Samedi 10 mai 2008
J’étais en train de lire La Voie Humide de Coralie Trinh Thi …
En vérité, la seule permanence est l’impermanence, c’est pour cela que les histoires d’amour mythiques s’achèvent sur la mort des amants. On nous apprend que l’amour véritable est éternel, et on crève tous de ce désir d’éternité, d’absolu. Mais l’éternité, ce n’est pas lorsque le temps se fige, qu’on s’agrippe à l’instant comme une moule à un rocher, rétracté sur une bribe de réalité, fossilisé ! C’est le contraire. Dans l’instant, libéré du temps, quand on s’absorbe complètement dans le présent, en dehors du champ de l’intellect, qui confond le présent avec le passé immédiat ou le futur immédiat. L’éternité est une pure sensation, un lâcher prise. Mais elle laisse dans l’âme une trace indélébile.
… quand Iliane-Patricia m’a appelé. Un problème avec son imprimante, puis nous avons parlé de la vie, de nos amours de passage et de cette chose qui parfois nous retient de vivre : l’éternelle attente d’un retour au sublime gravé dans nos mémoires. Nous avons convenu de ne rien faire pour nous revoir, car nous sommes déjà si proches.

Dans la nuit j’ai achevé la lecture de cette œuvre magistrale et dérangeante en alternance (oui !) avec celle de Madame Bovary. Singulièrement les récits entrent parfois en résonnance, par delà les incompatibilités entre personnages et époques, pour peu que le lecteur ait pris soin de se dépouiller de tout jugement « social » — moral, esthétique etc.

Flaubert :
N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait jamais été. D’où venait donc cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ?… Mais, s’il y avait quelque part un être fort et beau, une nature valeureuse, pleine à la fois d’exaltation et de raffinements, un cœur de poète sous une forme d’ange, lyre aux cordes d’airain, sonnant vers le ciel des épithalames élégiaques, pourquoi, par hasard, ne le trouverait-elle pas ? Oh ! quelle impossibilité ! Rien, d’ailleurs, ne valait la peine d’une recherche : tout mentait ! Chaque sourire cachait un bâillement d’ennui, chaque joie une malédiction, tout plaisir son dégoût, et les meilleurs baisers ne vous laissaient sur la lèvre qu’une irréalisable envie d’une volupté plus haute.
Elle n’a pas eu le temps de trouver. Mais Coralie :
Une nuit il est entré en moi, doucement, tout doucement, en me disant de ne pas bouger, de ne pas gémir, la main plaquée sur ma bouche, chuuut, et dès que j’esquissais un geste il me grondait et menaçait de se retirer.

Dans tous les mythes, l’objet de la quête se cache au point de départ. Mais les initiés savent que c’est le chemin parcouru qui fait la valeur de la quête, et apparaître son objet.

Tout au fond de mon ventre il y a ce qui me relie aux autres. L’universel est bien dans l’infiniment intime. Mon égocentrisme était vraiment généreux.
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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