Mercredi 18 juin 2008 3 18 /06 /2008 23:05
J’ai longtemps hésité à accepter l’invitation d’Anne de s’évader quelques jours. Un empêchement professionnel m’en fournissait le prétexte, mais surtout je ressentais de la lassitude après quelques rencontres peu conformes à nos attentes. Même nos échanges de courriers tournaient en rond. J’appréhendais qu’il s'installe du silence entre nous, trop de distance, et rien d’autre à jouir que le plaisir de vagabonder dans la nature. Puis le ton de nos messages a changé, quelque chose ayant bougé dans sa vie qui renouvelait la question du désir… C’est avec ce point d’interrogation que nous avons décidé de partir ensemble comme convenu.

Destination : les gorges d’une rivière qui donne à pleins flots. La météo nous y autorise pendant deux jours, puis il faudra poursuivre vers le sud dans une région montagneuse miraculeusement épargnée par les intempéries. Les prévisions se réalisent, comme s’il était plus simple de prédire les caprices des masses nuageuses que ceux d’une rencontre amoureuse !

Le samedi après-midi nous faisons une halte sur les rochers. Beaucoup de monde sur la rivière, en canoé, et des randonneurs sur le chemin. De l’agitation : le gratin de la culture Star Ac’… Anne s’est assise contre mes genoux. Mes mains ont glissé sur son ventre, la droite est allée plus bas pendant que la gauche fait le guet… Elle s’abandonne jusqu’à l’orgasme, confiante dans ma maîtrise de la situation. En réalité, je me suis laissé porter par son plaisir, comme un bateau ivre, sans prêter attention aux passants.
— Alors tu aimes jouir en public ?
— Oui !
Le soir nous avons déplié la tente tout près du bord. Impossible de s’en éloigner à cause de la forêt trop dense, mais je connais cette rivière et aucun orage n’est annoncé dans la région. Le silence nous a rejoints et le froid nous a glissés dans le duvet. Pour moi ce lieu est paradisaque… C’est alors qu’elle s’est déchaînée.
— Ne jouis pas, j’ai envie de te sucer longtemps !
Elle m’a mordu fort, c’est ce que j’attendais avec impatience. J’aurais crié de douleur si je n’étais bâillonné par le plaisir. Dévoration : sa gorge profonde dans la sauvagerie des Gorges… Puis elle m’a pris dans son sexe jusqu’à la jouissance. Je suis lessivé mais plus tard elle me réveillera pour que je la caresse, doucement et longtemps, et que je revienne en elle. Nous y voilà : le lâcher-prise. La forêt étouffe nos cris, seule une tribu de pies osent leurs commentaires dans le silence qui nous entoure.

Le lendemain il fait plus froid car l’orage s’annonce mais la nuit sur les rochers sera encore plus chaude. Même scénario. Je suis émerveillé d’y retrouver la même fougue, le même désir et la jouissance au delà de l’épuisement.

Lundi soir dans une chambre d’hôtes. Sur mon ordi nous visionnons Damage puis le début du film X Paris chic (avec Coralie Trinh Thi) qui nous inspire un ennui total. Il se fait tard et nous sommes éreintés par une longue marche sous la pluie. Le sommeil nous emporte mais tôt le matin Anne revient me chercher. Cette fois elle me laisse la caresser sans avoir pris mon sexe à la racine. Il m’est moins agréable de la pénétrer ensuite ; elle a perçu ma gêne et me fait jouir dans sa bouche. J’adore le goût de ton sperme ! Caresses, encore, puis elle revient à la charge pour que je la pénètre. Je jouis une seconde fois, proche de la transe, au moment où le réveil nous invite à prendre le déjeûner.

Le dernier soir nous déplions la tente sur un chemin de grande randonnée qui longe un torrent glacial. Dans l’auto nous avons regardé une deuxième fois Damage, écouté l’entretien avec Louis Malle et longtemps parlé de cette histoire où les seuls qui disent la vérité sont les mêmes qui font s’effondrer le château de cartes de la famille et de la vie sociale. Nous dormons sans envie de nous toucher. Tôt le matin je me lève pour aller à la rivière. Elle y va de son côté puis vient s’allonger nue au soleil.

Elle me fait l’amour. Sur le GR12 je la prends en levrette jusqu’à crier mon plaisir. C’est la première fois, avec Anne, que j’ai un sentiment de puissance dans cette position. Un ange est passé ? C’est bon de jouir en public.

Épilogue

Elle m’avait écrit que le secret (de son désir) était : « Du soleil, tout notre temps, pas d’hôtel ». Le samedi nous nous sommes revus pour descendre au bord de la mer en pleine nuit. La lune était magnifique au-dessus de la baie. Au réveil j’ai pris un bain sur la plage. Une jeune femme est passée devant moi, les seins nus magnifiquement gonflés, et des mamelons qui gardaient le souvenir d’une nuit d’effleurements. Son compagnon aussi était très beau. Puis les vacanciers du dimanche et des jeunes gens bruyants ont commencé à déferler. Alors nous avons marché et escaladé jusqu’à la baie la plus proche, sous un soleil impitoyable. Caresses sur les rochers ; je la sens partir à la découverte de frémissements inconnus tandis que mes doigts perdent la tête dans son vagin. Nous avons fini par blottir l’un contre l’autre sous une grande serviette, après qu’elle ait subi les morsures du soleil, pétrifiée par le plaisir… Ses doigts aussi ont trouvé le toucher, le rythme, la pression exacte quand elle empoigne ma verge. Elle jouit. Trois femmes âgées sont en train de se mettre à l’eau, à dix mètres de nous, de ma main, de nos sexes. L’une d’elles hésite à cause de l’eau froide. L’autre : « Gisèle, il faut bien te mouiller, après ça tu pourras y aller tout d’un coup ! ». Ben voyons… La chaleur nous repousse dans la forêt, à l’ombre d’un chêne vert où nous reprenons quelques forces avant de poursuivre cette folle exploration. Il lui faudra faire peau neuve pour survivre à ce baptême du feu.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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