Mardi 28 février 2006
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Dans son journal, le 14 mars 2006, il raconte la suite de son
rêve. Il a pris le train de 14h25 pour débarquer à 15h50 dans une métropole inconnue à la rencontre d’une femme inconnue. Le ciel est nuageux ; un sourire lui échappe en pensant aux « brumes du désir » qu’il évoquait il y a juste trois semaines. Se pouvait-il qu’elle ait lu son rêve ? Il n’aime pas vraiment les brumes, c’est un homme de soleil, mais pour le désir d’une brune il traverserait bien l’Europe entière. (Ce jeu de mots est trop bête, il ne faudra pas l’écrire.)
L’Inconnue lui a indiqué un hôtel où il a retenu une chambre sous un faux nom. Il marche en souriant. Et si elle ne venait pas — si c’était son tour de lui jouer un bon tour ? Si elle prenait peur de tomber sur un sadique ou un cul de jatte ? (Il ne sait pas qu’elle a choisi un hôtel sans ascenseur, car on ne prend jamais assez de précautions.) Il a écrit :
Je suis arrivé à l’hôtel en premier et je dors quelques heures dans le grand lit. On a convenu qu’elle me rejoindrait un peu plus tard, selon son désir. Elle pousserait doucement la porte dont le penne est bloqué par une feuille pliée en quatre.
C’est un peu plus compliqué car la porte est maintenue par un verrou électronique. Saloperie de trucs modernes. Une pantoufle fera l’affaire. C’est plouc de voyager avec des pantoufles, mais trop pratique dans certaines situations…
Elle a failli faire demi-tour devant l’hôtel. Elle est déjà très en retard, car, comme par hasard, son mari, ce jour là… Elle aussi a rêvé de cette rencontre, balancée entre la peur, la curiosité et le désir. Elle se sent belle, dans le désir du cœur, la vraie
cavalière invisible qu’il a appelé de ses mots. Elle a choisi soigneusement les couleurs des habits qu’elle est supposée ôter dans l’obscurité. Si elle ose… Elle a lu et relu son message, tremblé délicieusement en lui écrivant. Aujourd’hui, elle a peur, mais elle se met à penser à sa peur à lui, et devant l’inutilité de tout cela —
carpe diem — elle pousse la porte en riant. « Monsieur Loup est arrivé, chambre 18 ! » Quelle idée de choisir un tel nom, elle a failli pouffer de rire devant le grand dadais de la réception.
Il avait prévu de l’entendre pousser la porte et de faire semblant de dormir. Elle savait peut-être qu’il ferait semblant, mais ils avaient tacitement convenu qu’elle ferait semblant d’y croire. Il ne savait pas qu’il s’endormirait à 17h00 dans la chambre 18 de l’Hôtel des Brumes. Qu’elle l’entendrait respirer profondément à travers la porte entrouverte. Qu’elle prendrait aussi une longue inspiration avant d’entrer. Qu’elle s’assiérait au sol derrière la porte, au lieu de s’approcher, à écouter sa respiration et palper l’air de sa présence.
Il rêve d’elle dans son propre rêve : elle s’est fait remplacer par un chat qui saute sur le lit et lui masse le ventre, consciencieusement, avec ses griffes un peu sorties. Il n’ose pas le toucher. Il n’osera pas la toucher. Sait-elle au moins qu’il est timide ? Alors il se met à grogner en imitant le chien. Le chat s’enfuit et le loup se réveille, la peur au ventre qu’elle soit partie.
Tourné vers la porte, il ne sait pas qu’elle s’est placée discrètement de l’autre côté du lit. Elle ne voudrait pas l’effrayer en se manifestant brusquement . Elle-même est effrayée. Mon dieu que c’est difficile, impossible de fuir maintenant. Alors elle écoute encore la respiration du mâle et y accorde la sienne. Bientôt leurs souffles ne vont faire qu’un et les fantômes pourront enfin se rapprocher.
