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15 août 2005 1 15 /08 /août /2005 23:00
À ce jour, il y a eu deux époques dans ma relation avec Patricia (plus tard « Iliane ») : avant et après Marie. Il vaudrait mieux commencer au début.

C’est Séraphine qui m’a présenté Patricia — un bien grand mot puisque tout a commencé par un échange de messages. Elle m’a abordé pour parler de son désir jamais assouvi et de son extrême difficulté de vivre une sexualité épanouie. Après avoir souffert de l’oppression familiale et de la violence de son père, elle a vécu en couple avec plusieurs hommes, mais chaque expérience s’est soldée par un échec. Elle s’est toujours sentie agressée par la nécessité (présentée comme « naturelle ») de donner du plaisir aux hommes. Des hommes, elle en a connu beaucoup, et lorsque je la rencontre (elle a 38 ans en octobre 2000) elle focalise encore le désir des plus jeunes. Elle est svelte avec un corps d’adolescente, les cheveux châtains un peu colorés par du henné. Un très beau visage. Légère ; trop légère parfois…

Elle m’a parlé d’un accouchement traumatique vécu trois ans plus tôt, de sa difficulté à devenir mère et de l’aggravation de son incapacité à ressentir du plaisir avec un homme. Son compagnon l’a classée une fois pour toutes comme « frigide ».

Après quelques échanges de courrier, nous finissons par nous voir brièvement à Paris, à l’occasion d’une conférence. Elle doit repartir en premier car elle habite loin. Elle quitte donc le groupe dans le métro. Comme je marche en tête, j’ai déjà passé le tourniquet, et c’est donc à travers un portillon qu’elle va me faire la bise. L’espace étant étroit, elle ne peut pas vraiment tourner la tête… J’ai envie d’embrasser ses lèvres, mais je n’ose pas, je lui tends une joue. Je n’aurai de cesse de reprendre cet acte manqué.

Aimée a vite remarqué, à sa façon de marcher, qu’elle était en train de « poser le grapin sur moi »… Il n’y a pas de jalousie entre nous, mais nous avons chacun vécu des relations passionnelles, aliénantes, destructrices pour notre quotidien de couple « polygame ».

Dans mon journal, le 15 décembre 2000

Patricia repasse par Paris alors que j’y suis pour un stage professionnel. Elle a décidé de partir quelques heures en avance pour me rencontrer, et elle en a prévenu Damien, son compagnon. Je vais donc la chercher à la gare. Elle arrive, élégamment vêtue de tons pastel. Je m’aperçois qu’elle est un peu plus petite que moi quand on s’embrasse, les joues fraîches… Nous échangeons des regards timides et des sourires, comme deux adolescents en cavale, sur le long trajet du métro.

Nous voici seuls dans la chambre. Elle parle beaucoup. J’adore son accent régional. Je m’allonge, elle prend mes mains et se serre contre moi. J’embrasse son front, ses yeux, enfin ses lèvres. Elle proteste : « Tu me baisouilles ! » puis éclate de rire. Alors elle se jette sur moi, se met à califourchon en écrasant mon sexe contre le sien et s’écrie : « J’ai envie de faire l’amour ! » On s’amuse beaucoup. À un moment ma respiration part très fort. Elle paraît inquiète de me voir aussi excité, je lui dis que ce n’est rien, et pour le lui prouver je presse sa main sur mon sexe, qu’elle sent au repos à travers le pyjama. Elle est surprise de ce constat puis excitée par mon audace.

On parle de choses légères et de choses graves, on s’enlace, on s’embrasse, soudain elle s’arrête pour grignoter des provisions qu’elle a sans son sac, puis les jeux érotiques reprennent… Je caresse ses hanches, sa croupe, son dos. Elle finit par se mettre nue le haut du corps, j’aime ses petits seins, sa taille fine et son apparence féline.

Nous sentons le désir monter très haut puis redescendre, comme une vague qui viendrait régulièrement mourir sur les rochers sans jamais déferler. C’est l’inverse de cette montée lente et vertigineuse du désir que j’ai vécue avec Séraphine (la nuit dernière dans cette même chambre d’hôtel) mais je goûte avec volupté cette sensation nouvelle.

Elle me répète son envie de faire l’amour en précisant qu’elle est en période d’ovulation et ne tolère aucun moyen contraceptif. On finit par se retrouver nus, se regarder et se caresser doucement. Rien d’intrusif, nos sexes restent au repos. Puis elle se rhabille car Damien va bientôt nous rejoindre. Une fois debout, je l’embrasse encore une fois. Mes mains se posent sur sa clavicule à travers le chandail. Elle prend ma main droite et la plaque sur son sein gauche pour que je le pétrisse. J’aime trop ce geste…

Damien nous rejoint, visiblement anxieux. Il a un beau visage, une allure et des fringues de baba-cool « perché grave » comme dirait mon fils. Nous avons une longue discussion sur la santé et la maladie. Je les trouve tous deux plutôt New Age mais j’évite les controverses. Il dira plus tard à Patricia qu’il était malade de jalousie lors de cette rencontre.

