Partager l'article ! Le plaisir au chaud sur la véranda: Jeudi 19 mars. Manifestation. Une marche austère, digne et ennuyeuse. Surgit un bel animal au pelage rouge. ...
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On est, P. et moi, dans la phase de l’amour que je n’aime pas. Qui aime ?Exactement. Ce qui me perturbe avec Nelda (comme parfois avec Séverine) c’est de ressentir une pulsion de désir au-delà de celui de la satisfaction sexuelle — qu’elle ne cherche d’ailleurs jamais à me donner. Et plus encore la tentation d’habiller ce désir des oripeaux d’un sentiment amoureux. La tentation est forte chez moi ; elle va dans le sens de nos affinités intellectuelles, vers cette « forme la plus positive » d’une passion qui ne veut pas se dire, et serait voué à une mort certaine si elle était déclarée.
Et je me souviens de cette phrase de Clarissa Pinkola Estes dans Femmes qui courent avec les loups : « Aimer, c’est rester quand votre corps vous crie : “ Fuis ! ”. »
C’est l’heure de quitter la véranda…
On ne supporte pas de quitter la véranda pour pénétrer à l’intérieur de la maison de l’amour. On est terrifié car on devine que, dans la salle a manger, Dame Mort est assise, impatiente. Devant elle se trouve une liste de choses à accomplir, avec inscrit d’un côté ce qui vit, de l’autre ce qui meurt. Elle a l’intention d’aller au bout, d’équilibrer les choses.
Je devrais me souvenir de ceci :
C’est le besoin de forcer l’amour à se perpétuer uniquement dans sa forme la plus positive qui finit par provoquer la mort de l’amour.
N’importe quelle chose peut être par accident cause de Joie, de Tristesse ou de Désir. (3, XV)C’est moi seul qui ai décidé que la joie serait souhaitable, la tristesse dévastatrice et le tumulte méprisable. Mais une même force, celle du désir en excès, me projette au gré des accidents vers ces manifestations intérieures, tout comme comme l’eau d’un torrent qui passe de la colère à l’apaisement sous le seul effet de la force de gravité. Je n’ai rien à reprocher au désir quelle que soit sa forme.
Quand l’Esprit se contemple lui-même, ainsi que sa puissance d’agir, il est joyeux, et d’autant plus qu’il s’imagine plus distinctement, ainsi que sa puissance d’agir. (3, LIII)
[Suite]
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