Il sait qu’elle est présente car quelque chose a changé dans l’odeur de la pièce. Un parfum de femme qui ne met pas de parfum, un air de volupté. Il se tourne doucement sur le dos pour savourer cette présence à pleins poumons. Il l’appelle silencieusement en faisant battre son cœur. Il a rêvé mille fois de cet instant, cette « griserie de l’attente » qu’il évoquait dans son rêve ; chaque fois son sexe se dressait douloureusement… Viens, je te veux… Mais aujourd’hui la présence est vraiment présente et s’infiltre dans toutes les cellules de son corps. Désir de lumière. Il ne la désire pas, il ne sait pas, il ne pense pas au sexe ni à rien, son corps flotte au-dessus de son âme. Bref, il ne bande pas et se garderait bien d’en éprouver la moindre inquiétude.
Elle a profité d’une expiration plus longue pour s’allonger doucement à droite du loup, vêtue d’une chemise de soie légère que, par précaution, elle avait gardé sous ses habits. Son ventre vibre d’une palpitation qu’elle n’a jamais connue.
[A suivre…]
Je me met dans la peau de la femme. Difficile de gerer en même temps, l'exitation de l'amour à venir, la peur que les choses ne se passe pas bien, et la timidité en elle même qui n'a pas toujours de bonnes raisons d'être. Sa doit être à la fois palpitant et terrifiant. c'est de l'émotion à grande échelle de la vie. Pas comme quand tu rentres dans une nouvelle balangerie pour acheter ton pain, ou dans un nouveau pub belge pour manger des moules frites, à moins que pour certaines ça soit fort aussi. lol
Cette terreur, je l'ai ressentie le jour où j'ai vécu une rencontre un peu sur le même mode (voir Brasero). Pourtant on s'était préparés. Il y a comme une barrière à franchir, ou un miroir magique à traverser... Un peu comme si les âmes se connaissaient déjà et proposaient de se présenter mutuellement les corps. ;-)
Et ton adresse email ne marche pas (boîte saturée) :-(
Tu peux me répondre en public sans souci,je ne suis pas pudique!!!:-)
Je t'envoie un mail pour te donner mon adresse(mail);-)
Vous reconnaîtrez sans doute la peur d'être rabroué, ou simplement « désenchanté ». Donc je ne sais pas quoi faire de ces déclarations, sauf peut-être d'en parler en privé.
En fait, j'ai peur de séduire et de décevoir, ou d'être séduit et déçu. Ça se soigne, pas vrai? ;-) Écoutez, dans l'émission « Don, pardon, abandon », la lecture d’un passage du livre à paraître où Delassus parle du corps de Martha offert à la vue des hommes… C’est sublime, et tellement proche de ce que je comprends de l’érotisme et de la vie.
Si les hommes aux paradoxes troublants ont la cote c'est parceque les femmes aiment ça,elles aiment le mystère,la complexité,sinon elles s'ennuient,non?
Mon précédent commentaire s'adressait à vernonne
Julien) ne te remet pas en cause,ne perd pas ton temps à douter,prend les choses comme elles viennent,soi toi même c'est comme ça que les femmes t'aiment ;-)
Lola
Je veux bien entendre que les paradoxes masculins plaisent aux femmes. Je l'ai souvent vérifié dans les choix de mes amies. Seulement, Les paradoxes naissent souvent de doutes ou d'une mauvaise connaissance de soi (je ne parle pas forcement pour toi Julien). Personnellement j'aime les hommes entier. Qui savent ou ils en sont. Et qui se remettent en question aussi, grande preuve d'intelligence et de recherche de soi. En fait les femmes aussi, je les aime comme ça. Je crois qu'un homme peut entretenir le mystère par d'autre moyens que des incohérences. Et puis pour être honnête, le mystère ne m'attire pas, au contraire. J'ai cette mauvaise habitude de vouloir savoir tout des hommes pour prendre le temps de me demander si oui ou non ça me "convient", je n'aime pas les surprises. Lorsqu'on connait un caractère particulier d'un homme et qu'on a pris sur soi de l'accepter, on a les moyens de voir autrechose chez lui. Alors que quand on ne sait pas quoi penser, on stagne, on évolue pas. Il est tard, ce n'est peut être pas trés clair, je m'en excuse.
C'est très peu compassionnel, je sais, mais je ne parle que de relations libres, sans enjeu. S'il s'agit de vivre ensemble, sur le long terme, il y a d'autres compromis à faire.
