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22 août 2005 1 22 /08 /août /2005 23:00
Dans mon journal, vendredi 3 septembre 2004

Cet après-midi je vais chercher Iliane à la gare, puis nous faisons route vers C. où elle va passer six jours en stage. Daniel doit aussi participer à ce stage. Tous deux espèrent ainsi évacuer des tensions dans leur relation.

Nous passons une heure ensemble dans un endroit ensoleillé, mais le désir s’enlise… Le soir, je la laisse sur son lieu de stage, une bâtisse ancienne hideusement retapée (volets métalliques bleu ciel) entourée d’un jardin aménagé sans goût. Elle aime ce lieu.

Cinq jours plus tard elle m’appelle pour m’annoncer qu’elle ne souhaite pas me revoir en chemin au retour du stage. Elle est épuisée et a besoin de se « recentrer ». J’entends derrière elle la voix de Daniel qui lui demande de décider si elle profitera de sa voiture…

Je ne ressens rien de particulier. Je nous sens « déconnectés », sans regret ni tristesse. Je crains toutefois qu’elle soit sous la coupe de gens qui ont réponse à tout. Or j’ai besoin de vivre avec des gens qui prennent du recul par rapport à leurs idées et en acceptent une lecture critique.

Le 28 septembre, elle m’écrit :
Peut-être ne sommes-nous faits que pour faire l’amour quand on est ensemble ? :-)
Vendredi 8 octobre 2004

Iliane m’appelle. Nous ne nous sommes pas parlé depuis un mois. Elle vit une nouvelle relation avec Jérémie, un homme de la même ville.

Nous évoquons des souvenirs d’hier qui convergent de manière surprenante. Je marchais sur le chemin ombragé qui mène à mon bureau. Là je me suis rendu compte que je n’avais aucun projet de la revoir, qu’elle était avec un autre homme mais que cela ne me causait aucune tristesse. En fouillant un peu cette sensation j’ai vu que tout ce que je vais chercher auprès d’elle est en moi, notre relation n’étant rien d’autre qu’un « catalyseur » de mes découvertes. Je me suis senti heureux de vivre une relation amoureuse sans attendre que l’être aimé m’apporte quelque chose. Je l’aime pour elle-même et ce qu’elle éveille en moi. Le sexe ? Je peux trouver d’autres partenaires, ou m’en passer, pas vous ?
Loin de l’opinion, de la civilisation, de la culture dominante et des mœurs établies, le sage lucrétien possède son désir sans être possédé par lui, il maîtrise sa chair et n’est pas dominé par elle, il veut autant que faire se peut et tâche d’être le moins voulu possible. […] Il se réapproprie le peu de liberté impartie par la nature et inflige à l’énergie qui le travaille des formes sculptées, choisies.

Michel Onfray in « Théorie du corps amoureux »
À son tour de me parler de ce qu’elle a vécu hier. Elle est émue que j’aie réagi favorablement à l’idée qu’elle avait une autre relation. L’homme en question est dans une grande demande d’amour : sa femme vient de le quitter pour un autre. Elle prend plaisir à cette relation qui débute mais elle sent chez son amant le poids de la dépendance et la peur d’abandon. Elle lui a bien annoncé qu’elle avait d’autres amis-amants, mais il préfère de ne rien entendre sur ce sujet…

Hier, n’en pouvant plus, elle s’est mise face à une photo d’elle bébé et a laissé s’exprimer son amour d’elle-même. Elle a réalisé que ce que nous cherchons dans la relation amoureuse c’est d’aimer ces parts obscures de nous-mêmes. De sorte que, si l’on commençait par s’aimer soi-même vraiment, on pourrait aimer l’autre pour ce qu’il est plutôt que pour ce qu’il peut nous apporter. Elle s’est rendue compte que je l’aimais déjà ainsi, mais en ce qui la concerne elle a encore besoin d’avancer pour aimer ce qui en moi ne lui plaît pas. Et vice-versa : même si nous pouvons échanger des paroles blessantes, même si nous sommes en conflit sur le plan des idées, il y a une dimension de l’amour (j’ai dit « trois dimensions avec les ombres et les lumières ») dans laquelle on aime aussi l’autre pour ce qu’on n’apprécie pas en elle/lui.

Samedi 30 octobre 2004

C’est la pleine lune. Iliane est heureuse de quitter Biarritz et de se détacher un peu de Jérémie. Ce week-end il reçoit des amis dont elle ne supporte pas l’ambiance tabagique et alcoolisée. Il ne sait pas grand chose de ses projets — officiellement il ne veut toujours rien savoir — mais il n’est pas pesant et elle ne se sent pas emprisonnée. Pour la première fois depuis longtemps je la sens libre. Est-ce pour cette raison que j’ai encore plus de plaisir quand nous faisons l’amour ? Elle me « prend » vraiment, de manière naturelle (sans rituel) et non compulsive, elle accueille mon plaisir, elle ose le sien… Pour la deuxième fois depuis que nous nous connaissons, elle vit un orgasme physique fort comme un ouragan. Cette fois je peux l’y rejoindre car elle n’est pas féconde. C’est une célébration de la vie, de la tendresse, du bonheur de se rencontrer en êtres libres.

Le réveil, au matin, est difficile. Elle s’est sentie fatiguée cette nuit. J’ai dormi dans un lit séparé car nous n’arrivions pas à « défusionner ». Dans la nuit elle avait envie de me retrouver, mais elle n’a pas appelé et ne s’est pas rapprochée. La voici donc tendue et moi impatient parce que nous devons libérer la chambre avant midi. Nous avons commencé à faire l’amour mais elle y a renoncé alors que j’étais déjà haut dans le plaisir. Elle s’est rendue compte qu’elle se privait du plaisir sexuel — et cherchait par là même à m’en priver — parce qu’elle espérait ainsi me retenir. J’aurais dû la laisser seule pour qu’elle observe ce qui se passait en elle, mais je suis encore trop attaché à la promesse du plaisir.

Aimée est venue me chercher en début d’après-midi. Pas un mot sur mon escapade. Jardins secrets. Elle a vu que j’étais heureux. Nous avons parlé tout l’après-midi, puis nous sommes allés voir un très beau film, « Un long dimanche de fiançailles », dîné au restaurant japonais et dormi ensemble.

Vendredi 5 novembre 2004

Iliane répond à des remarques que j’avais faites sur la période juste après notre rencontre :
J’ai remarqué que le dernier jour, et dans les jours qui suivent, je n’ai pas envie de te contacter, comme si quelque chose était saturé, trop plein, j’étouffe. Je supporte à peine de penser à toi. Tout cela s’allège d’un seul coup lorsque tu exprimes : « Je suis encore trop souvent prisonnier de mon désir ». Et je rajouterai même pour moi : « Je suis encore trop souvent prisonnière de ma peur d’être abandonnée, d’être seule ». Et voilà, la boucle est bouclée. À moins d’arriver comme à notre avant dernière rencontre, à basculer dans la fluidité, dans la transformation de ces stagnations, ça nous empâte le cœur d’insensibilité, d’ennui, de tristesse, ou de diverses choses amères…

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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