Lundi 22 août 2005 1 22 /08 /Août /2005 00:00
Dans mon journal, le 16 avril 2004

J’arrive à Fátima avec quelques heures de retard. Il est plus de minuit quand je retrouve Marie et Michel. Je m’allonge près d’elle. Elle me dira plus tard à quel point elle aime dormir près d’un homme qui reste éveillé et attentif… Malgré l’épuisement, la fièvre et le mal de tête qui me rongent depuis le retour d’Asie, c’est pour moi une nuit magnifique, dans la contemplation de mon amour. Je n’ai aucune impatience car je sais que nous allons passer d’autres nuits ensemble. La guérison est proche, j’ai la certitude qu’une boucle va se refermer pour de vrai sur notre belle histoire.

Je ne sens plus chez Marie cette pression qui me tenait à distance, ni ses bras qui n’osaient pas me serrer. Elle me dit, sans surprise, que Thibaud a très mal pris l’annonce de son départ. Dommage qu’il y ait eu ce contretemps, Thibaud arrivant trop tôt (pour nous) dans sa vie amoureuse. Ce voyage avait déjà été projeté, impossible de changer les dates. Lui aussi, d’ailleurs, n’a rien changé de son projet de partir revoir son ancienne compagne. Mais il ne comprend pas que Marie puisse partir avec un autre homme alors qu’ils sont « ensemble ». Ils ont vécu leur rencontre passionnelle dans une bulle totalement isolée du reste du monde, y compris de Michel. La relation entre Thibaud et Marie ne pourrait être qu’exclusive, et je ne m’attends pas à retrouver Marie dans l’intimité, les jours qui viennent, puisqu’elle m’a écrit qu’elle aussi avait besoin de cette exclusivité. C’est pourquoi j’ai mis du temps à me décider à m’approcher d’elle, ce soir.

Lundi 18 avril

Hier, Thibaud et Marie se sont longuement parlé au téléphone. Je me suis senti mal en son absence car je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à la saga avec Robert, l’an dernier. Ensuite Marie lui a écrit un long message qu’elle me fait lire. Entretemps elle a reçu de lui des messages exprimant sa colère et son intention de la quitter. Elle entre sur l’ordinateur pour l’envoyer.

C’est une des plus bouleversantes lettres d’amour que j’aie jamais lues. Elle lui a écrit, notamment, qu’il cherchait l’amour parfait, qu’avec elle il avait fait une rencontre, mais pas concrétisé son idéal ; que son amitié avec moi compte beaucoup dans sa vie, qu’elle fasse ou non l’amour avec moi ; que si elle est partie, c’est peut-être aussi parce qu’il l’a bousculée avec son exigence ; qu’il ne peut pas lui donner la liberté pour la lui reprendre ensuite ; qu’elle ne veut aucune chaîne ; et pourquoi est-on toujours dans le « quitter » ? N’est-ce pas la dernière façon d’aimer l’autre ? […]

Si la première nuit que nous avons passée ensemble, vendredi soir, était sous le signe de l’immobilité, du silence, du repos, la seconde a été celle des caresses amoureuses. Avec mes mains, seulement, mais cette fois dans le passage de l’extase vers la jouissance. Elle a envie de plaisir mais pas vraiment de mon sexe. Nous ne sommes pas sur le terrain de la fusion amoureuse. Il reste une distance entre nos corps, malgré la nudité, le contact, les caresses tendres et sauvages. Elle se donne dans la volupté mais ne fait aucun geste qui pourrait m’amener à la jouissance. Pour moi c’est en même temps frustrant, castrateur, et sublime.

Sublime parce que tous ses gestes sont en accord avec le moment de notre relation. Elle ne fait jamais semblant, pas un geste pour me faire plaisir, de sorte que mon plaisir est d’une intensité fulgurante dans le moindre effleurement. Elle aime sentir mon bonheur. Nous progressons, alertes comme des funambules, sur le sentier étroit de l’amitié tendre, au plus près de la lumière, face à un vaste horizon.

Mes réactions sont à l’inverse du raisonnable. Souvent, quand elle est au sommet de la jouissance, je ne ressens aucune excitation physique. Je m’oublie complètement dans son plaisir. Une autre fois, elle est parfaitement calme, tournée vers moi, je masse son dos doucement, et je me retrouve au seuil de l’orgasme car quelque chose (une aspérité de son peignoir ? un doigt malicieux ? je n’ose demander) est en train d’effleurer un mamelon.

