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16 septembre 2005 5 16 /09 /septembre /2005 23:00
Quand j’avais 12 ans, une jeune fille de bonne famille (ses parents vendaient des pianos) avait déclaré — devant frères et sœurs — que j’avais « des mains de sage-femme ». Je ne sais pas ce qu’une personne aussi bien élevée, qui ne devait pas avoir 16 ans, pouvait sous-entendre dans une telle déclaration ; ni ce qu’elle avait pu ressentir ou imaginer en observant mes mains tandis que je plaquais quelques accords de jazz sur son piano. Je ne me souviens pas non plus de ce que j’en avais pensé, moi qui n’avais aucune idée du métier de sage-femme… Peut-être m’avait-elle offensé en disant que j’avais des « mains de femme » ?

A 18 ans j’ai vu une sage-femme, une vraie de vraie, la grande sœur d’un collègue étudiant. Elle parlait d’une grosse voix et se délectait à nous raconter les horreurs qu’elle voyait en salle d’accouchement. Entendez par cela, non pas ce que ses parturientes subissaient — poussez-poussez —, mais les fœtus malformés qui paraît-il naissent parfois tellement hideux qu’on s’empresse de les faire disparaître pour ne pas traumatiser les parents. Je n’ai plus osé penser que j’avais des mains de sage-femme…

Bien plus tard — il n’y a pas si longtemps — j’ai rencontré d’autres sages-femmes, de celles/ceux qui respectent la naissance, l’intimité des femmes et de leurs compagnons. Elles qui, justement, savent ne pas se servir de leurs mains… Je veux bien avoir des mains de sage-femme, si c’est cela. Mes mains étaient attentives et non-interventionnistes quand mon fils est né.

Dans les jeux érotiques j’ai appris que les femmes (les hommes aussi sans doute) accordent beaucoup d’importance à la sensibilité des mains de leurs partenaires. Ce qu’elles en attendent varie d’un extrême à l’autre : c’est pourquoi je préfère être guidé que poser des gestes sans aucune conviction. L’une a envie d’être simplement effleurée sur les côtés des seins ; c’est d’ailleurs la caresse la plus sensuelle que je connaisse. Une autre, au sommet du plaisir, que l’on frotte légèrement les pointes érigées ; d’autres que je les glisse entre deux doigts en serrant très fort, au point d’avoir des courbatures ; une autre enfin ne veut aucune prise avec les mains car elle se sent envahie, au bord de l’étouffement…

Les relations entre mains et sexes ne font pas dans la simplicité à cause de nos préjugés. Il y a longtemps, j’avais été impressionné par une amante qui m’avait invité à glisser un doigt, puis deux, puis trois. Cela me paraissait démesuré. Pourtant, un jour récent, une femme était encore en attente alors que tous mes doigts étaient placés à l’entrée de son jardin. Je l’ai sentie s’ouvrir et aspirer ma main entière. C’était extrêmement troublant de voir son sexe se refermer sur mon poignet, tandis que mes doigts s’étaient repliés à l’intérieur pour ne pas la blesser. Nous sommes restés quelque temps immobiles, puis elle s’est mise à avoir des contractions, jusqu’à expulser ma main dans un orgasme. Elle m’a dit plus tard que ce jeu insolite, répété plusieurs fois — main droite, main gauche — lui avait permis de vivre ce dont la péridurale l’avait privée à la naissance de son enfant.

J’ai repensé à la jeune fille qui parlait de mes « mains de sage-femme ». Il est bien connu que les hommes vénèrent leur pénis pour ses mensurations exceptionnelles supposées fasciner les femmes. Moi je ne suis amoureux que de mes mains, ce qui est quand même plus convenable car un tel narcissime ne risque rien de s’afficher en public. ;-)

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Published by Julien Lem - dans Sexe
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