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Blogueurs et gueuses des journaux intimes n’ont qu’une idée en tête : passer de l’autre côté de l’écran, quand ce n’est pas « de l’autre côté du miroir » comme je l’écris pour
appâter les âmes sensibles… Inutile de nier, celles et ceux qui écrivent sur le Net ont besoin de rencontres, d’un emploi, ou l’envie de sauver l’humanité — les trois n’étant pas incompatibles
comme l’a prouvé Superman.
Le sujet de la rencontre revient donc de manière récurrente sur nos blogs. J’ai déjà donné pour de vrai avec « La cavalière invisible (4) » et j’espère donner encore. Il n’y a pas que des rencontres Q, dieu merci, ou bien ce serait dans un autre registre que nous sommes nombreux à
trouver affligeant. Parmi les blogs placés en liens sur celui-ci (j’en lis d’autres, mais moins régulièrement) j’ai particulièrement apprécié les articles de Madison « Ça Vous Dit D'aller Boire Un Verre ? » et de Maylis « Sexualité, chat et Internet », où l’on peut lire des commentaires d’une
émission que je n’ai pas vue. Le regard des médias traditionnels sur Internet ne m’intéresse pas beaucoup, c’est tellement plus intéressant de participer à un groupe qui s’articule à la fois dans
le « virtuel » et le « réel ».
Les rencontres comblent des besoins affectifs que nous connaissons tous, que nous soyons dans le manque ou dans le culte de l’excès. Si je doute un peu qu’on puisse y trouver le Grand Amour,
c’est plus par scepticisme de l’existence de cette bête mystérieuse que de l’arsenal utilisé pour partir en chasse. Je connais même une femme qui a rencontré pour de bon un homme extraordinaire
(la preuve, il la supporte…) après quelques années de traque dans les petites annonces puis sur des sites de rencontres. Mais elle en était à un stade où, après de nombreux essais infructueux,
elle pouvait rédiger un cahier des charges de l’objet convoité et écarter d’emblée les mauvais candidats. En fait, elle avait une démarche plus rationnelle que romantique, ce qui ne l’a pas
empêchée de trouver la romance en bout de parcours. Je crois qu’en se donnant suffisamment de temps, entre la puberté et la ménopause, on a toutes les chances de résussir… ;-)
Quand je n’ai pas d’épisode nouveau de ma vie amoureuse à raconter, je puise dans les souvenirs anciens ou j’invente une histoire (toujours classée dans les « Essais »). Et encore, même les essais sont l’émanation de désirs réels — voir « Perles de désir » où j’ai vraiment vécu ce rêve face à à l’image vraie du corps vrai d’une femme bien identifiée — ou
encore de la projection imaginaire du désir d’une femme — voir « Canicule XXX » où je répondais à un
défi. Je crois que c’est la vérité du désir ou du vécu qui suscite de l’émotion. Cette émotion, je la retrouve en miroir dans les commentaires, même très brefs comme celui d’une lectrice de
« Coïtus impromptus » où je viens de poster « Perles de désir » sans la photo qui en était à l’origine. Je suis
ému, limite émoustillé, par ces petites phrases qui témoignent moins de la qualité d’un texte que du « trouble » ressenti, tout est dans les points de suspensions… J’avoue que parfois
j’ai envie d’écrire aux femmes troublées pour leur parler de mon trouble, mais ce serait sans fin. ;-)
Nous sommes habitués à des images banalisées. Je ne m’attarde pas devant une photo publicitaire, sauf si elle évoque quelqu’un de connu. Je ne ressens aucune excitation dans une scène de Q au
cinéma, sauf si elle me remet en souvenir de quelque chose que j’ai vécu, comme dans « L’Empire des sens » (seulement la première partie, eh couillons !) Le blog, avec ses pseudos
et son anonymat, permet paradoxalement de dire des choses vraies, et donc sensibles, sensuelles et pleines de sens, parce qu’on peut y recréer un espace d’intimité qui donne beaucoup de
liberté.
Sous condition de s’en servir avec tact et vigilance. Car l’intimité n’est pas une relation transitive. Ouh là le grand mot, je vais m’expliquer avec un exemple : V. et moi écrivons sur nos blogs des épisodes vrais et parfois torrides de nos vies sentimentales. Ce n’est pas pour ça que je vais raconter
par le menu l’histoire de notre rencontre, son logement, la couleur de ses yeux, l’odeur de sa peau, que sais-je encore, tout ce que je n’hésiterais pas à écrire si elle n’existait pas quelque
part dans notre « entourage virtuel ». Elle aussi a eu la délicatesse de ne pas révéler que je pue des pieds. ;-) Et,
probablement, si nous avions fait l’amour, nous l’aurions gardé pour nous, dans notre jardin secret. J’aurais à la limite écrit l’histoire, à une autre date, en brouillant assez les cartes pour
que personne ne puisse faire le rapprochement. C’est ça, l’intimité qui n’est pas transitive : si A et B vous font chacun partager un peu de leur intimité, A+B n’ont pas forcément envie de
vous inviter dans ce qu’ils vivent.
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