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6 mars 2006 1 06 /03 /mars /2006 00:21
Dans « Les hommes de ma vie », Vernnone écrit :
> Je considère que l’amitié homme-femme passe toujours par le
> sexe à un moment ou à un autre. Ce n’est pas gênant. Ce
> qui l’est, c’est les faux amis qui n’attendent que cette histoire
> et qui jouent les frères ou les sœurs en attendant de pouvoir te
> faire l’amour. Et encore, c’est un peu hypocrite mais très humain.
> L’amitié homme femme est-elle possible sans sexe ? Je vais peut-
> être lancer le débat.
Je crois qu’il y a toujours « du sexe » dans l’intimité homme-femme (hétéros), et je rejoins Nietsche qui disait que pour qu’une amitié homme-femme soit durable il y faut une bonne dose de répulsion physique. ;-)

Mais quand je dis « sexe » je ne veux pas dire automatiquement rapport physique. Je veux parler du désir, dans un sens, dans l’autre, parfois les deux. Parfois en continu, produisant un fond de frustration (qui peut nourrit la relation par certains côtés), parfois en intermittence, ou même en fulgurance comme dans une étreinte unique, un baiser partagé sous une pluie battante (pour utiliser un cliché cinématographique), une roulade dans la neige… Il se peut que cette fulgurance comble le désir et donne encore plus de saveur à la relation, si elle n’est pas rattrapée par la culpabilité bien sûr. Mais, dans toutes ces situations, il y a « sexe » au sens où la « question du désir » reste présente, obligeant chacun à une grande vigilance.

J’ai souvent vécu des situations rappelant ces beaux films « Ma nuit chez Maud » et « Lost in translation » : une rencontre qui s’épuise dans la parole. Un échange courtois et distancié où chacun baigne dans l’illusion de ne pas être attiré physiquement, ou de ne pas percevoir le désir de l’autre. Un jeune homme m’a confié qu’il vivait souvent quelque chose de semblable, des nuits entières à se parler, pour se sentir vidés d’énergie au petit matin...

Je pense que ça mérite d’être regardé autrement que comme une « occasion manquée ». La frustration est en fait installée dès le début de la relation. Après de nombreuses expériences, je me rends compte qu’elle est le signe d’une immaturité sentimentale. Je veux dire que, si on se sent dans une grande intimité affective au point de parler une nuit entière, ou de se rencontrer pendant de longues périodes, il est immature de s’abstenir de parler du désir. Elle est là, elle me parle, ce qu’elle dit m’intéresse ; mais, en même temps, dans le non-dit, les regards ou les gestes, elle m’inspire du désir. Je n’ose pas le lui dire mon « trouble », non pas parce que ce serait trop intime, mais parce que j’ai peur qu’elle me réponde qu’elle ne me désire pas. D’ailleurs, souvent dans cette situation je vais parler de choses intimes vécues avec d’autres femmes, et elle fera de même. Donc ce n’est pas une question de pudeur : on a envie de tout déballer, sauf ce qui est important dans l’instant présent !

Il y a une façon (ou mille façons) de parler sans qu’elle se sente brusquée ni poussée vers une réponse favorable à ce désir — car il y a des femmes et des hommes qui « cèdent » parfois pour ne pas décevoir l’ami(e)… J’ai peur de dire parce que j’ai peur d’entendre en réponse un non-désir. Alors je détourne et prolonge la conversation. Peut-être même je vais cesser de m’y investir vraiment, ce que tu qualifiais « d’hypocrite mais très humain »… Comme c’est vrai, et j’y perçois de la bienveillance pour les hommes qui t’ont ennuyée avec leurs salades !

Je suis très fort pour conseiller les autres sur ce sujet. D’ailleurs, le jeune homme a écouté mes conseils et ça a bien marché pour lui… ;-) Mais je suis encore loin d’être mature. Bien souvent je sens cet engrenage de la conversation-sans-fin se mettre en place sans être capable d’éviter le piège.

Peut-être pourrait-on convenir dès le départ que toutes les 10 minutes on fera le point mentalement en se posant la question : « Est-ce que je parle vraiment de ce dont j’ai envie de parler ? Est-ce que j’exprime mes sentiments, mes désirs ? Ou bien est-ce que je me contente de soigner la façade pour que l’autre continue à penser que je suis quelqu’un de bien ? »

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Published by Julien Lem - dans Pensées en vrac
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commentaires

Ligérienne 07/03/2006 06:21

> En fait, pour ce qui est de combler un gouffre, arrivé en bout de piste on se retrouve vidé d'énergie.C'est exactement ça, les discussions m'épuisent, vidée ...>  Il vaudrait mieux s'occuper d'abord des petits gouffres aux replis voluptueux. ;-)  Ici, c'est exactement contraire, on fait le plein d'énergie, je préfère.Mais bien sûr, on peut aussi alterner les deux.

