6 août 2002
Nous venons de passer quelques jours en montagne avec un grand groupe d’amis. Entre elle et moi se joue un exercice périlleux car rien ne doit transparaître de notre relation. Nous sommes malades
de désir mais nous évitons soigneusement d’être seuls ensemble.
Le dernier jour, je l’emmène à la gare, deux bonnes heures de route. Le désir est très fort entre nous mais Michel ne nous laissera pas l’occasion de nous arrêter en chemin pour l’apaiser… Nous
échangeons des accolades, des baisers, des caresses, à l’écart sur un parking. Nous parlons de choses et d’autres.
La conversation vient sur Séverine. Marie me dit en riant : « Elle a eu tort de ne pas en profiter ! » Je lui réponds sur le même ton : « Mais elle en a
profité ! » C’est le drame. Marie est choquée que je lui parle de cela maintenant. Elle ressent de la jalousie, un peu, mais surtout un mélange de terreur et de dégoût. Quelques mois
plus tard, nous réaliserons que ce qui dominait en elle était une peur irrationnelle des maladies. Pourtant, je lui ai dit que j’avais vu le test VIH de Séverine. Je suis d’autant plus supris par
cette obsession qu’elle n’a pas encore fait de test pour ce qui la concerne… Elle est dans une grande souffrance. Elle sent que je ne lui ai pas fait confiance en ne lui disant rien, alors que je
lui avais raconté dans le détail mes premières rencontres avec Séverine et qu’elle approuvait ce que nous vivions.
Peu à peu, l’orage se calme. Nous retrouvons la douceur, le désir… Elle a failli râter son train.
Je rentre après avoir fait quelques commissions. Aimée se sent mal car elle me voit en état de choc. La nuit est difficile. Je réalise la folie destructrice, pour moi, de cette relation
passionnelle. Il me faut du silence et de la solitude. J’ai décidé que la passion était « finie » et je sens une grande paix m’envahir, mais je ne sais pas encore comment cette décision
se traduira dans ma relation avec Marie. Il faudra pourtant bien que je le sache avant de la revoir…
Le lendemain, journée de silence, qu’Aimée respecte car elle sait que je vis un bouleversement intérieur.
8 août
Un message de Marie :
Bonjour Julien,
Je suis bien rentrée, comme tu peux le constater ;-)
J’ai déjà répondu à plusieurs messages, j’avais besoin d’un peu de temps pour commencer un message pour toi. J’ai eu un message de Séverine, très rapide, qui me remerciait pour les livres que
je lui ai offerts. Je lui ai répondu.
J’ai vu que j’avais tout jeté, les messages nous concernant, et j’ai regretté, parce que j’aurais bien voulu relire celui où tu dis que tu me raconteras plus tard. Je me dis que j’aurais du
garder tous nos messages, parce qu’il y en a tellement de beaux, qu’ils retracent toute notre histoire. Je sais que tu es contre ;-)
Tu t’es blessé en attrapant ma valise, j’espère que ce n’est pas grave ? Il y avait du sang sur la poignée, c’était étrange.
Le voyage s’est bien passé, Michel a beaucoup dormi. Patrick était content de nous revoir. Je lui ai avoué (!!) tout à l’heure que tu venais au stage, et j’ai rougi comme une tomate,
vraiment ;-) Alors il me l’a fait remarquer, et j’ai bafouillé que c’est parce que je ne lui avais pas encore dit.
Ça fait deux fois que je rougis à ton propos devant lui, comme une gamine prise en faute, et je me demande s’il se questionne. Je me dis que je raconterai un gros pipeau s’il me questionne.
J’ai beaucoup pensé dans le train. J’était heureuse de t’avoir vu, d’avoir pu être dans tes bras, d’avoir pu t’enlacer, sentir tes mains, ton désir, et le mien !
(Je me suis déchaînée tout à l’heure, j’ai joui, encore joui, encore et encore…)
Je pense que la colère est tombée complètement. J’ai trouvé le mot que je cherchais : je trouvais que tu n’étais pas tellement contri !
Je sais qu’il y a quelque chose, encore qui est là, à propos du dégoût, et je ne sais pas du tout comment je peux gérer ça, le moment venu. En tout cas, ne t’avise pas de m’avouer des choses au
beau milieu d’un ébat ! Ça m’a fait rire quand tu m’as confié que tu avais envie de faire ça. Tu n’as pas pensé à ton pauvre arbre, comme il aurait pu avoir des problèmes ?
