à une femme, même inconnue, que je la trouve belle, et je sais qu’il y aurait une manière de le dire pour qu’elle le reçoive comme un compliment (car la beauté n’est pas seulement un don), mais j’ai peur que dans ma manière de dire il passe quelque chose qui la mettrait mal à l’aise.
Nous avons aussi reparlé d’un rare moment de contact physique, il y a un peu plus d’un an. L’occasion était unique : nous étions en groupe avec trop peu de chaises pour s’asseoir. J’en aperçois une de libre, elle a les pieds dessus. Je lui propose de ne pas les enlever, et elle veut bien être massée…
Le jour où je te massais/caressais les pieds je ne ressentais aucune excitation, et pourtant j’avais vraiment du plaisir à te toucher, sans même me cacher (ni te cacher) que je te désirais aussi.

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Je devais avoir les yeux bien fermés alors ! ;o)

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Tu avais les yeux fermés, je m’en souviens. ;-)

Mais ça me renvoie au côté superficiel du désir. Souvent j’ai eu cette envie de te serrer dans bras ou de prendre tes mains. Je sais bien que si je te trouvais laide une telle envie n’existerait pas. Mais il y a aussi ce qui se passe lorsque la barrière (des convenances) est franchie. Sans lien affectif, je ressens le désir ou le non-désir de la femme, et dans les deux cas je suis déçu. Car le désir partagé sans lien profond, c’est un peu comme se saoûler la gueule à deux : le réveil n’est pas très agréable. Et le non-désir sans contrepartie affective, c’est le regard de la femme du chef de gare (voir « Non, pas toi ! »).

Si je reviens sur cet événement, ce n’est pas parce qu’il a nourri un fantasme, mais parce que c’est la seule fois que nous avons partagé quelque chose de « matériel » sans se plier aux conventions. Je me méfie des fantasmes et des significations symboliques qu’on peut projeter à partir de tels incidents. Mais je peux dire que je ressentais du désir et aucune honte de ce désir.

Après tout, ça me ramène à cette notion épicurienne, du désir vécu comme un excès et non comme un manque... Bon sang, c’est si simple. Tu comprends ?

Le désir-manque, par contraste, c’est celui de la cheffe de gare qui a envie que des petits cons viennent la peloter à travers ses habits, c’est le mien quand je te vois dans ton peignoir brodé et que j’ai envie/honte de te « prendre », c’est le tien quand tu fais tout pour ressembler à un ours des cavernes, sans grand succès…

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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