Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 18:36
Il m’est venu l’idée d’inviter Myriam au stage de tantra alors que je ne sais rien d’elle, ou presque. Séverine n’étant pas en France cette année, j’ai pensé à cette jeune auteur-interprète, à la voix profonde, dont les textes semblent annoncer les thèmes de ces stages. Les confidences que nous partagées pendant le long trajet, puis sa participation, ont confirmé mon choix.

Reprenons au début : Myriam n’a jamais fait parler d’elle sur ce blog pour la simple raison que nous n’avons jamais eu d’autre relation que sociale. Quant au stage, il est le deuxième d’une série qui s’annonce éblouissante ! (Voir le précédent)

Le mot « stage » m’indispose. J’ai toujours été réfractaire aux travaux dirigés. Mais les stages avec Ingrid se présentent plutôt comme un terrain d’expérimentation et de rencontres. L’extraordinaire finesse de son travail lui permet d’accompagner tout le groupe et en même temps chacque participant-e dans un voyage intérieur sous le regard des autres. S’intéresser à la relation homme-femme sans se perdre dans les grands sentiments n’est rien d’autre qu’une « incorporation » du regard de l’autre. Le jeu consiste à faire abstraction de tout jugement (ou du moins en prendre conscience) pour se connecter à ses sensations. (Encore Spinoza !)

Il serait bien difficile de décrire une méthode ; si je tente de le faire vous allez vous emmerder.

Le point culminant du stage précédent avait été pour moi la rencontre d’Hannah. Je ne peux rien dire (et ne sais pas grand chose) sur cette femme si ce n’est l’effet qu’elle produit sur moi. Ses mots et ses gestes expriment à la fois le désir et l’appréhension. Elle s’interroge (autant que moi) sur ce que je viens faire dans sa vie, me tient à distance, tout en osant me confronter avec de nombreuses questions…

L’an dernier nous avons correspondu pendant deux semaines, puis je lui ai annoncé stoïquement que je n’écrirais plus qu’en réponse à ses messages afin de ne pas encombrer sa vie déjà pleine de complications. Elle a donc cessé de m’envoyer des messages. Mais cela n’a pas éteint un feu qui ne demande qu’à resurgir en moi.

Je n’ai pas demandé à Ingrid qui participerait au stage de cette année, ne voulant pas savoir si on y reverrait Hannah. Pas d’attente, pas de déception. D’ailleurs elle s’est décidée à venir au tout dernier moment.

Les désirs/peurs/répulsions ont « travaillé » entre nous pendant le stage, mais ils étaient mêlés à d’autres, pour ce qui la concernait, et d’autres encore qui ont fait surface par l’entremise discrète de notre animatrice. Tout le groupe naviguait aux antipodes de ce climat d’excitation collective qui m’avait indisposé au stage d’il y a quatre ans. J’en veux pour preuve ce que nous avons vécu le dernier matin.

L’exercice consiste à danser avec une personne désirable du sexe opposé. Banal en apparence, si ce n’étaient les circonstances et la lente préparation à des rencontres insolites.

Hannah baisse les yeux et trépigne d’impatience en restant pliée sur elle-même. Elle n’ose pas aller inviter un très jeune homme qui lui inspire du désir. Lui est parti ailleurs. Je me pose en face d’elle, elle dit non. Alors je danse avec Myriam. Hannah reste seule. Avec délicatesse, Ingrid vient la chercher et la place avec nous.

Je n’ai pas de souvenir précis de cette danse à trois ; tout a basculé pour moi dans une seule sensation : le mélange des souffles. Nos visages devaient être proches car j’ai senti les respirations des deux femmes et me suis noyé dans ce fleuve de vie. C’était magique qu’elles soient deux. Pour moi, deux désirs de natures différentes, sans que je sois tenté de quitter l’une pour « fusionner » avec l’autre. Ce n’est pas comme si nous étions dans le jeu de pénétrer/posséder. Avec sa peur, sa pudeur, son amour, Hannah m’a fait l’offrande de son souffle.

Une offrande unique qui m’a comblé. J’ai souvenir de ma conversation avec Nelda au sujet du « remplaçable » (voir « Sex in the dark »). Le sexe d’Hannah, la silhouette gracieuse d’Hannah, ses mains peut-être, sont remplaçables. Mais pas son regard, ni sa voix, son souffle, son cœur à fleur de peau. J’ai eu tout cela sans le prendre et sans aucune réserve.

