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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 17:21
Jeudi 19 mars. Manifestation. Une marche austère, digne et ennuyeuse. Surgit un bel animal au pelage rouge. Son regard vif dissipe toutes les idées sombres. Au milieu de la foule — chers collègues — une bulle joyeuse et intelligente. Les tambours s’efforcent de couvrir nos voix mais nos pensées s’entrechoquent à toute vitesse. J’aime cette complicité fraternelle qu’elle me témoigne en public.

Quand elle s’est envolée, « à demain ! », j’ai gardé le plaisir au chaud dans mon cœur. Ce moment de bonheur est resté entier : aucune envie de la retenir ni de la suivre.

Le soir j’étais invité chez Catherine. On a visionné RomanceX de Breillat sur son grand écran, dîné sobrement et fait l’amour. Chacun comme toujours attentif à saturer l’autre de jouissance, jusqu’à l’épuisement des corps. Le lendemain je suis retourné gavé de sexe, de tendresse et d’amitié.

Puis Nelda m’a appelé pour que je la prenne à la gare car le soir elle devait sortir avec Aimée. Nous voici seuls pendant quelques heures. Elle somnole, je vaque à mes occupations, mais le bonheur de la veille a cédé la place à une extraordinaire impatience : j’aimerais qu’elle me prenne dans ses bras, qu’on aille dans la forêt et… Tout cela est ridicule car il fait un vent glacial et je n’ai même pas envie de sexe.

Je suis resté longtemps à me questionner sur les causes de ce désarroi. Rien ne m’est apparu différent chez Nelda. La froideur mélangée à un désir obsessionnel que j’ai ressenti près d’elle ne s’explique pas par un événement particulier ni par mon comportement. Je ne crois pas avoir envahi son espace. Mais le désarroi parvient à son paroxysme sous l’effet de ma peur de lui causer de l’inconfort. C’est bien en moi que tout se joue, même si, pour une raison qui m’échappe, ce séisme dépressif a été déclenché par sa présence.

Le soir j’ai ouvert un message de Séverine :
On est, P. et moi, dans la phase de l’amour que je n’aime pas. Qui aime ?

Et je me souviens de cette phrase de Clarissa Pinkola Estes dans Femmes qui courent avec les loups :  « Aimer, c’est rester quand votre corps vous crie : “ Fuis ! ”. »

C’est l’heure de quitter la véranda…

On ne supporte pas de quitter la véranda pour pénétrer à l’intérieur de la maison de l’amour. On est terrifié car on devine que, dans la salle a manger, Dame Mort est assise, impatiente. Devant elle se trouve une liste de choses à accomplir, avec inscrit d’un côté ce qui vit, de l’autre ce qui meurt. Elle a l’intention d’aller au bout, d’équilibrer les choses.

Je devrais me souvenir de ceci :

C’est le besoin de forcer l’amour à se perpétuer uniquement dans sa forme la plus positive qui finit par provoquer la mort de l’amour.
Exactement. Ce qui me perturbe avec Nelda (comme parfois avec Séverine) c’est de ressentir une pulsion de désir au-delà de celui de la satisfaction sexuelle — qu’elle ne cherche d’ailleurs jamais à me donner. Et plus encore la tentation d’habiller ce désir des oripeaux d’un sentiment amoureux. La tentation est forte chez moi ; elle va dans le sens de nos affinités intellectuelles, vers cette « forme la plus positive » d’une passion qui ne veut pas se dire, et serait voué à une mort certaine si elle était déclarée.

J’ai pensé à ce mécanisme, vendredi, alors que je marchais sous le soleil couchant en écoutant l’Éthique de Spinoza :
N’importe quelle chose peut être par accident cause de Joie, de Tristesse ou de Désir. (3, XV)
C’est moi seul qui ai décidé que la joie serait souhaitable, la tristesse dévastatrice et le tumulte méprisable. Mais une même force, celle du désir en excès, me projette au gré des accidents vers ces manifestations intérieures, tout comme comme l’eau d’un torrent qui passe de la colère à l’apaisement sous le seul effet de la force de gravité. Je n’ai rien à reprocher au désir quelle que soit sa forme.

La nuit venait de tomber quand j’ai ouvert la porte de la maison. Nelda m’y attendait (ou peut-être pas ?) tendre et souriante. On s’est croisés pendant quelques minutes. Quand elle est repartie j’avais retrouvé le plaisir au chaud dans mon cœur.
Quand l’Esprit se contemple lui-même, ainsi que sa puissance d’agir, il est joyeux, et d’autant plus qu’il s’imagine plus distinctement, ainsi que sa puissance d’agir. (3, LIII)

[Suite]

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