Marie souffre à la pensée d’une rupture avec Thibaud. En venant me rencontrer, elle a mis fin à une merveilleuse « orgie de sentiments » que, dit-elle, elle aurait aimé consommer plus longtemps, même si cela devait s’arrêter un jour.

Ce soir, après avoir envoyé son message, elle se sent plus en accord avec elle-même. Elle anticipe que Thibaud ne pourra pas comprendre qu’elle est dans la réalité de ses sentiments, ni reconnaître que cela n’affecte en rien son amour et son amitié pour lui. Il y a une trop grande incompatibilité entre cette réalité et l’extraordinaire renversement de la vision du monde qui caractérise une passion amoureuse : tout l’univers est absorbé par la bulle dans laquelle les amants vivent leur aliénation.

Nous avons longuement parlé sur la terrasse. Marie a renoncé aux regrets. Elle est plus présente et plus vivante que jamais. Nos regards se croisent vers l’infini, le monde est avec nous et en nous, nul besoin de renversement. Son désir explose. Ce soir, il est explicitement tourné vers moi. Elle dit : « J’ai envie de toi ! » Je lui fais répéter…

Je la contemple et la dévore alors qu’elle fait face au miroir. Besoin pour elle de s’accepter ? Mais, une fois revenus dans la chambre, près de Michel endormi, cette flamèche de désir s’est éteinte en elle. Le sommeil finit par avoir raison de nous.

Dans la nuit, elle revient vers moi. Le désir, encore. Elle me prend en elle mais mon sexe la brûle. Elle me redit sa peur des maladies. Malgré les nombreux tests dont je lui rappelle l’existence, elle a gardé cette peur que je pourrais la contaminer.

Marie a aussi peur pour moi : l’ancienne compagne de Thibaud a eu des rapports non protégés avec un autre homme. Malgré le test négatif au bout de trois mois et les préservatifs qu’elle utilise avec Thibaud, elle a peur de me donner la mort… Plus je lui dis que j’ai confiance, plus j’attise sa peur, car ma confiance est assimilée à de l’inconscience. Elle sait que tout cela est déraisonné, mais son angoisse est une raison qu’elle invoque pour résister au « mélange des fluides ». Elle me dira plus tard qu’il y avait une autre raison plus profonde, liée au désir d’enfant.

Mes mains, mes lèvres encore… Elle ruisselle de plaisir, ses seins produisent même du lait. Des fluides, nous en mélangeons à profusion.

Dans une étreinte, mes mains sur ses seins ne sont plus disponibles pour son ventre. J’en ai d’ailleurs assez qu’elle dévore mes mains. Alors, comme je l’espérais, elle va chercher mon sexe et le glisse en elle. Pas de brûlure, cette fois, mais la démangeaison salvatrice de la guérison quand elle se met à le serrer vigoureusement. Paradoxalement, je ne suis pas sur le chemin de l’orgasme. Cette sensation de « l’arbre pris dans la tempête » me renvoie plutôt à notre première rencontre sexuelle, celle où j’avais renoncé à la jouissance.

Elle songe quand même à ma jouissance car elle me glisse à l’oreille qu’elle est dans une période féconde. Là, je ne suis plus en accord avec mon désir du moment — ce désir d’extase qui vient de naître de notre intimité. Je retrouve le schéma ancien, la pensée qu’il faudrait que je jouisse en elle « une dernière fois » pour dénouer toute attache. C’est cette pensée qui m’avait fait poser un ovule contraceptif sur la table de nuit. J’ai le sentiment d’être passé à côté de quelque chose de très profond alors que je me sépare d’elle pour aller le chercher… Effectivement, elle me dit : « Attends ! » Son désir est retombé. Cette fois nous avons reproduit le scénario qui m’avait plongé dans une grande souffrance lors de notre dernière rencontre amoureuse. Le cercle est bouclé. Pourtant, aujourd’hui, je ne souffre pas et je ressens un réel apaisement.

Lors de cette dernière rencontre j’avais senti un besoin compulsif de lui donner mon sperme. Désir de la féconder — symboliquement, grâce à la contraception — pour la maintenir ainsi attachée. J’étais amoureux. Ma guérison signifie, entre autres, le renoncement à ce désir d’enfant. Je comprends donc qu’elle ne veuille pas que je jouisse en elle.

