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17 mars 2006 5 17 /03 /mars /2006 00:00
Lu chez des amis :
On trouve presque partout normal de frapper les enfants pour les faire obéir alors que cette méthode d’éducation expose les enfants, les adultes qu’ils deviennent et la société dans son ensemble à de graves dangers.

Les enfants sont d’ailleurs aujourd’hui dans presque tous les pays la seule catégorie d’êtres humains qu’il soit permis de frapper légalement, alors qu’ils sont aussi les êtres humains les plus fragiles, les plus vulnérables et ceux sur lesquels la violence a les conséquences les plus graves. Alors que dans les sociétés anciennes, on avait le droit légal de battre les esclaves, les domestiques, les soldats et les marins, les prisonniers, les femmes, aujourd’hui, dans presque tous les pays, seuls les enfants peuvent être encore légalement frappés.

Cette anomalie ne nous apparaît pas comme telle parce que nous avons presque tous subi à des degrés divers la violence éducative et que nous avons acquis sous les coups, depuis notre petite enfance, la conviction qu’elle est le privilège normal des parents.

[…]

Les progrès de la connaissance en neurobiologie ne permettent plus de douter des dangers de cette pratique que les enfants subissent souvent pendant toutes les années où leur cerveau se développe. On sait notamment depuis peu que des neurones, appelés par celui qui les a découverts « neurones miroirs », enregistrent fidèlement tous les gestes que nous observons et que ces mêmes neurones s‘activent au moment où nous reproduisons ces gestes. Ainsi, les gestes de violence des parents préparent dans le cerveau de leurs enfants des chemins neuronaux à la reproduction de ces mêmes gestes. Autrement dit, la première chose qu’un enfant apprend quand il est frappé, c’est à frapper et notamment à frapper les êtres plus petits et plus faibles que lui.

Le fait de trouver normal de frapper les enfants, alors qu’on serait indigné d’être frappé en tant qu’adulte, est un des pires effets de la violence éducative : on devient aveugle à l’immoralité qu’il y a à frapper un être plus petit que soi et totalement sans défense. Ce qui ne nous empêche pas de proclamer et d’enseigner aux enfants qu’« il ne faut pas faire à autrui ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse ». La raison de cet aveuglement et de cette incohérence est simple : les premiers coups que nous avons reçus des êtres que nous aimions le plus, nos parents, nous ont inculqué l’idée qu’il était normal de frapper les enfants. On ne se défait pas facilement d’une conviction acquise à un âge où l’on n’avait aucun moyen de la contester. Comme le dit un proverbe, « la dernière chose dont prend conscience le poisson, c’est de l’eau de son bocal ».

L’aveuglement concernant cette violence éducative ambiante, et donc perçue comme normale, est accentué par la croyance selon laquelle les enfants et les jeunes qui ont des comportements violents n’auraient pas été élevés assez sévèrement. Alors que c’est le plus souvent l’inverse qui est vrai et que la violence que manifestent ces jeunes est presque toujours la résurgence de multiples violences subies dans leur enfance.

(Voir le premier communiqué de presse de l’OVEO)
Seize pays ont actuellement interdit toute forme de violence éducative : la Suède (1979), la Finlande (1983), la Norvège (1987), l’Autriche (1989), Chypre (1994), l’Italie (1996), le Danemark (1997), la Lettonie (1998), la Croatie (1999), la Bulgarie (2000), l’Allemagne (2000), Israël (2000), l’Islande (2003), l’Ukraine (2004), la Roumanie (2004), la Hongrie (2005)…

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Published by Julien Lem - dans Pensées en vrac
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commentaires

bakemono 22/03/2006 11:01

C'est très intéressant tout ça, l'article et les commentaires ainsi que les réponses apportées. Je n'ai pas d'enfants donc je ne peux qu'imaginer  à quel point il est parfois difficile de raisonner un enfant et de lui faire comprendre son point de vue par le dialogue plutôt que par la violence. C'est une responabilité sacrément lourde d'être parent, aider un être à se construire, le protéger sans lui nuire...Laisser son individualité s'exprimer même si elle ne correspond pas forcément à l'attente des parents...un vrai boulot!