Je crois qu’on s’est bien compris. Moi, j’ai compris tout ce que tu avais voulu faire, et je ne crois pas que je t’en veuille. Je pense que tu as bien compris que je ne voulais pas être
protégée, et que je suis avant tout ton amie… Ça n’empêche pas que j’aime beaucoup ta délicatesse, tes attentions, tes marques d’amitié et d’amour. Et que j’ai aussi envie de te faire plaisir,
par pur amour. Pas par envie d’aliénation…
Je pensais dans le train à toutes ces fois où l’on a pas fait confiance à mes capacités d’endurance, d’amour ou de confiance. Je me rappelle lorsque mon grand-père est tombé malade, on ne me
l’a pas dit tout de suite, (j’avais quand même 14 ans !) et je ne l’ai vu que très peu. On m’a caché l’émotion, ça c’est sûr.
J’ai tenu à voir ma tante, morte, parce que je voulais voir un mort en face. Non pas parce que je l’aimais particulièrement. Elle était trop loin des gens, et je l’ai trop peu vue. Je tiens à
voir tous mes parents en « vrai » quand ils mourront. Je suis capable d’assumer ma souffrance. Même si je craque, je m’en fous.
Je sais que je suis capable de m’écrouler, et que c’est nécessaire, sinon, on devient un bloc de métal, dur et tranchant. Mais je sais aussi que j’ai une grande envie de vivre, et que j’ai un
optimisme à toute épreuve, malgré tout. ;-))
Je crois que j’aurais à la limite réagi moins mal si tu avais voulu te protéger toi. J’aurais été furieuse contre toi, mais pas de la même manière. J’aurais été déçue. Après tout ce que tu as
dit ! ;-)
C’est bon d’être en colère, aussi… Des fois, j’aimerais bien que quelqu’un m’agresse pour pouvoir sortir ma colère ;-)) Mais ce n’était pas le cas hier.
Hier, j’étais dans l’ivresse de pouvoir te toucher, et dans l’émerveillement de la renaissance du désir.
Je te laisse, parce que Michel se réveille, mais j’ai hâte de te lire,
Je t’embrasse
Marie
Je ne réponds pas car je ne sais pas que répondre… J’ai envie d’être seul.
9 août
Cher amour,
Je pars pour D. cet après-midi. J’arrive là bas vers 18h. Bien sûr, tu peux m’appeler, le soir, si tu peux, sinon, tout le we.
Je regrette de n’avoir pu te lire ! Je sais que tu dois camper et qu’à part les naseaux d’une vache, il ne doit pas y avoir de prise de téléphone dans les champs ;-)
J’ai envie d’entendre ta voix, mais je me demande si tu appeleras ; bon, on verra.
J’ai envie de bien plus, en fait, que d’entendre ta voix…
Patrick a finalement décidé de ne pas venir à D., moi, je finis par trouver ça anormal, et je le soupçonne de ne pas toujours dormir là. Ça expliquerait aisément le fait qu’il n’ait pas envie
de creuser mes gênes quand je parle de toi, ou qu’il ne pose pas de questions quant à mes vacances, déplacements, etc. Mais j’affabule peut-être ? J’ai bien regardé la place des choses, on
verra si j’ai raison ;-b
Ça m’amuse beaucoup, en fait, j’aimerais qu’il ait une maîtresse (enfin on ne peut plus parler de maîtresse, maintenant) une fille dans sa vie, quoi !
Pffff… J’avais tellement envie de te lire.
Je te remercie pour ta lettre, elle m’a fait plaisir bien au delà que tout ce que tu peux penser ! ;-))
Je t’embrasse, fort, tendrement, fougueusement.
Marie
PS : je relis et je trouve qu’il y a beaucoup de “Je”!
Baisers.
Je réponds évasivement que j’ai besoin de silence, et qu’on verra plus tard. Elle répond avec beaucoup d’angoisse. Je lui écris que rien n’est brisé entre nous, seulement les chaînes
de la passion.
Elle m’envoie un message, désemparée, disant qu’elle a l’impression de se faire jeter comme une vieille chaussette… J’ai beaucoup de mal à essayer de la rassurer, tant j’ai besoin de ce temps de
silence et de réflexion. Je sais que c’est mon attitude qui est en cause, mais elle a l’impression que je rejette son amour.