Elle caresse mon sexe, à présent, me laissant libre de faire monter le plaisir. Mais ce soir je n’ai qu’envie de ses caresses, pas d’un orgasme solitaire.

Je ne sais pas si Marie comprend qu’elle m’a comblé, car elle est encore désolée de m’avoir repoussé. Ce n’est pas vraiment elle qui m’a repoussé. Si nous sommes appelés à vivre encore la fusion amoureuse, ce sera dans un moment de magie où le désir brûlera avec le même force et la même évidence que le brasier du potier que nous avons visité aujourd’hui.

Mardi 19 avril 2004

Marie est sortie seule et va peut-être revenir après la fermeture du cybercafé. Nous convenons que j’irai récupérer la réponse de Thibaud sur sa boîte aux lettres.

Elle me dit que pour elle ce message est vide, sans signification profonde, alors que Thibaud se targue de toujours atteindre la vérité de ses sentiments. Il a une idée préconçue de ce que devraient être l’amour et la Femme. Je suis affligé par une telle naïveté de la part d’un homme de 46 ans qui a déjà « essayé » l’amour avec plusieurs femmes, mais peut-être surtout des femmes-enfants qui se laissaient passivement modeler dans son univers. Je crois qu’il a besoin de l’énergie sauvage de Marie que comme piment de sa recette de cuisine amoureuse. Il a bien reconnu l’énergie, pour y avoir goûté, mais au fond il ne veut pas de la femme dans toute sa complexité, sans oublier les êtres indomptables qui l’entourent : son fils, sa famille, ses amis…

Marie me demande ce que je pense de sa lettre. Elle la trouve, comme moi, remplie de platitudes éloignées du vécu réel : cette image de « la femme que j’aime déjà sans la connaître encore » est la même que je cultivais pour endurer les frustrations de mon adolescence. Comme lui, j’ai commencé par projeter cet idéal romantique sur une femme « pure » et, comme pour lui avec Marie, l’idéal est entré en collision avec la réalité lorsque nous nous sommes touchés, affectivement et physiquement. Comme lui, j’énonçais des vérités universelles accompagnées d’avertissements aux détracteurs : « Tout le reste n’est que simulacre ». Pfff… Mais c’était mon histoire quand j’avais 17 ans.

Je ressens de la colère, ce soir, contre cet homme qui n’a rien d’autre que des déclamations à offrir à celle qu’il aime, au lieu de contempler et de jouir du torrent de vie qui coule dans une femme sauvage et indépendante. On se demande s’il a lu sa lettre avant d’écrire son sermon.

Il me fait penser à un piano mécanique égaré dans un orchestre tzigane.

C’est vrai qu’il arrive à gâcher notre soirée, malgré les efforts de Marie pour tourner la page et revenir à ce qu’elle ressent profondément. Elle se projette encore dans le délice des heures passées près de lui, dont elle voudrait encore… Elle se projette aussi dans leur inévitable confrontation, à son retour, bien qu’il ait annoncé qu’il ne voulait plus la revoir. Elle accepte de croire, petit à petit, que leurs vrais sentiments remonteront à la surface. L’amitié, sans doute, mais s’il n’y a que cela entre eux ce sera difficile pour elle (et pour lui) de faire le deuil d’une passion vécue avec une telle intensité.

Nous nous endormons, épuisés d’avoir parlé. Tristes. Dans la nuit je m’approche d’elle. Mes mains ont perdu toute sensibilité. Je me colle contre son dos et je jouis sans réel plaisir, comme un animal qui marquerait son territoire. J’ai honte d’agir ainsi, mais la colère a besoin de s’évacuer. Marie n’a pas bougé. Elle dormait, peut-être. Elle me pardonne.

Jeudi 22 avril

Grece Hier était une magnifique journée. Nous avons visité des ruines romaines dans un paysage d’une grande douceur. Michel était aux anges, tout était beau.

Marie m’emmène vers un haut-relief en disant qu’il va me plaire. C’est un gigantesque phallus couché en érection. Je trouve plaisir à caresser devant elle ce membre monstrueux.