Julien Lem 22/03/2006 15:58

En même temps ce n'est pas difficile si on n'a pas des bâtons dans les roues, à savoir:1) Des problèmes à régler avec ses propres parents, qui créent des clashs entre parents et grands parents, dont les enfants font les frais.2) Des conflits dans la couple parental (qui n'est pas forcément le couple géniteur) où chacun va camper dans un camp opposé. Exemple très répandu: la mère s'occupe de l'enfant en semaine, elle veille au travail scolaire, à une hygiène de vie etc., mais le père qui s'en occupe en week-end lâche la pression, c'est donc l'occasion pour l'enfant d'oublier l'école, de sortir au cinéma, de manger des choses interdites etc.  Le père accuse la mère d'être trop rigide et la mère accuse le père d'être laxiste.  C'est caricatural mais malheureusement très fréquent. Ça existe dans l'autre sens aussi: père "rigide" et mère "laxiste".  Le problème ici est que la mésentente fait camper chacun sur des positions purement idéologiques, au détriment de la relation affective.Si on n'a pas ces obstacles, et si les adultes qui font office de parents (j'inclus les familles homoparentales, reconstituées etc.) ont réfléchi ensemble à l'éducation, s'ils sont clairs sur les comportements à adopter, s'ils sont prêts à remettre sans cesse en cause leurs visions et leurs comportements, s'ils sont heureux d'avoir des enfants, alors c'est vraiment facile.Une autre difficulté que je rencontre parfois c'est le rapport avec les enfants d'autres adultes élevés dans un système de punitions et récompenses, ou au contraire dans une situation de démission parentale.  L'enfant peut reproduire avec moi ce qu'il fait avec ses parents, notamment faire de la provocation afin de me prouver que je suis laxiste ou capable de violence. C'est difficile alors d'entrer dans un contact affectif sans démolir l'image qu'il a de ses parents.  En fait c'est difficile de ne pas juger les parents des autres même quand on les voit se complaire dans le chantage affectif ou la manipulation.J'ajoute que c'est vraiment dur pour une femme seule de s'occuper d'un ou plusieurs enfants. C'est la raison pour laquelle je suis plutôt conservateur sur la notion de couple quand il s'agit de parentage, alors que je défends le libertinage polygame quand il s'agit de sexualité.  L'autre jour, dans un café parisien, j'ai vu une femme avec une petite fille de 3 ans environ et un bébé dans un landeau.  Au moment de partir elle a essayé d'habiller sa fille et le bébé s'est mis à hurler.  Ça duré une bonne dizaine de minutes, car la gamine était peu coopérative, mais pendant tout ce temps la mère n'a pas eu un geste ni même un mot en direction du bébé. Elle était excédée.  Je me suis demandé si j'allais lui proposer de l'aide mais j'ai senti que je serais mal reçu, du genre "je suis assez grande pour me débrouiller" avec l'arrière-pensée que je cherchais à la draguer ou pire que j'étais un pédocriminel.  (Je sais que c'est idiot de penser ça, vu qu'un obsédé sexuel préfère aborder une femme seule ou un enfant seul. Franchement, s'il faut d'abord se débarrasser des mioches, c'est pas un bon coup.) Bref, le remède aurait sans doute été pire que le mal, alors que je connais des pays où tout le monde dans le bistrot serait venu l'aider sans même lui demander.  Même qu'au Cambodge des femmes donneraient spontanément le sein à un bébé affamé, un truc qui fait hurler les Occidentales obnubilées par l'hygiène et le sens de la propriété - c'est "mon" enfant et moi seule je peux le nourrir...Ce qui m'a vraiment heurté dans cet incident, ce n'est pas de penser que cette femme était indifférente aux cris du bébé - en fait je ne crois pas à cette indifférence, je crois plutôt qu'elle était dans l'incapacité d'agir.  Non, ce qui me révolte c'est de penser qu'on ne vit pas dans une société solidaire et bienveillante pour les enfants. Quand mon fils avait 4 ou 5 ans, si nous prenions l'avion sur une ligne intérieure en Asie, il y avait toujours un stewart prêt à le prendre dans ses bras et l'emmener dans la cabine de pilotage. Bien souvent il a fait le voyage sur les genoux du pilote en faisant semblant de piloter l'avion...  Résultat, quand il avait 15 ans et que nous prenions ensemble le train pour un voyage de 24 heures, il mettait une ambiance géniale dans le compartiment, à discuter, faire des tours de cartes, organiser des jeux.  La socialisation, les enfants l'apprennent tout seuls s'ils se sentent accueillis en société dès leur jeune âge.  Petits exemples entre mille pour dire que d'autres sociétés ont un regard plus sain sur la petite enfance et que j'ai vraiment du mal à m'y faire ici.

