Elle m’avait annoncé du champagne pour fêter notre dernière rencontre. Mais elle est entrée dans la chambre mains dans les poches, et la flûte qu’elle porte maintenant à ses lèvres ne débordera
pas de mousse.
— Stephen Vizinczey explique dans son livre comment s’y prendre avec une femme frigide…
— Ah oui ? Raconte !
— Non, je vais te montrer. Il faut d’abord que tu dormes ou que tu fasses semblant !
Je l’ai allongée sur le dos et guérie en quelques minutes de sa fatigue amoureuse. Puis elle a repris sa place de conquérante, sous l’emprise des sens, quel beau spectacle.
— Viens sur moi, maintenant.
Voluptueux embrasement. Le champagne a coulé à flots, puis je me suis endormi épuisé. Dans mon sommeil elle devenait une éléphante et moi un gros mâle crasseux, fier de la
chevaucher.
Nous avons quitté l’hôtel désert pour arpenter une rue marchande, les bras chargés de cadeaux et de victuailles. Moi qui déteste faire les courses avec une femme, me voilà à la suivre comme un
petit chien.
J’ai choisi un bol chantant tibétain pour Aimée. Il chante le désir qui monte lentement, mettant toute la matière en vibration (au creux du ventre, car la périphérie est grinçante) à condition de
ne forcer ni la vitesse ni la pression.
Nous avons acheté les 13 desserts, des marrons glacés et de l’alcool de riz dans une épicerie fine où j’avais envie de me jeter sur les fruits confits, halwas et autres chocolats. Arrêtée au bord
de la route sur le chemin du retour, elle m’a fait goûter un marron glacé et quelques gorgées de
yogi tea restées au chaud dans son thermos.
Il y a des saveurs irremplaçables. Seul au dîner, j’ai fait frire un peu de tofou avec du riz complet, une pincée de laitue de mer et une feuille de sauge fraîche, le tout arrosé en pleine
chaleur de
shoyu qui bouillonnait en dégageant une odeur de champignons.
Quand Aimée est rentrée, Gabriel Tacchino jouait la Fantaisie-Impromptu en ut# mineur op. 66 de Chopin.
[Suite]
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