La nuit, elle vient se lover contre moi. C’est la dernière nuit de notre séjour. Le désir n’est pas au rendez-vous. Elle s’endort dans mes bras. Je la regarde avec une grande tristesse, comme si elle était morte. Elle se réveille, me regarde intensément, me sourit, vient plus près encore, le bonheur m’envahit. Puis elle se rendort. J’ai l’impression de passer cette nuit à vivre des cycles de mort et de naissance. Elle a l’impression que je n’ai pas dormi. En fait, je dormais, mais je me réveillais chaque fois un peu avant qu’elle n’ouvre les yeux.

Le matin approche. Nous entendons les oiseaux. J’ai un doute sur ma guérison. Mon arbre se dresse douloureusement. Je le lui fais sentir ; cette fois je sais qu’elle est éveillée. Elle lui offre le creux de ses reins. Après quelque temps, elle le prend dans sa main et accompagne ma jouissance. Un peu plus tard, je réalise que c’était le dernier acte de ma guérison : que Marie accepte de me donner du plaisir comme je lui en ai souvent donné avec mes mains. Ensuite, nous parlons pendant qu’elle prend son bain, puis nous sortons acheter une tonne de vaisselle.

J’ai accompagné Marie et Michel à l’aéroport. En franchissant le seuil de la chambre, sur le retour, j’ai un pincement au cœur, car leurs odeurs, leurs voix même sont encore perceptibles. J’hésite à refermer la porte, comme s’ils s’étaient attardés près de la piscine à argumenter au sujet du dragon qui crache des bulles. Puis je me décide à entrer pour de bon et toute ma nostalgie s’efface. Les femmes de ménage ont enlevé le petit lit, la chambre est presque vide, parfaitement rangée. J’ai l’impression d’être dans un autre lieu. Ou plutôt, je reprends conscience que ces jours et ces nuits passés avec Marie et Michel appartiennent à un autre temps et un autre espace, aussi réels que la réalité de son absence. (Comment expliquer cela à Thibaud ?) J’ai de nouveau la vision d’elle, endormie dans mes bras, cette fois sans tristesse.

J’ai envie d’écrire aux êtres chers qui m’ont envoyé des messages pendant ce séjour.

Le soir, je retourne quand même au cybercafé pour envoyer un message à Marie, dans l’espoir qu’elle le lira avant de dormir. Elle le lit le soir même, au milieu d’une centaine de messages en attente…
Amie amour,
Je suis sorti de l’aéroport, le cœur léger. Je me suis assis sur une pierre pour attendre le bus. C’était tellement bon d’être en pleine campagne, avec le vent frais qui caressait les grandes herbes… Je goûtais la douceur du paysage, le silence dans ma tête et la paix dans mon cœur. […]
Alors que nous roulions vers l’aéroport, tu m’as dit une des plus belles choses que j’aie jamais entendues entre nous : qu’en ma présence, durant tout ce séjour, tu t’étais sentie « dans la vérité ». Oui, tout était vrai, juste et pleinement justifié. Même la distance : lorsque tu t’endormais dans mes bras et que je sentais le monde s’effondrer dans le néant (cette nuit, souvent). Tu étais vraie aussi quand tes yeux s’ouvraient, comme un lever de soleil plongeant dans mon regard en quête de lumière.
Ce matin, je regardais ton corps nu dans le bain. J’en connais le moindre détail ;-) Je l’aime pour sa beauté, son raffinement, mais aussi pour cette pudeur naturelle qui lui est propre, même exposé au regard. (Même dans l’offrande du désir, face au miroir.) Je me sens « vrai » de le regarder, de l’envelopper de ma nudité. En fait, je ne ressens pas de désir à te regarder ainsi. J’ai du désir quand tu me touches. Quelle que soit notre relation aujourd’hui et demain, je ne peux pas sentir le lien en dehors du toucher. C’est pour moi le fondement de cette vérité dont tu parles. Je n’aurais jamais pu exiger qu’on soit « vrais » ni qu’on se « mette à nu » comme tu l’écrivais à propos de Thibaud. La nudité des corps, celle des âmes, la vérité des sensations, tout cela a été naturel entre nous dès la première rencontre. Il n’y a rien à exiger. Mais j’apprends, lentement, à « laisser venir ». À te laisser venir vers moi, comme tu m’y invitais hier soir, au lieu d’envahir ton espace. Je te laisserai venir, aussi, s’il te prend l’envie… Aucune explication ne sera nécessaire, aucune promesse ne devra être tenue. Je suis guéri, tu sais ?
Je t’écrirai sans doute plus longuement les jours qui viennent.
Je t’embrasse en te souhaitant beaucoup de force dans le « rester vrai ».
Samedi 24 avril

Marie a répondu à mes messages. Elle m’envoie des corrections à faire dans ce journal dont je lui ai envoyé le texte. Elle écrit aussi :
> Tout était vrai, juste et pleinement justifié. 

