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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 18:00
Melinda ressemble étrangement à l’actrice américaine Reese Witherspoon. C’est pourquoi je n’arrête pas de penser à elle depuis que j’ai vu le film « Walk the line » de James Mangold, où Reese Witherspoon et Joaquin Phoenix interprètent avec un immense talent les rôles des musiciens June Carter et Johnny Cash.

Dans un premier temps, Melinda est danseuse. J’ai tourné une vidéo d’elle en solo que je n’ose pas revoir de peur de sombrer dans la nostalgie. C’est une petite femme au visage expressif comme la June Carter du film, regard pétillant, à la fois sévère et sensuel. Mais aussi cet accent du Tennessee et les mouvements de lèvres qui vont avec…

Les hommes qui n’ont pas couché avec Melinda disent qu’elle couche avec tout le monde. Les femmes la tiennent à distance — Don’t ever come near my daughters ! criait Mme Cash… Je n’ai pas couché avec elle, non par conviction, mais parce qu’il y a déjà trop de femmes autour de moi, à commencer par Grietje qui focalise mon désir. Melinda n’est le genre de femme fatale qui part à la conquête des hommes. Elle adore rire, danser, faire l’amour et vivre. Un jour elle vient prendre le thé chez mon associé américain et nous mettre au courant des derniers commérages. Nous échangeons un clin d’œil et le grand dadais lui demande : « Hey Melinda, did you ever make love with two men ? » Un sourire pour toute réponse. Il ne se passe rien et sans doute c’était mieux ainsi.

Dans un deuxième temps elle a de graves ennuis. Elle s’est amourachée d’un aventurier qu’elle accompagne dans de longues enquêtes auprès d’une population de renonçants vivant à l’écart des lois et de la morale ordinaire. Attiré par les expériences extrêmes, le jeune couple se laisse piéger dans la défonce sous le couvert de mysticisme. Mais le corps a ses limites. Un soir ils débarquent chez nous. Squelettique, elle a cessé de parler, de dormir et de s’alimenter depuis deux semaines, suite à une fête qui a « mal tourné », dit-il. Mais il a attendu la dernière extrêmité pour envisager des soins. Précaution : je le mets à la porte. Il part au poste de police se plaindre que nous « séquestrons sa femme ». Hélas pour lui, ils ne sont pas mariés et il est immédiatement arrêté car il a vendu leurs passeports. Un officier de police très distingué nous rend visite le lendemain matin ; il comprend vite la situation et nous lui recommandons de garder son client « au chaud » pendant que nous organisons le rapatriement sanitaire de la jeune femme. Cela prend une bonne quinzaine. Son père, psychologue, est immédiatement arrivé des USA et nous logeons tous ensemble pendant cette période. Melinda se remet lentement à s’alimenter et à parler. Après son départ, nous faisons sortir de prison son ex compagnon, à grands frais d’avocat et sans aucun soutien de l’ambassade.

Nous avons appris par la suite qu’elle avait retrouvé la santé au bout d’un an grâce aux soins attentifs de ses parents. Qu’elle avait fait une croix sur ce délire. Qu’elle s’était mariée et « rangée »…

Nous la revoyons dix ans plus tard. Elle est venue nous remercier et solliciter encore notre aide pour guérir d’une amnésie presque totale sur l’époque de sa chute. Je lui copie des enregistrements d’interviews réalisées au début de son périple tragique. Elle se souvient très vaguement de cette fête qui l’a rendue folle. Certes, elle était empoisonnée à la dhatura, une drogue qui produit des effets désastreux sur le long terme, mais il s’est passé quelque chose de terrifiant qu’elle ne parvient pas à reconstituer. Je ne serais pas surpris qu’elle ait été témoin d’un sacrifice humain.

Son mariage n’a pas tenu. Elle a de nouveau accroché à la drogue, jusqu’au jour où elle a eu un grave accident en conduisant défoncée. Un pied très endommagé, elle marche avec difficulté. Mais cet accident est pour elle un avertissement : à présent il lui faut marcher droit, walking the line comme le répétait June Carter à Johnny Cash. Elle est donc venue reprendre ses études de la danse, malgré la souffrance. Puis elle a rencontré Vitold, un « nice guy » qu’elle a décidé d’épouser.

Ils nous ont invités à leur banquet de noces. Triste comme un jour sans pain, avec tout le gratin friqué de la capitale. Le père de Vitold, aujourd’hui décédé, était un personnage charismatique, homme d’affaires et diplomate. Mais le fils est une caricature de déchéance. Il a eu des problèmes de toxicomanie, il est fiché comme dealer, il se bat avec l’alcoolisme et vit d’une rente que lui octroie son frère aîné à partir du patrimoine familial. Melinda, grand cœur, a décidé de lui apprendre walking the line. Il joue de la guitare et travaille occasionnellement avec un groupe de musiciens amateurs. Mais (même si sa sœur est musicienne professionnelle) il ne deviendra pas Johnny Cash.