Donc je pourrais dire comme Vernonne que j'aime les femmes "entières". D'ailleurs je les prends volontiers en entier. ;-)
<<vouloir savoir tout des hommes pour prendre le temps de me demander si oui ou non ça me "convient">>
Comme si on pouvait *décider* de ce qui nous plaît ou ne nous plaît pas... Le mystère ne se décide pas, il est. Refuser les surprises c'est comme vouloir organiser sa vie loin de toute curiosité.
Penser connaître l'autre est une illusion rassurante comme une pantoufle, ça gêne pour courir dans les bois ou sur le sable et ça enferme l'autre dans nos croyances.
Croire se connaître est tout aussi emprisonnant mais là ça ne regarde que soi.
L'autre n'est pas un produit fini ou délimité.
A bientôt ici ou ailleurs
Et puis, une femmme qui aime les loups ne peut pas être foncièrement mauvaise. :-b
Mon père disait il n'y a pas de gens qui comprenne rien, il n'y a que des gens qui s'explique mal . Et je le vérifie une fois encore. j'ai été trop vite dans mes propos. On ne connait jamais quelqu'un complètement. Ce que je voulais dire dans "si ça me plait ou pas", est-ce que j'accepte ce qu'il est ou pas? Est-ce que je peux vivre une histoire avec quelqu'un qui est ça ou ça? Ce qu'il est, peut me déplaire, et c'est important surtout si ça me déplait, de décider de l'accepter ou pas. Le but étant de ne pas changer un homme pour en faire ce que je veux qu'il soit. J'aime les gens libre. Libre d'être se qu'ils sont. J'ai trop vu de femme faire la gueule à leurs hommes parce que leurs comportement leur fait honte. J'ai même eu un homme qui m'achetait des blondes quand on allait dans des lieux publiques, parce qu'il n'aimait pas l'image que je renvoyais en roulant mes clopes. On tombe amoureux, puis on met les gens à notre image. On cherche à les faire renvoyer l'image que nous renvoyons nous même. C'est injuste et passe le regard des autres avant notre amour. Je préfére me dire, voilà il est ça. Si je n'aime pas je me casse sinon je l'accepte. Ce que je voulais direencore par, je n'aime pas les surprises, c'est de rencontrer quelqu'un, d'en tomber amoureuse, et de me rendre compte bien plus tard que ce qu'il est n'est pas acceptable pour moi. Je n'ai pas l'âme à changer les gens. Peut être qu'un exemple serait plus cosant. Le père de ma fille s'est brouillé quelque temps avec ses parents à notre rencontre. Je ne correspondais pas à leur attente, en tant que belle fille. Nous avons coulé des jours heureux, avons eu notre fille, et là les choses se sont gatées. Ces parents, vu qu'un enfant était né, on dessidé de revenir vers leur fils. Ils ont commencé à nous expliquer que nous étions trop jeune pour élever convenablement un enfant et qu'ils allaient prendre les choses en mains. Je me suis insurgée devant cette invasion intempestive. Ces parents ont beaucoup
Ces parents ont beaucoup d'argent. Ils nous ont acheté une voiture, et bien d'autre chose et ont commencé à nous dire que nous n'aurions pas eu tout ça sans eu et que nous étions donc des incapables. J'ai découvert un homme, dans le père de ma fille, assisté, sans dignité, qui m'avoue en prime qu'il est bien content de n'être plus brouillé avec ses parents parce qu'il n'en pouvait plus de galérer pour nous construire notre vie. Il se laissait écraser litéralement par eux. Nous devions passer tout nos week-end chez eux, pour leur permettre de profiter de leurs investissement. Tout ce que je faisais était nul à leur yeux. Et pour ne pas se faché à nouveau avec eux il leur donnait raison. Bref, c'est ce que j'apelle une surprise. Et ce n'est pas un terme à mettre en général. J'espère avoir été plus clair. Julien aide moi, j'ai du mal aujourd'hui.
