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21 août 2005 7 21 /08 /août /2005 23:00
Dans mon journal, le vendredi 25 juin 2004

Je suis arrivé chez Iliane-Patricia par le train du soir. Elle ne m’attendait pas à la gare car sa voiture était en panne. Nous sommes restés quelque temps dans le jardin devant sa maison, elle allongée sur un hamac et moi assis à son côté. J’ai mis longtemps à réaliser sa présence matérielle, tellement nous étions en fusion dans nos pensées, comme dans un rêve. Ce qui m’a ramené à l’état de veille était le poids de la main qu’elle a posée dans la mienne, puis celui de son corps dans une brève étreinte. Elle est toujours aussi menue mais je ne la sens plus flotter dans l’espace.

Nous avons passé des heures à faire la cuisine et à dîner — de nouvelles recettes qu’elle étudie dans des stages de cuisine. C’est une stagiaire à vie ;-)

Lorsque nous avons fait connaissance, il y a trois ans, j’ai voulu mettre un frein à ce que je percevais comme une dérive passionnelle. Je ne voulais pas revivre les errements d’une relation ancienne (avec Grietje) qui m’avait plongé dans l’aliénation. En faisant cela, je me suis interdit de mesurer la dimension affective de notre lien, le réduisant à un cheminement sexuel et « spirituel ». Nos différences culturelles — elle un peu « perchée » et moi très « dans la matière » — et la rareté de nos rencontres m’ont servi d’alibi pour ne pas accéder à sa demande. Mais je crois que nous vivons aujourd’hui, pour la première fois, une rencontre amoureuse. C’est aussi la première fois qu’elle n’est pas engagée simultanément dans une autre relation, ni la fin d’une relation, comme avec le père de Noémie, puis ses amants Marc et Daniel. Elle s’est séparée de Daniel en juin dernier, au terme d’un long processus auquel j’avais été impliqué en janvier [La voie de l’extase (3)].

Il n’y a donc plus d’homme entre nous dans ses pensées, plus d’autonomie à affirmer ni conquérir. Depuis que j’ai senti le poids de sa main dans la mienne, je sens notre présence l’un à l’autre, sur le plan affectif, et je n’ai plus peur de là où cela pourrait nous mener.

Son corps est devenu souple et doux à caresser. Elle sait se donner, entière, sans jamais se laisser prendre. Je n’en suis plus à me demander si tel ou tel geste va dans le sens de son besoin immédiat. Nous sommes très loin de la rencontre de janvier où elle voulait tout garder sous contrôle, chacun de mes mouvements, mes intentions mêmes, ainsi que mes érections qui prenaient la fuite… Je commence à percevoir son désir profond malgré l’extrême sobriété de ses gestes.

Saveurs partagées. Notre rencontre amoureuse, sur le plan physique, se résumerait à une pêche fraîche et savoureuse goûtée dans un baiser. Cette dominance des saveurs et des odeurs va s’inscrire dans nos jeux amoureux. Il n’y a aucune rupture entre la longue préparation, la dégustation du repas et la rencontre des corps. Elle me dira plus tard que, pour elle, ces saveurs partagées vont de pair avec l’acceptation du plaisir de l’autre.

Nous sommes allés naturellement sur le chemin de l’extase car elle est en période fertile. Il ne faut pas… Je la sens monter de plus en plus haut dans le plaisir, un plaisir que je fais mien. J’ai souvent l’impression d’être une femme, d’être elle, et le sexe mâle qui nous relie est comme un objet sacré érigé entre nous. Je peux m’abandonner à son plaisir parce qu’aujourd’hui elle accepte le mien.

Tard dans la nuit elle me laisse seul, car il faut qu’elle dorme et nous pourrions aller ainsi jusqu’à l’épuisement. Le lendemain matin nous faisons encore l’amour, puis elle se met du henné sur les cheveux. Elle joue à colorier mon sexe… C’est la première fois qu’elle prend plaisir à le regarder et le toucher. Parce que je lui ai parlé du fétichisme de Sada, l’héroïne de « L’empire des sens » ? Elle se peint les ongles des orteils, nous déjeûnons, puis elle part à sa répétition de danse et je m’assieds pour écrire.

A midi, elle revient. Caresses, massages, nous parlons encore un peu, puis elle déjeûne et part assister à la fête de l’école de Noémie.

