Lundi 15 août 2005
Extraits de mon journal, le 16 septembre 2000

J’ai rendez-vous avec Séraphine dans un hôtel du quartier de Pigalle. Je l’ai choisi sur Internet pour sa proximité du domicile d’amis chez qui j’ai dormi la nuit précédente. Ce n’est pas un bon choix, entre une sex-shop et un cinéma X, j’ai honte d’accueillir une jeune femme si distinguée dans une rue mal famée, mais je n’ai jamais été doué pour choisir un lieu de rencontre…

C’est par hasard que nous sommes tous deux à Paris aujourd’hui. Je suis venu visiter une expo et Séraphine a fait le voyage pour assister à une réunion. Nous avons donc décidé de passer la nuit ensemble sans rien anticiper de ce que sera notre intimité. Elle a mis Jacques au courant. Il a accepté avec un petit pincement de jalousie. C’est un couple qui se déclare « polygame Â» bien qu’ils n’aient jamais eu de relation extraconjugale en dix ans de vie commune. J’aurai l’occasion de revenir sur cette notion moderne de polygamie, mais je voudrais d’emblée préciser qu’elle n’a rien à voir avec de l’échangisme. Elle recouvre des pratiques que l’on désigne par « polygynie Â» (plusieurs partenaires féminines) et « polyandrie Â» (plusieurs partenaires masculins) sur lesquelles je reviendrai dans d’autres messages.

Séraphine arrive épuisée. Sa réunion s’est mal passée, conflits et jeux de pouvoir… Je pose mes mains sur sa tête et sa migraine ne tarde pas à disparaître. Après une douche brûlante nous nous retrouvons sur le lit, très légèrement couverts. Elle est allongée sur le dos, je regarde son visage souriant.

Je n’ai jamais approché une amante aussi doucement que ce soir là. Nous sentons un besoin de lenteur extrême dans la perfection de chaque geste. Mes mains touchent à peine son visage. Nous échangeons de longs regards. Nos lèvres ont mis plus d’une heure à se toucher. Puis nos mains sont devenues un peu moins timides. J’ai longtemps caressé son cou et très doucement découvert ses seins en faisant glisser le tissu léger qui les recouvrait. (Elle était avertie que j’ai horreur des sous-vêtements.) « Je peux ? Â» Elle a compris. Je suis ici pour vivre un fantasme : goûter le lait d’une jeune mère ! Je prends le mamelon droit dans mes lèvres, je n’ose pas… Puis je me lance car elle a posé sa main derrière ma nuque pour m’encourager. Je finis par aspirer fort et je sens le mamelon se déplier, tandis qu’une importante giclée de lait envahit ma bouche. C’est une sensation incroyable : ce mamelon s’est tellement allongé, le jet a été si puissant, que j’ai eu l’impression d’un pénis en érection en train d’éjaculer. Mais le sentiment de transgression est plus fort que si j’avais bu le sperme d’un homme : ce soir c’est comme si je faisais l’amour avec ma mère. Je suis ivre de terreur et de plaisir. Je lâche le sein gauche et je prends un peu le droit. Ce n’est pas le goût du lait qui m’impressionne mais cette sorte d’éjaculation.

J’ai accompli avec Séraphine le rêve que nous avions partagé. Ensuite ? Nous avions convenu : « Et plus si affinit酠» Nous avons continué la lente découverte des corps, avec une montée du désir et du plaisir qui me rappelle une marée sur la côte atlantique.

Je découvre son ventre. Bien plus tard, nos mains découvrent nos sexes et nous goûtons d’autres saveurs. Pour la première fois, je m’y laisse ennivrer. Séraphine a le physique des femmes qui me faisaient peur autrefois. Elle me renvoie à ma toute première expérience avec une femme qui m’avait détourné de la sexualité pendant un mois. Un mois sans bander, à l’âge de vingt ans, c’est symptomatique ! Aujourd’hui je suis passé de l’autre côté du miroir ; ce qui m’effrayait me procure un plaisir intense.

En fait, c’est une expérience assez commune pour les hommes à qui l’on transmet surtout des images visuelles provoquant le désir sexuel. Jusqu’à aujourd’hui j’ai plutôt fait l’amour avec mes yeux. A présent, nous sommes dans l’obscurité, la bougie s’étant consumée. Les goûts et les saveurs appartiennent à un autre monde, celui de la « vie », que j’oppose à celui des fantasmes. La première éjaculation — le premier contact avec un fluide sexuel à l’odeur particulière — est pour beaucoup d’hommes une expérience dérangeante. J’ai eu la mienne à l’âge de seize ans (la pornographie n’existait pas à cette époque) allongé sur un bâteau au milieu d’un lac, alors que j’avais osé me caresser « un peu plus loin Â». J’ai eu peur de ce liquide onctueux, et plus encore de voir mon jouet préféré se recroqueviller comme si je l’avais cassé. J’ai eu peur aussi que mes parents se doutent que j’avais fait quelque chose d’interdit.

J’aime Séraphine pour sa tendresse, sa sincérité, son intelligence, ainsi que pour les sensations nouvelles qu’elle me fait découvrir cette nuit. Il doit être 3 ou 4 heures du matin. Nous avons commencé vers 19 heures ! Notre désir continue de monter. Nos caresses se sont transformées en étreintes et nos sexes finissent par se rencontrer. Merveilleuse brûlure… Mais j’ai soudain de l’appréhension : mon excitation est telle que dans moins d’une minute je vais exploser… Ce serait horrible de jouir maintenant et de la laisser dans cette tension du désir, après des heures intenses de fusion amoureuse. Je me retire. Nous faisons une courte pause, le temps de mettre un ovule spermicide.

Je pense à la montée incontrôlable du plaisir en moi. Je décide qu’il n’y a rien à faire car ce n’est pas une question de technique. Je m’allonge sur le dos et lui demande de prendre l’initiative de ce qui va suivre. Elle s’assied sur moi, s’accouple doucement, et c’est elle qui prend son rythme alors que je m’abandonne complètement. Je me sens dans le rôle « passif Â» qu’on attribue traditionnellement aux femmes, sauf que j’ai un plaisir immense et je n’y pense même pas. Je laisse monter, je lâche prise. Je ne sais pas au bout de combien de temps elle a joui, cinq, dix ou vingt minutes, peut-être ? La vague nous a pris ensemble, j’ai senti sa jouissance aspirer la mienne pendant que nos respirations devenaient très amples. Nous n’avons pas pu retenir un long cri… Tout l’hôtel a dû être réveillé, ce qui n’est pas grave dans un tel quartier…

Nous nous sommes endormis enlacés, épuisés.

Tôt le matin, nous avons été réveillés par son jeune enfant. Elle lui a donné la tétée. Il s’est rendormi. Alors elle s’est tournée vers moi, demandant que je lui fasse l’amour encore une fois. Je suis venu sur elle, j’ai senti ses seins immenses se gonfler pendant que je la pénétrais, elle a joui encore une fois, mais pas moi. Je suis trop fatigué. Puis elle a dû partir car elle avait un train à prendre. Seul dans la chambre, j’ai repensé à cette nuit merveilleuse. J’ai dormi un peu puis me suis refait jouir.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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