18 août
Ce matin, au réveil, Aimée est très tendre. Je lui ai raconté le studio d’enregistrement et la leçon de David sur le bonheur conjugal pendant que Séverine le trompait… Nous avons bien ri. Nous
faisons l’amour avec une rare intensité. En fin de matinée, je pars à V. pour un stage de musique. Marie et Michel viennent me rejoindre au camping en fin d’après-midi. Elle est triste car elle
ne sait pas trop comment je vois cette rencontre, ni la poursuite de notre relation. Elle a envie de comprendre mais je ne suis pas très prolixe en explications. Elle reprend un peu d’assurance
quand elle réalise que je suis heureux, infiniment heureux d’être ici avec elle…
Sa mère m’accueille chaleureusement. Pas besoin d’expliquer, elle a compris que Marie et moi vivions quelque chose et qu’il fallait rester discrets. Le soir, nous allons dîner ensemble dans un
restaurant très éloigné de V., toujours parce qu’il ne faut que personne nous voie ensemble. Manque de chance, nous tombons sur son oncle et sa grand-mère !
Marie comprend qu’il y a toujours « quelque chose entre nous ». Mais je perçois maintenant notre désir sur le même plan que ce que j’ai vécu avec Séverine. Nous dépassons V., remontons
un petit chemin et, sous la lune, nous faisons l’amour, debout, adossés à la voiture… Que c’est bon de retrouver la chaleur de son corps, depuis plus d’un mois !
Je la raccompagne et vais dormir au camping.
Chaque soir, après que Michel se soit endormi, nous partons vivre des instants voluptueux dans la montagne. Puis je vais passer sous la tente le peu de nuit qui me reste.
Pleine lune, l’apothéose… Justement, pour le lendemain nous devons écrire des paroles sur une œuvre musicale. Je me réveille tôt le matin et vais m’asseoir à la terrasse du camping. Je regarde la
partition, pensant à la nuit dernière, et je griffonne des paroles que les stagiaires apprécieront pour leur originalité.
J’ai raconté à Marie le studio d’enregistrement avec Séverine, elle a souri. Non, elle n’est pas jalouse. Je savoure cette entente retrouvée.
Après le stage nous partons visiter la région, dormant dans de petits hôtels car le temps est à la pluie. Pas de tension entre nous, sauf le dernier soir. J’ai senti monter en moi de
l’impatience, comme si cette promenade se prolongeait trop. Une fois de plus, je ne supporte pas l’intrusion du quotidien dans notre relation. Je refuse le couple : il n’y a qu’une femme de
ma vie, Marie n’est pas « avec moi » et je ne serai jamais son homme.
La tension monte donc sans que nous ne sachions pourquoi. Je lui reproche son indécision, son manque d’intérêt chaque fois que j’aborde un sujet en dehors de sa vie à elle… Le soir, ça va très
mal. Marie se met en colère. Plus elle crie plus je me tais. Elle décide d’appeler sa mère pour venir la chercher, en pleine nuit… Tout cela me semble absurde, je pourrais en rire si je ne la
voyais pas dans une telle souffrance. Je finis par lui dire : « Tu veuux t’en aller parce qu’on a encore des choses à se dire. » Elle arrête net. Quelque chose a basculé en elle.
Elle sent qu’on a besoin d’affronter ce problème de communication. Alors nous commençons à parler, longuement, et à nous rapprocher. L’apaisement se produit, la tendresse et le désir reviennent.
Au petit matin, nous faisons l’amour.
Le lendemain je reçois un appel d’Aimée qui se débat avec des fuites d’eau dans notre logement. Je rentre dans l’après-midi. C’est bon de se retrouver… Cette fois elle n’a pas trop souffert de
mon absence, car elle me sentait heureux.
Marie retourne à Paris. Après des mois de recherche, Patrick et elle ont fini par dénicher deux petits studios à louer, proches l’un de l’autre, qui rendront possible leur séparation sans poser
de difficulté pour le partage de la garde de leur enfant. Les conditions sont donc meilleures, mais à vivre seule elle déprime. C’est très dur d’élever un enfant, dans une grande ville, de
travailler et de vivre.
13 septembre 2002
Je suis monté à Paris pour une expo et pour rencontrer des collègues. Marie m’héberge dans son petit studio. Elle n’est pas encore installée complètement, mais elle est fière du travail accompli.
Cette séparation qui a mis si longtemps à se matérialiser… Plus de rencontres en cachette. Nous reprenons les jeux du plaisir.
