Lundi 3 juillet 2006 1 03 /07 /2006 00:13
Deux fois je suis revenu ici sans Marie. Le sillon de sa présence est encore frais. Ce chemin creux où nous parlions de choses profondes, vite oubliées — comme un clavier vide garde une trace de l’accord final — la saveur de l’air, les aspérités, un brin d’amertume, mais tout cela n’a plus de sens, n’est-ce pas.

Marie lumière, Marie musique, Marie mon enfance retrouvée au terme d’un printemps de folie. Marie plaisir, encore, prends, mon amour, la source est intarissable.

Je n’ai rien de plus beau que le feuillage d’un tremble pour évoquer l’éblouissement des sens, la jouissance à l’état pur qui persiste une fois le vent tombé. (La petite tricheuse déteste que j’écrive « extase », mais pourquoi faut-il que je croise encore son chemin ?)

C’est d’une autre vie que je vous parle. Nous avions piqué deux tentes au bout du champ. Deux pour que les autres ne sachent pas. Bien sûr ils savaient. S’ils me voyaient seul : « Où est Marie ? » Pas d’ombre sans lumière.

Mon regard et mon haleine ont gardé l’empreinte de l’Amoureuse. Des femmes la reconnaissent, déçues de ne pas y trouver leur reflet.

Ici nous avions refait le monde, un peu, et l’amour, beaucoup.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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