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7 décembre 2006 4 07 /12 /décembre /2006 22:25
À peine douché j’ai plongé sous les draps. Très jeune j’aimais me blottir en position fœtale au fond du lit, tête en bas sous d’épaisses couvertures. Genoux serrés et pieds joints faisaient un va-et-vient accordé aux ondulations du buste et de la nuque. J’étais aux anges. Puis mon corps partait en vrille dans une lente reptation vers l’ouverture.

Ce soir j’ai attendu quelque temps ma sœur. Mon double amoureux. Aux premiers bruits d’eau ma tête est remontée à la lumière. J’y ai découvert un ingénieux trajet de vitres et de miroirs, merci l’architecte ! Dans le rai de lumière qui se reflète de la salle de bains, tout au fond, une lame translucide. À travers les lignes de ruissellement, deux pointes brunes érigées sous la flagellation de l’eau, puis la courbe d’un sein et la sinuosité nonchalante d’une hanche. Caresses, bientôt.

Elle rit de mon éblouissement, en profite pour s’excuser : « À mon âge on ne maigrit pas aux bons endroits ! » Tu parles. Sa silhouette est si légère que j’y aperçois la jeune fille révoltée qu’elle me raconte parfois, prête à célébrer sa féminité.
— J’ai été très raisonnable avec mon mari. Pas d’aventure, juste quelques amants occasionnels. Jamais plus de 3 ou 4 en même temps. D’ailleurs je ne comprends pas ce consumérisme sexuel d’aujourd’hui. Et puis, tu te rends compte de ce qu’elles risquent, avec le sida ?
— Mouais.
Elle est drôle quand elle se prend pour l’Armée du salut. La population à risque, ce sont les « simpéristes », bigotes de l’ouvrage « Aimer plusieurs hommes » que je viens de lui prêter. (Penser à refaire un test, lundi.)

J’essaie d’argumenter que Françoise Simpère ne présente pas les jeux du désir comme un sport de compétition. Il s’ensuit une discussion banale et souvent ressassée sur l’échangisme — le mélangisme, faut pas confondre — et ces relations triangulaires qui la surprennent et que j’explique, du haut de mon expérience, comme des escapades homosexuelles. Ce soir j’aimerais qu’il y ait un autre homme avec nous, mais qui ?

Comme si elle lisait dans mes pensées, Catherine me parle de celui qui habite chez elle depuis trois ans. (Non, pas lui…) Ils s’accordent sur les idées politiques, la bonne cuisine, la vie sociale, le chantier de la maison… Mais, pas de sexe, et quelque chose de pathétique, au quotidien, quand ils sont seuls. Elle étouffe de vivre son invivabilité, son air renfrogné, grabataire de vie affective.

Et maladivement jaloux avec ça. Officiellement il ne sait rien sur nous, mais il est capable d’indiscrétion sur son mail et il pourrait ruminer en secret dans sa coquille.
— Je crois qu’il va falloir qu’on arrête.
(Toi, moi, de se voir ?)

Non, elle parle de le quitter. Justement, elle vient de recevoir un appel (« Je suis en réunion, appelle-moi plus tard ! ») d’un autre prétendant plus âgé mais très amoureux, à qui elle n’a jamais voulu céder. Mais elle n’est pas prête pout autant à vivre une rupture qui serait tout sauf tranquille.

Continuons la réunion.

Nous glissons d’un sujet à l’autre aussi facilement que l’eau sur sa peau brûlante et mon désir de la toucher et de lui faire l’amour après une longue absence. On s’en tape de tout ça. Ah, voilà qu’elle se drape dans une serviette-éponge blanche. Puis elle s’allonge et nous offrons l’obscurité à nos yeux fatigués.

Le miroir a servi de révélateur à la réminiscence de scènes de douche mémorables : Iliane Patricia (« La voie de l’extase (6) »), Kate (« Quintessence du désir »), Marie-Ange (« Marie-Ange ») et j’en passe. Qui n’a jamais batifolé sous la douche ? Elles sont toutes de retour, les belles mouillées, tandis que mes mains saisissent la taille de Catherine.

J’oublie chaque fois qu’elle a aussi gardé sa peau de jeune fille. Que j’aime cette saveur douce… Elle aussi veut me goûter, les lèvres pour commencer, les mamelons (elle sait que ça me rend fou) et le prépuce (ça aussi), nous voilà partis dans la dévoration. Il nous faudrait plusieurs bouches et des mains partout ; je pose l’une des miennes sur l’autre pétrissant un sein, comme pour inviter un jumeau amant à notre festin.

J’attendais une rencontre sur le mode de la lenteur extrême, mais c’est plutôt désordonné, à l’image d’un club échangiste un soir de grève de l’EDF.

Elle m’a fait boire le nectar de son jardin en poussant des cris de joie, puis je l’ai prise pour de bon, pénétrée sans ménagement, et elle m’a dit de pousser encore, de rester bien au fond. Ma technique amoureuse est mal en point et mon arbre délicieusement malmené. (La météo avait-elle pas annoncé une tempête ?)

Ma main posée sur son pubis, qui sent glisser entre ses doigts un pénis onctueux, souvenir du membre d’un amant partageur.

Catherine m’a fait crier de plaisir — encore, reste un peu — plaisir d’une érection prolongée, j’ai continué à labourer son jardin ivre jusqu’à épuisement.

Le lendemain, à la réception :
— Alors m’sieur-dame, ça s’est bien passé ?
— Pardi, on a fucké comme des bêtes !
Non, je déconne. J’ai dit oui à la jeune hôtelière en visualisant une soirée télé-sudoku, puis tendu ma carte bancaire avec un sourire bête. Je suis un type fréquentable après 8h30 du matin.

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

Nymphe 25/03/2007 23:55

Ah ok je sais qui c'est. Curieux que tu l'appelles ta soeur, non ?

Johanna 14/12/2006 07:46

et bien en fait, j'ai beaucoup ri sur ce post...la fin surtout...un peu tendue peut être...Je devrais m'y replonger à tête reposée

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