Mercredi 12 juillet 2006
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Jeudi dernier, Catherine a réussi à me kidnapper pendant la pause du déjeûner pour m’emmener à un petit restaurant japonais. Par chance il était ouvert mais bondé de monde. Faute d’avoir réservé nous avons eu droit à deux places côte à côte, le nez sur la vitrine des trésors de la mer. Elle a choisi pour moi, des sushis, et pour elle des lamelles de poissons et de coquille Saint-Jacques. Elle m’a demandé si je connaissais quelqu’un dans la salle. Je m’en fous, nous avons croqué les poissons et nos lèvres en même temps.
— La coquille Saint-Jacques a le goût de… Mmmh, je ne te le dirai pas !
— Je m’en doute et j’en suis très flattée.
Nous avons décidé de prendre le dessert ensemble le lundi suivant (donc hier). J’arrive le premier à un hôtel où le réceptionniste commence par me refuser la chambre car, dit-il, la réservation commence à 14h00. Je lui dis que c’est faux, il est bien indiqué « 12h00 » sur le web. Il cède. Je lis Politis en attendant le dessert. Elle arrive bouillante de fatigue. La douche est une invention extraordinaire.
Nous avons renoncé à l’apéritif, aux entrées et au plat de résistance. Le dessert tout de suite,. D’abord goûter cette coquille Saint-Jacques qui frétille au creux du rocher. Une murène a entrepris de me mordre. Je crois que nous n’avons jamais tant dévoré nos sexes.
Elle est épuisée, en dessous de tout avec son lumbago, moi aussi je ne suis pas frais, mais nous allons ensemble vers une très grande jouissance. Elle me dira plus tard qu’elle savoure la liberté de notre relation au point qu’elle s’autorise à aller très loin dans le plaisir. En effet, elle va très loin. Je me demande un instant si les femmes de ménage, dans le couloir, ne vont pas appeler police secours. Impossible d’arrêter ses cris. Elle finit par m’emporter dans le tourbillon. Quant à moi, pendant qu’elle m’arrache le dard, je reste sage à soupirer comme une bourgeoise.
Sommeil. Nous émergeons vers 14h30 et je rends la clé aux hôteliers écœurés. Baiser dans la fournaise et je retourne au boulot.
Ce soir, discussion au téléphone avec Iliane-Patricia. Elle m’explique qu’elle a découvert que l’amour n’existait pas. Ou plutôt que presque tout ce qu’elle croyait vivre dans cette rubrique était de la projection de soi sur l’autre, de l’attente de l’amour de l’autre, d’être rassurée, sécurisée, comblée par l’autre. Alors que l’amour ne peut pas exister autrement que dans l’ouverture du cœur, quelque chose qui émane de soi, certainement pas quelque chose qu’on pourrait attendre d’un autre.
Je lui parle de ce que je vis en ce moment avec Catherine. Voilà une relation très simple : nous nous rencontrons pour faire l’amour, comme deux amis se rencontreraient pour des parties d’échecs. Tu es libre demain, ok on se retrouve, mais si tu n’es pas libre on remet ça à la semaine prochaine. Aucune attente, rien à prouver, aucune privation, je n’ai pas plus besoin de sexe que de parties d’échecs, elle non plus. L’amour est juste un excédent de vie entre nous.
Je dis à Iliane que je comprends mieux maintenant ce que nous avons découvert ensemble. Il y a eu des moments où nous rencontrions cette extraordinaire légèreté, les sublimes moments d’apesanteur dans nos étreintes amoureuses. Mais nous avons aussi passé beaucoup de temps à chercher. Il y avait ces journées entières où elle me disait : « Je ne te fais pas l’amour parce que j’ai peur de te perdre, j’en souffre mais je ne peux pas faire autrement »… Dans ces moments, je la regardais avec une pointe d’amusement, mais je ne m’amusais pas du tout… car moi aussi j’étais dans ce jeu absurde, j’attendais qu’elle me fasse l’amour et que la barrière cède. Je souffrais autant qu’elle de cette attente, sauf que c’est elle seule qui passait pour folle. Si j’avais été dans ce sentiment de liberté, comme aujourd’hui avec Catherine, j’aurais pu être comme un miroir et l’aider à se dégager de l’envoûtement.
Je pense aussi maintenant que les coups de griffes de notre précédente séparation (je verrai toujours notre relation comme « saisonnière ») étaient mus par ce jeu de possession que je trouvais complètement décalés par rapport à ce que nous venions de vivre [voir
« La voie de l’extase (7) »]. Mais nous en reparlerons le moment venu, dans la prochaine phase lumineuse.
Iliane et moi passons beaucoup de temps ainsi à parler doucement. Je suis toujours amoureux de sa voix, j’ai senti sens la chaleur du désir m’envelopper doucement. Nous nous reverrons bientôt, c’est prévu au mois d’août. Quelque chose est en train de mûrir.
[Suite]
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