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23 août 2006 3 23 /08 /août /2006 17:59
Hier j’ai fait l’amour avec une femme qui sentait l’ail. Je déteste l’ail ; sauf en cuisine asiatique, mais ma partenaire n’avait rien d’asiatique. Ce n’est pas sa faute si mes papilles gustatives et olfactives sont au régime turbo, dans ma troisième semaine de jeûne (grand nettoyage de l’été), ce n’est pas ma faute si elle a encore essayé de me fourguer son parfum naturel-mais-si-ça-vient-du-magasin-bio que je n’arrive pas à faire partir de mes mains 24 heures plus tard. Aimée n’a rien dit, elle aussi déteste les parfums.

C’est la faute à personne mais on ne m’y reprendra pas. Je pourrais divorcer pour une gousse d’ail, une endive cuite ou des choux de Bruxelles. Oui m’sieur l’juge ! Je suis persuadé que le culinaire est plus important que le cul pour la réussite d’une vie amoureuse. On peut se passer de baiser, ou baiser avec les partenaires des autres, mais pas de manger. Manger ensemble, s’arrêter de manger ensemble quand le corps a envie de repos, rechercher quelque chose de plus subtil que la bouffe dans la nourriture (ou la baise dans le sexe), ce sont des choses évidentes mais je les crois fondatrices d’une très belle aventure. Qui n’implique d’ailleurs pas la vie commune, sauf si des enfants arrivent pour la réclamer.

Les fourmis s’agitent à une vitesse proportionnelle à la température ambiante. Chez moi ça fait la même chose avec les neurones. Le jeûne (le corps au repos, sans demande particulière) renforce cette tendance. Depuis trois semaines je mène donc 3 boulots à plein temps mais il me reste du temps pour gamberger, m’interroger sur mes envies et mes besoins. Iliane m’a montré avec beaucoup de finesse (dans un certain trouble, vue sa situation actuelle) que nous avons peut-être de nouveaux paysages à découvrir ensemble [voir « La voie de l’extase (8) » ]. Je ressens un grand apaisement depuis son aveu silencieux. Un peu comme je sais que de nouvelles saveurs vont m’émerveiller quand mon corps aura de nouveau faim. J’attends tranquillement, sans impatience.

Et puis il y a les messages de Séverine sur sa séparation et l’impermanence [zou, encore le lien vers nos amours d’il y a 4 ans]. Elle a passé presque deux ans avec Arthur. Aujourd’hui ils se séparent. Tiens, la photo, là, c’est elle, bon avec quelques retouches d’Arthur car il adore le déguisement ! Séverine, donc, l’éblouissante Séverine (pour qui les femmes me disent « ben toi ! » quand elles nous voient ensemble) quitte Arthur, et réciproquement. Ils l’ont décidé ensemble, et pourtant ils s’aiment comme des fous. Oui, ils sont fous, et vivants.

Eux aussi ont vécu (et vivent encore aujourd’hui) des sommets inoubliables dans leur relation amoureuse. Drôle : la première fois qu’Arthur a mis les pieds chez elle, alors qu’ils étaient loin d’être passés aux préliminaires, il est allé directement à la bibliothèque sortir le bouquin de Barry Long, « Comment faire l’amour divinement ». Je le lui avais offert quelques mois plus tôt et elle ne l’avait pas lu, bien sûr. (Très new age, un peu gouroutisant, mais plein d’observations préciseuses sur la sexualité, la seule qui m’intéresse.) Donc elle avait bien rangé le bouquin, en bonne femme d’intérieur, des fois que ça pourrait servir plus tard. Quelques semaines plus tard ils lisaient ensemble et pratiquaient tous les chapitres…

Elle n’a jamais trouvé les mots pour décrire les sommets vertigineux de leur bonheur. Je n’en avais pas besoin car je goûtais l’eau de la même source, avec Iliane. Des mots, j’en trouve occasionnellement. Je leur ai envoyé l’adresse de mon blog, mais over-blog ne passe pas au cybercafé à 1 dollar de l’heure.

Intrigués par mes mots et par d’autres lectures, entre deux tsunamis ils se sont offert des stages de tantra en Thaïlande. (La porte à côté.) Exemple de question à l’animatrice blonde siliconnée :
— Est-ce que c’est un bon plan d’acheter un vibromasseur ?
— Yes madam. Mais n’y mettez jamais de piles sinon vous allez vous lasser définitivement des hommes !
Une des raisons pour lesquelles Séverine et Arthur se quittent : il voudrait un enfant, elle n’en veut plus. Ce n’est peut-être qu’un prétexte, car il y a d’autres raisons plus profondes. Notamment, elle le dit et le répète, leur découverte commune de l’impermanence au cours d’un long stage de méditation (10 jours de silence, toujours en Thaïlande). Ben oui, elle et moi on se retrouve en même temps aux sommets de l’extase ou sur les plateaux arides de l’ascèse. ;-)

Si toute chose est impermanente il est inutile de s’inquiéter, de souffrir d’une séparation. (Je n’ai pas besoin d’aller me faire plumer en Thaïlande pour être d’accord.) Donc ça se passe plutôt bien pour eux, même si l’entourage fait tout pour que ça se passe mal, chacun projetant ses angoisses : « Mais il dort où, ce soir ? »

Les gens ne sont pas bien méchants, mais bêtes, oui.

