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28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 23:25
Plus jeune que moi, elle a déjà commencé à payer la note de cet oubli de soi qui consiste à vivre « comme tout le monde » : malbouffe, tabac et autres dépendances, ne pas respecter ses besoins de repos ou de sommeil… Je croise de plus en plus de gens qui commencent à payer très tôt. Il y a l’apparence physique — certain(e)s à 30 ans en paraissent 15 de plus — mais aussi, moins visibles, des signaux dont on parle parfois : fatigue chronique, vertiges, perte de cheveux, insomnies, allergies (ou « intolérances »), douleurs articulaires ; puis la lassitude, l’irritabilité, l’impossibilité de s’ajuster à son entourage, au point de ne plus pouvoir supporter personne, enfin un état de léthargie affective/sexuelle qui se traduit par des séparations sans motif bien apparent.

Ces conversations me laissent sans voix. Je ne peux pas dire à mon amie qu’elle est responsable de son état, car elle me répètera qu’elle a fait mieux que tout le monde, puisqu’elle ne s’est jamais gavée de médicaments et n’accorde aucun crédit à ce que disent les médecins (qu’elle consulte quand même). Elle a vu tout ce qu’on pouvait inventer comme homéopathes, acupuncteurs, naturopathes qui n’ont rien pu faire pour elle… D’ailleurs, tout cela remonte à son enfance, sa mère et des gens disparus avant sa naissance, elle l’a lu dans un bouquin épatant sur la psychogénéalogie.

Il y a des facteurs qu’on ne peut pas maîtriser. Contrairement à la soupe de gourou que voudrait me faire avaler Séverine, tout le monde ne peut pas vivre dans une jolie maison d’un pays de rêve, à 500 mètres d’une ferme bio, avec des gens merveilleux, un boulot sympa et un compte bancaire toujours approvisionné. Je ne vais pas cautionner cette doctrine new age qui veut qu’on soit chacun la cause de son propre malheur, y compris les avalanches, accidents d’avion et autres viols sur un parking. Un peu de compassion vous rendrait moins puants, bande de nases. (Pfff, du même métal, vous avez vu le documentaire sur Tom Cruise et la scientologie ?)

Le capital génétique y est pour quelque chose ; il conditionne sans doute le temps que nous passons chez le dentiste. Mais il y a aussi des facteurs maîtrisables à portée de (presque) toutes les bourses : rechercher une alimentation adaptée à ses besoins, éviter toute dépendance, suivre son rythme de sommeil quel qu’il soit, faire confiance à son corps au lieu de se précipiter chez le guérisseur ou le pharmacien.

Je n’ai jamais eu de difficulté à m’écouter, sauf un manque d’attention aux cycles d’anorexie et de boulimie. Hier je suis sorti de 3 semaines de jeûne qui furent un vrai bonheur — l’occasion d’observer au microscope mes envies. Le jour je n’ai jamais ressenti la faim, jusqu’à hier soir où j’ai compris que le cycle d’épuration était terminé. Une fois, quand même, je suis sorti du bureau avec une envie folle de saucisse fumée, et j’aurais pu tuer quelqu’un pour ça — oui, allez-y pour le bracelet électronique… Ces envies subites sont des réactions psychiques, de même que la nuit, très souvent, j’ai rêvé que je mangeais des trucs dégueux jusqu’à en éprouver la nausée.

Dans ces rêves et dans la période de réadaptation commencée aujourd’hui, je comprends de mieux en mieux que mon désir est lié au stress. Le fait de manger apaise les battements du cœur, sauf chez ceux qui ont des souvenirs traumatisants de scènes familiales associées à la prise de nourriture. Pour les autres — enfin, les gens normaux comme moi — le frigo fobctionne comme un antidépresseur. Ça tombe bien, il est vide et il me faudra donc gérer le stress autrement.

J’ai une théorie qui dit que la même quantité de nourriture ne produit pas les mêmes effets selon l’état mental du mangeur. Face à un danger, par un vieux réflexe de survie, le corps humain stockera plus volontiers les excédents. Si c’est vrai (je pense l’avoir vérifié pour moi) rien ne sert de se rationner tant qu’on n’a pas évacué son stress. Corollaire : il suffit que je tombe amoureux pour que mes réserves fondent sans que j’aie à changer mes habitudes de vie.

Tout cela est du ressort de la manière douce. Je passe sur ce qui ne me pose aucun problème : fièvres, infections, douleurs accidentelles pour lesquelles je n’ai consulté personne ni absorbé ne serait-ce qu’une tisane depuis mon enfance. Mais je crois que la manière douce ne suffit pas sur le long terme car notre environnement a changé. En plus des problèmes de pollution dont on ne sait pas encore chiffrer l’impact, nous sommes de plus en plus sollicités, manipulés, coupés de nos véritables besoins et canalisés sur des envies fabriquées par d’autres. Par exemple, nos frigos ne sont pas vides : ils sont souvent remplis de produits prêts à consommer « parce que c’est si pratique ». Or les jeunes enfants s’habituent très vite au grignotage avec tous les déséquilibres alimentaires qui en découlent.

Au risque de passer pour un vieux con, j’oserai dire qu’on a besoin de discipline, la meilleure étant celle qu’on applique à soi-même en toute connaissance de cause. L’abolition du grignotage est une décision aussi vitale que le refus de toute dépendance à des substances toxiques. Un petit calcul pour les jeunes candidats à la boulimie invisible (celle des « en-cas ») : si l’on s’autorise à prendre un kilo par an, ce qui n’est rien vous en conviendrez, en partant de 60 kg à 20 ans, à quoi va-t-on ressembler à 50 ?

Je n’ai utilisé de chiffres que pour l’exemple. En fait j’y accorde très peu d’importance car pour moi la santé est le rapport de bien-être que nous entretenons avec notre corps, même hors-norme ou « malade » selon le sens commun. Une fois par an environ, je suis pris d’une violente fièvre et je m’enferme sous les draps pendant 8 à 12 heures. C’est un vrai bonheur, un moment privilégié, un peu comme la cuisson du potier.

J’écoute cette femme qui tire cigarette sur cigarette en me parlant de ses déboires de santé et de l’incompétence des médecins. Que lui répondre ?

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Published by Julien Lem - dans Pensées en vrac
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commentaires

lunelÎ 21/10/2006 14:13

"; puis la lassitude, l’irritabilité, l’impossibilité de s’ajuster à son entourage, au point de ne plus pouvoir supporter personne, enfin un état de léthargie affective/sexuelle qui se traduit par des séparations sans motif bien apparent." Je trouve ça très juste en fait....

ligérienne 05/09/2006 22:05

Je pense savoir que tu sais quoi lui répondre

Julien Lem 05/09/2006 23:38

Au fond je sais, oui, mais j'ai peur de couper le lien (et tous les liens qui sont associés à ce lien) car je l'ai souvent vue réagir très violemment à des paroles qu'elle interprétait comme un jugement.  Je crois que dans tous les comportements dangereux il y a une paart d'ignorance et une part d'autodestruction. L'ignorance, on peut y remédier en passant de l'information, mais si on essaie de toucher à l'autodestruction ça peut être comme jeter de l'huile sur le feu.

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