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Chère Marie,Elle m’écrit le 15 mars :
J’ai attendu si longtemps que tu m’écrives. J’espérais que le contact se rétablisse, même si l’on n’avance pas vite vers un apaisement. J’avais mal de ne pas être proche dans les jours difficiles que tu as vécus. Pourtant je n’avais pas d’autre choix que celui de garder le silence, rester à distance et attendre une réponse à mes anciens messages.
>Je relis ce que tu dis sur le non désir de la “fin” d’une relation
>amoureuse, qui arrive naturellement, selon toi.
>Je n’arrive pas à être d’accord.
>Je pense que c’est le premier problème. Et d’autre part, je n’ai jamais vu
>une relation avec moi où l’homme ne me désirait plus.
>Quand la séparation avait lieu, c’étaient les problèmes du couple qui faisaient
>qu’il n’y avait plus de désir.
Je n’ai vécu que des relations qui allaient vers le non-désir, et je n’ai aucun doute que ce sera possible avec toi, le plus simplement possible puisque nous n’avons jamais formé un couple. Tu n’y crois pas, c’est là que ta confiance me manque. Tant qu’elle me manque, je n’ai pas envie de jouer avec le feu.
Pendant ces jours de silence, j’ai l’impression d’avoir déversé quelques pelletées de sable sur mes souvenirs et sentiments, tout ce qui me rappelait, de près ou de loin, notre relation. Je suis arrivé à ne plus penser à toi, jusqu’à ce coup de téléphone qui m’a rappelé ton existence, les difficultés que tu rencontres, et ma tristesse en repensant à tout cela.
>Le désir dont tu me faisais part, j’avais l’impression d’être pratiquement
>violée dans mon intimité, d’être bousculée, moi aussi.
J’ai le sentiment de t’avoir volé du bonheur, pour ma satisfaction personnelle, et que je suis en train de fuir ou d’être chassé comme un voleur. C’est pour cette raison que je ne suis pas revenu à Paris.
>Je sentais qu’au moindre acquiescement de ma part, ce serait difficile pour
>toi, et que ça irait trop vite.
>Je n’arrive pas à te retrouver dans cette souffrance dont tu me fais part,
>je n’arrive pas à comprendre.
>Je pense que j’ai peur de tout ce que tu me dis et que c’est pour ça que je
>me suis carapatée.
>J’ai l’impression que si je commence à réfléchir à tout ça, à t’accueillir,
>mon énergie ne pourra pas suffire.
Il me semble que tu amplifies outre mesure le besoin que j’ai exprimé. Je n’ai pas envie de te « reprendre » comme amante. Quand mon désir était au plus haut, je ne me suis pas jeté sur toi, et pourtant tu étais proche et vulnérable, avec un désir à fleur de peau. Je n’ai pas eu le sentiment de te forcer, physiquement — comment pourrais-je user de force ? — mais tu as quand même senti une grande pression affective, puisque tu t’es sentie bousculée. C’est pour cela que je préfère renoncer à te voir.
Mon besoin est de réparer un vécu douloureux, pas de recréer une situation de dépendance ni une relation amoureuse. Si tu avais envie d’être mon amante, je serais présent et le plus heureux des hommes. Mais c’est bien au-delà du besoin que j’ai exprimé.
>Je sais que je peux te faire mal en te disant tout ça, mais je ne peux pas
>rester sur ce silence.
>Je ne sais pas s’il faut que je te parle de ce que je vis aujourd’hui… Ce
>n’est pas très important.
Ce doit bien être important pour toi ? Alors ça l’est pour moi aussi, bien que tu n’aies peut-être pas envie de le partager.
>Je reviens à ce que je disais… C’est pour ça que plus tu avançais, plus je
>fuyais.
C’est pour ça que je vais maintenant dans le sens inverse, et je me sens mieux dans ce sens de la marche.
>J’avais envie d’une relation plus simple, sans réfléchir constamment à
>chaque geste, parole, acte, et sans ce poids de ton statut d’homme
>marié… quoi que tu en dises, même si je n’ai plus que peu de culpabilité,
>même si c’est « mieux comme ça », même si…
Même si toi aussi tu as maintenant un statut de femme « mariée » ? Je crois que ton statut est bien plus contraignant que le mien.
>J’avais eu mal pour Séverine, même si c’est bête et idiot.
>Alors que je rabâche constamment qu’il ne faut pas être fidèle, que ce n’est
>pas bon pour la santé. ;-)
Ça, tu en as la preuve :-b
>J’ai envie de te voir, mais d’abord en ami, et non pas en amant éventuel.
>J’ai envie qu’on se voie, mais qu’on ne fasse pas l’amour.
>Même si l’envie se présente.
Je ne peux pas répondre à une telle contrainte. J’ai besoin de sentir encore souffler le vent de liberté entre nous. Si ce vent t’est insupportable, la seule solution est de garder la porte fermée…
>J’ai besoin de ta stabilité.
