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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 15:03
Cette fois je n’ai pas failli rebrousser chemin, porté par un désir plus fort que la peur de l’inconnue, celle de décevoir et la culpabilité réunies — père et mère qui m’attendent derrière la porte réservée aux grands. Depuis hier, quelque chose ressemblant à de la houle agite voluptueusement mon ventre, des frissons me parcourent le dos et mes rêves sont remplis d’une présence aimante, aimantée. Ces sensations, qui ne me trompent pas, évoquent celles de femmes sur le point d’accoucher.

Nous y voilà, donc.

Elle est arrivée tard, je m’étais endormi après la lecture d’une nouvelle érotique. Soudain une présence, une belle voix, et tout de suite sa peau généreuse, un mamelon offert à la morsure, mes doigts et bientôt presque une main dans sa caverne, et ma bouche pour la faire jouir avant qu’on ait eu le temps de se présenter. Mais qu’importe ?

Elle a donné le rythme, enfin je crois, car je n’ai pas essayé de ralentir comme si je pressentais que le temps nous était compté. Puis elle a dévoré mon sexe avec sa bouche, ses dents, pendant que ses mains le pétrissaient aux limites du plaisir et de la douleur, avec le savoir-faire d’une bûcheronne s’apprêtant à abattre un arbre. J’aurais pu tenir droit sous la tempête pendant des heures, fier de vivre au sommet du délice, mais elle a fini par crier famine. Nous voilà à déguster de savoureuses galettes bretonnes autour d’une bière, à parler un peu de nous et des nuages de la vie quotidienne.

Puis le téléphone a sonné et le rêve s’est achevé.

Seul, ce matin, j’ai lu :
Pourquoi se faire du mal ? Quand je vois un homme approcher une femme avec de pénibles hésitations — comme s’il avait à s’excuser de quelque chose, comme si cette femme devait subir son désir plutôt que le partager —, je me demande si cet homme-là n’a pas été malmené par les filles dans sa jeunesse.

Stephen Vizinczey, Éloge des femmes mûres. Paris, Gallimard 2006 [1965]

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

fabrice 25/12/2006 17:44

Perso j'ai bq aimé ce livre!

joyeux noel!

fab

Julien Lem 19/12/2006 17:53

Je crois, oui. Et dieu sait si l'impatience peut être contagieuse ! ;-)
En tout cas, un fruit mûr est toujours des plus savoureux... À consommer sans modération !

Johanna 18/12/2006 22:47

oui, un peu rapide en besogne semble-t-il...trop d'empressement tue parfois...mais dis-toi qu'elle devait se contenir depuis trop longtemps...comme un fruit bien mûr?
 

Lukeria 17/12/2006 20:05

J'ai passé beaucoup de temps sur votre blog aujourdhui, à lire comme je l'avais fait en un autre temps (plus heureux ? Non, je me pensais malheureuse, mais ce n'était rien par rapport à ce que je ressens aujourd'hui...). J'étais là pour comprendre, je reviens toujours pour comprendre.

Julien Lem 18/12/2006 01:55

Le blog ne représente que le côté lumineux de choses vécues, et quelques souffrances qui ont abouti à des situations meilleures que prévues. Je ne suis pas encore capable de parler des souffrances des autres - ou, du moins, pas de cette manière. Il y a des événements (et des êtres) qui se croisent dans nos vies, pas seulement des lectures ou des affinités, cela mériterait peut-être un échange en privé?

Lukeria 17/12/2006 19:58

Décidemment, nous nous rencontrons (ou nous suivons ?) dans nos lectures... Je viens de lire "Eloge des femmes mûres"...

Julien Lem 18/12/2006 01:45

C'est flatteur, car je sais que vous êtes férue en littérature et j'étais un peu gêné d'annoncer ma découverte d'un roman déjà ancien que "tout le monde a lu".  Ma culture comble ses lacunes au hasard des kiosques de gares. Hier j'ai donc hésité un moment entre "Le rideau" de Kundera et ce bouquin, penchant pour le dernier parce que je préférais quelque chose de "léger"...  Tu parles! Voilà qui remue bien des idées reçues...

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