Dans le train j’ai lu une biographie de Lou Andreas-Salomé écrite par Françoise Giroud. J’aime ce qu’elle a écrit à 20 ans :
Je ne puis ni vivre selon un idéal, ni servir de modèle à quelqu’un d’autre. Mais je puis très certainement vivre ma propre vie, et je le ferai quoi qu’il advienne. En agissant ainsi, je ne représente aucun principe, mais quelque chose de beaucoup plus merveilleux, quelque chose qui vit en moi, quelque chose qui est tout chaud de vie, plein d’allégresse et qui cherche à s’échapper…
Elle écrivait aussi que, selon elle, les trois formes d’accomplissement dans la vie d’une femme sont : « … la maternité, le mariage et une liaison purement érotique. Les trois m’ont manqué, mais j’ai eu la vie, la vie, la vie… »

Le soir j’assiste au spectacle de fin d’année de l’école de danse orientale. Iliane est parfaite dans l’attitude, le bassin souple et bien positionné, le regard vivant. À croire que cette danse a été inventée pour elle… Nous rentrons tard et nous allons tous de suite dormir, chacun dans sa chambre.

Dimanche 27 juin 2004

Iliane est venue se glisser contre moi dans la fraîcheur du matin. Elle est encore tendue, son sexe irrité pour être allée au delà de son désir, hier, quand soudain elle m’a demandé de la « défoncer ». Dieu sait que j’ai fait doucement… Nous parlons, je la masse, elle se détend et commence à « fusionner » avec tout mon corps. Son plaisir augmente prodigieusement. Elle en est à masser mes chevilles, entrer « en contact avec mes os » dans un état de transe. J’ai lâché prise, mes mains accompagnent sa jouissance, mais à un moment elles frôlent son sexe très légèrement. Le charme retombe immédiatement. Elle me reproche de tout avoir gâché par ce geste et de « chercher à l’exciter ».

Je n’ai pas envie de jouir hors d’elle car elle ne l’accepterait pas. Elle associe la jouissance de l’homme au rôle qu’elle s’est efforcée de jouer depuis son enfance : se faire aimer en donnant du plaisir à son partenaire.

Cette interruption a été violente pour elle. Elle s’est sentie privée d’orgasme. En parlant nous retrouvons l’accord profond, le désir revient dans toute sa puissance, cette fois nos sexes sont rassemblés. Mais le mien se replie malgré le plaisir. Cette fois j’ai peur de jouir en elle et je le lui dis. Nos regards se rencontrent. Elle a parlé d’ouverture du cœur… Je m’abandonne dans son regard et son plaisir, la crainte disparaît, mon arbre se dresse et pénètre dans la profondeur de son ventre. Je suis « elle » encore une fois. Elle vient sur moi, de plus en plus agitée dans le plaisir, puis elle pleure en me suppliant de jouir en elle… Cette situation me rappelle celle que j’ai vécue le premier jour avec Marie. Je sais déjà que pas une goutte de semence ne sera versée tant que je resterai immergé dans ses sensations. Quelque chose en moi lui dit de ne pas s’inquiéter et quelque chose en elle lui dit de me faire confiance. Elle entre dans un orgasme d’une intensité que je n’aurais jamais soupçonnée.

Je repense plus tard à une phrase que j’ai écrite à Marie en réponse à son « laisse moi tomber » : Je voudrais cheminer avec d’autres femmes qui aient ton extraordinaire énergie amoureuse. Ce que je prenais pour un défi, une conjuration du sort, se révèle plutôt comme une pensée prémonitoire. Marie a cessé d’être mon seul point de référence et je peux me laisser porter par d’autres courants ascendants… Je n’attendais pas si tôt une telle force ascensionnelle venant d’Iliane. Nous sommes arrivés au but sans même y penser, et soudain tout le chemin parcouru s’efface, notre relation s’inscrit sur une page blanche. Le fait de se rencontrer en période fertile, qui m’oblige à rester sur la voie de l’extase tandis qu’elle part dans la jouissance, a été un des ingrédients indispensables de cette apothéose.

Pendant qu’elle dort je prépare un poulet au curry et au lait de coco. Elle dévore. L’après-midi nous faisons encore l’amour. Il y a des jours où le plaisir coule sur moi comme une averse divine.

En fin d’après-midi elle a besoin de se retrouver seule. La fusion devient pesante, comme une menace de dépendance ou d’aliénation. Quand elle avait vécu cette aliénation avec Marc, il y a deux ans, son corps avait réagi en développant des inflammations de ganglions aux seins. En ce moment elle reconnaît les mêmes signes qui tirent la sonnette d’alarme. Elle est attirée vers moi, physiquement, émotionnellement, intellectuellement, mais elle a peur de ce que cette attirance peut exiger d’elle.

L’idée m’est venue de l’inviter à M. le week-end prochain. Ce sera la pleine lune, elle ne sera plus fertile, nous pourrons dormir en bord de mer… Elle est enchantée par ma proposition mais il y a un obstacle : elle sera de garde pour Noémie. Pendant que nous parlons de ce projet, Damien appelle pour demander s’il pourrait reprendre Noémie la semaine prochaine !