L’autre jour elle m’écrit :
J’ai fait un rêve bref et étrange : Arthur était dans le salon torse nu, juste un pantalon relax. Il faisait des mouvements de danse lents en étalant un gel sur son torse. Ce gel devait nous permettre d’être encore mieux dans l’acte d’amour qui allait suivre. C’était comme le bonheur incarné dans un gel…

Je me suis réveillée, troublée par ce message auquel je ne croyais pas : non, le bonheur c’est pas un gel, ni rien d’autre d’extérieur à nous. Le bonheur (ou le malheur) c’est notre propre création intérieure !
Et que je te remédite… Elle ne se doute pas à quel point je me retrouve dans ses pensées et cette manière de vivre : étudiant, je passais bien plus de temps à écouter le vent dans les pins qu’à user mes fesses en amphi.

Je n’ai pas d’explication de son rêve. À quoi bon expliquer ? Pour toute réponse je lui ai copié le beau texte d’Anne Archet, « Démographie appliquée » . Anne, l’impermanence, elle connaît. On a eu un petit échange à ce sujet :
— Cette petite histoire fait écho à l’enseignement récemment reçu dans la méditation, mais avec d’autres mots : everything that arises passes away. Tout le monde est soumis a cette loi universelle. Alors pourquoi s’en faire tant, puisqu’on sait qu’on va s’en remettre (on ne va pas pleurer/souffrir une vie entière pour une même chose) alors pourquoi ne pas s’en remettre le plus vite possible ???!!!
— Ça me fait penser à ce sage conseil de vivre chaque jour comme si c’était le premier et le dernier jour de sa vie.

Mais, « s’en remettre », je ne sais pas très bien ce que tu veux dire. Surrender ?

Justement, il y a quelque chose d’ambigu dans la situation que tu me décris : un peu comme si Arthur et toi décidiez de vous séparer avant de connaître des difficultés — par exemple l’inévitable attirance sexuelle pour d’autres personnes, ou simplement l’envie de partir alors que l’autre n’est pas prêt. Poussé à la limite, ça me rappelle un thème très populaire de la littérature du 20e siècle au Japon : les jeunes amants qui se suicident au sommet du plaisir pour ne jamais connaître la déchéance de leur relation, ni même du vieillissement. On trouve cette même idée du refus de la déchéance dans le chef d’œuvre de Cohen, « Belle du seigneur », où les amants attendent quand même un peu avant d’en finir, mais qu’est-ce qu’il dégustent…

Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’entre vous il y a une recherche radicale de pureté (ou de purisme) qui vous empêche de cheminer ensemble. Ce n’est qu’un aspect, bien sûr, j’ai compris qu’il y avait d’autres problèmes sans solution, comme un désir d’enfant non partagé, mais je crois lire ça dans tes pensées : puisqu’il faut en finir un jour, alors pourquoi commencer ?
[…]
— Envisager d’autres relations devient (surtout pour la personne délaissée) presque une aversion car c’est envisager la possibilité d’une autre souffrance.
— C’est ça que je n’accepterai jamais. Alors, pourquoi naître si l’on doit mourir ?
Et, en plus, elle m’avait écrit qu’ils avaient décidé ensemble de se séparer.
— Je n’ai dans mes relations aux autres, sans doute pas la même liberté que toi, le même détachement. Et le fait d’avoir vécu une sexualité suivie avec un homme et atteint de tels sommets ne me donne pas encore envie de passer aux brèves rencontres qui peut-être m’attendent.
— Là, par contre, je suis d’accord, et combien… J’ai mis longtemps à me détacher de la nostalgie de l’amour-passion avec Marie (comme plus tôt avec Grietje) et je ne suis pas encore détaché des sommets atteints avec Iliane. […] Je suis d’accord aussi que les brèves rencontres ne nous emmènent jamais dans ces hauteurs. Il y a tout un préalable qui ne se programme pas, et tu sais ce dont je parle !
Arthur, qui ne m’a jamais écrit, vient de m’envoyer sans commentaire des photos de Séverine. Je vais lui demander où il achète son gel.

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

Ton amie lointaine 12/02/2007 12:51

"Les gens ne sont pas bien méchants, mais bêtes, oui."
*******************
Ca résume bien une discussion en cours, sur un tout autre sujet, non ?

Julien Lem 12/02/2007 19:20

Oh oui... :-(

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