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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 18:13
Dans « La voie de l’extase (7) » j’ai témoigné d’un certain scepticisme, si ce n’est d’un manque d’enthousiasme, à la pratique du « tantra » revisitée par ceux qui en font une technique de développement personnel.

Il était impensable pour moi de participer à d’autres stages qui ne seraient pas animés par Ingrid, une amie dont je connais la capacité de construire des merveilles à partir de matériaux hétéroclites. Le stage annoncé, cette année, était aussi l’occasion (ou le prétexte) d’emmener Séverine — ma gauchère préférée — hors de son quotidien.

Nous avons fait la route en deux étapes, dont une nuit dans un hôtel du même nom. Elle avait beaucoup de fatigue à évacuer et notre nuit s’est prolongée aussi loin que possible dans la matinée. Nous avons parlé, échangé quelques gestes de tendresse. Je l’ai sentie repliée sur elle-même comme si elle avait été blessée par un homme abusif. Elle me dira plus tard qu’elle aurait aimé venir dans mes bras mais qu’elle ne voulait pas me faire de peine en réveillant mon désir sans pouvoir le satisfaire. Je l’ai invitée à ne plus suivre aucune consigne de prudence en ce qui me concerne : le désir fait partie de ma vie et je n’ai besoin de personne pour m’en protéger.

Avant d’arriver nous avons dégusté une salade à la terrasse d’un restaurant champêtre. Elle me parle d’un amant de sa sœur « qui avait de si beaux yeux » en regardant par-dessus mon épaule. Puis elle désigne un jeune homme, crâne rasé et lunettes, qui vient de se lever à la table voisine : « Il lui ressemble, je suis attirée ce genre d’hommes ! »

Nous sommes enfin arrivés sur un magnifique site. Au moment où nous pénétrons dans la propriété je vois une femme qui est aussi en train d’arriver. Je n’oublierai jamais qu’elle était penchée en avant et s’est retournée pour me regarder. Nos yeux sont restés croisés dans un bref éblouissement où je lisais à la fois du plaisir et de l’inquiétude. Telle était ma première rencontre avec Hannah ; j’ai su à cet instant pourquoi je venais participer à ce stage, et j’ai eu la vision d’une histoire incroyable qui pouvait s’écrire entre nos vies.

Le groupe est formé de 6 femmes et 6 hommes aux bons soins de l’animatrice, car tous, sauf un, la connaissent déjà. Celui qui arrive de loin, avec sa mine réjouie, ressemble étrangement à l’homme du restaurant. Quelque chose me dit que celui-ci sera « pour Séverine ». À l’heure présente elle ne l’a pas encore remarqué mais mon intuition ne sera pas démentie !

Ingrid a prévu de longs temps de parole, entre les exercices, pendant lesquels elle invite chacun à s’exprimer à partir de ses sensations en déjouant toute tentative d’explication (de justification) ou fuite vers des généralités. Elle invite « l’enfant intérieur » à parler de ce que l’expérience vient de ranimer de colères ou de désirs enfouis. Elle se place à notre niveau en narrant ses propres errances, de sorte qu’il n’y a aucun argument d’autorité aucune prise de pouvoir dans ses interventions, en contraste avec mon expérience précédente — pour ne rien dire de la fois où je suis allé contempler un des nombreux imposteurs de la mystique indienne [voir « Deux visions de la sexualité ? »].

Ce groupe me plaît bien. Chacun est venu à la découverte de ses propres limites et aucun ne se donne en spectacle. Il est vrai que les témoignages de traumatismes vécus pendant l’enfance sont durs à entendre, mais ces personnes sont ici parce qu’elles ont déjà entrepris un travail de guérison.

Hannah se tient à l’écart de tout exercice qui la mettrait en contact avec un homme, et même parfois avec une femme. Elle me bouleverse avec ses yeux bleus, un regard toujours plein d’interrogations, d’attentes, d’intelligence et de désir contenu. Elle plaît aux hommes (et presque autant aux femmes), et ce pouvoir de séduction semble lui poser problème.

Le soir, Hannah et une autre femme étant restées de côté, je me suis trouvé à danser dans les bras d’un homme. Pour éviter la honte et l’anéantissement : ne laisser s’exprimer que la femme en moi, en espérant que cela ne sera pas trop long. Une fois de plus, la pratique du tantra m’expose à ce que je redoute le plus.