Mon invitation la séduit et la perturbe en même temps. Serait-ce une étape vers la dépendance ? Mais la date est tellement judicieuse, une occasion comparable ne va pas se représenter de si tôt.

Le soir nous chantons et dansons, puis nous allons dormir, épuisés.

Lundi 28 juin 2004

Ce matin, je retrouve Iliane pleine de tensions : appréhension de mon départ, peur de l’attachement, peur d’accepter le bonheur, le plaisir même. Elle sent qu’elle s’est refermée. Notre relation de ce matin est tendre mais pas sexuelle.

Peu avant mon départ, en début d’après-midi, elle reçoit un appel de son ami Stéphane. Il passe donc « en coup de vent » et nous buvons le café ensemble. C’est un homme dans la trentaine, inventif, qui vient de créer une entreprise de communication. Il aide beaucoup Iliane à mettre en place son activité professionnelle. Nous parlons du travail puis de sa relation avec son ex-femme. Cette visite a relâché les tensions et je pars dans un climat de sérénité.

Samedi 3 juillet 2004

Revoici donc Iliane à M. J’ai préparé un sac pour la marche et le bivouac, mais nous allons d’abord à l’hôtel près de la gare. Le désir est au rendez-vous. Nous vivons une belle fusion entre les corps, les pensées, les émotions, mais je sens que nous irons plus loin encore dans l’extase. Je crois qu’elle a peur de franchir une limite dans le lâcher-prise, peur de la jouissance à l’extrêmité de l’extase, peur de ma jouissance aussi, bien qu’elle ne la rejette plus. Quand elle se sent monter, elle dit que c’est moi qui vais « trop vite », mais parfois la lenteur de son rythme met un terme au courant ascendant. Il nous reste beaucoup à apprendre.

Nous dînons au restaurant chinois. Rentrés très tard, nous dormons immédiatement. Le lendemain nous allons profiter de la mer. Le soleil brûle mais l’eau est froide. Nous contemplons le port au coucher du soleil..

Iliane est perturbé par un appel qui lui apprend que son thérapeute est tombé d’un escabeau et souffre de plusieurs fractures. C’en est fini de notre intimité, elle pense à lui en permanence. Alinéation. Nous dînons tard dans un petit restau couscous près d’une mosquée, puis nous allons dormir.

Lundi 5 juillet 2004

Iliane était tendue au moment de dormir, et ce matin aussi. Elle n’a plus envie de faire l’amour, mais elle a des montées de désir, l’envie de me percevoir « comme sa mère ». Notre communication est encombrée par les morts et les vivants, souvent en décalage avec nos sensations. Je retrouve son envie de contrôler la situation et de dicter aux autres ce qu’ils doivent sentir. Mais il reste de longs moments où elle se laisse guider par les sensations plutôt que son imaginaire.

Je rentre chez moi vers 15h00 après l’avoir accompagnée au train.

Ce matin, j’aurais dû avoir le courage de la laisser seule avec ses pensées, en lui suggérant de prendre un train plus tôt afin de se rendre disponible auprès de son ami.

Samedi 10 juillet 2004

C’est étrange ce que je ressens ces jours-ci, ou plutôt ce que je ne ressens pas ! Le week-end dernier j’ai vécu des moments « inoubliables » dans un tourbillon de volupté et d’énergie amoureuse… Pourtant, dès mon retour je les ai oubliés. Je n’y pense plus et me demande pourquoi : cette relation serait-elle trop parfaite, exempte de passion et de toute émotion, inscrite uniquement dans le lieu et l’instant présents ? J’ai envoyé un petit mot à Iliane, sans réponse, je n’ai pas envie de l’appeler ; elle non plus, bizarrement.

Est-ce que j’aurais envie de la retrouver s’il n’y avait cette promesse de plaisir sensuel entre nous ? Je n’arrive pas à dissocier le désir de notre relation.

La nuit, je m’évade dans des mondes musicaux d’une grande sensualité. Je dors seul.