vernnone, je ne voulais surtout pas te faire de mal. certainement pas donner de leçon de quoi que ce soit. et encore moins "attaquer"
bisou :)
Vernonne,tu es très claire,et je suis en parti d'accord avec toi.Evidemment,moi aussi je préfère les gens entiers,ce que je voulais dire c'est justement que même les gens entiers sont parfois déroutant s et surprenants,on ne connait jamais quelqu'un à 100 pour cent puisque nous même,nous nous découvrons chaque jour,nous evoluons et grandissons chaque jour alors comment pourrions nous connaitre quelqu'un à "fond"?il vient de là le mystère dont je parlais,c'est à dire qu'on ne peut pas savoir ni décider par avance si une personne nous convient réellement puisque cette personne est amenée à changer,evoluer...à avoir des points de vue et des objectifs différents...là du coup c'est moi qui est un doute sur la clarté de mes propos;-)
D'ailleurs, dans la première année de notre relation il n'y a pas eu de sexualité entre nous, on ne se sentait pas prêts. Tout le reste, le plus important, était en place. Heureusement, aussi, il y a les enfants pour nous faire grandir, ce sont eux qui nous élèvent et pas le contraire.
Vous voyez, j'ai une idée très conventionnelle du couple... Ce qui n'a rien à voir avec l'érotisme, la sexualité, la recherche de la jouissance ou de l'extase.
Donc oui, on ne connaît jamais quelqu'un à 100%, heureusement, sinon ça signifierait qu'il est mort... Car la vie est synonyme d'imprévisible. N'empêche que Vernnone a raison de dire qu'on peut se tromper lourdement sur une personne et s'en apercevoir trop tard, ce qui lui est arrivé apparemment. Mais bon, elle en avait peut-être besoin pour "grandir" elle aussi?
lola> les gens entiers sont d'ailleurs souvent ceux qui ne cachent pas leurs erreurs ni leurs mutations. les gens entiers sont d'ailleurs souvent perçus à tort comme aggressifs par excès de, euh, franche simplicité...
Il est évident, que cette histoire m'a fait énormément "grandir". Elle m'a avant tout appris à dire stop. J'avais 25 ans quand j'ai quitté cet homme. C'est sûre qu'il nous faudrait du temps, voir une longue soirée pour en parler julien, mais ma fille et moi recevons tout les jours par cet homme, alors c'est vrai qu'on en parle peu. Il n'est pas le sujet le plus attractif lol que je connaisse. Pour moi c'est rien mais pour elle, wouah c'est lourd. Bref, voilà les surprises peuvent couter chères mais je ne peux regretter ma fille alors, tout est relatif.
un passant un. Ton intérêt est suffisant pour savoir que tu ne voulais aucun mal. Y a aucun problème. merci
julien lem> de mon point de vue l'aggressivité est systématiquement simple. C'est une fausse évidence de croire qu'il suffit d'inverser des mots pour affirmer tout et son contraire: la franchise n'est pas pour autant systématiquement aggressive. Bien sûr qu'elle peut l'être parfois mais ce dont je parlais c'est que le trait commun entre aggressivité et franchise étant la simplicité il est plus rassurant de voir le mal avant de voir le bien, ça évite de remettre sa propre authenticité en question... Je suis profondément d'accord avec Rousseau quand il disait que "le faux est susceptible d'une infinité de combinaisons, mais la vérité n'a qu'une seule manière d'être."
A propos de citation, ce que je lis dans tes réponses me fait penser à une phrase de Mencken: "c'est difficile de croire qu'un homme dit la vérité, lorsque vous savez que vous mentiriez si vous étiez à sa place."
vernnone> ne pas rendre les autres responsables de notre souffrance est une authentique manière de grandir sans souffrir.
J'éspère qu'en grandissant ta fille acceptera les limites de l'homme qui est son père: ses grands-parents paternels sont bien évidemment à côté de la plaque lorsqu'ils exigent que leur fils corresponde à leur idéal mais il est tout aussi hors sujet d'exiger de nos parents qu'ils correspondent à nos idéal d'enfant.
Maintenant on peut aussi croire que la météo sera celle qu'on souhaite sans rechigner, mais là on retombe dans l'illusionnisme et la manipulation...
