Vendredi 31 mars 2006 5 31 /03 /Mars /2006 17:17
Je me suis demandé ce qui me pétrifiait de désir dans les illustrations de Frédéric Boilet que Ligérienne vient de me faire découvrir. La beauté des modèles, le charme asiatique, l’incongruité et le réalisme des situations n’expliquent pas tout. D’ordinaire je suis plutôt réfractaire à la BD « pour adultes » et les Japonaises ne m’inspirent pas beaucoup de fantasmes. Mais là… je reste en arrêt — oui, comme un chien la queue dressée — devant chaque image. Ces corps que je rêve de caresser avec mes lèvres pendant des heures. Caresser, lécher et mordre, sans franchir leur intimité, comme le vieil homme des « Belles endormies » [1]… C’est une question de saveur, je crois, et sur la table japonaise ce sont les couleurs qui mettent en appétit [2][3].

Terres de Sienne, ocres, argiles déclinées dans toutes leurs teintes et nuances. Chaque corps surpris par le regard de l’artiste dans une étreinte amoureuse s’ajoute à la fresque voluptueuse du temps, de l’espace et des souvenirs de corps en fête.

Mon souvenir est à mi-chemin entre Manali et Leh. Nous avons piqué la tente après le Rohtang pass pour attendre la fin d’un mal de tête causé par notre ascension rapide à plus de 4000 mètres. Les Tibétains qui tiennent une tea shop sous un chapiteau au bord de la route ont accepté, goguenards, de nous préparer une tisane avec le serpolet cueilli sur la steppe. Puis nous avons marché le long d’un éboulement vers la rivière qui s’étire sur de paresseux méandres. La berge est couverte d’argile, cette denrée miraculeuse que les civilisés achètent en pharmacie alors que les médecins traditionnels en ont oublié l’usage ici.

L’eau fraîche a calmé la fournaise de nos têtes. L’amant s’est mis à nous asperger de boue. La femme s’est jetée sur lui pour le faire disparaître sous un torrent de barbotine. Il ne reste plus que sa verge tendue pour l’identifier. Puis les danseurs se sont jetés sur moi et je me suis senti pétri amoureusement comme un vase sur le tour du potier. Enfin nous avons fait subir le même sort à la femme, sans pudeur ni ménagement, malgré les extrêmités qui s’obstinaient à rester roses, embrassées sans relâche par des lèvres rugueuses. Nous avons continué à nous frotter aux sensations oubliées depuis l’enfance, dans une danse sauvage, frémissements dans les hanches, sexes en position de décollage et une folle envie de hurler de plaisir.

Il a bien fallu se rincer dans l’eau grise car le soleil menaçait de nous anéantir. Il nous a séchés aussi vite qu’un four à micro-ondes. Nous sommes retournés au campement. À l’abri sous la toile, nous avons longuement savouré l’argile sur les peaux rougies et purifiées. Le plaisir en a fait ses méandres.

C’est cette saveur qui me revient à la bouche et au ventre en contemplant ces images. Vous avez dit « épinard » ? Mmmh… Pourquoi pas ?

[1] La traduction française de ce roman de Kawabata est décevante ; essayez plutôt le texte anglais si vous ne lisez pas le japonais.
[2] Mais aussi : « Pour moi, la réalité est plus surprenante que tout ce qu'on peut inventer » (Boilet)
[3] Anne Archet vient d’avoir la bonne idée de s’étendre sur la table japonaise
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Commentaires

Rapidement, parce que j'ai faim, juste pour te dire que l'épinard, et le reste, j'aime, et j'ai faim, une fringale ....
Commentaire n°1 posté par Ligérienne le 25/03/2006 à 19h12
Une feuille d'épinard tendre entre deux tranches de mangue… Délice.
Réponse de Julien Lem le 25/03/2006 à 19h52

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