Oui, c’est quelque chose que j’ai envie de cultiver, le plus souvent possible, avec les personnes que j’aime…
Mais tu as permis cette vérité… Lorsque tu accueilles tellement mes pensées, mes ressentis, il est sûr qu’il est permis d’être vraie !

>Je te laisserai venir,
>aussi, quand tu voudras, si un jour il te prend l’envie…
>Aucune explication ne sera nécessaire, aucune promesse ne devra
>être tenue. Je suis guéri, tu sais ?

J’aimerais beaucoup venir un jour vers toi, toute seule.
Nous sommes bien arrivés hier soir, nous avons pris le bus. Le trajet était joyeux, parce que Michel listait tous les moyens de transport qu’il connaissait. Je dégustais le moment passé avec lui. Quelques pincements au cœur de voir passer quelques endroits qui me rappellent de cuisants souvenirs.
Mais ce voyage a comme passé un baume sur mon cœur, ton amour m’a réchauffé, massé, entouré, c’était tellement bon ! […]
Je suis bien, toute seule, alors que cela ne m’est pas arrivé depuis très longtemps.
J’étais heureuse de faire toutes ces choses aujourd’hui. Nous avons fait ensuite une autre exposition, puis visité une librairie, fait les courses… Il prend son bain, maintenant, et nous allons manger ! J’ai l’impression que les journées sont longues, pour faire des milliers de choses. Je suis sereine, à peu près. Disons que je suis sereine dans les choix que j’ai faits, j’aurais étouffé, sans doute, dans la relation avec Thibaud.
Je vais ajouter quelques modifications dans ton texte.
Et encore :
>Dis-moi ce que je peux faire pour atténuer les
>difficultés de ton retour : t’écrire des mots d’amour, …