vernnone 22/03/2006 04:29

Trés interressants discours. Personnellement, les fessées que ma fille à reçu sont toutes nées d'une peur ou d'une inquietude lourde de ma part. Ce qui ne les justifies pas je vous l'accorde, mais n'a pas été là comme mesure éducative, mais comme réaction spontanée (c'est surement un enregistrement neuronal de se que j'ai subi petite comme ton article l'explique). Quoi qu'il en soit, et pour ne pas reprendre l'étandu de ce qui a été écrit, la chose à retenir est que l'injustice ou punition arbitraire reste pour moi, la plus lourde des erreures. Ainsi, Les enfants doivent savoir d'où vient la punition et comprendre qu'elle est le fruit d'un acte concidéré comme mauvais. Inculquer la différence entre le bien et le mal est primordial, dans mon propre système éducatif. Lorsqu'un enfant fait quelque chose de mal, et qu'il ne reçoit aucun reproche, il se retrouve sans ligne, sans marche à suivre, et cela lui ouvre les portes de nouvelles mauvaiseté. Je crois que la confiance des enfants envers ses parents reste la seule arme limitant le nombres de dispute ou correction, qui je vous l'accorde, aurait du quitter les principes éducatifs depuis longtemps. Je suis néanmoins étonnée que ce principe d'éducation, soit encore si présente à notre époque. J'aurais juré que nous en etions sorti depuis un certain temps. Enfin, frapper un enfant n'est que l'étalage d'une faiblesse et le résultat d'un manque de refflexion pour trouver une autre solution.

Julien Lem 22/03/2006 16:33

Quand on en a parlé (sur ton blog puis "in vivo") j'ai compris qu'il y avait un conflit entre son père et toi, et que ça pouvait renforcer ton exaspération face à sa démission parentale - j'utilise ces mots pour simplifier ce qui est sans doute plus compliqué. Le conflit peut aller très loin dans les accusations, tu m'en as parlé aussi.  Si le jeune enfant est maltraité, en général quelque chose ressort de cette maltraitance pendant l'adolescence, au moment où son psychisme se "reconfigure". Or, franchement, le regard que ta fille porte sur toi n'évoque pas du tout des souvenirs de violence (physique ou psychique). Donc, même s'il t'est arrivé d'avoir la main lourde je ne pourrais pas croire que tu en ais fait une méthode d'éducation. Ça montre que, même si nous avons tendance à reproduire ce que nous avons vu ou subi (quand j'étais plus jeune je battais mes chiens...) il y a toujours des occasions d'évoluer et de devenir un peu plus "soi-même".  Ce qui est dommage c'est que pas mal de gens ne saisissent pas ces occasions et se contentent de suivre le troupeau.Pour ce qui est de la confiance, je crois que ce qui freine beaucoup d'adultes c'est la peur.  Ton enfant propose d'aller t'acheter le journal, il te promet de faire bien attention en traversant la rue, il fait ça pour te montrer qu'il t'aime et qu'il est devenu "grand"...  Est-ce que tu lui fais confiance?  Il n'y a pas de réponse générale, mais chaque fois ce qui est à négocier ce sont ses propres peurs.  Et quand on est deux parents, il y en a toujours qui a plus peur que l'autre.  Donc, pour vivre ensemble c'est vital aussi d'essayer de résoudre ces peurs. Tout un programme, surtout si on croit qu'il suffit que tout se passe bien au lit. ;-)

Madison 21/03/2006 13:39

Mouhai... le côté neuronal de la chose... bof bofComme Nam, je pense qu'une petite tape sur la main de temps en temps peut permettre à l'enfant qui n'a pas de limite de voir que tout ne lui ai pas permis.La frustration, ça s'apprend. Ca n'a rien à voir avec l'humiliation.Là ou je suis d'accord, c'est sur le côté "enfant pris comme un objet" qu'on peut battre sans retenu. Ca c'est inadmissible et répréhensible. Mais comment faire pour les violences morales moins visibles ? Ce sont des humiliations dangereuses et indélébiles.. sauf long travail sur soi plus tard...bisous