C’est quoi, le désir ? Spinoza (qui décidément s’était invité au stage) soutient que l’important est l’énergie du désir et non son objet. La chose convoitée ou l’être désiré sont déterminés en fonction de l’image que nous avons du désir qu’ils nous semblent susciter chez d’autres. En clair, si je désire une automobile ou une belle femme, c’est parce qu’elles possèdent des attributs qui les classent parmi les objets ou les êtres les plus désirables. Ce désir en manque est donc une affaire de jugement social. Les publicitaires le savent bien ! Voilà qui corrobore entièrement la remarque de Nelda sur « le remplaçable ».

Hannah est donc pour moi une très belle femme remplaçable dans les attributs de la séduction. Si mon désir n’était que la somme des envies de jouir de ces attributs, il serait simple de le rediriger vers une personne dotée d’attributs aussi désirables et disposée à m’en donner la jouissance en l’échange de tendresse (ou d’autres avantages matériels). L’exercice suivant m’a fourni l’occasion de résoudre ce dilemne. Il était demandé, cette fois, de se mettre à deux pour un massage sensuel. (Ben oui, c’est du tantra, pas un bal de premières communiantes !) Les femmes avaient le privilège de choisir. Hannah est une fois de plus restée seule, puis elle s’est encore retrouvée avec Myriam et, par la grâce des nombres impairs habilement manipulés par Ingrid, elles ont été rejointes par le beau jeune homme. Ce que ces trois-là ont vécu ne vous regarde pas, allez sur leurs blogs !

Une femme m’a appelé. Elle est d’âge moyen et plaisante, mais de celles qui me paraissent trop « sérieuses » (peut-être en colère contre un homme ?) pour m’inspirer du désir. J’ai bien du mal à la caresser tout en sentant qu’elle ne demande qu’à goûter la douceur de mes mains. Et puis elle a apporté une huile odorante parfaitement adaptée aux consignes de cet exercice. À son tour de me caresser : elle me chatouille avec une plume prêtée par Ingrid et m’effleure avec un art consommé de la mise en bouche… Au départ c’est simplement agréable, jouissif, excitant. Puis je commence à sentir son désir, et mon énergie désirante se fond dans la sienne. J’ai oublié Hannah.

Nous plongeons dans une sensation tourbillonnante de désir à l’état pur. Mais, lorsque s’annonce la fin de l’exercice, nous prenons peu de temps à défusionner. Il n’y a aucune trace de fustration puisqu’il n’y avait aucun enjeu. Le désir en excès !

La veille au soir, Hannah m’avait posé la question : « Ça veut dire quoi, pour toi Julien, être amoureux ? » J’avais esquissé une réponse mais la présence de témoins m’empêchait d’aller là où elle le souhaitait. Alors je me suis mis à écrire et j’ai complété le texte après la fin du stage.
Certainement ne pas souffrir.

Ne pas manquer, ne pas demander, ne pas subir
Ne pas enfermer ni se laisser enfermer
Ne pas retenir
Mais se laisser prendre sans attendre, surprendre.

Émerveiller.

Ce que je donne ou reçois est sans importance. J’ai fait de la place pour que cet amour me remplisse. Les amours me remplissent.

Il n’y a pas de regard de l’autre. Je suis l’autre, je suis son regard, je suis autre.

Et cela aussi : je suis saisi d’un frémissement chaque fois tu t’adresses à moi en prononçant mon prénom, ou même quand tu l’écris. Sentir que tu es présente dans cet instant et que c’est bien à moi que tu parles.

Le jour de notre arrivée j’ai dit que je venais au stage pour revoir des gens que j’aime. En fait j’avais oublié tous les visages, y compris le tien et jusqu’à la couleur de tes yeux ! Je n’avais pas envie de savoir si tu participerais pour ne pas être dans l’attente ni dans la déception. Mais quand tu es apparue je me suis aperçu que je ne t’avais pas quittée. J’ai cette même sensation avec I. et S. : on ne se quitte pas. On s’oublie mais on ne se quitte pas. Un message, un appel au téléphone, les regards qui se croisent, tout cela confirme la présence mais il n’y a jamais un sentiment d’absence, de vide à combler.

Un être que j’aime ne me manque pas. Tu ne me manques pas.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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