Nous avons vu ce couple sombrer lentement dans l’ennui et l’indifférence mutuelle. Ils aiment nous inviter pour changer d’air. Je la croise souvent dans la rue de son école de danse près de notre domicile. Elle soupire en parlant de Vitold et the Family. Je me souviens d’un soir chez eux. Melinda est fatiguée, allongée sur un lit, nous parlons avec elle pendant que Vitold gratte sa guitare en broyant du noir dans une autre pièce. Un peu pâle, vêtue de blanc léger, elle ouvre grands les yeux et je me rends compte soudain qu’elle nous aime. Elle nous dit que, depuis le mariage, Vitold ne veut plus de relations sexuelles car il a peur de « perdre son énergie ». Au moment de nous séparer ils nous accompagnent jusqu’au portail, mais comme je suis toujours pressé de partir j’ai déjà passé la grille avant de prendre congé. Elle me fait signe d’approcher. À travers les barreaux, elle pose délicatement ses lèvres chaudes sur les miennes. Je pense à un insecte butinant les pétales d’une plante aquatique. Nos langues font connaissance pendant les quelques secondes de cette intimité. Personne ne nous a vus, ou bien on fait semblant de rien.

Je suis chaviré de découvrir le désir entre nous. Depuis des années je n’ai jamais voulu y penser car j’étais du côté des gens raisonnables, ceux dont le rôle est de protéger cette petite chose perdue : son père, ce beau-père très présent bien que disparu, que j’admirais tant… Soudain, je rencontre la femme, une femme puissante, troublante Melinda qui a souvent joué avec la vie et la mort.

Quelques semaines ont passé. Je vis seul à la maison. Un jour elle me rend visite pour quelques minutes pendant que son chauffeur attend devant la porte. Nous partageons encore un baiser, puis elle dit : « Au fait, toi et moi, nous n’avons jamais eu de romance ? » La question est saugrenue car nous faisons semblant de chercher la réponse dans un souvenir lointain. Mais je réalise qu’elle pense à son amnésie. « Non, Melinda, il ne s’est jamais rien passé. » J’ai un frisson dans le dos à l’idée que des hommes ont pu abuser de sa faiblesse lorsqu’elle divaguait. Me voilà redevenu son protecteur, j’ai honte de la désirer. Nous buvons le thé, elle s’en va.

Mais le désir a creusé son chemin et la vie solitaire me livre aux fantasmes. Un jour je vais l’attendre à la sortie du cours de danse. Elle est ravie de me voir mais un peu effrayée qu’on nous voie ensemble. Nous convenons que le lendemain elle viendra directement chez moi. Elle se débrouillera pour échapper une heure à la vigilance de the Family.

Je l’ai attendue avec fébrilité tout en anticipant qu’elle n’ose pas venir. Mais la voici, un peu essoufflée et en nage car nous sommes au début de la saison chaude. Je la laisse se rafraîchir dans la salle de bains. Elle ressort toute pimpante, couverte d’une tunique très légère en coton. J’ai oublié de dire (car je ne tiens pas à passer pour obsédé) qu’elle avait de magnifiques petits seins. J’y repense (encore aujourd’hui) en la voyant glisser la brassière dans son sac. Nous nous asseyons sur le lit. Boissons fraîches.
— Well, Julien, I guess that we should make love now ?
— …
Elle m’a laissé sans voix. Oui, tout est bien calculé, elle n’a qu’une heure et il vaudrait mieux se mettre au travail tout de suite. Mais… Il y a quelque chose qui me retient face à son assurance de femme libre. En premier, l’impression qu’elle est venue me rétribuer pour services rendus. Puis la peur. Ce virus dont on entend parler depuis quelques années, elle qui a fréquenté des toxicos, son homme qui en a sans doute fréquenté lui aussi. Je me dis que je n’ai pas envie de risquer ma vie, encore moins celle des femmes que j’aime, pour à peine une heure de plaisir.

« Si je n’avais qu’une heure à vivre, je m’approcherais doucement de toi, belle fontaine… » ai-je envie de lui répondre. Mais elle a bien senti que quelque chose ne coulait pas de source.
— You know, in fact I’m bisexual. My dream is to make love with you and Aimée.
She’s not bisexual, I fear…
J’ai pris ses mains dans les miennes pour ne pas être tenté de me jeter sur ses lèvres, ses seins, son ventre que je sens en ébullition. Nous restons longtemps silencieux à nous regarder. Puis elle me parle de « chez elle » aux USA. Elle me montre des photos de ses parents, de sa maison… L’heure passe, elle doit partir, je la prends dans mes bras. Pas de baiser pour ne pas rallumer l’incendie.