Julien Lem 21/03/2006 17:01

Une amie vient juste de m'écrire que sa fille aînée vient de subir "la plus terrible des humiliations à l'école, de la part d'un membre de l'équipe pédagogique (fessée déculottée)".  C'est dire que cette pratique n'est pas abolie, bien qu'elle soit interdite dans les établissements scolaires en France depuis la fin du 19e siècle... Bon, ça n'a rien à voir avec ton commentaire, juste en passant.La "petite tape sur la main" n'évoque pas pour moi un acte de violence, par contraste avec la "petite claque".  Si un enfant se met à en tabasser un autre, c'est normal de le retenir physiquement, même si ça peut être douloureux pour lui.  De même il m'est arrivé de mordre un enfant qui m'avait mordu.  On peut toujours argumenter, surtout ne pas en faire une règle, mais l'idée générale est que l'enfant se rende compte assez vite des conséquences de ses actes et donc des limites de sa liberté.  C'est peut-être de la "frustration", mais je n'en suis pas sûr quand il comprend vraiment.Les violences morales c'est encore tout un chapitre, bien sûr. J'ai évoqué l'effet manipulateur de certaines façons de parler qui prétendent être "non-violentes", pour dire qu'il est plus sain à mon avis d'exprimer sa colère. Et même casser de la vaisselle, pourquoi pas...  Ça fait marcher le commerce!Toutefois je m'élève contre un argument qui dit que les violences physiques ne sont rien en comparaison aux violences morales, et qui vise à dédouaner les premières.  Il y a toujours de la violence morale derrière une violence physique exercée par abus de pouvoir.Pour le côté neuronal, ben oui, les primatologues travaillent beaucoup sur cet aspect... On ne va quand même pas se lancer dans un débat cognitivisme/comportementalisme!  C'est un blog de Q, pas une annexe de la Sorbonne. ;-)

Nam 21/03/2006 08:44

Ouh là, y'a beaucoup à lire là ... (j'ai tout lu ...) mais pour répondre à tout, ça va etre dûr ...
Y'a juste 2 points sur lesquels je souhaite revenir :
- humiliation/vexationFranchement, pour moi, ce n'est pas la même chose !Comme tu l'as remarqué dans mon propos, avant toute "correction" intervient le dialogue, les remarques, les avertissements sur les dangers de telle ou telle action.Ma la "petite claque" telle que je la décrit est sans doute mal comprise. Je ne parle pas de la apetit claque qui laisse un trace de doigts sur la joue. Je parle du fait qu'en temps normal, on stoppe l'enfant dans son geste en attrapant sa main, et que lorsqu'on arrive à "la claque", c'est la joue ou la fesse qui prend. C'est ce changement d'attitude qui vexe l'enfant. Je ne vois pas en quoi il serait humilié ! Surtout lorsqu'il n'y a que sa Mère et son Père à côté.
L'humiliation, pour moi, c'est plus profond. Par exemple apporter un doudou à l'école en annonçant bien fort devant ses copains à la crèche "tiens, je n'ai pas oublié ton doudou mon petit chéri, sinon tu aura peur pour t'endormir", alors que justement le bambin en question chercher à impressionner par tous les moyens ses camarades...
- 2e point"Tout ça me ramène à l'idée qu'un système d'éducation qui prône l'obéissance comme vertu première met en danger l'humanité...  "
Il faut préciser le cadre d'oéissance. Il y a un temps pour tout, et des règles à suivre, ne serait-ce que pour la sûreté de l'enfant !Quand on dit "ne traverse pas sans regarder" et que l'enfant désobéit, il met sa vie en danger ...Mais un peu de rebellion sur des règles trop strictes et has been est bien entenu nécessaire, ne serait-ce que pour affirmer sa personnalité.
Pour le reste, je te rejoint ! Un enfant est une personne à part entière, qui a besoin qu'on lui explique le monde qui l'entoure pour qu'il s'y adapte le plus naturellement possible. Et je parle bien d'explications, et pas de rapport de force.Les 1er mois de sa vie, c'est notre fille qui réglé la notre ! Nous avons vécu au rythme des tétées la nuit ;) (oh joie ...)Ensuite, il faut tout de même montrer à l'enfant qu'il y a un temps pour tout. D'ou l'importance des "rituels" pour indiquer aux bébés ou il en est dans sa journée. Nous ne sommes pas du genre à manger "pil poil" toujours à la même heure, mais il y a tout de même un crénaux horaire à "suivre".Sans structure, je ne pense pas qu'un enfant puisse s'épanouir correctement. Mais cette structure doit aussi lui être expliquée, sinon, ça ne sert à rien.

