Partager l'article ! Deux Polonaises: Sur une tonalité mineure Elle avait 25 ans et moi 15. — J’ai son adresse. Je suis allé vérifier ...
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— J’ai son adresse. Je suis allé vérifier dimanche dernier, son nom est bien sur la sonnette de l’immeuble.Je n’étais pas premier en math mais le premier de la classe n’était pas dans le coup. Nous étions trois à comploter une visite impromptue chez la jeune prof qui hantait nos existences grises de pensionnaires libidineux. Elle était apparue un matin de septembre, comme une pépite d’or au milieu des galets, vêtue d’une blouse blanche (« et rien dessous » affirmait Bruno), sa longue chevelure blonde sagement maintenue par une barrette rouge… Elle nous avait mitraillés de son regard bleu puis avait écrit un nom imprononçable sur le tableau noir : Irène A.
— Tu es sûr qu’elle vit seule ?
— Bah, qu’est-ce qu’on risque ? On a bien le droit d’aller rendre visite à sa prof de math, un dimanche après-midi !
— Euh…
— Tu crois qu’elle vit seule ?
— Bah, qu’est-ce qu’on risque ? On a bien le droit d’aller rendre visite à sa prof de math, un dimanche après-midi !
— Euh…
— J’achèterai des fleurs.
— Et moi une bouteille. Voyons… De la Chartreuse verte ?
— La jaune est moins forte.
— Va pour la jaune. Moi je vais chercher un cadeau. Un livre ?
— Une boîte de chocolats. Sans liqueur, des fois qu’elle ne boirait pas d’alcool…
— Une Polonaise qui ne boit pas d’alcool ? Tu rigoles, sans charre !
— C’est sûr qu’elle nous saoûle avec la géométrie analytique. Pfff… Toi qui as de bonnes notes en math, tu parleras dans l’interphone après qu’on ait sonné.
— Ah, et on va faire la liste des sujets de discussion. Surtout pas de politique avec une immigrée. Le tourisme dans la région, les films qu’on a vus au club…
— Les fleurs. Moi j’aimerais lui parler des fleurs.
— T’es pédé ou quoi ?
Charmantes lèvres, votre bouche est pareille à celle d’un visage qui se penche sur un dormeur, non pas transverse et parallèle à toutes les bouches du monde, mais fine et longue, et cruciale aux lèvres parleuses qui la tentent dans leur silence, prête à un long baiser ponctuel, lèvres adorables qui avez su donner aux baisers un sens nouveau et terrible, un sens à jamais perverti.Eh oui, c’étaient bien les lèvres de ma Polonaise surdouée. Celui qui voulait lui offrir des fleurs s’est consolé en écrivant un poème à sa gloire, qui commençait par quelque chose du style : « Venue des steppes du Nord de l’Europe… » C’était beau, bien mieux qu’Aragon.
— Qui a dit ça ?Cent-vingt puceaux avaient perdu l’usage de la parole. Irène est repartie furieuse. Dix minutes plus tard, le Proviseur s’est pointé et nous a alignés pour un sermon qui ressemblait à une exécution capitale. Il avait décidé de coller toute la promotion pendant les trois premiers jours des congès de Pâques. Nous avions honte car il avait raison. Nous avons fait les trois jours, occupés par des exercices de math — j’adorais — mais le soir je rêvais d’elle, son corps nu frottant à travers la blouse sur ma bedaine. J’aurais aimé lui écrire :
— …
— QUI a dit ÇA ?
Le guide agite son bâton, et le simoun se lève de terre, Irène se souvient soudain de l’ouragan. Le mirage apparaît, et ses belles fontaines… Le mirage est assis tout nu dans le vent pur. Beau mirage membré comme un marteau-pilon. Beau mirage de l’homme entrant dans la moniche. Beau mirage de source et de fruits lourds fondant. Voici les voyageurs fous à frotter leurs lèvres.
— Tu vois, Julien, c’est bien plus amusant entre femmes !J’étais tellement surpris par leur absence de surprise que je n’ai même pas essayé de jouer à l’homme providentiel.
— J’aimerais être réveillée doucement… (Ses yeux bleus fixés sur moi)
— Je peux te réveiller demain, je ferai de mon mieux.
— Merci !
Tôt le matin je suis allé vers on lit et je l’y ai trouvée allongée, nue autant que moi. Je l’ai
longtemps contemplée, mon visage à quelques centimètres de sa peau pour en saisir les odeurs et le moindre détail. (Aujourd’hui, je ne manquerais pas de penser aux Belles endormies de Kawabata.)— Ils me traitent de pimbèche parce que je ne couche pas ! Mais je ferai l’amour quand j’en aurai envie, et avec un homme, un vrai, pas ces idiots.Elle a fait non avec la tête et m’a regardé contrariée. Ce jour là j’ai perdu mon job de réveille-en-douceur.
— Hum. Tu sais, si tu en as envie maintenant, je pourrais…
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