Dernier épisode. C’est le jour de notre déménagement. Melinda et Vitold ont proposé de nous emmener à l’aéroport. Vitold conduit le 4x4 familial. Aimée est assise à côté de lui, Melinda et moi à l’arrière avec les chiens. J’ai osé prendre sa taille, l’embrasser, caresser ses seins en pinçant un peu les pointes entre mes doigts. À mi-chemin, Vitold me demande de prendre le volant car son genou lui fait mal. Walk the line, man. Rideau.

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Published by Julien Lem - dans Sexe
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commentaires

Madison 29/03/2006 00:22

il faudrait inventer un latex inodore et sans saveur...et puis même... autant je peux faire abstraction du préservatif en matière de plaisir que pour une fellation... je pense que j'en perdrais tout le plaisir à la faire...

Julien Lem 29/03/2006 01:34

Pour ce qui est du préservatif masculin dans son utilisation "normale" (!) je comprends maintenant qu'il est nettement moins gênant pour la femme que pour l'homme. Ce qui pourrait expliquer que des femmes reprochent à leurs partenaires de "ne pas vouloir se protéger" ou qu'elles pensent que le gêne est purement psychologique ("perte de la virilité" etc.). Pour moi c'est fini quand j'enfile ce genre d'accessoire: que je fasse l'amour avec la plus belle des femmes ou avec un radiateur, c'est la même chose. Au moins, le radiateur ne me demande pas de mettre une capote...  Mais ne pas me faire dire ce que je n'ai pas dit: je suis à 100% pour la protection; simplement, j'en utilise d'autres et j'y adapte mes pratiques sexuelles.

Ligérienne 28/03/2006 19:04

Il y avait là des risques importants, c'est vrai, pour toi et pour d'autres surtout.Mais ces précautions, il faudrait les prendre pour les caresses bucales aussi,  dans ce cas, je préfère rien du tout.J'imagine mal un cunnilingus ou une fellation avec du latex.

Julien Lem 28/03/2006 19:14

Aujourd'hui je prends les précautions (les tests) quel que soit "l'agenda" de la rencontre. Mais il est reconnu maintenant que le risque de contamination VIH est infime avec les caresses bucales. Il est moins infime pour une fellation avec éjaculation "in situ", mais j'y renonce volontiers.Un cuni avec du latex, j'ai jamais essayé mais ce doit être rigolo. :-b

Madison 28/03/2006 17:58

OoopsssssI'd just read your comment...kisses

Madison 28/03/2006 17:57

Don't you use condom my dear Wolf ?

Julien Lem 28/03/2006 19:08

I love doing sex in English and you're welcome to join... ;-)Pour dire les choses en deux mots, mon expérience avec le condom est négative pour ce qui concerne la jouissance masculine. Mais il n'y a pas que ma jouissance dans le sexe... Je peux donc l'utiliser pour donner du plaisir à ma partenaire. Sauf que, dans ce cas, je trouve que les lèvres, la langue et les doigts sont bien plus agréables qu'un sexe plastifié. Et les mains d'une femme peuvent faire des merveilles sur mon sexe. Pourquoi s'en priver?À l'époque de Melinda je n'aurais pas pu envisager une rencontre amoureuse sans accouplement et/ou sans orgasme masculin. Donc il m'aurait fallu, pour qu'une telle rencontre puisse avoir lieu, un test vih et l'assurance qu'elle n'avait pas eu d'autres partenaires non testés depuis 3 ou 6 mois. Aujourd'hui j'ai une approche différente car l'accouplement des sexes ne me paraît plus du tout indispensable. Je sais que le plaisir a son chemin à lui, tantôt vers la jouissance, tantôt vers une forme d'extase. Et je sais aussi que si on a décidé d'avance de ne pas s'accoupler, ou de ne pas avoir d'orgasme dans l'accouplement (en période de fertilité), on peut quand même vivre complètement cette extase, sans aucune contrainte et dans le "lâcher-prise"…Ce que j'ai vécu avec Melinda aurait certainement été extatique s'il n'y avait pas eu cette tension entre envie de jouir en elle d'une manière conventionnelle et la peur des conséquences de cet acte. Mais je n'avais pas encore rencontré les femmes qui m'ont fait explorer les arcanes du plaisir.

Ligérienne 28/03/2006 13:41

Comme un peu de regret, c'est émouvant ...

Julien Lem 28/03/2006 17:24

Oui, de la nostalgie dans les réminiscences... Mais aussi cette peur qui était légitime à une époque où je n'avais pas encore les idées bien claires sur les précautions à prendre.

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