Dimanche 5 mars 2006 7 05 /03 /Mars /2006 11:00
J’ai posé la main droite sur son sexe. Je sais que ce n’est pas une manière convenable d’aborder un homme inconnu. Mais nous étions restés si longtemps étendus face à face dans l’obscurité de la chambre 18 de l’Hôtel des Brumes, à écouter nos souffles jusqu’à les confondre, et nos cœurs qui s’agitaient comme deux oiseaux pris dans une volière. Cette vague de fièvre qui me prend le ventre…

(Journal de la cavalière invisible, mardi 14 mars 2006)

(Voir le rêve précédent)


Elle continue, d’une écriture hâchée :
Alors j’ai posé ma main là, comme n’importe qui la plongerait dans l’eau du bain avant de s’y jeter toute entière. Simple geste de précaution : j’ai touché le sexe du visiteur de la pleine lune, et maintenant je suis plus assurée que lui, car au moins moi je sais que c’est vraiment un homme, alors que lui peut encore douter de mon sexe. ;-)

Sous mes doigts quelque chose de tendre enroulé et paisible comme un oiseau endormi. L’homme n’a pas bougé. Je n’entends plus sa respiration. Tout reste figé dans l’attente, comme dans les secondes vertigineuses d’une chute libre qui s’écoulent dans une éternité. Puis le courant ascendant a fait son œuvre : l’objet s’est déployé, remplissant vite ma paume et filant entre mes doigts. Je les ai refermés autour de la tige devenue forte. Nous voilà réunis, toi, le désir, vous, mon désir. Ce sexe est beau, chaud et satiné, il bat vigoureusement comme le cœur de son maître.

Le loup gris ne fait pas un mouvement vers moi. Il se donne à l’étreinte de ma main, essayant de me voir toute entière dans la seule texture des doigts.

Nous flottons dans un calme étrange en une telle situation — mais je n’ai jamais vécu une telle situation. J’ai l’image insolite du soleil au dessus d’une mer en flammes. Je sais intimement qu’il sera tendre et prévenant ; je savoure d’avance ses avances. Oui, la manière la plus galante (et la moins risquée) d’aborder un homme est bien de toucher son sexe, quelle hypocrisie de croire le contraire !

Je devine un sourire sur des lèvres que je ne connais pas encore. Les miennes y répondent en silence. Ma main restée libre s’écarte un peu jusqu’à ce qu’elle rencontre la sienne. Le dos d’abord, mais, les mains étant bien moins patientes que les sexes, elles ne tardent pas à s’étreindre. La sienne est pareille à la mienne, des doigts très fins (il parlait de mains de sage-femme). Nous sommes probablement de la même taille ; peu importe, il n’y aura jamais personne pour nous voir dans la rue.

Une grande chaleur m’envahit à travers sa main. Je voudrais qu’il me touche maintenant. Mais je le sens blotti dans son sexe pour ne pas perdre le moindre frémissement de mes doigts. Alors, lentement, je sollicite sa main pour la poser à plat sur mon ventre, à la lisière du pubis. Maintenant, il sait tout sur moi. Son sexe a encore grandi dans ma main, je le serre un peu plus fort en déroulant deux fois le prépuce pour soulager la tension. J’ai senti ses hanches accompagner cette première vraie caresse. Mais la main sur mon ventre est restée extraordinairement calme et présente. J’ai l’impression qu’elle bénit ma matrice. Il sait, il sent mon désir, il donne le temps aux sensations de naître… Une deuxième main, sœur jumelle, s’allonge contre la première, puis elle glisse au-dessus du plexus, tandis que ce qui restait de mon angoisse s’effondre.

Mes yeux sont devenus humides, une larme coule. Tu me fais du bien, vieux loup.

[A suivre…]

Par Julien Lem - Publié dans : Essais
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Commentaires

Il y a des moments  où l'émotion est si forte que l'on est inondée de partout, même les yeux. Mais d'où vient tout ce liquide?
Commentaire n°1 posté par Ligérienne le 05/03/2006 à 18h32
L'effet vasodilatateur de l'ocytocine ? ;-)
Réponse de Julien Lem le 05/03/2006 à 19h46

Dans le cas présent, je voterais plutôt pour les abimes animés du plaisir que pour les acides aminés de l'ocytocine. Mais chacun sa façon de réver lol.

Commentaire n°2 posté par vernnone le 06/03/2006 à 01h17
mes doigts se sont figés l'espace d'un instant...ils sont devenus chauds. j'ai serré doucement, mais rien...pfuittttt...du sable qui s'efface sous le vent...pourtant...
Commentaire n°3 posté par Johanna le 27/04/2006 à 03h12
waouh !!!!
Ca me remonte le moral de lire ca. Qu'est ce que c'est beau !!!
Commentaire n°4 posté par Nymphe le 08/05/2007 à 23h38

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