Iliane m’écrit enfin :
Je n’écris pas mais pense à toi. Je freine aussi les envois par e-mail et téléphone car j’ai reçu ma facture bien plus élevée que d’habitude depuis que j’ai l’ordi qui fonctionne sur internet et e-mail.
Et aussi besoin de digérer cette rencontre très très riche.
Et aussi il y a eu la relation avec Daniel à gérer. Quand je suis rentrée de nos noces de miel de lune, j’avais mal aux seins comme je te l’avais dit. Mais je me sentais assez concentrée et disponible pour gérer et observer les causes de ce déséquilibre. 2 à 3 jours après j’ai senti que les douleurs et les symptomes régressaient.
Et voilà que Daniel revient à la charge… Je suis tombée encore dans l’ornière. Nous n’avons pas fait l’amour parce que je n’en ressentais pas le besoin. Mais il s’est raccroché à moi, peut-être aussi parce qu’il a senti notre bonheur, la présence d’un vieux loup qui rôde autour de moi. Et dans ses manœuvres j’ai senti que je disais oui à quelque chose, par peur sûrement d’être seule. Je l’ai très vite regretté amèrement. Des tumeurs ont envahi mes seins, une douleur dans les poumons et une fatigue intense. Je ne pouvais plus me bouger et je déprimais.
Cela a été dur pendant 2 ou 3 nuits, j’ai fait des rêves très forts et très précis. J’ai trouvé en moi une force, ou plutôt j’ai été la chercher avec le courage de ceux qui n’ont plus rien à perdre, puisque je me sentais partir à nouveau. J’ai pensé aussi a Noémie et tout ce que j’aimerais vivre avec elle… et tout ce que j’aimerais vivre dans ma vie…
Le lendemain j’ai parlé à Daniel et je me suis positionnée doucement mais fermement. Ça lui a fait un bien fou et le libère vers d’autres planètes…
Je me sens aujourd’hui plus disponible et j’ai eu plusieurs moments de tendresse pour toi.
Quelques jours plus tard, Iliane me raconte deux rêves qui l’ont marquée. Dans le premier, elle est dans une chambre vide d’une maison aux cloisons coulisssantes comme au Japon. Un homme nu est étendu. Elle caresse son sexe. Son père rôde autour de la chambre, aperçoit la scène, réalise que cette caresse n’est pas pour lui, renonce. Dans le second rêve c’est la même scène, mais je suis assis près d’elle, silencieux, en harmonie avec ce qui se passe. L’homme qu’elle caresse n’a pas de visage. Elle sent qu’elle est en train de s’approprier son sexe pour développer en elle une énergie masculine dont elle a besoin pour affirmer son contact avec la terre. Son père est toujours dans les parages, mais tenu à distance par ma présence.
[…] Un quatuor de Beethoven dit à Sabina ce que Djuna ne serait pas parvenue à exprimer. Que la vie est continuité et qu’il faut continuellement traverser des chaînes de cimes et de sommets pour atteindre cette continuité. Qu’en s’élevant, l’esprit parvient au mouvement perpétuel qui transcende la mort et rencontre du même coup la continuité de l’amour en touchant à ce qui constitue l’essence impersonnelle de l’amour absolu. Que cette essence est la somme de toutes les alchimies par lesquelles s’élaborent la vie, les enfants, les œuvres d’art, les découvertes scientifiques, les actes héroïques et les actes d’amour. Que les couples n’ont pas une individualité interchangeable, afin que soient protégés les échanges des esprits, la transmission des caractères, toutes les fécondations à venir. Que la fidélité n’est autre chose que cette recherche de la continuité, d’un amour constamment grandissant et dont la cristallisation s’achève dans des moments d’exaltation comparables aux sommets de l’art ou des religions…

Anaïs Nin dans « Une espionne dans la maison de l’amour »


[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

Ligérienne 11/02/2006 09:04

"C’est étrange ce que je ressens ces jours-ci, ou plutôt ce que je ne ressens pas ! Le week-end dernier j’ai vécu des moments « inoubliables » dans un tourbillon de volupté et d’énergie amoureuse… Pourtant, dès mon retour je les ai oubliés. " : Je ressens souvent la même chose vis à vis de l'Amant, peut-être est-ce une protection, je ne sais pas trop.

Julien Lem 11/02/2006 13:48

Je crois plutôt que ce qui crée une trace dans notre mémoire, ce sont les "actes inachevés" que les philosophes indiens (au Cachemire vers le 10e siècle) appelaient "racines de vie". Même dans un événement "inoubliable" il y a de petites imperfections, or ce sont justement ces petites imperfections qui le rendent inoubliable. Ce principe philosophique très subtil est paraît-il représenté dans les œuvres artiistiques, par exemple la broderie d'une soie ou d'un tapis sur laquelle un œil exercé décèlera trouvera toujours un petit défaut. Enfin, c'est ce que m'expliquait un artisan de cette région... Ces "racines de vie" sont agrégées dans ce que les philosophes ont appelé "karma", une notion très vite détournée vers un système de faute et réparation, alors qu'à l'origine il n'y avait aucun principe moral dans ce processus. Si j'accepte cette interprétation, je dirai que lorsque nous vivons un événement qui comble les racines de vie, qui "accomplit" au sens propre du terme, il n'a aucune raison de se graver dans notre mémoire. Mémoire à long terme, bien entendu. C'est là que l'écriture peut produire une "œuvre seconde" en captant quelque chose de sublime... Mais c'est un autre sujet.

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