Les mots d’amour sont bienvenus… Je suis guérie moi aussi !
Même si je suis plus proche de l’amitié profonde que de l’amour amoureux…
A quoi je réponds :
Moi aussi, car je repense aux moments heureux sans éprouver la moindre nostalgie.
Si l’amitié profonde est une relation ouverte, qui ne cherche pas à endiguer les désirs, les moments de folie et quelques baisers volés… alors je veux bien parler d’amitié. Avec des mots de l’amour, parfois, pour en exprimer la saveur.
Le soir, elle m’écrit encore :
Aujourd’hui, j’ai amené Michel à son papa. On a pris un café.
Je lui ai dit tout simplement que je t’avais vu, avec d’autres personnes. Il n’a rien dit. Il était très content de ses cadeaux.
Je crois que quelque part il sait quelque chose, mais qu’il ne veut rien en dire ou ne pas se l’avouer. Je crois que c’est mieux comme ça. Je suis soulagée et libérée de lui avoir dit, tout simplement, sans qu’il puisse entrer dans ma vie privée…
Puis on s’est dit au revoir au bord du trottoir… Ils ont traversé tous les deux. Et j’agitais la main pour dire au revoir à Michel… qui me lançait « bon travail ! »…
Je me retourne et je tombe dans les bras de Robert, qui observait la scène.
C’était bon de le revoir. Il m’a proposée de venir chez lui un moment.
J’ai accepté, parce qu’il le proposait, alors que ça faisait des semaines, depuis la rencontre avec Thibaud, qu’il ne laissait plus de possibilités de passer des moments seuls. J’étais heureuse de le voir.
On a parlé, aussi de Thibaud, c’était bien. Quelle intelligence du cœur et de l’âme il a. Des relations humaines, de moi.
Je te le dis, même si tu es jaloux, parce que c’est merveilleux pour moi d’avoir pu dire, à toi, à lui, à Thibaud, les choses qui me tiennent à cœur.
Il m’a dit une phrase qui m’a émue : que j’étais libre, que je voulais le rester, que je cherchais des relations belles et bonnes, que je vivais toujours profondément, mais qu’il était impossible d’essayer de m’enfermer. Il a tout compris, ce que vivait Thibaud, ce qu’il pensait, grâce aux quelques mots que je lui ai dit… Ah !… Si je l’aimais, extérieurement, ce serait un amour fou et extraordinaire…
Il savait aussi, sans que je lui aie dit quoi que ce soit, que j’étais partie avec toi. Il était jaloux que je ne sois pas partie avec lui en G. En fait, il était très jaloux, de Thibaud, de toi… De tous les hommes que je peux apprécier… J’aime cette jalousie parce qu’elle ne m’encombre pas du tout.
J’ai compris que j’étais libre, qu’il fallait que j’aille au fond de l’abîme, que je rencontre vraiment cette Lilith, plus qu’un peu, que je devienne femme, encore. Que je fasse la rencontre de moi-même, de ma liberté, jusqu’à jouir de ma liberté, jusqu’au bout du chemin, jusqu’à jouir, encore jouir.
Les êtres que j’aime ne peuvent pas combler ce besoin, c’est à moi que revient ce travail, cette recherche.
Tous les conformistes du monde ne m’enlèveront plus jamais ça. Je suis rentrée ensuite pour travailler, plusieurs heures. Puis, je me suis fait jouir, encore et encore, à ne plus savoir combien, pendant une heure, ou deux, je ne sais plus.
En écoutant Barbara, ses chansons qui prennent tellement au cœur, tellement elle est ce que j’aime chez les femmes, ce que j’aime chez moi. Je pleure, chaque fois que je l’écoute, je tressaille… C’est toujours un ouragan qui me prend lorsque sa voix envahit la pièce. Je voudrais chanter, encore chanter, comme elle, la vérité de l’amour, de l’amour encore.
J’ai joui, comme si pour la première fois, je jouissais juste de ma liberté, et non pas du manque d’homme, d’un homme qui me caresserait. Je ne voulais pas ça, je voulais me faire jouir, toute seule, avec Barbara, avec la musique, avec moi-même, avec mes souvenirs, et mes espérances, avec la beauté de la vie dans le cœur, avec la tendresse.
Ce soir, je vais sous Paris, seule.
Je t’embrasse,
Marie
Je réponds :
Je ne ressens plus aucune jalousie vis à vis de Robert, et je suis de nouveau heureux qu’il compte parmi tes confidents et amis de cœur. J’aurais été jaloux de lui (et de tout autre) si tu lui avais donné ce que je n’osais prendre, enfin tu comprends… Et encore, j’ai tellement reçu de toi pendant ce séjour ! Je t’ai eue entière pour moi ;-) ce qui a balayé toutes les rancunes, regrets, frustrations, idées noires (oui, j’en avais). […]
J’ai tellement évacué ma rancœur que j’en suis triste pour lui : il a « presque tout » pour être l’homme de ta vie, et certainement il rêve d’une femme comme toi. J’ai plus de chance car je n’ai pas cette ambition. Ce que nous vivons en dehors des conventions sociales (et de tout projet de vie) peut exister dans ton espace de liberté intérieure. J’aime l’incertitude, l’insolite de nos rencontres. Je peux les savourer, maintenant que tu m’as libéré de toute attente.

> J’aime cette jalousie, parce qu’elle ne m’encombre pas du tout.

J’avais envie de le rendre jaloux, c’est réussi. Entre Robert et moi, ces histoires d’invitation ont été un combat corps à corps. Un peu ridicule, certes, mais j’avais besoin de cette partie de bras de fer avec lui pour effacer la tristesse d’un soir de pleine lune, et mon cœur lourd, lourd, l’été dernier, quand tu m’as quitté pour aller le rejoindre.

> Je suis rentrée ensuite pour travailler, plusieurs heures. Puis, je me suis
> fait jouir, encore et encore, à ne plus savoir combien, pendant une heure,
> ou deux, je ne sais plus.

Quelle surprise… Et quelle évidence !
J’avais plusieurs scénarios dans ma tête pour ton retour. Le premier, que tu deviennes chaste et que tu te défonces dans le travail. Le second, que tu ailles te défouler dans les bras d’un homme avec la peau douce et une belle queue — bien que tu m’aies dit que c’était fini avec JM. Le troisième, que tu tombes encore amoureuse :-(
Mais la quatrième voie, celle de l’évidence, c’était que si la femme en toi se réveille, Lilith ou oiseau blanc, elle n’a pas besoin d’aller puiser son énergie ailleurs.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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