Julien Lem 21/03/2006 09:44

Cette fois, je suis d'accord avec tout ce que tu écris, et ça complète bien ton premier commentaire.  Il m'est arrivé de mettre une claque sur la cuisse d'un gamin qui écrasait la plaquette de beurre sur la table. C'est parti tout seul, mais sans intention de corriger, plutôt comme on donnerait une bourrade à un copain qui nous exaspère.  Il s'est vexé et je lui ai répondu que j'étais très en colère car chez moi on ne fait jamais ça.  Le message étant que les règles pouvaient être différentes chez lui et ailleurs.Si j'ai réagi à ton commentaire, c'est que la phrase "une petite claque ne peut pas faire de mal" est utilisée par ceux qui pronent la "petite claque" (ou la menace d'un châtiment physique) comme méthode d'éducation.  De fil en aiguille j'ai écrit un article complet, mais il ne s'adressait pas à toi en particulier.Pour ce qui est de la menace ou de l'avertissement, c'est complètement différent de dire à l'enfant "si tu fais ça tu prends une claque" et "si tu fais ça je vais me mettre en colère et je risque de te mettre une claque".  Dans le deuxième cas il comprend que la violence est l'effet de la colère et non pas une punition qui lui tombe de dieu-tout-puissant.  C'est là que la vexation ou l'humiliation reviennent au même, car le problème n'est pas dans l'intensité du geste mais dans son intention. Je crois que c'est ce que tu as voulu dire.Entièrement d'accord aussi pour les règles à enseigner, ou les "limites à poser" comme on dit aujourd'hui.  L'exemple du repas est très bien choisi.  A partir du moment où l'enfant est sevré il dépend du rythme familial de préparation des repas.  Bien sûr je ne laisserais pas un enfant hurler de faim entre le repas, mais chez nous la règle implicite était simple: on prépare des repas à heures régulières, il peut participer à l'élaboration du menu, et quand le repas est prêt il est bienvenu pour le partager.  S'il n'en a pas envie il attendra le repas suivant car il n'y a rien à grignoter dans les placards ni dans le frigo.  Il est arrivé qu'il saute des repas, quand il avait besoin d'éliminer, mais jamais il n'a été sollicité à manger.  Chez nous c'était facile car nous vivions dans un endroit où il n'y avait pas toutes ces merdes qu'on stocke chez soi pour s'adonner au grignotage.  Pas facile à faire aujourd'hui dans les pays riches, et encore moins s'il y a des grands parents dans le voisinage. Mais bon, si on estime que ça a de l'importance, on se donne les moyens de le faire...On peut appeler ça un rituel, mais si l'environnement s'y prête l'enfant comprend immédiatement qu'il y a une logique pratique dans cette organisation. Je rejoins ta dernière phrase, "cette structure doit aussi lui être expliquée" en disant qu'il est important que les contraintes soient intégrées comme venant de la vie sociale et non d'obligations arbitraires destinées à prouver que l'adulte a toujours raison.

Nam 20/03/2006 09:30

Oui bon, enfin, y'a frapper et frapper aussi !
Une petite claque donnée suite à une connerie n'a jamais tué personne...
Après, c'est sur que si c'est "grosse baffe à la moindre occasion", là, OK, c'est pas le bon plan.
Perso, chez nous, on resteint au max les claques.Et franchement, une petite tape sur la joue, ça vexe tellement un gamin qui ne se prend jamais de baffe qu'il n'y a pas besoin de "frapper fort"! Le simple fait d'effleurer la joue "un peu fermement", et le gamin s'en souvient. Ttou vexé qu'il est d'avoir été "touché" de la sorte ...
Ou alors une claque sur la couche aussi ... véxant, et ça fait pas mal ...Mais bon, avant tout ça, y'a haussement de voix et avertissements ...

