Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 août 2005 1 29 /08 /août /2005 23:00
Cousin, cousine… Les premières amours, souvent inavouées, premiers baisers parfois, souvent manqués, jamais oubliés.

J’avais dix-sept ans et une petite amie confite en dévotion qui vivait à des milliers de kilomètres. Encore puceau mais déjà libertin de cœur et de pensées ; ébloui, effrayé par les femmes, ignorant tout de leur vocabulaire amoureux.

Elle était belle, cette jeune fille qui venait me dire son mal de vivre sur le balcon pendant les repas de famille. Quelle bénédiction d’avoir une cousine ! Elle est restée pour moi l’emblème du désir interdit, d’une beauté qui serait là juste pour être contemplée — un objet d’art dans une galerie. Si vous avez besoin d’une image : je l’ai trouvé ressemblante à Jane, la compagne de Greystoke. Mais je n’étais pas Tarzan... :-(

Ce n’est pas seulement son corps qui me plaisait. Son regard, son sourire, sa voix. Bien des fois nous avons couru dans les foins, mon frère et moi, et les deux sœurs cousines, essayant de voler un baiser… mais jamais je ne serais allé au bout d’un tel crime. Alors, je contemplais ses lèvres pendant qu’elle parlait.

C’est une femme profonde, romanesque, rêvant d’espace. Je lui racontais mes virées en auto-stop dans le nord de l’Europe. Soupirs : quelle chance d’être un garçon, de vivre libre, de faire des études pendant qu’elle devra renoncer à ses rêves... hormis quelques voyages.

Mon dernier souvenir de cette époque (est-ce le dernier ?) : nous marchons ensemble dans une forêt au confluent de deux rivières. J.-P., mon copain de classe, est avec nous, mais je me suis arrangé avec lui pour qu’il nous abandonne après le pont. (C’est un « plan cousine » très classique, mais il continue à marcher.) Il va falloir que je me décide de lui dire que, euh, je l’aime, non, euh, j’ai envie d’elle, non, euh : « Ce serait bien que toi et moi on essaie une fois, pour la première fois, euh... » La rougeur de mon visage complète la phrase : je vous ai bien dit que je manquais de vocabulaire ! Elle se tourne vers moi en souriant, d’une voix très douce :
— « Mais voyons, Julien, tu sais bien que ça ne se fait pas entre cousins ? »
— ...

Je suis muet. Que répondre à de tels arguments ? Brrrr, dans une famille où le contact physique est quasi-inexistant, elle vient de dresser devant moi un tableau orgisiaque de noces incestueuses, où les cousins et les cousines s’entredévorent... La malédiction est sur nous !

Eh bien, chère cousine, je te répondrai aujourd’hui, car j’ai acquis du vocabulaire :
1) Ce qui ne se fait pas entre cousins, c’est de procréer. Du moins c’est risqué, disent les généticiens. Je ne t’ai rien proposé dans ce registre, donc tout est négociable.
2) Nous ne sommes pas cousins germains ! Merde, je viens de m’en apercevoir, le lien de consanguinité est entre nos grand mères.

Cricri, ma cousine, a sauvé sa vertu par la ruse. Elle a probablement évité beaucoup d’ennuis. A l’époque je ne savais rien sur les cycles de fertilité, et elle n’en savait peut-être pas assez pour éviter le pire. Le pire ? Je ne sais pas, après tout : c’était — c’est encore — une femme merveilleuse, et moi je serais devenu Tarzan.

Son sourire, son regard, sa voix, sa tendresse espiègle sont intacts. Il n’y a plus de foin chez la grand tante, et même la grand tante n’est plus, mais il reste toujours un baiser à voler pour le plus dégourdi.

Partager cet article

Repost 0
Published by Julien Lem - dans Pensées en vrac
commenter cet article

commentaires

Ton amie lointaine 17/02/2007 04:01

:-)

Ce Blog

  • : Fils invisibles
  • Fils invisibles
  • : Un loup gris partage les émotions, intuitions et désirs au fil de ses « voyages » d'amitié amoureuse.
  • Contact

Fonds De Tiroirs