Le second jour nous cheminons ensemble vers une meilleure compréhension de nos pulsions intimes. Les exercices n’ont d’intérêt que par l’appropriation qui en est faite par la parole, sous l’œil particulièrement exercé d’Ingrid. J’aime l’humour et l’intelligence de ses interventions, les clins d’œil qu’elle me lance parfois en faisant allusion à notre parcours…

Exercice sur le désir : on se place en face de la personne que l’on désire le plus. Trois hommes font face à Séverine, je reste à l’écart. Elle fait le choix que j’avais anticipé, vers l’homme aux beaux yeux. Je serais allé vers Hannah si je l’avais sentie prête mais elle est s’est encore mise en retrait.

Puis on danse les yeux bandés. Pour commencer, selon une disposition voulue par mon amie. Je ne me rends pas compte qu’elle a placé un homme derrière moi. Ensuite nous nous déplaçons librement et je rencontre autant de monde que possible. Hommes ou femmes, je finis par ne plus faire attention. À la fin de l’exercice quelqu’un vient se placer dans mon dos. Ingrid ? Nous commençons à nous frotter sensuellement, de plus en plus fort. J’aurais envie de me retourner et de la sodomiser. Mais voici que j’entends sa voix de l’autre côté de la salle ! Nous enlevons nos bandeaux : c’était un homme qui croyait lui aussi avoir rencontré une femme.

Longue discussion le soir après le repas. Hannah s’approche de moi et nous parlons pendant des heures du couple, de la fidélité, des enfants, de la vérité. Il se met à pleuvoir.
— Les enfants ont de la chance : ils peuvent courir nus sous la pluie. Mais moi je n’ai jamais osé !
— N’hésite pas à transgresser les interdits, c’est si agréable.
Séverine ne rentre pas à la chambre. Elle s’est échappée avec l’homme aux beaux yeux dans la salle de pratique. Ils y passeront la nuit, mais sans faire l’amour… Je suis resté fixé sur elle tout en pensant à Hannah.

Le lendemain matin, Séverine revient à la chambre. Je la laisse dormir pour m’asseoir à la terrasse du gîte. L’homme aux beaux yeux passe, je fais une plaisanterie sur son manque de sommeil. Ayant entendu ma voix, Hannah surgit enveloppée dans son duvet. (Séverine m’a demandé si elle était nue, j’avoue m’être posé la question, j’en suis persuadé maintenant…)
— Cette nuit j’ai fait quelque chose d’interdit.
— Il faudrait préciser, il y a tant de choses que tu t’interdis !
— Je suis allée marcher nue sous la pluie. C’était délicieux, mais maintenant j’ai froid.
Je ne propose pas de la réchauffer. Nous reparlons du désir.

Dernier exercice l’après-midi : la « vague tantrique ». Hannah a choisi un homme qu’elle désire, mais, indirectement, elle m’appelle aussi. Je me suis donc assis derrière elle en posant les mains au sommet de son dos. Elle dira qu’elle a senti du froid : il sortait du froid, en effet. Mais elle n’osera pas dire que, mes mains sur ses hanches, son ventre et la racine de son sexe étaient en ébullition. Elle reconnaîtra devant le groupe qu’elle avait envie que je vienne et que le désir du bel homme, en face, était devenu trop invasif.

À la fin de notre retour verbal elle s’écrie : « Moi maintenant j’ai envie d’un bon orgasme ! » puis cache son visage sous un châle, rouge de confusion. (Je prête intérieurement le serment de lui offrir un orgasme.)

Avant de se quitter je l’ai serrée dans mes bras. Elle a résisté un peu pour la forme et à cause des formes.

Séverine et moi avons repris la route et dormi chez Ingrid. Le matin il m’était difficile de rester près de Séverine. J’ai donc changé de chambre et me suis allongé près de mon amie. Séverine nous a rejoint. Caresses, échanges de secrets… Un petit parfum de paradis !

Nous reprenons la route, sept heures sans interruption tellement nous avons de choses à partager.

Quelques jours plus tard, Hannah m’écrit :
— Merci Julien pour la douceur que tu as mis dans mes reins, merci.

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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