Julien Lem 07/03/2006 16:59

> Mais bien sûr, on peut aussi alterner les deux.Mmmh...  Je n'y avais pas pensé ! ;-))

vernnone 07/03/2006 04:29

Je pense ne pas me tromper en disant qu'on aime tous plaire et être désiré. C'est de là que tu ressens le besoin de vérifier si au cours de la conversation, on est bien dans se que l'on veut dire, ou juste dans l'étalage de notre bon, pour paraitre quelqu'un de bien. Mais y manquerait plus que sous prétexte d'amitié, nos charmes soient ignorés. La question est toujours la même. L'amitié est-elle là dabors et le désir en découle? ou le désir et caché par une fausse amitié dans le but de recevoir quelque chose. Le besoin de partage qui pousse deux personnes de sexe opposé à devenir ami, peut trés bien, par l'attirance, déboucher sur du désir et même du sexe. C'est ce que je voulais dire dans :  l’amitié homme-femme passe toujours par le sexe à un moment ou à un autre. Ce n’est pas gênant (sauf s'il y a de la répulsion biensûr). Au risque de choquer, si j'ai envi de sexe et que je ne sais pas vers qui me tourner, je me tournerai plus facilement vers un ami pour qui j'ai du désir, plutôt que vers un inconnu. Quand à la peur d'un refus, il peut avoir plusieurs visages. Le respect de l'amitié ou le non désir. Un ami, s'il l'est vraiment, ne cessera de l'être pour une tentative de séduction. Seulement le problème reste toujours le même, il faut que l'amitié soit le but premier et qu'elle soit sincère. Dailleurs tu l'as ressenti, je n'ai jamais renié, ceux qui ont essayé avec moi. Je l'ai simplement pris comme une flatterie. Et puis il y a des fois ou j'ai accepté, il faut bien que je l'avoue.
*car il y a des femmes et des hommes qui « cèdent » parfois pour ne pas décevoir l’ami(e)…
Ca se place principalement chez ceux qui ne sont pas sûre de mériter l'amitié d'un autre. C'est quelque chose qui est visible dans bien des comportements chez un ou une amie, et celui qui malgrés les signes fait une telle demande est un profiteur. ou un abruti.
Personnellement je crois qu'il faut définir la raison d'une rencontre, pour que le naturel puisse être de la partie.
« Est-ce que je parle vraiment de ce dont j’ai envie de parler ? Est-ce que j’exprime mes sentiments, mes désirs ? Ou bien est-ce que je me contente de soigner la façade pour que l’autre continue à penser que je suis quelqu’un de bien ? »
Dans le dernier cas, il n'y a pas de naturel. Mais un but caché. Si l'on tient vraiment à devenir ami, on voit le désir comme un plaisir supplémentaire à la rencontre. Comme un frisson qui ajoute à la qualité de l'autre. Et l'amitié n'en prend que plus de volume. Là ou je ne rejoins pas nietzsche, c'est que l'amitié peu durer, si le sexe est occasionnel et que ça ne tourne pas aux sentiments d'amour et si on accepte qu'il faut d'abors avoir passé assez de temps avec une personne pour que l'amitié soit entier et de bon sentiment.

Julien Lem 07/03/2006 16:54

> Personnellement je crois qu'il faut définir la raison d'une rencontre,> pour que le naturel puisse être de la partie.Pas facile, il me semble.  Il y a des mobiles, des conversations qu'on aimerait avoir, des échanges autres que dans la parole, des émotions qu'on a envie de vivre...  Mais, déjà, à ce stade on n'est plus dans la "raison"!En fait, tu donnes un peu plus bas la réponse que j'attendais:> Si l'on tient vraiment à devenir ami, on voit le désir comme un> plaisir supplémentaire à la rencontre. Comme un frisson qui> ajoute à la qualité de l'autre. Et l'amitié n'en prend que plus> de volume.C'est exactement mon point de vue.  Et ça montre qu'il y a quelque chose de déraisonnable aussi dans l'amitié.C'est sans doute choquant à entendre, mais les rencontres "d'amantes invisibles" que je raconte sont en fait des rencontres "amicales", sauf qu'elles se placent d'emblée à côté des conventions sociales.  Elles présupposent un désir qui est né en amont, à distance.  Ensuite elles installent une ambiance insolite qui est celle de l'intimité physique dans un total respect de l'autre.  C'est insolite que deux amis se trouvent nus allongés sur un lit dans une chambre obscure…  Mais n'est-ce pas encore plus insolite qu'un danseur arrive nu sur une scène face à un public inconnu?  Quant au fait que, dans mon histoire, la femme prenne le sexe de l'homme au lieu de lui serrer la main ou de lui faire la bise, c'est uniquement une conséquence de la situation insolite.  Bien sûr, c'est un jeu érotique, et on n'a pas tous les jours envie de jouer, en tout cas pas avec n'importe qui...> Là ou je ne rejoins pas nietzsche, c'est que l'amitié peu durer,> si le sexe est occasionnelPour Nietsche, dès l'instant où il y a eu sexe ça ne s'appelle plus de l'amitié.  Il n'a pas entrevu la possibilité d'une "amitié tendre", parce qu'il la place dans une société répressive.