Julien Lem 20/03/2006 16:33

D'abord, je tiens à souligner que se battre contre la violence éducative ne veut pas dire pas condamner toute personne qui se laisse aller à un geste de violence, mais un système de pensée qui érige la coercion comme méthode éducative.La psychologue Alice Miller a très bien analysé cette forme d'endoctrinement, la "pédadogie noire" de l'Allemagne du 19-20e siècle qui a atteint son apogée à l'époque du nazisme.  Les principes de base sont les suivants (je cite Miller):1. que les adultes sont les maîtres (et non pas les serviteurs) de l'enfant encore dépendant ;2. qu'ils tranchent du bien et du mal comme des dieux ;3. que leur colère est le produit de leurs propres conflits ;4. qu'ils en rendent l'enfant responsable ;5. que les parents ont toujours besoin d'être protégés ;6. que les sentiments vifs qu'éprouve l'enfant pour son maître constituent un danger ;7. qu'il faut le plutôt possible "ôter à l'enfant sa volonté" ;8. que tout cela doit se faire très tôt de manière à ce que l'enfant "ne s'aperçoive de rien" et ne puisse pas trahir l'adulte.Même dans une société comme la nôtre, qui n'est pas par essence autoritaire et prône l'épanouissement des enfants, si vous proposez ce programme à n'importe qui dans la rue il y a bien des chances que la plupart des points reçoivent une approbation. Combien de fois ai-je entendu que les enfants devaient être "dressés" (entendez "éduqués") très tôt, et même dès leur naissance: le nouveau-né, entre autres, est supposé apprendre à se nourrir à heures fixes et à s'endormir à la demande dans une chambre séparée. Tout cela pour le mieux-être de ses parents, il va de soi.  Autrement dit, c'est à l'enfant qu'il incombe d'apprendre à répondre aux besoins des adultes et d'exprimer le moins possible les siens propres.À cette doctrine on a opposé, dans les années 1970, une autre doctrine qui visait à placer l'enfant au centre de la vie familiale, en se servant en fait de lui pour régler ses comptes avec "la société", à commencer par ses propres parents.  C'est  l'enfant "roi" qui apprend à manipuler les adultes en exploitant un fond de culpabilité de ces derniers...Ton commentaire m'invite à m'éloigner de ces idées générales pour répondre sur le plan personnel.  Ce que je vois de positif dans ton témoignage, c'est que les baffes font suite à des avertissements et des haussements de voix. Autrement dit, tu reconnais qu'il y a de meilleurs moyens de négocier, et que c'est seulement l'échec de ces moyens qui t'incite à en employer d'autres.  Sur le fond nous sommes d'accord, mais sur la forme je me permets exprimer quelques divergences.Je tiens à préciser que je ne suis pas du genre non-violent à tendre la joue droite après avoir été frappé sur la gauche...  Il m'est arrivé d'en venir aux mains, mais seulement avec des adversaires qui ont les moyens de se défendre, ce qui n'est pas le cas des enfants en bas âge - ni des animaux de petite taille, soit dit en passant.  La "petite claque" n'existe que dans la mesure où l'on est sûr de ne pas en recevoir une grosse dans la riposte, autrement dit dans un rapport de domination.  Je ne me vois pas donnant une "petite claque", dans un moment de colère, à une personne plus faible physiquement, ma compagne par exemple...  Il est évident que, petite ou grosse (la claque), elle serait le signe d'un changement radical de notre relation. Autrefois les hommes se battaient en duel après une "petite claque", ce qui n'était pas une mauvaise idée car elle rappelait que toute humiliation est une grande violence. (Et puis ça nous débarrassait de pas mal de cons.)Pourtant je ne suis jamais allé dans le sens d'un modèle libéral d'éducation qui est aujourd'hui décrié comme "laxiste".  Le mot "laxiste" est assez bien choisi parce qu'on peut y entendre "lâcheté".  Je pense qu'il y a des parents qui ont peur de leurs enfants, ou plutôt peur de la violence qu'ils pourraient infliger à leurs enfants s'ils laissaient libre cours à leurs pulsions. J'ai moi-même ressenti ces pulsions car j'ai été élevé (sans violence physique) dans la peur de la colère des adultes.  Je pense que le meilleur moyen d'éviter d'être paralysé par ces peurs (cette paralysie qu'on désigne comme "laxisme") est de s'autoriser à vivre la colère (en autorisant aussi l'enfant à vivre les siennes) de sorte qu'elle ne soit pas destructrice de la relation.  La colère est un processus vital comme un autre, et non pas une faiblesse comme le croient ceux qui prônent une non-violence angélique.  