:-)
un passant) Complètement d'accord avec toi.Les gens entiers ne sont surement pas agressifs et encore moins simplets,c'est juste qu'ils disent les choses comme elles sont,ils appellent "un chat un chat", et d'ailleurs ils sont perçus comme agressifs par les "simple-ts);-). Et oui, je sais, c'est difficile de se prendre la vérité en pleine figure,mais c'est pourtant comme ça qu'on avance,la critique est constructive et surement pas vexante,en tout cas c'est comme ça que je vois les choses,c'est comme ça que j'apprends et que j'evolue
"la feinte est la tactique des vieux singes"
:-)))
La vie serait un calvaire si nous avions des machines à remonter dans le temps.
Effectivement, il y a dans toutes situations du bon et du mauvais. Comment trier? si on est prés à sacrifier une chose bonne pour ce débarrasser d'une chose mauvaise. Et puis, je n'utiliserais pas de machine à remonter le temps, car je pense comme nietzsche que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Enfin avec une variation adoucissante en ce qui me concerne. Tout nous apprend et nous avons besoin pour murir du bon comme du mauvais.
un passant. Ma fille a déjà fait beaucoup de chemin vis à vis de son père. Et puis comme elle dit : paradoxalement je lui dois beaucoup, c'est grace à lui qu'aujourd'hui j'apprend à juger par moi même et que j'ai du caractère.
Ce que tu écris me rappelle ces rares témoignages positifs où un enfant prend de chaque parent ce qui est bon pour lui, même si ces parents restent en conflit. C'est au prix de déchirements, d'incohérences, d'hésitations, mais si chacun des parents sait accompagner le processus ça peut déboucher sur une grande autonomie de pensée. Pas facile quand on est parent, pas faciled'accepter que l'enfant n'ait pas les mêmes ressentiments que soi vis à vis du conjoint séparé, ou qu'il soit apparement aveugle aux défauts de ce conjoint... Mais j'ai l'impression que tu es dans ce processus, je n'en doute pas, même, vu l'âge de ta fille!
Que de bon sens chez toi Julien. Effectivement, ce qui ressort c'est toujours le mauvais. le bon est silencieux donc invisible. Je ne m'accorderai pas les lauriers de l'évolution tranquille de ma fille. En fait c'est lui qui fait et qui défait les traumatismes. Moi je ne fais que lui montrer le chemin de la normalité. Enfin de la mienne lol. Je lui ai juste appris à ne pas tenir compte des problèmes. Pour mieux m'expliquer, sur son père, il m'attaque au travers d'elle (réaction bien connue). Seulement, n'ayant pas grand chose contre moi, il raconte des conneries que le temps ou les événements démentent. Ainsi, elle a appris à relativiser. Un exemple? (même si c'est non je vous le donne quand même na). Etant une anxieuse de nature, j'ai eu sur ma fille une politique de l'interdit assez lourde. Du genre, presque un dressage qui au cas ou elle s'engage sur une route, je lui dit stop viens là, elle vient sans regarder autour d'elle quel danger la menace et justifie mon ordre. Ca peut parraitre inhumain, mais j'ai entendu ma fille répondre à ma mère, (un jour ou elle critiquait pour la centième fois mon "dressage"), Si elle me demande de faire quelque chose c'est qu'elle a une bonne raison je lui fait confiance. Bref, ma fille et moi avons coulé des jours tranquilles dans une autorité entière, avec une moyenne d'une fessée par an grand maximum et de trés peu de prises de tête. Question de confiance. Sauf que le père, lui, tout les enfants qu'il connait son des enfants rois, impertinents et capricieux, parce que c'est comme ça qu'un enfant doit être sinon il est malheureux, d'après ces dires. Bref, il se sont mis en tête, lui et sa famille, que pour obtenir ce résultat, je l'a battais. Ils ont tout essayé pour lui faire raconter les soi-disant violences que je lui faisait subir. Et plus elle répondait qu'il n'y avait rien à dire, plus ils se disaient que mon emprise ainsi que la peur de ma fille étaient immense. Alors biensûr que c'est traumatisant pour un enfant d'être soumis à la fois à une telle pression et à un manque certain de confiance dans ces paroles. Mais vous imaginez bien que passé un certaine age, elle a commencé à ce foutre de leur gueule. Elle les provoquait même des fois en leur disant, j'ai fait une connerie ma mère va encore me frapper, mais maintenant je m'en fou j'ai l'habitude. Donc pour clore (j'espère que je ne vous embête pas avec mes histoires), les traumatismes que ma fille croisent sont nés de la betise pure, et il y a toujours un moment ou leurs propos deviennent ridicules. Par contre ce qui est plus compliqué à gerer pour moi aujourd'hui, c'est qu'elle s'est rendu compte, qu'il était capable de la laisser dans des situations désagréables sans réagir, pourvu que ça me mette en cause. Son statut d'adolescente s'insurge contre cette non reconnaissance et cette démission de père. On dirait qu'elle regresse dans sa façon de relativisé. Ca doit venir d'un besoin de révolte. Enfin j'en sais rien en fait. J'attend l'évolution. Pour une fois j'ai du mal à anticiper. Peut être que je vieillis lol.