Ligérienne 06/03/2006 18:32

> Mais je suis encore loin d’être matureC'est plutôt une chose bonne, à mon avis.>« Est-ce que je parle vraiment de ce dont j’ai envie de parler ? >Est-ce que j’exprime mes sentiments, mes désirs ? Ou bien est-ce >que je me contente de soigner la façade pour que l’autre continue à >penser que je suis quelqu’un de bien ? »D'une manière générale, homme-femme ou autres, il y a tellement de blablas qui ne mènent nulle part. L'essentiel n'a besoin que de peu de mots (style minimaliste ; - ) ). Faire des choses ensemble me rapproche beaucoup plus des autres.

Julien Lem 06/03/2006 18:59

En tout cas, si tu parles comme tu écris, je te sens vraiment minimaliste...  Et, bien sûr, ça me fait rêver !Mais les longues conversations que j'évoquais ne sont pas vraiment du blabla.  C'est plutôt le genre "raconter sa vie à quelqu'un qu'on vient de rencontrer et avec qui on croit avoir un grand gouffre à combler"...  En fait, pour ce qui est de combler un gouffre, arrivé en bout de piste on se retrouve vidé d'énergie.  Il vaudrait mieux s'occuper d'abord des petits gouffres aux replis voluptueux. ;-)  Bref, si on ressent du désir, faire parler le désir, d'abord, après le croisement des regards et des souffles...  Bon, j'en parle avec éloquence, mais dans la situation réelle je me laisse quand même avoir.Lundi je vais revoir une amie tendre, célibataire et jolie que je "courtise" depuis 20 ans.  Elle a le record du désir-marathon, vous voyez que je suis fidèle?  Souvent on va vers des caresses mais ensuite elle freine car elle ne veut que des hommes célibataires et elle ne peut vivre que des situations passionnelles.  Pas grave, on se prend une petite lampée de plaisir chaque fois, puis elle me demande de lui raconter ce que je vis avec d'autres femmes.  Et de dire: "Oh, mais elle est folle, celle-là!"  A l'entendre, je n'aurais pour amantes que des cas psychiatriques.  Faut dire qu'elle est dans la profession...  Au fond, je l'aime bien comme psychanayste.  Elle a des jambes de reine et une bouche si tendre, ça ne gâche rien. ;-)Le lendemain, quand elle me sourit devant la porte, je perçois un regard un peu triste.  On s'est évités, encore une fois...

Nam 06/03/2006 11:45

Oui, c'est vrai que j'ai un peu trop simplifié le propos... ;)

Nam 06/03/2006 09:27

La frontière amitié/amour/désir/répulsion est toujours quelquechose de difficile à cerner ...
A partir de quand est on amoureux ? Quand est-ce qu'une relation doit rester amicale ?
La réponse dépend de chacun/chacune ... malheureusement !
Je dis malheureusement, car si tout était réglé/codifié de façon "simple", tout serait plus pratique. Non ?

Julien Lem 06/03/2006 11:14

Je crois que c'est déjà simplifier de réduire le problème à "amitié ou amour".  Être amoureux est un état et suppose une certaine durée... Dans ce que j'appelle "relation saisonnière", ce qui reste permanent est l'amitié, la complicité, la liberté de parler de choses intimes.  Et puis, une fois, ou de temps en temps, les corps prennent la parole.  On a fait l'amour, on en ressent toutes les hormones (c'est pour ça que je faisais allusion à l'ocytocine, sur laquelle un excellent bouquin vient de sortir) mais on n'est pas plus "amoureux" qu'on l'était hier et qu'on le sera demain.  C'est simplement que dans la représentation particulière de la relation qu'on a avec cette personne, la sexualité "physique" se donne le droit d'exister.  Moi je lui donne toujours le droit d'exister.  Je trouve qu'il est aussi illusoire de se déclarer qu'on restera "toujours amis" et qu'il n'y aura "jamais rien entre nous", que de se jurer fidélité dans le mariage.  J'espère que mes paroles ne sont pas mal comprises: je ne cherche pas à coucher avec toute femme que je fréquente, mais je me donne le droit de ressentir du désir et de l'exprimer s'il se présente, ou de recevoir le sien avec bienveillance si elle l'exprime.

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