
Je n’ai pas réussi à m’endormir sur le côté, comme si quelqu’un me poussait
obstinément pour que je reste le ventre exposé au ciel.
C’était un film à répétition, une sensation dont il fallait que je m’imprègne lentement. Tu venais sur moi, toujours aussi souple et droite, tes genoux serrés contre mes hanches. Tu prenais
amoureusement mon sexe et tu le glissais dans ton vagin. Puis nous restions immobiles à observer la naissance du feu.
Soleil dans mon ventre, dans ton ventre. Un courant chaud qui venait de la terre, à travers mon coccyx, et bientôt toute ma croupe embrasée, qui se répandait en volutes dans ta matrice, tes
hanches, tes côtes que je voyais saillir légèrement à chaque inspiration, tes seins tant de fois rêvés qui ont fini par reposer sur mes mains — deux petites balles prêtes à lancer, pointes
humides. Ton sourire intriguant et ton regard qui ne me quittait pas des yeux.
Tu étais possédée : je comblais l’espace de ton corps, mes mains étaient ivres de plaisir dans une découverte impudique du territoire de mon désir, mais il y avait autre chose d’immatériel
qui emplissait l’espace autour de nos corps, comme un parfum indéfinissable mais familier.

Tu t’es souvent demandé si je ne mettais pas le sexe au dessus des sentiments, de
désir au dessus du cœur. Le sexe ? Le mien est devenu « fluide », oublié et pourtant essentiel comme les racines qui se rendent invisibles quand on contemple les fleurs. Je ne sais
plus ce que je désirais. J’avais envie que nous restions là, à te regarder, à nous sentir dans cette fusion étrange sans attente ni lendemain.
Je me rendormais, je/tu me réveillais, nous étions toujours là, le feu avait grandi mais il ne nous brûlait pas.
Je me souviens que la dernière fois tu m’as longuement caressé, laissant courir tes mains sur ma peau frémissante, et tu t’es allongée sur moi, nos souffles mélangés. J’étais possédé.
[Suite]
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