J'ai vu pas mal de gens qui ont étudié les bases de la "communication non-violente" (CNV) et qui s'en servent de manière manipulatoire.  Pourtant l'analyse de Marshall Rosenberg (son inventeur) est d'une grande pertinence, mais je ne vais pas m'étendre sur ce sujet ici.Un enfant peut assez vite comprendre pourquoi un adulte se met en colère, s'il a fait lui-même l'expérience de la colère, et si cette colère n'est pas chargée de culpabilisation.  Il y a des mots qui font parfois plus de mal que les coups (y compris sous la forme CNV), ce qui ne veut pas pour autant dire que les coups seraient un moindre mal...  Quand tu parles de "vexation", franchement, je ne vois pas la différence avec "humiliation". Ou bien c'est la même différence qu'entre une "petite claque" et une "grosse branlée", mais pour moi c'est avec ces fausses nuances qu'on entretient le système de domination.  Si ma compagne rate un créneau en garant la voiture lors d'une sortie avec des amis, et si je me moque d'elle, c'est une petite "vexation" sans importance, dirait n'importe quel macho, mais la portée est bien plus grande que je voudrais bien le croire.  (Ce qui tombe bien, c'est que 9 fois sur 10 c'est moi qui rate les créneaux.  Encore ce matin...  Ce qui ne m'empêche pas de l'humilier de temps à autre, comme elle me le rappelle.)Je fais un parallèle entre la relation homme-femme et la relation parent-enfant parce qu'avec le féminisme nous (les hommes) avons commencé à mieux comprendre les humiliations que subissent les femmes au travers de gestes ou des paroles, en apparence anodins parce que bien intégrés à notre culture.  Avec les enfants il reste du chemin à faire, les "petites claques" ont encore de bons jours devant elles.Ce qui fait la différence, c'est de considérer son enfant comme une personne à part entière, avec une perception du monde qui n'est pas la nôtre (mais qui a autrefois été la nôtre) et qui demande une renégociation permanente dees comportements.  Je vois souvent des parents menacer ou gifler un enfant qui n'a pas la patience de rester assis pendant des heures au restau, dans un repas de famille, ou dans un TGV.  Ils font ça en reprochant à l'enfant de "déranger tout le monde", sans même se rendre compte que le remède est pire que le mal, et que l'impatience du petit enfant est peut-être le signe d'un besoin vital qu'ils n'ont pas su déceler.  J'ai vu par exemple des mères frapper leur petit de 3 ans qui refusait de s'habiller tout simplement parce que sa pudeur était heurtée par la présence de témoins... Mais l'enfant est trop petit pour expliquer, et l'adulte s'en tire en décrétant qu'il fait un caprice.  Je n'ai jamais vu un enfant respecté faire des "caprices".Un enfant maltraité peut évacuer ses traumatismes, comme l'a montré Boris Cyrulnik en parlant de "résilience".  La douleur peut s'estomper mais les cicatrices restent.  Les animaux n'ont pas cette ressource psychique: un chien battu aura toujours peur de la main qui se lève, même pour jouer. Compter sur la résilience pour rattraper nos erreurs éducatives, c'est un manque de respect envers soi-même. Les enfants de l'inventeur de cette pédagogie noire, en Allemagne, ont fini en asile psychiatrique.Pour moi c'est très important de poser des limites (par exemple, chez nous, il y avait des jouets et des outils, l'un ne pouvant pas remplacer l'autre, ainsi que des trucs dangereux à portée de la main) sous condition que l'enfant ait compris et intégré les règles du jeu.  Un enfant a très tôt conscience des situations d'injustice et souffre plus que tout de l'arbitraire.  L'explication est donc toujours nécessaire.Le mérite des gens qui militent contre la violence éducative (je recommande plus que tout la lecture d'Alice Miller, "C'est pour ton bien") c'est qu'ils montrent qu'elle n'est pas le fait d'adultes psychotiques ou d'alcooliques en phase terminale.  Elle est perpétrée par des gens qui pensent faire ce qui est le mieux pour leur enfant...  Des gens comme vous et moi.  Je rappelle que les hommes qui ont participé à l'élimination massive de leurs semblables, dans les camps de concentration ou les massacres organisés, étaient pour la plupart de braves gens qui croyaient servir leur patrie ou leur peuple en obéissant aveuglément aux ordres.  Ils n'étaient pas forcément des nazis, des antisémites ou des racistes convaincus, ils se contentaient de faire ce qu'on leur demandait de faire.Tout ça me ramène à l'idée qu'un système d'éducation qui prône l'obéissance comme vertu première met en danger l'humanité...  Vous me suivez? Ben non, ne suivez pas, désobéissez!

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