>Je ne sais pas comment dire… J’ai envie de parler avec toi, de t’avoir au
>téléphone, de te voir, mais sans que le désir pèse.
>On le revivra certainement un jour, lorsque ça redeviendra possible, mais
>pourquoi se priver de contact ?
Pour le moment, le contact est douloureux pour moi, car il me renvoie au souvenir d’un arrachement. Je pense t’avoir dit que c’était une sensation purement physique. Je me souviens de te l’avoir décrite de manière très concrète et impudique dans un précédent message.
Dans notre dernière rencontre, chez toi, il y avait des contacts interdits, par peur du désir, et je ne t’en veux pas d’en avoir décidé ainsi, en accord avec tes engagements, mais dans mon corps ça n’a fait qu’égratigner un peu plus la blessure de l’arrachement.
Je ne suis pas certain que pour guérir cette blessure il faudrait remonter en arrière, faire l’amour, que tu vives un désir sans contrainte, que je jouisse en toi… Je crois qu’il y a d’autres voies. Le baiser qu’on a partagé le dernier jour de l’année était certainement une voie. Mais il aurait sans doute fallu qu’il dure une heure… Je veux dire, qu’il épuise lui-même le désir qui l’avait suscité.
>Je ne peux pas tout te donner, je n’ai pas l’énergie aujourd’hui.
>J’ai besoin d’être réapprivoisée, même si c’est moi qui t’ai rendu sauvage.
Oui. La séparation nous permet d’oublier tout geste qui serait devenu une habitude.
>Le sentiment de jalousie dont tu parlais m’a fait peur, j’ai eu comme seule
>solution la fuite, pour que tu me détestes encore plus, et que tu puisses
>passer ta rage sur moi.
Je n’ai aucune rage contre toi, aucun sentiment négatif en fait. Comme je te l’ai dit, mon malaise est physique. Il n’a rien à voir avec un sentiment. Mais je t’ai sentie fuir…
>C’était plus ou moins conscient.
>Je dois être égocentrique, mais ce n’est pas la première fois qu’un homme
>ressent des sentiments terribles pour moi, et je sais qu’il y a des hommes
>qui m’aiment, ceux que j’ai rencontrés et aimés.
>Je sais aussi que les revoir peut être douloureux, je me sens toujours
>responsable de leurs souffrances, causées nécessairement par moi, dans mon
>esprit fantasmagorique et inconscient.
Je n’y crois pas. En tout cas je ne fais aucun lien entre les souffrances dont tu parles et celle que je ressens. Si ton esprit était vraiment fantasmagorique elle n’aurait probablement pas eu lieu. C’est plutôt la raison et la modération qui t’ont brusquement éloignée.
>J’ai vu les yeux de S. lorsque je lui ai annoncé que j’étais enceinte,
>j’ai vu ses yeux lorsqu’il m’a accompagnée au train.
>J’ai vu le regard de C., le regard de Patrick, et je vois souvent
>celui de Robert, qui est le premier à ne m’avoir jamais pesé…
>Je vois aussi celui de JM, qui pourrait se transformer, aussi.
Mais tous ces hommes ont vécu « en couple » avec toi, même brièvement. Je veux dire que pendant un certain temps ils ont cru que tu étais la femme de leur vie. Donc la fin de la relation est quelque part un sentiment d’échec plus ou moins bien surmonté. Moi je ne suis qu’un vieux loup que tu as rencontré de temps en temps sous la lune, et qui viendrait de se prendre une cartouche de gros sel :-((( Je suis reparti la queue entre les jambes. ;-)
>J’ai vu le tien, regard tellement beau et dramatique, j’ai peur, de faire
>souffrir, parce que je ne peux pas tout donner de moi, j’ai peur de
>décevoir, aussi.
>J’ai même peur de t’appeler, de t’écrire, de peur de remuer un couteau dans
>la plaie, de te faire du mal.
>Tu dis que tu ne peux pas guérir si je me sens coupable, mais je n’arrive
>pas à faire autrement. Il me faudra encore du temps pour l’apprendre.
On a tout le temps. Si tu ne renonces pas… Si tu ne jettes pas toi aussi un tas de sable sur le passé et tes sentiments profonds. Je sens ton amour qui palpite, au dessous de ces peurs, du sentiment d’impuissance, des regrets, de l’incompréhension. Il y a quelque part (loin de nous) une Marie pleine de lumière qui rencontre un Julien qui n’a jamais souffert dans ses bras. Je ne sais pas si c’est une rencontre amoureuse, peu importe… Pour moi ce n’est pas du passé, c’est quelque chose qui se passe en profondeur, mais à quoi nous n’avons plus accès parce que la vie quotidienne a inséré toutes sortes de couches d’incompréhension entre nos consciences et cette pureté que nous avons touchée.
