Lundi 12 septembre 2005 1 12 /09 /Sep /2005 00:00
—« Comment appelle-t’on cette ligne osseuse qui va d’une épaule à l’autre ? »
— « La clavicule… »
— « Ah oui, la clavicule ! C’est une des lignes les plus extraordinaires sur un corps de femme. »

Je glisse le majeur de ma main droite le long de sa clavicule. Un geste répété des dizaines de fois, mais qui me procure toujours un plaisir singulier : de l’épaule droite vers l’épaule gauche, d’un seul trait. Kate retient son souffle.

La clavicule qui me parle a 19 ans. Est-il nécessaire de décrire à quoi ressemble une jeune femme de cet âge ? Elle est tout cela, un mirage de lignes que je caresse du regard.

Cette histoire date de l’époque de mon « voyage » avec Grietje. Je suis en visite dans une école traditionnelle de musique et de danse où Kate fait ses premiers pas. Elle y séjourne depuis deux mois avec un petit groupe d’Européens. C’est Amanda qui l’a accompagnée dans cette petite ville où les touristes étrangers sont très rares. Amanda est une chanteuse italienne, « libérée » sexuellement et très courtisée, que j’aime bien et qui me le rend, sans que jamais nous n’ayons pu faire l’amour. Il nous arrive pourtant de dormir ensemble, mais rien à faire…

Kate a passé des moments difficiles dans cette école, harcelée par les hommes. Elle me confie cela alors que nous venons d’entrer dans sa chambre et qu’elle a laissé négligemment tomber son peignoir — comme si elle était seule — pour mieux tolérer les 40 degrés du mois de juin. Elle n’est pas du tout gênée par mon regard sur sa nudité, et je perçois dans son geste une invitation au respect.

Après une courte discussion, elle admet qu’elle perd son temps ici, avec un professeur incompétent, alors qu’elle pourrait étudier en ville dans une école de haut niveau. Les Occidentaux y sont bien accueillis, pourvu qu’ils fassent preuve d’un minimum de talent. Amanda était bien consciente de cela, mais je la soupçonne d’avoir emmené Kate pour son propre plaisir… Je ne lui en veux pas, elle a vraiment bon goût.

Nous convenons de repartir ensemble. Trois heures dans un autocar bondé en pleine chaleur. Grietje est absente jusqu’à demain et m’a laissé les clés de son appartement pour que je profite de la climatisation. C’est un soulagement pour Kate qui passe beaucoup de temps dans la salle de bain et vient me rejoindre sur le grand lit. Nous dormons nus… sous le tableau de Klimt.

Je ne sais plus vraiment ce qui s’est passé au réveil. Le soleil s’est levé bien avant nous, la femme de ménage n’a pas pointé son nez, bien lui en a pris. Nous étions dimanche, ou bien était-elle en congé ? Peu importe. Ma mémoire se recale au moment où Kate est à califourchon sur moi en train de me masser.

Ce n’est pas que les massages me plaisent, car je ne ressens aucun besoin d’être touché autrement que dans l’énergie du désir. Pouvais-je refuser l’offre de Kate ? Son toucher est dénué de sensibilité mais j’aime sa peau, ses doigts délicats, ses gestes tendres, son sourire d’enfant désobéissant. Surtout, je contemple ses lignes, encore une fois. Mes mains remontent sur ses cuisses, le long de ses hanches, autour de ses seins, dans un effleurement léger, jusqu’aux salières de la clavicule où elles se posent un moment. Je brouille un peu la touffe châtaine de son pubis. Elle rit. Les lèvres de sa vulve sont légèrement entrouvertes. Je me demande si elle a jamais fait l’amour avec un homme. Personne n’y a jamais fait allusion en ma présence.