Dimanche nous allons voir « L’Auberge espagnole ». Elle m’offre le ciné et je l’invite au MacDo… Michel est allé dormir chez son père. On parle de fantasmes, notre sujet favori. Elle
craque pour l’actrice qui joue l’étudiante lesbienne dans le film. Elle fantasme sur une liaison féminine — comme toutes mes amantes !
Lundi matin nous nous levons très tard. Nous allons au restaurant avec mes collègues. Je la présente comme « ma prof de musqiue ».
Il reste peu de temps avant mon train. Je plie bagage. Puis je fais une plaisanterie légère à propos de ma liaison avec Séverine. Elle explose d’indignation. Je prendrai le train suivant. Je lui
demande pardon, elle retrouve son calme, puis elle veut faire l’amour. Nous retrouvons le plaisir pendant une bonne heure, en attendant le prochain train… Je n’allais pas repartir sans
rien !
Elle est triste parce que nous n’avons pas de projet de se revoir dans l’immédiat. Je n’ai plus d’occasion de venir à Paris. Elle va être très occupée. On se reverra en principe à V., mais pas
avant fin octobre. Avant mon départ elle joue devant moi le nocturne opus 62 No 2 de Chopin. Cette œuvre m’évoquera longtemps l’automne de notre amour.
18 septembre 2002
Nous avons échangé des courriers. J’ai dit à Marie qu’elle devait se sentir libre et que rencontrer d’autres hommes lui ferait le plus grand bien. Elle s’est rapprochée de Jean-Marie, un ami de
longue date qui vient d’être plaqué par sa copine. Elle lui a promis de le consoler…
Physiquement il lui plaît beaucoup, mais il est accro de la bouteille, du tabac, du shit… Il n’aime pas parler, il se sent souvent rejeté, il a vécu des choses terribles dans sa famille. Il
cherche une femme qui le maternerait. Marie n’a pas du tout envie de cela. Elle me fait un portrait terrible de lui puis me demande ce que j’en pense. Je lui réponds que j’ai une sensation de
danger : cet homme ne supportera pas d’être de nouveau abandonné lorsqu’elle le quittera. Or elle le quittera, elle le dit déjà avec certitude, car ce n’est pas avec lui qu’elle a envie de
vivre ni de concevoir d’autres enfants.
Et pourtant, le désir… Elle m’appelle aujourd’hui. Elle a besoin de ma caution, bien qu’elle s’y refuse. Elle me reproche de chercher à la contrôler, de parler « raisonnablement »,
comme son père. D’être jaloux. Sa mère, qui est en visite, est furieuse contre moi : elle dit à Marie que c’est à elle de décider ce qui est bon pour elle, et qu’il faut « profiter de la vie
»…
25 septembre 2002
Tendre Marie,
C’était bon d’entendre ta voix, même s’il était parfois difficile de te parler… J’aurais donné cher pour pouvoir te serrer dans mes bras !
Je suis désolé de ne pas pouvoir communiquer dans un espace qui est en train de devenir un nouveau jardin secret pour toi… Je crois que c’est ça qui a un peu brouillé notre échange :
j’aurais dû rester silencieux sur ce que tu vis et ne pas te répondre sur ce sujet. Mais j’ai eu l’impression que tu cherchais une approbation, ou même ma complicité, dans une histoire qui ne
sera jamais la mienne. Et que tu prenais mon absence de complicité comme un jugement moral.
Dans ce que j’ai vu ou vécu, je n’ai aucun exemple de relation passionnelle (exclusive/fusionnelle) qui n’aboutisse pas à une crise, un déchirement, et dans le moindre des cas, à l’indifférence
ou une profonde lassitude… Je n’ai pas envie de revivre de tels moments, ni de souhaiter à quelqu’un de les vivre. Mais ton expérience est différente, et je la respecte.
Je respecterai aussi ton besoin de silence et d’intimité dans ce que tu vis maintenant. La porte de mon cœur restera toujours ouverte, et je viendrai très vite si tu m’appelles.
Je t’aime
Elle a répondu :
Merci Julien, de m’écrire…
Merci de tes mots.
Marie
23 octobre 2002
Marie m’appelle à midi. Elle a passé la nuit à parler avec un autre ami, Robert, pour qui elle sent une immense attirance, à la fois affective, intellectuelle et physique. Mais ils ne sont pas
allés plus loin car ils n’avaient pas prévu de protection. Je suis heureux. J’ai l’impression qu’elle a rencontré l’homme qu’elle cherche depuis longtemps.