>Je sens que c’est dur pour moi, d’assumer cette énergie, cette magie qu’il y
>a en moi, cette capacité de happer le désir d’un homme, de le rendre fou de
>désir…
Non, je ne crois pas à cette capacité. Je peux être fou de désir avec n’importe quelle femme. Pas avec toi plus qu’avec une autre. Beaucoup de femmes sont désirées par beaucoup d’hommes. Elles apprennent petit à petit à ne pas être submergées par ce désir et à mettre les hommes en confiance de manière qu’ils puissent le canaliser de manière attentive.
>Au niveau de la sexualité, tu as été le seul homme à m’apporter autant de
>choses, à savoir laisser monter le désir, à savoir attendre, jouir tout en
>étant là, à passer une nuit entière à me caresser, à ne jamais me faire mal.
Je dirais la même chose de toi. J’ai le vertige en y repensant.
>Tu es extraordinaire, je voudrais pouvoir venir passer un weekend avec toi, mais
>lorsque j’ai rencontré JM, je n’ai pas pu. Je sentais que c’était impossible
>pour moi de partager.
Mais si on avait laissé la relation venir d’elle-même à sa conclusion, si on avait attendu le non-désir, tu n’aurais jamais eu à « partager »…
>Il faudrait un Robert pour pouvoir revivre cette folie.
>Je voudrais tellement rencontrer un homme avec qui j’ai envie de m’investir,
>de travailler pour le couple, pour la découverte du monde..
>faire des enfants. Pouvoir le dire, pouvoir vivre, pouvoir être
>soutenue..
C’est ton désir de couple, et tu sais que je ne peux rien en faire…
>Je suis incapable de te dire de venir dormir avec moi
>aujourd’hui. J’espère que tu recevras tout ça pas trop mal, parce que je
>suis fatiguée et que j’écris n’importe comment à cette heure.
Je ne le reçois pas mal : je suis incapable aussi de te demander de m’inviter. Et je n’ai pas envie de dormir seul chez toi…
>Je ne sais pas dans quel état d’esprit tu es, et ça me fait mal de ne pas
>avoir de tes nouvelles. Mais c’était certainement nécessaire.
>Je te serre dans mes bras.
Moi aussi je te sens dans mes bras depuis que je t’écris, ce soir…
Encore un peu de bonheur volé ;-)
Je te rends tes bras pour l’amour, le travail, le sommeil…
Je ne t’embrasse pas car j’ai envie de m’endormir dans ce sentiment de paix, pas dans l’ambiguité du verbe « embrasser ».
Julien
Je reçois chaque message avec un peu plus d’émotion chaque fois, comme si je me réveillais d’un long sommeil. C’est vrai que tu m’as ouverte au monde, ouverte à la vie, au bonheur, au droit du bonheur, et notre désir, nos nuits d’amour m’ont comblée plus que jamais dans toute ma vie. Jamais aucun homme n’a été tant à l’écoute, tout en gardant une masculinité aussi forte. Tes mains ont su me faire rencontrer la détente, l’ivresse dans l’amour. Le désir fou.
J’ai parfois l’impression que c’est tellement fort, que ça a été si grand pour moi, que je ne pourrais pas vivre ça quotidiennement.
Je m’aperçois que j’aime énormément JM, que j’ai envie d’être dans ses bras, souvent, mais qu’il me manquera toujours quelque chose, comme je te l’ai maintes et maintes fois dit. Mais pour le moment, j’ai peut être besoin de ça ?
Robert a passé une nuit chez moi cette semaine. C’est certainement très douloureux pour lui, aujourd’hui. J’ai vécu cette nuit comme un don, comme une caresse tendre, comme si il fallait que notre désir de passer cette nuit ensemble s’éloigne, mais j’ai peut être fait qu’attiser le feu chez lui. Je n’ai pas de désir sexuel pour lui, malgré toutes tes croyances, c’est impossible. J’ai essayé, encore, mais c’est impossible.
J’ai dit à JM que j’étais amoureuse de deux hommes. Il n’a rien répondu, posé aucune question. Finalement, c’est lui qui profite le plus de ma présence, sans trop se questionner. Il est très fort à sa manière, parce qu’il assume et connaît ses faiblesses, ses manques, et qu’il fait tout pour faire des progrès.
Je suis lucide sur ce que doit être l’homme de ma vie. Mais ce n’est pas le moment de le rencontrer. J’ai envie de vivre avant, de profiter des hommes, de savoir faire l’amour sans la peur du lendemain, de pouvoir être libre. Je suis de plus en plus libre parce que je m’aperçois que JM, même s’il en souffrirait s’il l’apprenait, l’accepterait. Je lui dirai, c’est sûr, mais peut être pas tout de suite.
J’en suis là de mon chemin amoureux.
Je fonds complètement sur le physique de JM, et je me suis aperçue qu’il ressemblait un peu à S., l’autre jour.
L’île des gauchers n’est pas pour moi au jour d’aujourd’hui.
J’ai envie d’un enfant, le désir monte de mois en mois. Quand il aura atteint son paroxysme, je rencontrerai un homme qui sera mon égal à qui je donnerai un enfant.
Je t’embrasse
Marie
[Suite]
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