D'après ce que je vois, une des principales causes de mésentente conjugale, après la question de la fidélité, est le décalage entre les idées sur l'éducation. C'est un cas typique où la séparation s'impose presque automatiquement, pour éviter que l'enfant fasse les frais des contradictions. Finalement il peut s'adapter en passant d'un parent à l'autre, ce qui peut aussi lui donner une vision plus critique quand il grandit. En fait il ne s'agit pas vraiment d'idées (qui a lu Alice Miller, Boris Cyrulnik etc.?) mais plutôt de la reproduction partielle, en positif ou en négatif, de ce qu'on a vécu soi-même pendant l'enfance.
Personnellement, je suis choqué par "la fessée une fois l'an", car je ne peux pas cautionner une pratique qui humilie son "bénéficiaire". Ça me paraît contradictoire avec la confiance dont tu parles. Donc je comprendrais mieux que tu dises que cette violence occasionnelle était pour toi un échappatoire à ta colère. C'est important de ne pas retenir la colère (idem pour le désir), mais c'est pour moi important de veiller à ce qu'elle ne s'exprime pas en nuisant à un autre. Le parallèle avec le désir est significatif: si je désire une femme, je peux exprimer ce désir autrement qu'en lui sautant dessus. Si ça ne m'arrive qu'une fois par an (le 14 mars) je suis peut-être fréquentable. Une autre manière d'expimer la colère ou le désir est la parole, que notre race de chimpanzés à grosses têtes a développé à cet effet…
À part ce détail qui me gêne, je me sens très proche de ce que tu écris sur la confiance. Avec mon fils nous avons toujours eu un comportement exigeant, mais jamais dans l'arbitraire et toujours en pleine confiance. À 15 ans il a voulu venir seul en France pour les vacances d'été; je lui ai donc prêté ma carte de crédit vu qu'il aurait été très difficile de lui donner du cash. Il est arrivé ce que nous avions anticipé sans en parler: il a travaillé un mois pour se payer tout le séjour et n'a rien tiré sur notre compte. Seule la confiance permet de donner une grande liberté à un enfant, et la confiance ne s'achète pas avec des mensonges et du chantage affectif. De plus, la confiance commence à la première tétée…
Je réagis au terme "enfant-roi" car il est utilisé depuis une décennie dans un but purement idéologique: celui de revenir à la violence éducative des décennies précédentes, qui n'avait rien à voir avec la confiance dont tu parles. On est respecté d'un enfant à partir du moment où on le respecte, et le laisser sans punition pour un acte dégradant est déjà une manière de ne pas le respecter - en niant sa capacité à réparer le mal commis. J'ai vécu longtemps dans un pays où les enfants, jusqu'à l'âge de 5 ans, sont considérés comme "des dieux" et même vouvoyés alors qu'ils tutoient leurs parents. Or je n'ai jamais vu deux enfants se battre dans cet environnement.
L'adolescence est une merveilleuse occasion de "reconfigurer" tout le pychisme. Oui, ça peut et ça doit peut-être passer par le "matricide" (au sens de "matrice" et pas seulement de "mère")... C'est génial si tu n'as pas de réponse toute prête dans le tiroir. :-b
Mais c'est aujourd'hui !
Nous sommes justement le 14 mars, et je re-lis l'article : superbe.
Et les commentaires, qui très vite n'en sont plus.
Mais pourquoi le 14 mars?