26 octobre
Je suis arrivé ce soir à V. La mère de Marie accepte de garder Michel toute la nuit. Nous allons donc dormir à l’hôtel. Une belle nuit de plaisir, mais elle est un peu absente, parfois, car elle
pense à Robert.
Le lendemain elle me parle de lui toute la journée. Ils doivent se revoir dès son retour… Pourtant elle me propose de retourner à l’hôtel ce soir. Elle me demande de la masser. Je la caresse,
elle s’ouvre avec un soupir, car j’ai réveillé le désir en elle, alors qu’en pensée elle est déjà dans les bras d’un autre.
Mon désir monte très haut. J’ai envie de jouir en elle… Elle est féconde. Je me sépare d’elle pour préparer un ovule contraceptif. Elle m’arrête : « Non ! »
C’est simple. Elle ne peut pas « mélanger le sperme » de deux hommes. Pour moi c’est un terrible choc. Peut-être une forte envie de la féconder et de me l’attacher ainsi ? J’ai
senti un étranglement dans mon sexe. Entre nous il y a ce « non » qui me ligote.
28 octobre 2002
J’ai déposé Marie et Michel à la gare de M. En chemin on s’est parlé. Elle est survoltée : ce soir elle a retrouver Robert, ils passeront la nuit ensemble… Mais elle a beaucoup d’attentions
pour moi car elle regrette la douleur que j’ai subie hier. Je crains qu’elle n’en saisisse pas toute l’amplitude. Elle me parle tendrement, ses lèvres toujours si douces. Je pense à Robert qui
l’attend à l’arrivée. J’aime cet homme qui a suscité l’amour d’une femme que j’aime.
Elle me racontera plusieurs jours plus tard : Robert était impatient, il n’a pris aucune précaution… Pas même un test VIH. Elle a peur d’être enceinte. De moi, de JM ou de Robert ?
Elle a longtemps hésité pour accepter une invitation de JM à passer quelques jours de vacances à C. Elle décide de partir avec lui, car Robert l’encourage à ne pas y renoncer. Je trouve ce choix
un peu démesuré, mais je ne fais pas de commentaire. Elle part donc, de mercredi à dimanche, mais elle me dira plus tard qu’elle n’a pas bien vécu ces jours avec lui.
12 novembre 2002
Marie est revenue déçue de son séjour avec Robert. Tout est parfait, divinement harmonieux entre eux, sauf le côté physique : elle n’a pas de désir pour lui, elle n’aime pas son contact
intime, son apparence, son odeur… Elle aime les hommes aux larges épaules, comme Patrick, comme JM ou comme moi. Robert n’a aucun charme pour elle. Jamais elle ne voudrait un enfant de lui.
Elle est perturbée. Il en souffre car elle n’ose pas lui dire. Elle lui a seulement dit qu’elle avait un autre homme dans sa vie. Il a décidé de ne plus la revoir avant longtemps, pour ne pas
souffrir.
Elle a décidé de ne pas refaire l’amour avec JM. Ils se voient ce soir. Elle lui parlera. Elle me dira le lendemain qu’ils ont passé la nuit ensemble sans se toucher. Je ne crois pas beaucoup que
cette situation puisse durer entre eux. Effectivement, elle dit un autre jour qu’elle a de nouveau « craqué » pour lui… Je ne peux cacher ma déception.
…
Plus d’une année va passer pendant laquelle Marie oscillera entre Jean-Marie et Robert, jamais pleinement heureuse. Je la rencontrerai de temps à autre sans que notre « voyage » ne
trouve un achèvement. Il y a toujours le même désir fou entre nous, elle ne se lasse pas de mes massages, de mes caresses les plus sensuelles, mais elle est allergique à tout « mélange des
fluides ». Je finis pas comprendre (elle dira plus tard que c’est une explication plausible) qu’elle éprouve à mon encontre une sorte de répulsion incestueuse, m’ayant mis à la place de son
père. Ce rejet est pour moi d’une extrême violence, ajouté au sentiment d’inachèvement qui me ronge le cœur. Je lui fais serment de ne plus jamais l’approcher dans l’intimité, à moins qu’elle me
l’ait demandé explicitement, avec des mots.
La fin de ce voyage sera pour
bien plus tard.
[Suite]
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