Ses mains m’ont massé le cou, les épaules, le thorax, et descendent sur mon ventre. Je commence à avoir des frissonnements sans rapport avec l’intention thérapeutique de son massage… Mon arbre se dresse, entre nous, mais elle ne semble pas y prêter attention. Elle finit par caresser vigoureusement mon pubis, recevant à chaque mouvement un coup de verge sur le dos de la main. La tension du désir monte à son point culminant ; cette fois je masse ses cuisses avec force. Kate continue à sourire.

Je me suis redressé et l’ai prise dans mes bras en embrassant ses épaules et son cou. Mais cet élan de désir est contrarié par une sensation plus forte. Hier, elle m’a expliqué fièrement qu’une villageoise lui avait appris à soigner ses cheveux « avec du yaourt ». Mais elle a dû mal comprendre : le yaourt ne fait pas partie de la toilette de l’été, et c’est pour la peau que les femmes riches l’utilisent ici. De fait, Kate m’envoie une odeur suffocante de lait tourné qui me rappelle la boutique du laitier… Il y a deux choses qui se mélangent de manière singulière : cette odeur affreuse, et l’un des contacts les plus sensuels dont m’ait gratifié une femme à la beauté virginale. Il y a aussi le fait que je n’ai plus de gelée contraceptive, que je n’ai pas envie de rompre notre jeu érotique pour parler de sexes qui pourraient s’accoupler, de sperme et toutes choses qui n’ont rien à voir avec le plaisir à l’état pur… Tout cela me paraît faux depuis le départ, malgré l’extraordinaire volupté de nos caresses.

Nous nous sommes un peu écartés. Nos lèvres s’embrassent longuement. Je soulève ses seins très légers, les taquinant avec mes lèvres, jusqu’à la morsure. J’embrasse son sexe.

Je crois que nous en sommes restés là.

Le soir, Grietje est rentrée. Elle a bien ri que je n’aie pas su où elle avait caché la gelée, mais elle m’a reproché d’avoir pris le risque d’être surpris par la femme de ménage, ou, pire, un collègue de bureau…

Quelques mois plus tard, je suis de retour à mon domicile avec Aimée et Tony qui sont rentrés de voyage. Amanda et Kate nous rendent visite de temps en temps. Pendant la saison des pluies, la chaleur est devenue lourde. Une fois, je trouve Kate en train de se doucher dans la salle de bains. Nous restons enlacés un moment pendant que l’eau nous rafraîchit. Je bois ses lèvres, ses seins, son ventre. Elle roule mon sexe entre ses cuisses en riant.

Un autre jour, Amanda m’annonce qu’elle viendra dormir chez moi, accompagnée de Kate qui repart en Allemagne le lendemain. Nous habitons près de la station de taxis, ce qui sera très pratique, blablabla Amanda… Je suis seul ce soir là. Elles arrivent, toute pimpantes, alors que suis à l’atelier au premier étage. On prend un repas au bar du coin, puis je retourne dans mon atelier car je suis sur un de ces trucs intéressants qui peuvent m’occuper jour et nuit jusqu’à épuisement. Les filles sont en bas à papoter — je suppose. Dans la soirée, Amanda monte me chercher.

— « Prenez la chambre, je dormirai ici ! »
—  « Mais… ? »

Elle est repartie dépitée.

Je ne sais pas pourquoi je ne suis pas descendu les rejoindre. Pourquoi je n’ai pas baisé ces deux filles. Peut-être parce que je n’aime pas baiser ? J’ai besoin de sentir une vague de désir qui me relie profondément à la terre. Kate ne représente rien pour moi, au-delà d’une présence érotique. Mais peut-être ai-je eu envie de continuer à croire qu’elle n’avait jamais connu un homme, cette virginité fantasmée mettant en valeur son ingénuité, sa beauté librement offerte…  Une sorte de jouissance désincarnée, un appel à l’extase auquel je ne savais pas répondre à cette époque ?

Il est vrai qu’elle représente pour moi la quintessence du désir. Souvent, quand une jeune amante est sur moi, les mains caressant mon pubis, je serre ses doigts autour de mon arbre, je ferme les yeux et je repense à Kate.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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