Ils repartent, tous deux vêtus des mêmes anoraks oranges. En les voyant s’éloigner dans la rue je trouve qu’ils ressemblent à des employés de chez Bouygues.

Début janvier, Patricia vient séjourner chez nous. (C’est une grossière erreur de cohabiter à trois, nous l’avions déjà commise dans le passé et ce sera certainement la dernière fois.) Elle n’est pas dans une période féconde mais notre intimité progresse très, très lentement. C’est seulement la troisième nuit qu’elle osera toucher mon sexe. Ensuite, venir sur moi, « sentir l’ouverture », s’accoupler pendant deux ou trois secondes. Décrits ainsi, nos rapports pourraient évoquer une immense frustration. Pourtant, ils nous satisfont grandement, moi en tout cas. J’ai la sensation de vivre avec elle l’intimité qui s’offre à l’instant présent, sans aucune barrière morale. Elle dit : « Nous faisons l’amour ! » Car, même si nos sexes sont au repos, nous faisons vraiment l’amour… Je sens qu’avec elle le chemin du plaisir sera différent de ceux que j’ai connus auparavant.

Fin janvier nous décidons de passer 24 heures seuls dans une chambre d’hôtel à mi-chemin de nos domiciles. Nous faisons l’amour jour et nuit, sans dormir ou presque.

Son corps s’est ouvert. Le plus souvent, elle vient sur moi, glisse mon arbre dans son jardin, car c’est elle qui mène le ballet amoureux. Tout signe d’impatience de ma part la referme immédiatement. Elle finit par aimer les caresses de mes lèvres d’en haut sur ses lèvres d’en bas. J’en découvre une très douce pour sa « rose des sables »… Elle monte haut dans le plaisir, mais pas jusqu’à l’orgasme. Moi aussi, je sens cette vague qui monte et redescend sans jamais déferler. Je laisse faire, physiquement vidé à la longue… Quelques minutes avant que nous nous séparions elle sent une plus grande ouverture. Elle m’attire en elle, dit « viens ! » et je jouis bruyamment. Elle éclate d’un rire nerveux. Je suis déçu. J’ai confondu ce « viens » avec les « please come » de mon amante autrichienne… Elle voulait seulement que je pénètre plus profondément.

Nous nous quittons un peu tristes. Elle lance l’idée d’un prochain rendez-vous. Je lui réponds que je ne suis pas bien vis-à-vis de nos conjoints. Elle a reconnu que Damien désapprouvait notre rencontre et qu’elle était partie sur un coup de tête. Je lui dis qu’avant de se revoir ce serait mieux d’en parler tous les quatre ensemble. Elle se sent blessée. On s’embrasse. J’ai le sentiment de l’abandonner.

Pendant deux semaines, nous échangeons des courriers où elle décharge sa colère et son sentiment d’abandon. Je perçois sa jalousie comme une marque de passion et je fais tout pour m’en détacher. Je lui interdis de m’aimer, une grande souffrance pour elle. Nous cessons de nous écrire. Laisser le temps au temps…

En mars, j’avais proposé à Patricia que nous nous rencontrions une nouvelle fois sans prononcer un mot jusqu’au matin, car nous sentons bien que ce sont les échanges verbaux qui nous mettent en difficulté. Nous avions donc convenu de nous retrouver à Paris, où j’avais un autre stage de formation. Mais la veille j’ai reçu un appel urgent et pris le premier TGV. Je ne sais pas ce qu’aurait donné cette nuit silencieuse. Il me semble qu’il était trop tôt pour nous revoir.

Nous nous retrouvons en août à l’occasion d’une rencontre amicale en pleine garrigue. Notre relation (en cachette sous sa tente) est intense, l’énergie qu’elle invoque n’a plus rien à voir avec celle du huis-clos à l’hôtel.

A présent, nous faisons réellement l’amour, mais en guise d’orgasme nous vivons une extase qui se prolonge pendant des heures… Je n’ai jamais rien connu d’aussi intense. En même temps, nous serions libres de faire autrement puisque c’est une période où elle n’est pas féconde. Une fois, au sommet de la vague, ma semence s’échappe. Elle rit.

Un soir, nous avons une longue discussion avec Aimée, qui exprime une souffrance que nous nous sentons incapables d’apaiser. Je crois que nous sommes portés malgré nous par cette passion que nous mettrons du temps à vivre. Je ne peux rien dire sinon qu’elle durera un temps indéterminé.

Vers la fin août, Patricia revient passer deux jours chez nous. Elle arrive l’après-midi alors qu’Aimée est absente. Nous allons dans la garrigue. Nous nous enlaçons, le désir monte un peu. Pourtant rien ne se passe vraiment. Elle finit par me dire « tu me fais mal à mon épisiotomie » et je comprends que cela n’a plus rien à voir avec nos expériences extatiques.

La nuit suivante nous dormons sagement, chacun chez soi. Elle doit partir le lendemain. Je savoure notre sentiment d’amitié et l’apaisement de notre passion amoureuse. Nous n’avons plus de projet de rencontre. C’est la fin de la première époque.

La suite de ma relation avec Patricia est dans « La voie de l’extase (2) ».

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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